‹ L'ÉgypteChapitre 85 sur 186 · ATEUCHUS SACER · texte numérisé non relu

ATEUCHUS SACER

être de deux couleurs. On inspectait aussi la bouche, car il devait y avoir sous la langue une excroissance semblable à un scarabée sacré. Il va de soi que beaucoup de cérémonies devaient s'accomplir avant qu'on enfermât l'animal dans le temple. Après sa mort, on l'embaumait avec soin, et la momie était transportée däns les souterrains à l’entrée desquels nous nous trouvons, et dont Mariette lui-même a raconté la découverte.

€ La tombe d'Apis est tout un édifice souterrain, et quand, le 12 novembre 1851, j'y péné-

« trai pour la première fois, j'avoue que je fus saisi d’une impression d’étonnement qui, depuis

« cinq ans, ne s'est pas encore tout à fait effacée de mon esprit. — Par un hasard que j'ai « peine à m'expliquer, une chambre de la tombe d’Apis, murée en l’an 30 de Ramsès IL, avait

« échappé aux spoliateurs du monument, et j'ai eu le bonheur de la retrouver intacte. Trois

« mille sept cents ans n'avaient pas changé sa physionomie primitive. Les doigts de l'Égyptien « qui avait fermé la dernière pierre du mur bâti en travers de la porte étaient encore mar- « qués sur le ciment. Des pieds nus « avaient laissé leur empreinte sur la « couche de sable déposée dans un coin « de la chambre mortuaire. Rien ne « manquait à ce dernier asile de la « mort où reposait, depuis près de qua- « rante siècles, un bœuf embaumé. Il « est plus d’un voyageur qui, sans doute, « s’effrayerait à l’idée de vivre seul dans « un désert pendant quatre années; « mais des découvertes comme celle de « la chambre de Ramsès IT laissent des « émotions devant lesquelles tout s’ef- « face et que l’on désire toujours re- « nouveler. »

Notre vieux guide ouvre la porte qui empêche le sable de pénétrer dans les couloirs et dans les chambres. Les deux

sections les plus anciennes des souter-

TOMBES D'HAPI.

rains d'Hapi sont devenues inabordables : la dernière et la plus belle, avec ses soixante-quatre tombes, reste seule accessible aux visiteurs. Elle fut creusée sous Psamitik I”, de la XX VI dynastie (666 — 618), et fut agrandie encore sous le dernier des Ptolémées.

On allume les torches que nous tenons à la main. Quand un visiteur de distinction pénètre dans ces galeries, elles sont éclairées par des cierges qui reposent sur des supports en bois fort simples dressés à cet effet, où par une lumière de magnésium qui transforme leur nuit en un jour éclatant. Ce qui frappe ici les yeux n'est pas long à décrire. Un vestibule, un long passage bordé de chambres, où sont les sarcophages; à droite et à gauche de l'entrée, trois couloirs secondaires, dépendants l'un de l’autre, et qui se rattachent au corridor principal, comme font les boucles au trait principal d’un P latin. Tout cela est creusé dans la

roche vive, et, développé, mesure environ trois cent trente mètres de longueur. Le vestibule, au temps où Mariette l'ouvrit, ressemblait à une galerie d'inscriptions, car environ cinq cents stèles arrondies par le haut étaient fixées dans le mur, comme ex-voto de pieux pèlerins et souvenir de leur visite à cette tombe sacrée. Personne de ceux qui

consacraient un de ces monuments commémoratifs n’oubliait de mar- Mas nee quer sur la pierre l’année, le jour, le mois du roï sous lequel le défunt

DU MONDE INFÉRIEUR. : ; , a k ; ; ; PRE ne : re Hapi auquel il rendait visite était né, avait été intronisé, avait été enterré. On pense bien que, grâce à cette particularité, ces petits documents, aujourd’hui conservés

Écyrre, I 46

pour la plupart au musée du Louvre, ont rendu les plus grands services, quand il s’est agi de fixer l’ordre de succession et la durée du règne de beaucoup de Pharaons.

Vingt-quatre sarcophages sont encore là. Beaucoup sont encore maçonnés dans les chambres au milieu desquelles ils s’élevaient. Ils étaient en matières diverses, les plus beaux en basalte noir, d’autres en granit rouge, les moins précieux en calcaire. Les cuves étaient tout d’une pièce, mais trois seulement portaient une inscription. Les gens les moins doués d'imagination eux-mêmes se sentent inclinés à croire, en présence de ces sarcophages, qu’un enchantement les a transportés dans le Campo-Santo d’un monde de géants. Nous avons quelque répugnance à nous appuyer, en cet endroit, sur des chiffres de froide statistique : pourtant le lecteur se fera une idée approximative de la grandeur de ces cercueils, en apprenant que, tenant compte de eur creux, ils n’en pèsent pas moins, en moyenne, 130,000 livres.

Peut-être la différence énorme qu'il y a entre l’idée que nous nous faisons d’un cercueil, et ces cercueils qui se dressent devant nous, qui nous saisissent et dans lesquels nous pou-

vons descendre, est-elle pour

beaucoup dans le sentiment

ol qui émeut ici âme du visiteur.

Ajoutez à cela la vénération,

mêlée de crainte, qui se dégage

de toutes les choses qui sont

extraordinairement vieilles, et

que de nombreuses générations

ont contemplées avec un pieux

respect. Ces sensations ne tien-

nent pas, il est vrai contre la

cupidité de l’homme. Les tombes d'Hapi, elles aussi, ont été complètement pillées avant que

PORTE DU MASTABA DE I. le sable les envahît. Mariette

trouva les couvercles des sar-

cophages déplacés, et sur beaucoup d’entre eux, en signe de mépris pour l’œuvre des païens, un tas de pierres.

Dans la plus ancienne partie des tombes, celle qui est éboulée, Mariette découvrit un adavre d'homme avec un masque d'or sur le visage, beaucoup de bijoux et d’amulettes précieux sur la poitrine. Les inscriptions ont permis d'y reconnaître les restes de Khâmouas, un des fils de Ramsès IT, qui fut grand prêtre à Memphis, et qu'on cite souvent plus tard comme un prince dévot. Pour l’honorer par-dessus tout, il semble qu'on l'ait enterré au milieu des taureaux sacrés.

Le nombre des tombes comblées par le sable est grand à Sakkarah, mais les deux plus belles peuvent seules être mentionnées ici : les deux mastabas de Ti et de Ptahhotep, dont le premier seul est ouvert aux voyageurs. Ils furent édifiés l’un et l’autre par de hauts fonctionnaires, qui servirent la V° dynastie, celle qui succéda aux fondateurs des pyramides de Gizèh.

‘IL HA VAVISVN

On descend jusqu'à la porte d'entrée du mausolée de Ti, par un passage taillé dans le sable. Sur les piliers qui s'élèvent à droite et à gauche nous sommes accueillis par la figure sculptée en relief du dignitaire. Il s'appuie sur un bâton de commandement, et les inscriptions nous enseignent qu'il servit trois Pharaons. Il n’était pas lui-même de sang royal, mais on

donna une princesse pour femme à l’homme qui était investi des plus hautes fonctions sacerdotales, et qui se vante d'avoir été l'ami et le chambellan des rois, d’avoir « trôné dans le cœur de son seigneur, » comme conseiller secret, « maître du secret, » même comme directeur de tous les travaux et de toutes les écritures de son souverain. Elle est souvent représentée à côté de lui. Elle s'appelait Nefer-hoteps, ce qui signifie « sa paix est belle, » et partout ses filles et elle sont désignées comme apparentées à la maison royale. Son mari l'honore d’ailleurs de ces titres auxquels toutes les femmes égyptiennes croyaient avoir droit, Dame de maison, chérie de son époux, palme de grâce pour son mari. Au milieu de la salle,

aujourd'hui découverte, entourée de douze piliers, formée de murs solides inclinés vers l'ex-

térieur comme les faces d’une pyramide, se trouvaient le puits et le sarcophage. C’est ici que les survivants et les serviteurs se rassemblaient pour faire les offrandes funéraires. Un corridor conduisait dans les petites chambres où étaient les statues

du défunt et de sa femme. Toutes les murailles du mastaba sont bâties en calcaire très fin et recouvertes de bas-reliefs d’une délicatesse extraordinaire. Les contours sont nets et précis, et, si on laisse de côté l'incapacité de dessiner les objets en perspective, la clarté et l'expression avec laquelle ce qui est représenté est mis en évidence nous cause un profond étonnement. Mieux encore et plus complètement que dans les tombes de Gizèh, les mas- GRUES.

tabas de Ti et de Ptahhotep nous montrent tout

ce qui rendait agréable la vie d’un Égyptien de haut rang, et ce qu'il devait recevoir de ses descendants, après sa mort, pour lui-même et pour le bonheur de son âme.

Nous aimerions à nous promener de muraille en muraille, à faire passer devant le lecteur un tableau après l’autre, mais nous ne pouvons lui montrer que ce qu'il y a de plus remarquable. La vie des nobles était partagée entre leur service de cour, l'administration de leurs domaines, les récréations qu'ils prenaient au milieu des leurs ou bien à la chasse. Ils racontent, en quelques mots bien simples, les rapports qu'ils avaient avec les princes; tout ce qui touche à ons et à leurs joies est représenté en images. Comme à Gizèh, nous apprenons

leurs pos la composition des troupeaux du défunt. Aucun moderne, même parmi les plus habiles, ne saurait dessiner le profil d’un taureau, d’un âne, d’une oïe où d'une grue, plus nettement que ces habiles artistes. Rien de plus animé que les scènes qui nous font assister à l'abattage des bœufs. De petites inscriptions nous aident à comprendre complètement la signification des

représentations graphiques, et augmentent l'intérêt du spectateur. On nous confie quelle e donnera le bœuf abattu; au-dessus du surveillant lui-même est le nom

quantité de gra qu'il porte, et plus loin, c’est un mot de politesse qu'un personnage crie à l’autre. Beaucoup de métiers et d'objets sont appelés par leur nom, si bien que ces figures n’ont pas peu assuré

ÉcxpTe, 15 47

le déchiffrement de la langue égyptienne. Tout cela n’est rien à côté de l'intérêt que présentent ces tableaux pour l’histoire de la civilisation. Leur haute antiquité est indubitable, et pourtant on a peine à le croire, quand on voit quelles formes stables toutes les relations de la vie civile avaient déjà au temps où ils furent tracés, et la facilité avec laquelle on maniait l'écriture pour l'usage de la vie journalière. Les biens-fonds et l’homme étaient la meilleure richesse de l'homme. Ji,

nous apercevons des employés ha-

2< 11r=28 f LS d |A biles dans l’art d'écrire, le calame

et le registre à la main, et, devant eux, les vassaux de leur maître.

Ces derniers sont précédés par le

maire de leur village, et au-dessus d'eux on lit : « Appel des chefs de cantons pour la taxe. » C'était une

affaire qu'on ne menait pas préci-

sément avec douceur, et les fellahs

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