‹ L'ÉgypteChapitre 84 sur 186 · MAISON DE MARIETTE A SAKKARAH · texte numérisé non relu

MAISON DE MARIETTE A SAKKARAH

point orientée selon les points cardinaux; la base n’en est pas carrée mais rectangulaire ; été jadis entourée d’un mur, et l'intérieur peut passer à bon droit pour entièrement original. Le général prussien Minutoli l’a fouillée et décrite. Une des quatre entrées se trouve, contre tous les usages, placée au sud; deux des chambres sont revêtues, comme d’une mosaïque, de plaques

de faïence verte incrustées dans le stue; les plafonds étaient ornés d'étoiles. Les chambres

et les passages sont presque entièrement obstrués de vases brisés en albâtre et en marbre, de morceaux de sarcophage, de pierres sculptées tombées du plafond où des parois latérales. Un crâne fortement doré, des plantes de pied dorées, et d’autres restes intéressants du passé, ont péri à l'embouchure de l'Elbe avec le navire qui les portait.

Ce qu'un élément sauve, l’autre l'anéantit au service du temps destructeur. Même cette orgucilleuse construction à degrés est destinée à s’écrouler bientôt sur sa base de roche solide. Elle est pourtant la plus vieille de toutes les montagnes artificielles qui l'entourent, et elle

a vu plus de siècles que tout autre monument des mains humaines.

La pyramide de Ko chomé, où du Taureau noir, aurait été bâtie sous les princes de la première dynastie. Une partie de la nécropole de Sakkarah porta certainement ce nom de Kochomé, et, si Mariette ne se trompe pas, pendant tout le temps de l’ancien empire, les restes

Éayrre, I. 45

: . Dern E eg vénérables du saint taureau Hapi ont été déposés et conservés dans les chambres intérieures de

la pyramide à degrés. Ce fait expliquerait le nom de Kochomê, en égyptien Ka-kham, le

Taureau noir. Ce n’est pas ici le moment de démontrer tout au long l'antiquité d'un monument; disons seulement que, si divers détails semblent, dans la pyramide à degrés, être, par la date, postérieurs aux mausolées de Gizèh, selon toute vraisemblance, la pyramide elle-même est sensiblement plus ancienne qu'ils ne sont.

Que de doutes et d’impossibilités se pressent ici sous nos pas. Les anciens nous parlent beaucoup de cette localité. Les pyramides sont toujours à leur place, le Sérapéum a été retrouvé, comme nous allons voir, les milliers d'années n’ont pas pu effacer le nom de Sakkarah qui se

PYRAMIDE DE SAKKARAN,

rencontre déjà dans les vieux tombeaux sous la forme Sokari: mais où est le lac sacré qu'on faisait franchir en bateau à la momie d'Hapi? où sont les prés superbes qui verdoyaient à l’ouest du lac, et que l’on comparait aux champs d’asphodèle chantés par Homère? où se trouvait le sanctuaire de la sombre Hécate et la statue de la Justice sans tête? où s’élevaient les portes du Cocyte et de la Vérité? où se dressaient enfin ces nombreux édifices sacrés où privés dont parlent les papyrus grecs ?

Ici, au milieu des tombes, dans l'antiquité, des milliers de vivants sont venus chercher la bonté de Dieu, le repos de l'âme et le succès sur terre.

Retournons à la maison Mariette, et tournons nos regards vers la plus importante des découvertes de ce Français infatigable : le Sérapéum, c’est-à-dire le sanctuaire de ce dieu Sérapis, dont nous avons décrit le temple splendide dans le chapitre consacré à l'antique Alexandrie.

C’est ici, à Sakkarah, que, depuis les temps primordiaux, on enterrait les taureaux sacrés que

e - . . Sue . = .

les Égyptiens appelaient vivants Hapi, morts Osar-Hapi, Osiris-Apis. On les adorait comme

une incarnation de l’âme d’Osiris dans le monde inférieur, c’est-à-dire du principe qui éveille

tout ce qui est mort à la vie nouvelle. On appelait Sokari le dieu qui présidait aux métamorphoses de l'âme jusqu'au moment de son absorption complète dans l’esprit du monde. Le temple d'Osiris-Apis s'élevait sur le domaine de ce dieu, et le Sérapis grec était sorti d’une modification de lOsiris-Apis éoyptien. C’est pour cela que, plus tard, à côté des tombes égyptiennes d'Hapi et de leur temple, on dressa un Sérapéum

grec.

Lorsqu'en 1850 on

trouva plusieurs sphinx

SE 6 dans le voisinage de SPHINX DU

ÉRAPÉUM.

l'endroit où s'élève aujourd'hui sa maison, Mariette se rappela un passage de Strabon, dans lequel ce géographe consciencieux raconte qu'il y à dans la nécropole de Memphis un Sérapéum, bâti sur un emplacement si sablonneux que les sphinx y sont à moitié cachés sous la poussière, et que, pendant les grands vents, les visiteurs du temple sont mis en danger par les tourbillons de sable. Aussitôt s'éveilla dans son esprit le désir de rechercher s'il ne pourrait pas découvrir les restes du Sérapéum, à l’endroit même où Fernandez avait déterré les sphinx. Il commence à fouiller, et, comme les ressources mises à sa disposition n'étaient pas des plus abondantes, il eut besoin de toute son énergie pour surmonter les difficultés qui se dressaient devant lui. Le sable amoncelé s'était coagulé, pour ainsi dire, et durci : souvent les parois des tranchées qu'on y avait creusées à grand’peine s’écroulèrent et comblèrent le passage. On finit cependant par découvrir l'allée des Sphinx; on la suivit, et il se trouva qu’elle avait relié le Sérapéum grec à l’égyptien. Mariette mit à jour d’abord le sanctuaire hellénique, à présent envahi de nouveau, puis ces tombes d'Hapi qui comptent parmi les merveilles de l'Égypte, et que vient voir tout Européen qui visite le Caire. Le temple, dont ces tombes ne sont pour ainsi dire que les caves, s’est écroulé depuis longtemps, et, à contempler aujourd'hui l'immense désert muet qui s'étend à l’entour, on ne peut même pas soupçonner quel aspect différent présentaient ces lieux sous les rois Ptolémées et jusque sous les Césars romains. Dans le voisinage des somptueux bâtiments du temple habitaient les diverses classes de prêtres du dieu, les gardiens et les domestiques des animaux sacrés. Des écoles et des auberges s'ouvraient aux pèlerins, accourus des parties les plus lointaines du pays; des négociants offraient leurs marchandises au bazar où dans des boutiques; des casernes abritaient les troupes en garnison dans l’endroit; enfin, au temple du dieu se rattachaïent des cellules sans apparence et qui pourtant méritent une mention, car on peut les considérer comme l'origine du monachisme chrétien. Les papyrus grecs nous apprennent que, dès avant la naissance du Christ, des ascètes pénitents menaient ici, dans une solitude volontaire et rigoureuse, la sombre vie du reclus. Ils renonçaient de leur plein gré au

commerce de leurs concitoyens et à tout ce qui embellit l'existence, même au rire. Leurs misérables cellules n'étaient que du limon du Nil et de la brique crue; comme des nids d'hirondelle, elles se collaient aux murs somptueux du temple, partout où elles trouvaient une place, même sur le toit. Les parents apportaient aux reclus ce dont ils avaient besoin, et le leur passaient par le soupirail unique qui éclairait la cellule. Là, ils suivaient l'état de pureté, c'est-à-dire l’'illumination interne, dans le service de Sérapis, et l'exaltation exagérée de leur âme leur faisait voir naturellement des rêves merveilleux ou des apparitions épouvantables. Quiconque sur terre se mettait au service de Sérapis, le dieu linscrivait au nombre des siens dans l’autre vie. Dès les temps les plus anciens, les monuments parlent d'amis, de suivants, de serviteurs d’Osiris. Rien de plus touchant que certains détails sur les deux sœurs jumelles Thaué et Taou, deux prétresses d’Isis appartenant à

Sérapis, qui nous ont été conservés par les propres minutes de leurs pétitions. Elles devaient, avec des cruches félées, descendre au Nil pendant les trois cent soixante-cinq jours de l'année, et, malgré la distance qui est assez considérable, rapporter l'eau nécessaire aux libations qu'on versait journellement devant l'autel de Sérapis : en récompense de ce travail de Danaïdes, elles recevaient chaque jour trois pains, chaque année quelque peu de blé et d'huile de kiki; encore ces fournitures étaient-elles faites si irrégulièrement que, pour ne pas mourir de faim, elles devaient chercher à obtenir des secours au moyen de pétitions.

Par contre, en d’autres occasions, même aux derniers temps, on n'épargnait point les frais. Quand Hapi mourut sous Ptolémée Soter I*, on dépensa toute la somme considérable que lon consacrait d'ordinaire à son enterrement, et, de plus, les prêtres se virent contraints à emprunter cinquante talents (281,250 fr.). Au temps de Diodore, un dévot donna pour le même objet cent talents, soit près de 600,000 francs.

Et maintenant, aux tombes du taureau qu’on enterrait en si grande pompe. Nous avons vu quels soins on prenait de lui dans l’Apiéum, c’est-à-dire dans la chapelle qu'il avait au milieu du temple de Phtah. Là, à côté de lui, on adorait aussi la vache qui lui avait donné le jour, et que, disait-on, un rayon de lune avait rendue mère. Dès qu'on trouvait un nouvel Hapi, on célébrait dans tout le pays des fêtes joyeuses, et on comblait de cadeaux prin-

ciers le possesseur de l'animal. Les prêtres devaient examiner si au-

cune des marques sacrées, — au dire d'Élien, il y en avait vingthuit, — ne lui manquait. Il devait avoir la robe noire, sur le front

un triangle blanc, sur le dos l’image d'un vautour, et sur le côté

droit celle d’une demi-lune blanche. Les poils de la queue devaient

SCARA

Page 1