‹ L'Égypte musulmane et les fondateurs de ses monumentsChapitre 35 sur 46 · P1. XXXVIII · texte numérisé non relu

P1. XXXVIII

C1. Creswell.

Mosquée de Mohammed Abou Dhahab (1773).

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Fait prisonnier après une courageuse résistance ,le grand Mamelouk fut amené au Caire, où il mourut quelques jours après de ses blessures ,empoisonnées, disait le peuple, parla main criminelle de l'ingrat qu'il avait traité comme son fils.

Ge dernier, qui avait amassé de grands biens, profita de la faveur dont il jouissait à Stamboul pour s'emparer du titre de Gheikh el Balad et d'un pouvoir illimité ; il se fit construire une mosquée qui est un des plus beaux échantillons de l'architecture ottomane au Caire (PI. 37). Tout près d’'el Azhar, et encombrée à l'ouest par des bâtisses qui en cachent les gracieuses proportions, cette mosquée n'a pas de cour intérieure, mais, comme celle de Sinân Pacha à laquelle elle ressemble beaucoup, est entourée d'une galerie à colonnade d'où l'on pénètre dans la salle de prières par de belles portes en marqueterie de style arabe. Le dôme qui s'étend sur la salle de prières est d’une grande beauté de lignes et le coloris de l'ensemble, patiné par le temps, est singulièrement harmonieux. Le minaret, par contre, est malheureux ; l'architecte paraît s'être inspiré des minarets bâtards d’el Ghoûry et de celui, écroulé maintenant, de la mosquée de l'Emir Akhor près de la Citadelle, au lieu de se contenter d'une élégante flèche ottomane en pointe de crayon dont le minaret de Sayedna Hussein nous offre

un bel exemple moderne.

Il ne faudrait pas oublier un autre Katkhôda contemporain d'Othmân Bey, un administrateur des Ouagis nommé «Abd-er-Rahmân, dont l’histoire assez paisible présente peu d'intérêt, mais qui mérite d'être classé auprès du grand sultan bâtisseur Qâitbây, dont il partageait la passion pour l'architecture. Ce n'était pas sa faute si l’art avait dégénéré depuis la belle époque mamelouke et si les innombrables mosquées qu'il construisit et dont les plus connues sont celles de Sayeda Zeinab et de Sayeda Nefissa ne sont pas à comparer avec celles du XVesiècle. Le style en est une modification du style mamelouk avec quelques détails franchement turcs.‘Abd-er-Rahman est connu aussi pour les travaux qu'il fit exécuter à el Azhar et qui comprennent son propre tombeau, une partie de l'entrée et une addition de cinquante colonnes au sanctuaire avec une chaire neuve et un nouveau mihrâb. Bénissons surtout la sage modération qui l'incita à laisser intact l’ancien mihräb avec ses restes de décor en stuc du Xe et du XIIe siècles.

‘ Abd-er-Rahman a été accuséd’avoiramassé ses richesses par des moyens plus ou moins innocents, mais il sut certainement en faire usage et les dépensa non seulement en édifices pieux et utiles mais aussi en aumônes ; tous les hivers, il distribuait des vêtements aux aveugles, encore

plus nombreux alors qu'à présent, et aux mouedhdhins,

pour les préserver du froid de la nuit lorsqu'ils montaient aux minarets pour l'appel à la prière. Son père, Othman Katkhôda, avait lui-même fait construire une mosquée qui existe encore au coin de la rue Kasr-el Nil et de la rue d'Abdine, et c'était lui qui habitait dans le palais, près du mausolée de Qalaoûn où se trouvait la grande salle du XIVe siècle qui a été restaurée par le Comité de Conservation, que l'on nomme improprement maison de Bibars.

La magnifique ga’'a ou salle de réception qui est à peu près tout ce qui nous reste de ce palais est un superbe échantillon de l'architecture domestique de ce pays au Moyen Age. Ce style continua sous l'époque turque à être employé pour un grand nombre de palais dont très peu, hélas ! ont survécu, le palais du riche marchand Gamäl ed-Dîn (1637) dont j'ai déjà dit quelques mots, étant presque le seul spécimen à peu près complet. Le grand palais de Radouân Bey, dans la Khiamîya, datant du XVIIIesiècle, aurait mérité d’être conservé ; il est envahi par des logements misérables et des artisans y fabriquent des tentes, des savates, etc., on y voit encore de belles moucharabîyas, des verrières de couleur, un joli mag'ad ou balcon à loggia et l'immense porte sur pivot qui se trouve en face de la mosquée de Mohammed el Kourdy.

Le magnifique palais dit Moussâfer Khân existait, je

crois, depuis environ un siècle lorsqu'il entra dans le domaine de l'histoire contemporaine par le fait que c’est là que naquit le grand Khédive Ismaïl (P1. 39). Une partie du décor est évidemment antérieure à cette date mais le reste a dû être restauré il y a une centaine d'années. Ce très-bel immeuble, qui était près de s'effondrer, a été sauvé de la ruine par la piété filiale et le goût éclairé de Sa Majesté le Roï et, lorsque les abords encombrés et très difficiles en auront été déblayés, il n'y aura pas au Caire un monument d’architecture domestique plus intéressant à visiter. Je voudrais en voir faire un musée d'habitation garni d'objets précieux et d'ustensiles choisis comme le musée que le maréchal Lyautey a fait installer à Rabat dans une ancienne mdersa. On a bien fait un musée d'un autre palais, le joli hôtel

d'Ibrahim el Senrâry, près de Sayeda Zeinab, où se trouvent les intéressants souvenirs de Bonaparte réunis par M. Gaiïllardot Bey, mais elles y sont un peu à l'étroi | les fervents de l'histoire de Napoléon n'ont pas assez d place pour étudier cette unique collection comme elle le mériterait et j'avoue que j'aurais préféré voir conserver ce palais vide comme il a été fait pour celui de Gamäâl-ed-Dîn et les trésors napoléoniens étalés dans un immeuble moderne. Il y a cependant une raison pour que ce lieu ait reçu

cette attribution spéciale : c'est là que logèrent en 1879

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