PI. XXXIX
C1. Creswell,
Palais Moussâfer Khan (1779), grande salle du rez de chaussée.
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plusieurs des artistes amenés par Bonaparte pour travailler à la Description de l'Égypte. L'immeuble avait appartenu à un certain Ibrahim es Sennâry, noir, comme son nom l'indique, qui avait fait fortune après avoir commencé sa carrière en qualité de boab (concierge).
J'ignore la date exacte d'une charmante maison dans le quartier Gamaliya appartenant à un cheikh circassien très-distingué qui, sachant apprécier la beauté de son logis, a conservé et augmenté le nombre de moucharabîyas qui en ornent les fenêtres et a placé des faiences et des cristaux d'Orient dans les élégantes niches à arcades en boiseries qui en garnissent la muraille. Cette maison présente donc le charme vivant et trop rare ici d'une habitation dont l'ameublement s'accorde avec le style, et cette harmonie est complétée par un jardin vraiment oriental. De plus une des salles en est revêtue de jolies plaques de faïence dont quelques-unes sont de provenance italienne, mais dont la plupart viennent d'Anatolie.
I1 y avait autrefois au Caire un assez grand nombre de ces faïences mais elles ont été petit à petit enlevées par des voleurs ou vendues par leurs propriétaires cupides ou ignorants. Il n'y a guère que dans la mosquée d'Aqgsunqur que l'on en retrouve des panneaux entiers. Cette mosquée,
construite en 1346 par un émir gendre de Mohammed ibn
Qalaoûn, fut restaurée en 1653 par Ibrahim Agha Moustahfezân, un officier des janissaires, qui voulut y mettre un décor à l'instar de celui des mosquées de Constantinople. Ces faïences, apportées d'Anatolie, et dont la qualité n’est pas homogène, ont été posées par des ouvriers inhabitués à ce genre de décor ; les bordures en sont placées verticalement et les plus beaux panneaux ne sont pas à leur avantage, mais la couleur bleue qui y prédomine est agréable à l'œil et plaît toujours énormément aux touristes. Le romancier anglais Hichens a décrit cette mosquée sous le nom de Mosquée Bleue que les dragomans ont adopté.
Dans la mosquée ‘Atar en Nebi, très pittoresquement située sur le bord du Nil, au sud du Vieux Caire, ily a aussi de jolis revêtements de faïence placés là au XVIIe siècle lors d’une restauration turque (1).
Pour ce qui est des objets d'art, la période turque paraît en avoir produit fort peu. C'est assez naturel du reste, puisque il n’y avait plus ici de cour pour en encourager la fabrication. Les bibelots en métal ou en verre qui se trouvaient alors dans les palais des riches venaient en général de Cons-
tantinople et avaient souvent été fabriqués en Europe. Il y
(1) Pour l'emploi des faïences en Égypte, voirl'intéressant mémoire de M. Claude Prost Les revêtements céramiques dans les Monuments Musulmans de l'Egypte. (Inst. Fr. d'Arch. Or. 1917).
avait, je crois, de belles broderies dans le genre de ce quise fait encore pour la Kissoua (1) et des objets d'orfèvrerie. On voit cependant au Musée de l'Art Arabe deux beaux vantaux de porte avec placage d'argent ciselé datant de cette époque. Une autre porte du même genre se trouve au mausolée de l’Imâm Châfey. Les lustres en cristal et les pendules à long balancier dont l'effet artistique dans les mosquées est plutôt discutable, datent en général du commencement du XIX°siècle et trahissent l'influence des modes de Louis Philippe et de la reine Victoria.
(4) Voile tissé et brodé en Égypte et destiné à recouvrir la Kaaba,
que l’on envoyait à la Mecque tous les ans avec le pèlerinage, et connu improprement sous le nom de tapis sacré.
Frontispice.
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