DÉDICACE
SA MAJESTÉ FOUAD I, ROI D'ÉGYPTE, a daigné m'autoriser “à inscrire Son nom en tête de cet ouvrage et je suis heureuse de cette occasion de rendre hommage au noble Souverain dont l'appui éclairé donne un nouvel essor aux arts de l'Égypte et dont le royal concours est acquis à toutes les initiatives intellectuelles et
scientifiques.
avril 1926
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Malgré les incomparables monuments qui l'ont illustrée, l'histoire de l'Égypte musulmane est en général assez mal connue. L'intérêt très réel qu'elle présente est pour ainsi dire éclipsé par les Pyramides et par la civilisation si lointaine que rappellent les monuments pharaoniques.
Et pourtant l'époque médiévale est bien plus près de nous ; nous pouvons y étudier le développement des races qui composent la population de l'Égypte ; la langue et la littérature arabes classiques y occupent la même place qu'actuellement ; et surtout, ses mosquées ont été construites pour que l'on y prononce les prières mêmes aux quelles la voix des mouezzins convie encore aujourd'hui les fidèles.
De plus, l'histoire de l'Égypte au Moyen Age, par ses rapports fréquents avec celle de l’Europe, nous aide à comprendre et à synchroniser cette dernière. L'Égypte à cette époque était une grande puissance, et c'est avec étonnement et regret que l'on constate combien sont
rares les Égyptiens modernes, qui s'enorgueillissent d'un passé aussi glorieux.
Le but de ce petit ouvrage n'est pas de traiter cette grande histoire d'une façon complète et détaillée, ce qui aurait nécessité des volumes. Un précis sommaire risquait, d'autre part, d'être trop sec pour intéresser. Je me suis donc abstenue d'énumérer guerres et traités et je me suis simplement proposé de fournir à mes lecteurs quelques renseignements, exposés d'une façon chronologique, sur les divers souverains qui ont régné sur l'Égypte depuis la conquête musulmane jusqu'à l'invasion française. C'est un point de vue tout-à-fait indispensable pour qui veut étudier l'art si attrayant de l'Égypte et de la Syrie, qui constitue une branche si importante, peutêtre la plus importante de toutes, de l'art musulman.
Ahmed ibn Touloûn, et après lui les souverains des quatre dynasties qui gouvernèrent l'Égypte jusqu'à la conquête ottomane, c'est-à-dire pendant plus de cinq siècles, se montrèrent en effet grands protecteurs des arts. En architecture surtout, il nous reste d'innombrables traces de leur goût et de leur munificence, et la connaissance de leur histoire ajoute un vif intérêt au plaisir que nous inspire la vue de ces admirables monuments. Le principal but de leurs fondateurs étant de se glorifier eux-mêmes, tous ces monuments sont ornés d'inscriptions qui non seulement embellissent la façade par la
grâce de l'écriture arabe, maïs de plus nous fournissent des indications de la plus grande utilité. À l’aide de ces inscriptions, et à force d'étudier les chroniques arabes contemporaines, les orientalistes modernes ont pu compiler des travaux historiques et archéologiques assez complets, travaux auxquels je renvoie ceux de mes lecteurs chez lesquels j'aurai eu le bonheur d'inspirer le désir d'en savoir plus long sur ce sujet.
On en trouvera une liste à la fin de ce volume, bibliographie très-incomplète, car elle ne comprend que les quelques auteurs que j'ai consultés en préparant cet ou vrage, à l'exclusion des historiens arabes dont les passages qui m'ont servi n'ont pas encore été traduits. Je n'y ai pas fait place aux livres traitant uniquement de questions d'art, mais seulement à ceux qui m'ont fourni des renseignements historiques.
Mon travail, en effet, ne présente aucune originalité ; je me suis bornée à résumer les travaux des auires, et c'est avec plaisir que je reconnais ici tout ce que je leur dois. A M. Lane-Poole, qui a tant fait pour populariser la connaissance de l'Égypte médiévale, j'ai emprunté, en l'abrégeant, la liste chronologique des souverains que j'ai placée à la fin de ce volume. Je dois la vérification des dates des monuments et bien d'autres détails encore à M. Creswell, dont les admirables travaux tout récents, accomplis sous les auspices de S. M. le Roi Fouad, ont
apporté la lumière sur nombre de points ignorés ou mal compris jusqu'ici. C'est, de plus, dans l'incomparable collection de documents photographiques de ce savant que j'ai eu le privilège de choisir les illustrations, presque toutes inédites, qui enrichissent ce volume. Je me suis aussi servie d'un livre de M. Margoliouth, Cairo, Damascus and Jerusalem, qui vise à peu près au même but que celui que je me suis proposé.
Maïs, et mes contemporains seront tous d'accord làdessus, c'est au regretté van Berchem que nous devons le plus ; ses travaux nous ont servi à tous de guide et de modèle et son Corpus Inscriptionum Arabicarum constitue un trésor de références dont aucun archéologue qui étudie sérieusement les monuments arabes ne saurait se passer.
Je voudrais mentionner les noms de plusieurs orientalistes qui ont bien voulu me donner des conseils et des renseignements précieux, mais dont la modestie préfère que je les passe sous silence ; j'espère cependant que si ce livre leur tombe sous les yeux ils voudront bien ÿ trouver l'expression de ma reconnaissance.
Je n'ai pas hésité à traduire quelques passages de mon ouvrage anglais, Some Cairo Mosques and their Founders, dans lequel on trouvera des détails plus copieux sur certains souverains et quelques descriptions de monuments dont je me suis abstenue dans le présent volume pour ne pas être entraînée en dehors de mon sujet. J'ai égale-
-ment évité d'ajouter d'abondantes notes, références, etc., -Superîflues dans un ouvrage de simple vulgarisation qui -n'est nullement destiné aux savants.
Quatre des six conférences qui composent ce recueil -avaient été préparées en anglais pour un cours public à l'Université de Cambridge en août 1924, l'Égypte, sous ses différents aspects, ayant formé cette année-là le sujet ‘de la réunion d'été. Depuis, ces conférences ayant été “données au Caire en français, il a semblé à quelques per- -sonnes s'intéressant à l'archéologie musulmane qu'elles -formeraient un manuel utile pour aider à la compréhen- -sion des merveilleux monuments islamiques de la capi- ‘tale de l'Égypte, et c’est ce qui m'a encouragée à les pu- -blier en un volume.
La première et la sixième conférence ne faisaient pas “partie du cours donné à Cambridge. Ge cours avait été inauguré par une leçon magistrale sur les Commence- . ments de l'Islam, par le regretté professeur E. G. Browne, dont la compétence en questions orientalistes était reconnue du monde entier. Cette leçon comprenait naturellement les matières contenues dans mon premier chapitre, et, pour refaire le cours au Caire, j'ai dû préparer une conférence qui permette à mes auditeurs de se faire une idée de l'état de l'Égypte au moment de la conquête arabe, prélude absolument nécessaire pour la compré-
hension de la suite.
Quant à la sixième conférence, dont le sujet avait été traité à Cambridge par un jeune savant fort érudit, le professeur Buckler, elle a été donnée isolément à la Société Royale de Géographie d'Égypte en avril 1926 et j'ai cru bien faire en la rattachant à la série précédente à laquelle elle ajoute encore une époque qui n'est pas tout à fait dénuée d'intérêt.
Pour compléter cet ouvrage et en justifier le titre, il aurait fallu donner quelques détails sur l'histoire des rares monuments musulmans qui existent en Égypte en dehors du Caire, mais j'avoue que ces recherches m'ont semblé devoir prendre beaucoup de temps sans donner de résultats appréciables. L'histoire du fondateur de la mosquée de Qoûs, Çäleh Telaye’, est racontée à la fin du chapitre sur l'époque fatimide. Les deux mosquées anciennes de Damiette ont peut-être une biographie intéressante, mais je n'ai pas consacré à cette étude le temps qui eût été nécessaire. L'histoire de Rosette ne remonte guère qu'à l'invasion française ; j'ai du reste publié sur cette ville et ses jolies maisons anciennes une étude en anglais dans la revue Nineteenth Century and After, en
janvier 1924.