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PERCEMENT DE L’ISTHME DE SDEZ

Dans notre exposé du projet de percement de l’isthme de Suez, nous avons dit qu’une commission internationale avait été chargée d’examiner les études faites par les ingénieurs du vice-roi d’Égypte et de résoudre tous les problèmes de .science et d'art que présentait l’opération (voy. ci-dessus, p. 414-415).

Cette commission vient de terminer ses explorations sur le sol égyptien et de remettre au vice-roi les conclusions de son rapport.

Partie de Suez le 21 décembre 1855, après avoir étudié la rade, elle a traversé l’isthme du sud au nord; reconnaissant sur sa route les sondages et les nivellements en cours d’exécution et qui permettront de fixer définitivement le traré du canal maritime. Elle a campé, le 28 décembre, sur le rivage de Péluse, où elle s’est embarquée le 31 pour Alexandrie.

On peut résumer ainsi les résultats tout-à-fait favorables qu’ont fournis les observations :

En face des ruines de Péluse, les sondages ont donné

l’égypte.

la profondeur de 8 mètres, à la distance déjà reconnue de 7,500 mètres du rivage; mais, en se portant vers l’ouest, cette profondeur de 8 mètres se rapproche progressivement de la côte, et elle se retrouve à 2,250 mètres seulement sur une ligne continue qui s’étend parallèlement au rivage pendant 20 kilomètres. C’était un important avantage; les ingénieurs européens nepouvaient manquer d’en proiiter pour déterminer le point où débouchera, dans la Méditerranée, le futur canal.

En se rapprochant de la plage, sur cette ligne de 20 kilomètres s’étendant entre la bouche d’Omfareget celle de Gemileh, les sondages ont donné, dans des fonds excellents et solides, des profondeurs de 5 mètres à 750 mètres, de 6 mètres à 1,600 mètres, et de 7 mètres à 2,300 mètres. Les profondeurs de 9, 10, 12 mètres s’obtiennent successivement à des distances de 3,000 à 6,000 mètres.

Il ressort de ces faits que les jetées du canal de la baie de Péluse, dont l’eau est d’ailleurs parfaitement limpide, ne devront pas avoir la moitié de la longueur que l’on comptait d’abord leur donner. Il en sera de même dans la rade de Suez, que l’on connaissait presque aussi imparfaitement que celle de Péluse.

La commission internationale, dans son rapport a Son Altesse Mohammed-Saïd-Pacha, vice-roi de l’Égypte, se prononce pour le tracé direct, regardé par elle comme étant l’unique solution du problème de la jonction de la mer Rouge et de la Méditerranée. Elle a déclaré à l’unanimité que l’exécution en était facile et le succès assuré.

Voici le texte de ce rapport :

« Son Altesse nous a appelés en Égypte pour y étu- » dier la question du percement de l’isthme de Suez.

l’égypte.

» En nous fournissant les moyens de juger sur le ter- » rain le mérite des diverses solutions proposées, elle » nous a invités à lui soumettre la plus facile, la plus » sûre, la plus avantageuse au commerce de l’Europe.

» Notre exploration, favorisée par un temps à sou- » hait, facilitée et abrégée par l’ampleur des moyens » matériels mis à notre disposition, est terminée ; elle » nous a fait reconnaître des obstacles sans nombre, » ou, à mieux dire, des impossibilités pour diriger le » canal sur Alexandrie, et des facilités inattendues pour » établir un port dans le golfe de Péluse.

» Le canal direct de Suez vers le golfe de Péluse est » donc l’unique solution du problème de la jonction de » la mer Rouge et de la Méditerranée. L’exécution en » est facile, le succès assuré, les résultats immenses » pour le commerce du monde. Notre conviction à cet » égard est unanime ; nous en développerons les motifs » dans un mémoire détaillé, appuyé des plans hydro- » graphiques des baies de Suez et de Péluse, des pro~ » fils donnant le relief du sol, et des forages indiquant » la nature des terrains traversés par le canal.

» La rédaction de ce mémoire, celle des plans, profils » et forages qui doivent l’accompagner, est un travail » de longue haleine dont nous allons nous occuper ac- » tivement en Europe, de manière à pouvoir le sou- » mettre dans quelques mois à Son Altesse. Dès à » présent, nous nous empressons de lui faire connaître » nos conclusions :

» 1° Le tracé sur Alexandrie est inadmissible au » point de vue technique et économique ;

» 2° Le tracé direct offre toute facilité pour l’exécu- » tion du canal maritime proprement dit, avec embran- » dhement sur le Nil, et des difficultés ordinaires pour » la création de deux ports ;

l’égypte.

>» 3° Celui de Suez s’ouvrira sur une rade vaste et » sûre, accessible en tout temps, où l’on trouve 8 mè- » très d’eau à 1,600 mètres du rivage ;

» 4° Celui à créer dans le golfe de Péluse, que l’avant- » projet plaçait dans le fond du golfe, sera établi à » 18 kilomètres plus à l’ouest, dans la région où l’on » trouve 8 mètres d’eau à 2,300 mètres du rivage, où » la tenue est bonne et l’appareillage facile ;

» 5° La dépense du canal des deux mers ne dépas- » sera pas le chiffre de deux cents millions porté dans » l’avant-projet des ingénieurs du vice-roi.

» Alexandrie, 2 janvier 1856.

» Les Membres de la Commission internationale pour le percement de l’isthme de Suez,

» Signé : F. Conrad, président;

» A. Renaud ;

» Negrelli ;

» J. Mac Clean ;

« Lieusseau, secrétaire. »

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