‹ L'ÉgypteChapitre 1 sur 20 · CHEZ BOLLE-LASALLE , ÉDITEUR · texte numérisé non relu

CHEZ BOLLE-LASALLE , ÉDITEUR

RUE DE BTNDV, 68.

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PRÉFACE

Quand nous avons visité pour la première lois l’Egypte, ce pays, si intéressant par ses monuments et ses souvenirs, était encore tel que l’avaient trouvé Savary, Norden, Pockoke, Yolney, et les savants del expédition française, et, peut-être, tel qu’il était à l’époque de la conquête de Sélim. Nous avons été témoin des premiers progrès accomplis par Méhémet-Ali, et nous sommes convaincu que cette contrée, qui a joué un si grand rôle dans l’antiquité, et qui a \ u Moïse, les Pharaons, Alexandre, les Ptolémées, César, Saladin, saint Louis et Napoléon, est appelée à voir renaître sa prospérité sous l’influence de la civilisation moderne.

Nous avons parcouru le grand fleuve qui est une des

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merveilles (le l’Égypte. En remontant le Nil jusqu’en Nubie, et en le redescendant ensuite depuis la seconde cataracte, nous n’avons pu nous lasser d’admirer, sous tous ses aspects divers, cette immense artère qui vivifie depuis tant de siècles la terre des pharaons. Où commence le Nil et avec lui la vallée de végétation qu’il forme? On n’est guère plus avancé sur cette question qu’il y a deux mille trois cents ans, puisque, du temps d’Hérodote, on avait reconnu le cours du Nil pendant une navigation de quatre mois de durée. Tout ce qu’on sait de plus aujourd’hui, c’est qu’à une certaine hauteur, le fleuve est formé de la réunion de deux grandes rivières : le Bahr-el-Abiad, ou fleuve Blanc, qui est le véritable Nil, à l’ouest, et le Bqhr-el-Azrak ou fleuve Bleu, à l’est. Mais personne neconnaîtencoreles sources mystérieuses du Nil, malgré les courageuses tentatives des deux voyageurs qui l’ont remonté jusqu’au point le plus éloigné, M. d’Arnaud en 1841, et M. Brun-Rollet en 1853.

Cette question, que la science n’a pu encore résoudre, est moins importante pour l’Égypte que celle de la fécondation de ses terres. C’est le plus grand intérêt d’un pays qui a deux millions d’hectares à fertiliser. Les princes les plus illustres sont ceux qui s’en sontoccupés le plus utilement, et l’un des principaux titres de gloire de Rhamsès le Grand ou Sésostris, c’est d’avoir construit des canaux. D’autres pharaons, les Ptolémées, les em-

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pereurs romains, Adrien et Trajan surtout, les califes mêmes, se sont occupés de ce soin avec plus ou moins d’ardeur. L’un .des reproches les plus graves que l’on pût adressera l’anarchie desAIamelouks, c’est qu’ils négligeaient toutes les mesures d’administration générale relatives à l’irrigation du pays. Méhémet-Ali, dès qu’il fut le maître, attacha une très-grande importance aux travaux de canalisation, et l’on sait tout ce qu’il a sacrifié d’hommes et d’argent à la construction du canal Mahmoudieh. Mais ce qui doit ajouter bien plus encore à la fécondité du sol égyptien, aussi bien qu’au commerce et à la prospérité des nations occidentales, c’est le grand canal maritime projeté entre Suez et Péluse, qui non -seulement joindrait les deux mers, mais se relierait en outre à l’intérieur de l’Égypte au moyen d’un autre canal de communication alimenté par les eaux du Nil.

Le percement de l’isthme de Suez, dont l’exécution est attendue avec tant d’impatience par tous les hommes éclairés de l’Europe et de l’Orient, fixe en ce moment sur l’Égypte l’attention du monde. Cette grande entreprise, en rapprochant l’Inde de l’Europe, en donnant une impulsion immense aux relations commerciales de tous les peuples, ne peut manquer de féconder les germes excellents qui subsistent toujours dans la vallée du N il , et d’ouvrir à l’Égypte une ère nouvelle de richesse et de grandeur par le développement du commerce et

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de l’industrie du monde entier. Une des questions qui préoccupent à un si haut degré l’Europe, et particulièrement la France, le bonheur des populations, recevra, par le succès de ce projet, la solution la plus heureuse, aussi bien dans l’intérêt du peuple égyptien, de ses fellahs si misérables, de l’empire ottoman et de tout l’orient, que dans l’intérêt des progrès de l’humanité tout entière.

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