OASIS ET NUBIE
Depuis que les armes de Méhémet-Ali ont pénétré dans le cœur du désert et au-delà des Cataractes, on peut regarder les Oasis et la Nubie comme deux annexes de l’Égypte. Parmi les Oasis, nous citerons d’abord El-Kuargeh, nommé aussi l’Oasis de Thèbes. Dans son voisinage on a découvert les décombres de trois beaux temples, dont le plus grand avait trois enceintes comme celui de Jupiter Ammon. Le toit était formé de blocs immenses, dont quelques-uns ont trentecinq pieds de long sur dix -neuf de large. On voit, parmi ces restes, des 'statues colossales et des sculptures hiéroglyphiques. Non loin delà est une nécropole qui a de deux à trois cents édifices construits en briques non cuites. Cette Oasis est traversée par les caravanes qui vont au Darfour.
Dans l’Oasis de Syouah, visitée par Caillaud, se trouvait l’ancien Ammonium, ou temple de Jupiter Ammon, célèbre par son oracle. Cette Oasis, jadis si belle, n’a plus qu’une population de deux mille arabes, farouches, soupçonneux et intolérants. Tout étranger qui aborde chez eux est considéré comme un ennemi. A un quart de lieu de la bourgade actuelle, dont toute la richesse consiste en un commerce de dattes, on voit Koum-el- Beydah, que l’on croit être l’ancien temple de Jupiter Ammon. Ce temple, composé de blocs énormes, est,
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selon MM. Drovetti, Minutoli et Caillaud, orne, connue les temples égyptiens, (le sculptures hiéroglyphiques. La statue du dieu, faite d’émeraudes et d’autres pierres précieuses, avait la forme d’un bélier depuis la tête jusqu’au milieu du corps. A cinquante milles au nordouest dé Syouah est un lac, avec une île sur laquelle les habitants de Syouah débitent les contes les plus extraordinaires. Plus près, et à un mille des ruines d’Ammon, on a retrouvé, dans un bois de palmiers, la célèbre fontaine du Soleil, encore douée des alternatives de température qui Font rendue fameuse. Dans une colline voisine on remarque de vastes catacombes , dans lesquelles les Arabes se sont creusé des habitations.
Parmi les autres annexes de 1 Egypte qui ne fopt pas partie de la vallée du K il, on peut citer, outre Suez, dont nous avons parlé, Bérénice sur la mer Rouge, ville ruinée, découverte il y a trente ans par Belzoni , qui a décrit ses temples chargés d’hiéroglyphes égyptiens; le Mont-Zabarah, célèbre par ses mines d’émeraudes, aujourd’hui délaissées ; Kosseyr, port moderne que peuplent douze cents marchands qui font le commerce delà mer Rouge; puis, au-dessous, JiJyos-Hormos (le Port-de-la-Souris) , qui , à l’époque de la décadence de Bérénice, devint un des points les plus importants de ce littoral.
La Nubie peut être .regardée aussi comme une dépendance de l’Égypte, surtout la Basse-Nubie ou pays des Barabras, et la Nubie maritime. Les Barabras, voisins immédiats de l’Égypte, sont un peuple à part comme mœurs et comme type. D’un caractère tranquille et doux, ils ne se dérobent aux attaques des Arabes qu’en se réfugiant au sein des rochers presque inaccessibles. Jœs Barabras sont mahométans et fort zélés pour leur religion; ils ont de la répugnance pour
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les étrangers. Leur couleur tient le milieu entre le noir d’ébène des Ethiopiens et le teint basané des peuples du Saïd. Leurs traits se rapprochent beaucoup plus de ceux des Européens que de ceux des nègres : ils ont les cheveux longs et légèrement crépus, la peau fine et cuivrée. Leur costume est, pour les hommes, une chemise bleue ou rouge; pour les femmes, un ample vêtement dans lequel elles s’enveloppent. Cependant elles ne se voilent pas le visage comme les Musulmanes. Leur chevelure, distribuée en une multitude de petites boucles frisées en tire-bouchons, flotte sur le front et sur le contour de la tête.
La langue des Barabras est douce ; elle n’a aucun des sons gutturaux de l’arabe. Le commerce du pays, presque nul, consiste en quelques dattes qu’ils chargent sur des embarcations légères pour aller les vendre à Esneh. Leur gouvernement est entre les mains de Séméliës, magistrats qui ont à peu près la même autorité que celle des cheiks égyptiens. Tributaires de Méhémet-Ali, à l’époque où nous avons visité l’Égypte, les Barabras lui payaient un tribut en esclaves et en dattes. La contrée est du reste si misérable, que ces naturels quittent en foule leurs rochers pour venir chercher de l’occupation dans les villes de la vallée. Ce sont, à proprement parler, les Auvergnats de l’Égypte, fidèles et actifs comme eux. rêvant toujours aux rocs granitiques de leur patrie ingrate. Les Barabras sont très nombreux au Caire, où les négociants européens les connaissent sous le nom de Barbarins. On a en eux la confiance la plus entière : presque tous sont portiers des maisons et des bazars, emploi fort important dans un pays sujet à tant de révolutions, et où presque toujours l’émeute commence par le pillage. Les habitudes d’ordre et de probité sont générales chez ces peuples nubiens, parce qu’elles
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font partie de leurs traditions paisibles et pastorales.
Le pays des Barabras s’étend entre les cataractes d’Assouan et celle d’Ouady-Halfa. Parmi ses localités importantes, il faut citer El-Derr ou Derri, bourgade de trois mille habitants, capitale de la Basse-Nubie. Les maisons de Derr sont bâties en argile ou en briques, disposées alternativement en couches horizontales et obliques, ce qui donne à l’ensemble des murailles une apparence originale et agréable. Hérodote rapporte que, pour éviter les insectes, les anciens Égyptiens avaient coutume de dormir sur le sommet de leurs maisons à certaines époques de l’année ; il est possible que ce soit ce motif qui porte les habitants de Derr à construire leurs maisons comme les pigeonniers de la Thébaïde, c’est-à-dire en forme de tour carrée, avec une large cour devant, et environnées de hautes murailles. Les rues sont larges et propres. On ne voit ni au dedans, ni aux environs de la ville ces décombres et ces ordures que l’on rencontre à chaque pas en Égypte. De jolis jardins, pleins d’orangers, de dattiers et d’acacias, et clos de murs, entourent la ville.
Le temple ou spéos de Derr est creusé dans le flanc d’une montagne derrière la ville. Le pronaos est presque entièrement détruit ; il ne reste maintenant qu’une pdrtion des murailles latérales et une rangée de colonnes devant la Cella. Sur les ailes du portique sont gravées des sculptures représentant des batailles, des faits d’armes et des exploits militaires, mais ces bas-reliefs sont à moitié effacés. En entrant dans la Cella, on voit de chaque côté une rangée de colonnes carrées, massives, sans chapiteaux, aboutissant à une sorte de plinthe le long de laquelle règne un chevron de pierre qui s’étend depuis le pronaos jusqu’au sanctuaire, et qui supporte le toit. Les portes sont ornées de frises, de cor-
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niches, de moulures, et toujours surmontées du globe ailé.
Sur plusieurs faces des colonnes on voit des dieux tendant les mains à des mortels, ou leur passant familièrement les bras sur les épaules.
Près du sanctuaire, il y a un bas-relief fort extraordinaire, qui a fait supposer que les Egyptiens ont connu la légende sacrée relative à l’apparition de Dieu à Moïse, dans le buisson ardent. Osiris est représenté au milieu d’un vaste buisson qui semble être en feu. IL porte un fouet d’une main, tandis que son autre main est étendue vers un homme à tête chauve (probablement un prêtre de Phthah), qui se tient devant lui dans une attitude respectueuse. Près du prêtre est Isis Leanata, avec le globe de la lune sur sa tête; de l’autre côté du buisson est Phré, à la tête d’épervier.
Dans le fond du sanctuaire, il y a un banc de pierre sur lequel se trouvaient autrefois quatre statues en ronde bosse. De chaque côté on voit de petites niches qui, selon les uns, ont servi à renfermer des cercueils, mais qui plus probablement contenaient les vases sacrés. Champollion a reconnu que le temple de Derr appartient au règne de Rhamsès le Grand , et qu’il a été consacré par ce pharaon au dieu Phré.
Presque vis-à-vis de Derr et de l’autre côté du Nil, on rencontre le temple d 'Amada, enfoui dans le sable jusqu’à la moitié de sa hauteur. Des piliers carrés soutiennent ses salles dont les parois sont couvertes de sculptures peintes d’une belle exécution, qui remontent aux règnes de TothmèsIII, d’Aménophis II, etdeTothmès IV . Ce temple fut dédié au dieu Phré, par le premier de ces pharaons. Sur la terrasse on voit les ruines d’une coupole en briques crues, construite par les cophtes, qui, de ce monument, avaient fait une église.
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Ibsarnboul ou Abou-Samboul, misérable hameau situé au delà de Derr, eQ remontant le Nil, est célèbre par les deux plus magnifiques temples de toute la Nubie; spéos merveilleux assez semblables à ceux de Thèbes, et que tour à tour nous ont décrits Drovetti, Burkhardet Belzoni; puis Richardson, Rifaud, Gau, CaillaUd, Champollion et Rosellini. Le plus petit est le temple d’Hathor (Vénus), décoré extérieurement d’une façade contre laquelle s’élèvent six colosses hauts de trente-six pieds, taillés dans le roc comme le monument lui-même.
Ces statues sont isolées et encadrées par des contreforts de rocher plus larges à la base qu’au sommet. Les légendes hiéroglyphiques, gravées sur leur surface, expliquent que ce temple a été consacré par Rhamsès le Grand, au nom de sa femme Nofré-Ari. Quatre de ces colosses représentent Rhamsès escorté de ses fils, et les deux autres, Nofré-Ari, accompagnée de ses filles; la reine est toujours placée entre deux statues de rois. Une porte à jambages droits conduit au pronaos, belle salle quadrangulaire de trente-cinq pieds de côté, supportée par six piliers carrés, décorés de la tête d’Hathor. Sur les parois, ce sont des oblations de Rhamsès à Ammon, à Phré, à Tafné, à Toth, à Hathor, à Phtah, et à d’autres dieux, auxquels il offre des fleurs et des fruits. De cette pièce on passe dans un vestibule qui, lui-même, conduit au sanctuaire, où l’on voit les restes d’une statue taillée dans le roc, représentant un homme assis. Cette statue est tellement dégradée, qu’on ne saurait lui donner un nom; mais le sanctuaire est dans un état de conservation presque complet. R est orné de basreliefs en couleurs, d’une exquise finesse d’exécution. Presque toutes les figures sont peintes en jaune. Le plafond seul est en bleu et entouré d’une bordure de trois couleurs.
Le grand temple, dédié au dieu Phré (le Soleil) par Rhamsès le Grand ou Sésostris, est un travail qui atterre l’imagination humaine. Malheureusement il est en butte aux envahissements du sable qui obstrue incessamment son entrée. La façade est décorée de quatre colosses assis, de soixante et un pieds de hauteur. A l’intérieur, dans la première salle, paraissent huit autres colosses de trente pieds, adossés à huit piliers. Sur les parois de cette vaste enceinte, règne une longue file de bas-reliefs historiques, relatifs aux conquêtes de ce pharaon en Afrique. Celui qui représente son char de triomphe , accompagné de groupes de prisonniers nubiens de grandeur naturelle, offre une composition de toute beauté. Les autres salles abondent en bas-reliefs religieux, dont les couleurs sont aussi fraîches que si elles dataient d’hier. Le temple est terminé par un sanctuaire, avec quatre belles statues remarquables par le fini de l’exécution.
Au-delà d’Ibsamboul, est Ouadi-Halfa (la vallée des Roseaux), village dont, les maisons sont disséminées sur la rive droite du Nil. C’est là que se trouve la seconde cataracte, qui, en dépit de toutes les exagérations, n’a pas plus de sept ou huit pieds de haut. Les voyageurs européens s’arrêtent ordinairement à ce village, où commence la Nubie supérieure.
Les autres localités de la Nubie inférieure qu’on rencontre en redescendant le Nil, sont, pour la plupart, intéressantes par leurs antiquités.
Ibrim, la Premnis de Strabon, a quatre spéos ou excavations dans le roc, dont la plus ancienne remonte à Thoutmosis Ier, la plus récente à Rhamsès le Grand; Séboua ou Séboued est remarquable par un grand hémispéos, c’est-a-dire édifice moitié pierre dé taille, moitié excavation dans le roc, ouvrage du temps de Rhamsès III,
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qu’accompagne une avenue de sphinx. Plus loin, à Maharakkah, on trouve un petit temple ruiné, qui fut dédié à Isis et à Sérapis, dans les derniers temps de l’occupation romaine, et dont les Cophtes avaient fait une église sous l’invocation de saint Jean. On reconnaît encore sur ses murailles quelques traces d’une peinture chrétienne, représentant la tentation de saint Antoine. Mais il faut citer surtout Dakkeh, la Pselcis des anciens, remarquable par un très-beau temple orné de magnifiques sculptures.
Le temple de Dakkeh présente dans sa construction trois styles distincts. C’était dans le principe une petite chapelle carrée de proportions élégantes, avec un propylée. Une chambre fut ensuite ajoutée du côté du sud, puis, on bâtit une muraille extérieure qui entourait la chapelle à environ trois pieds et demi. Entre les nouvelles et les anciennes murailles, on voit, du côté de l’est, une chambre étroite contenant un sépulcre profond. A l’extrémité méridionale de cette chambre paraissent trois lions habilement exécutés, dont deux sont assis face à face avec le yoni lingam, et deux grandes plumes entre eux ; le troisième, placé dans un autre compartiment plus élevé, semble marcher du côté de l’est, tandis qu’un cynocéphale est prosterné devant lui en adoration. Au-dessus de l’une des portes de la chapelle, quatre de ces animaux, avec de très-longues queues, s’approchent en procession vers un scarabéailé, symbole du soleil. Sur la muraille de l’est, Isis est assise sur un trône avec Harpocrate debout derrière elle, commandant le silence dans sa posture habituelle.
Il y a peu de différence entre l’exécution des basreliefs de l’ancienne chapelle et l’exécution de ceux de la chambre du midi ainsi que de la petite chambre sépulcrale, qui sont de construction plus moderne. Ces
ouvrages ont une supériorité bien marquée su r les sculptures que l’on trouve ordinairement dans les temples égyptiens.
Le portique, qui, avec le grand propylée, forme la troisième et la plus récente partie de l’édifice, est flanqué de deux piliers à demi enchâssés dans le mur. Les chapiteaux, ornés de feuilles de lotus sont grands et lourds; ils supportent une plinthe sur laquelle pose l’architrave. A l’ouest de l’entrée principale, une porte a été ouverte dans le mur au milieu de sculptures représentant des dieux. De l’autre côté, une large ouverture a été percée en forme de fenêtre. Dans la muraille orientale, il y a deux petites ouvertures semblables. A l’est de l’entrée principale, on voit sur la colonne un homme jouant d’une harpe à vingt et une cordes, que généralement on suppose être Typhon à cause de sa laideur. L’autre pilier porte un cynocéphale tenant un vase rempli de fleurs.
Vers l’orient du temple gisent les débris d’une muraille d’environ quatre pieds de haut, qui semble avoir fait autrefois le tour de l’édifice. Les pierres de cette muraille, ainsi que celles du temple, étaient jointes par des jumelles de métal. L’appât de ce mince butin a poussé les habitants des environs à démolir sans pitié tout ce qu’ils ont pu de ce beau monument.
De vastes blocs de pierre formen t la toiture du temple. Le propylée est complété par deux tours qui s’élèvent de chaque côté en forme de pyramides tronquées; elles sont unies par l’architrave et la corniche de la grande entrée. Une petite porte conduit dans l’intérieur de la tour de l’ouest, où l’on trouve quatre chambres superposées les unes au-dessus des autres. On peut monter jusqu’au sommet à l’aide d’un petit escalier. Au second étage s’ouvre une autre petite porte aboutissant au toit, qui est
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au-dessus de l’entrée. Il n’y a point de communication correspondant avec la tour de l’est. Ce monument paraît être de l’époque des Lagides, et fournit des matériaux précieux sous le rapport de la mythologie pour comprendre les attributions et la nature de la divinité que les Egyptiens adoraient sous la dénomination de Thoth (Hermès deux fois grand).
Kirgem a un hémi-spéôs du temps de Rhamsès le Grand, dégradé parles Perses, et où se montrent, à côté de bas-reliefs d’une belle exécution, des colosses d’un art à demi barbare ; à Kalabschi ou Kalabcheh (le Talmis des anciens), le plus grand village entre Assouan et Derr, on trouve un temple saccagé, dévasté, qui offre encore de magnifiques débris. Ce sanctuaire, consacré au dieu Malouli, fils d’IIorus et d’Isis, fut fondé par Aménophis II, rebâti sous les Ptolémées, et restauré sous les empereurs Auguste, Caligula et Trajan. Beyt- Oualli mérite d’être visité pour ses beaux bas-reliefs; Teffah Kardasset et Déboüt possèdent chacun un temple. Le voyageur s'arrête aussi à Bendour , où l’on remarque une construction du règne d’Auguste. C’est un petit temple dédié, selon de docteur Lepsius, à un dieu particulier nommé Pétisi, qui était sans doute une divinité locale.
Près d’une petite île nommée Tumbus ou Tombos, sur la côte orientale du ftil, on voit, couchée par terre, une statue colossale en granit rouge, exécutée dans le bon goût égyptien. Cette figure a, selon la coutume, le pied gauche projeté un peu en avant. La tête et la face sont fort mutilées; tout le reste, au contraire, est assez bien conservé. Les mains paraissent serrer une espèce de bâton cylindrique; elles sont appuyées surles hanches. Un vêtement rayé lui ceint les reins. On remarque aussi, sur le cou et les bras, des vestiges de bracelets et de
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colliers. La hauteur de la statue est de douze pieds. Des massifs de granit, de même nature que celui dont elle est formée, remplissent tous les environs, ce qui ferait croire qu’elle a été sculptée dans l’endroit même.
La Nubie orientale ou maritime a peu d’endroits sur lesquels on doive et on puisse s’arrêter. Cette contrée appartient à des espèces de troglodytes que l’on nomme Bichariens, Haderdoas ou Hammadebs. En fait de villes, Souakim, sur la mer Rouge, peuplée de huit mille Bichariens, est la seule qui ait quelque importance.
Au-dessus de cette zone, la plus rapprochée de l’Égypte, viennent la Nubie moyenne et la haute Nubie, Ouady-el-Hadjar, contrée stérile, étendue le long du Nil, le pays de Sokkol et l’île de Lays, le pays des Matres tout jonché de ruines d’anciens monuments plus communs au-dessus qu’au dessous des cataractes; le pays de Dongolah, jadis la puissance prépondérante de la Nubie, aujourd’hui bien déchue, à la suite de la longue oppression des Chakyehs. La ville de Dongolah n’est plus qu’une bourgade de deux, cents âmes.
Le pays des Chakyehs, conquérants du Dongolah, forme une espèce de république militaire, gouvernée par des înéieks. Ces peuples sont toujours en armes, à cheval, et se battent bravement. Ibrahim-Pacha eu' quelque peine à les soumettre. Parmi ses antiquités, il faut nommer les ruines du mont Barkal, que Caillauu regarde comme les restes de l’ancienne Napata, capitale de la Nubie après iVIéroë.
Ce mont Barkal, qu’on trouve en remontant dans la haute Nubie, à un quart de lieue du Nil, dans le désert, est un plateau de grès, de treize cent quarante mètres environ de circonférence. Taillé à pic dans la partie qui regarde le midi, il a de ce côte soixantequatre mètres d’élévation, et présente, par les déchire-
ments qui le sillonnent, l’aspect le plus pittoresque. C’est sur ce point que gisent les restes de plusieurs temples, parmi lesquels est un typhonium fort intéressant. Ce petit édifice, d’une longueur totale de cent huit pieds, a la moitié de sa partie postérieure creusée dans la montagne; il se composait de plusieurs pièces et d’un sanctuaire ; un pylône précédait l’entrée principale. Quelques bases de colonnes, que l’on voit en avant du pylône, indiqueraient les vestiges d’un portique. Il n’y a guère de conservé aujourd’hui que la partie du monument prise dansla montagne; toute celle qui s’élevait dehors est fort dégradée : quelques portions du pylône, six colonnes et une statue de Typhon, c’est tout ce qui demeure encore debout. Le sol est jonché tout autour de décombres provenant du reste de l’édifice.
L’intérieur du typhonium offre à l’observation des détails précieux. Dans la première salle on voit, adossées à des piliers, huit statues de Typhon, portant sur la tète un ornement de fleurs de lotus, de plumes et de cartouches hiéroglyphiques. Ces piliers , divisés sur deux rangs, forment l’avenue du centre. En face des typhons et parallèlement à eux, sont deux rangées de colonnes avec des chapiteaux à tète d’Isis au-dessus desquels est figurée la façade d’un temple. Dans la pièce qui suit, on voyait aussi huit colonnes de même espèce que les précédentes. Elles portaient chacune sur la longueur une ligne d’hiéroglyphes.
Toute la partie du monument qu’on trouve à partir de là est creusée dansla montagne. On entre d’abord dans une salle qui précède le sanctuaire. Deux statues de Typhon, adossées à des piliers, se présentent dans cette salle. Ces piliers portent des caractères hiéroglyphiques. Des bas-reliefs, sculptés dans le creux, recouvrent les murailles. Ils représentent le dieu Ammon ,
tantôt avec une tête de bélier, tantôt sous la forme humaine. Isis y est également représentée se tenant derrière lui. Un roi et une reine paraissent lui rendre hommage. On croit que ce roi est Taracus, ou Théharaka, prince de race éthiopienne, qui envahit l’Egypte huit siècles avant l’ère chrétienne. Au fond du sanctuaire tous les bas-reliefs sont détruits. Deux petites pièces, l’une située à l’est, l’autre à l’ouest, ont des ornements sculptés en relief dans le creux. Ces ornements et les figures qui décorent le temple sont du pur style égyptien.
Chendy, la capitale du pays des Chakyehs, peut avoir de sept à huit mille âmes; elle est l’entrepôt du commerce de la Nubie et le marché principal des esclaves du Sennaar. Son rayon abonde en antiquités. A Naga, on trouve les ruines de sept temples ; à Macourat, celles de huit autres sanctuaires, que Cailiaud croit avoir dépendu du grand collège sacerdotal de Méroë; enfin., auprès d 'Assowr ou d'Hachour se voient, suivant le même voyageur, les restes de Méroë elle-même ; cette ville, dont l’antiquité latine et grecque ont parlé sans la connaître, et dont le nom, après avoir retenti dans les siècles, est arrivé jusqu’à nous entouré d’un prestige fabuleux. Les ruines, trouvées sur ce point, ne semblent justifier pourtant ni cette célébrité, ni cette splendeur.
Au-dessus de Chendy viennent le pays d’Halfay et le royaume de Sennaar; ce dernier, l’un des États les plus puissants de la Nubie. Avant l’invasion d’Ismaïl- Pacha, tous les pays que nous venons de citer au sud et au nord, le Fazokl et le Bouroum, étaient ses tributaires. A cette hauteur pourtant, les ruines antiques sont plus rares, et les villes modernes comme Sennaar ne forment qu’un amas confus de cabanes rondes, couvertes en chaume, d’autres en argile, et surmontées assez ordi-
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nairement par une terrasse. On estime sa population â huit mille âmes. Parmi les décombres figure un ancien palais des rois, construction en briques assez délabrée.
Un peu au delà de Sennaar finit la Nubie, limite de notre exploration. Plus loin, vers le sud-est, s’étend la contrée abyssinienne, l’ancienne Éthiopie, où coule le Bahr et Azrak ou fleuve Bleu, affluent du Nil, et, au sud-ouest, le Kordofan et le Soudan, où le Nil lui-même, après avoir traversé des marais et reçu divers affluents, va se perdre dans les pays des Wangaras et des Barry.