CHAPITRE II
Le système cosmogonique de Moïse est antédiluvien» — Moïse Va emprunté aux Égyptiens, — Quels furent les premiers habitants de V Egypte. '— Pourquoi les sciences des antédiluifiens se perdirent hors de VÉgypte^ et se conservèrent dans cette vallée»
Nal mortel n'a assisté à l'œuvre du Créateur, aucun re-» gard humain n a donc pu en dévoiler le mystère, et rapporter ce qui s*est passé à la grande époque de l'origine du monde. Les livres saints ne disent nulle part que les opérations et la marche de cette création aient été révélés à l'homme ; des communications entre Dieu et le chef de la race humaine n'ont eu lieu que pour ce qui était déjà , et non par rétrospection ; les derniers versets du premier chapitre de la Genèse le montrent clairement. Moïse, cependant , raconte tout ce que la main de Dieu a opéré pour former l'univers ; et ce qu'il nous rapporte est d'une exactitude telle , que les progrès que les sciences ont faits de nos jours viennent appuyer de leur irrécusable témoignage chacune de ses narrations. Si ce que ces écrits nous apprennent est précisément ce que l'état actuel de la science nous démontre, comment l'a-t-il appris? Pour rendre raison de la manière dont Moïse a pu savoir ce qui s était passé à la formation du monde, le savant dom Calmet en est réduit à supposer que le chef du peuple hébreu avait pu en puiser la connaissance dans des écrits et des mémoires conservés dans les familles des patriarches (i); mais c'est là fuir devant la difficulté, et non pas la résou-
(i) Calmet, Préface sur te Pentateuque et la Genèse, page xiir. T. T. 10
146 L^ieYPTB FHAftAONtQUE.
dre* Qui aTait ëorit ces mémoirea? qui avait tu Tacconi'* plissement des faits? Et si la nation juive n a commencé qu'à Abraham , à qui Dieu dit qu'il le rendrait le père d'un grand peuple , quelle famille de cette nation avait pu conserver ces mémoires ou rédiger ces écrits? Veut-on remonter Jusqu'à un premier homme? A.loriqui avait appris à celui-'ci ce qui s'était passé avant son existence? Il faudrait encore recourir ici à une foule de suppositions qui ne feraient que placer la difficulté sur un autre terrain , sans lui faire faire un seul pas vers la solution ^ sans en diminuer eu rien la force.
La Bible de Vence ne voit pas d'empécheoient à ce que Moïse ait appris ces choses dans les temples égyptiens (i)« Quoique le fait soit vrai| la question n'en revient pas moins la même pour les prêtres de ces temples; car de qui tenaientwls cette connaissance 7 Puis donc que personne n'a pu assister comme témoin et historiographe à la création I et que Dieu n'en a pas révélé les procédés et les actes I il faut bien que le secret de ses opérations ait été surpris par les méditations des hommes ^ à la vue des résultats que leur montrait l'étude ; la conséquence inévitable d'un tel fait) c'est que la science géologique avait été cultivée avec le plus grand succès par ceux qui purent | d'après ses phénomènes , combiner le système entier de la cosmogonie.
Ce point principal convenu ( et il est impossible de se soustraire logiquement à sa démonstration ), il ne serait pas difficile de prouver, s'il en était encore besoin | que ce n'est pas le sol si borné de l'Egypte qui a pu devenir la matière de si savantes ^ si laborieuses , si immenses recherches ; de telles connaissances exigent de profondes et pénibles étudesi que des travaux^ et des observations longtemps continuées I et comparées sur divers points du globe > pou-
(i) Tome I» paff. t5i.
vaientseuU aoHMier. On est donc forcé de reconnaître que ces hautes connaissances, firuit de la ciyilisation la plus avancée, ne pouvaient pas sortir d'une misérable vallée entourée de montagnes qui nauraient pu fournir que des notions géologiques très-bornées; vallée, d'ailleurs, dont l'existence remontait à trop peu de temps; que ces con^ naissances venaient de plus loin; qu'elles appartenaient à ces peuples paemiers qu'une suite de siècles dont il est impossible d'apprécier le nombre, et de longues et sérieuses études sur l'organisation de l'univers, avaientrendus fiimiliers avec toutes les sciences qui en sont le produit. La question de savoir d'où venaient les peuples d'Ethiopie qui furent les premiers cultivateurs du sol égyptien, et qui transportèrent sur cette terre les' institutions héritées des peuples primitifs, est la première qui se présente ici. Ces peuples n'appartenaient ni par la couleur ni par les traits du visage aux aborigènes de l'Afrique. Les langues que parlent les nègres n'ont aucun rapport avec celles de VOrient, que des affinités font filles d'une langue mère, et par conséquent antédiluvienne; ces nègres n'ont conservé aucune trace, quelque légère qu elle puisse être, des connaissances que nous reconnaissons aux peuples primordiaux, ce qui semble établir qu'ils étalent, même dans le premier âge ^ aussi étrangers à la civilisation qu'ils le sont de nos jours»
Les peuples qu'épargna le grand cataclysme furent, sans contredit, tout au moins ceux qui se trouvaient dans 1^ parties les plus élevées du globe , à la limite des régions inhabitables. Ceux qui vivaient sur le grand plateau d'Asie, sur les versants des hautes chaînes du Taurus et du Caucase , durent être de ce nombre ; et c* est par cette raison sans doute , que l'Asie a toujours été considérée par les postdiluviens comme la ruche mère du genre humain (i).
, (t) En rendant compte dans le Journal des Savants, mai i837t d'un
148 L^ÉOYPTK PHARAONIQUE.
De cette région partirent les colonies qui passèrent en Ethiopie, et qui s'étendirent au nord des cataractes. Si nous considérons que 1* historien Éphore plaçait, suivant Strabon, des peuples qualifiés d'Éthiopiens dans les environs de Joppé et dans la Palestine, et que c'était là que se trouvaient ceux dont parle Homère ; si nous remarquons qu'Hérodote place dans l'armée de Xerxès des Éthiopiens asiatiques qui n'étaient guère différents des Indiens (i), nous serons conduits à penser que ce titre d'Éthiopiens^ c est-à-dire brûlés, avait été donné d'abord à tous les peuples dont le teint basané semblait être un effet de l'ardeur du climat^ et que par la suite le nom en resta aux
ouvrage intitulé Sur les noms des mois chez quelques anciens peuples ^ M. Eugène Burnouf remarque que la filiation des peuples occidentaux avec ceux de l'Asie se reconnaît encore dans la langue irlandaise, qui a conservé plusieurs composés tout à fait analogues à ceux que forme le sanscrit. M. F. Lajard, dans le prospectus de Touvrage intitulé Recherches sur le culte de Vénus en Orient et en Occident^ dit aussi que « les progrès brillants des langues orientales ont dè- ■ puis quelque temps rois hors de doute la communauté 'd'origine • qui existe entre certains idiomes de l*Asie et la plupart des idio- « mes de TEurope ancienne et moderne, notamment le grec et le « latin. » La communauté d'origine des langues indo-européennes n'est plus aujourd'hui un fait nouveau ni contestable, ou plutôt ni contesté. Les peuples asiatiques ne furent pas les seuls qui échappèrent en partie aux ravages du grand cataclysme : l'Amérique conserva aussi une partie de ses habitants ; et il est bien constant que les insulaires de la mer du Sud sont aussi, eux-mêmes, 1^ débris de la population du continent affaissé, dans cette partie, de la grande Ile Atlantide. Cette observation modifie considérablement encore les idées sur la hauteur à laquelle les eaux du cataclysme portèrent leurs ravages. Dans les séances du mois de janvier et du mois de février 1843, de la Société ethnologique de Paris, M. d'Eich* thaï a lu un mémoire sur les rapports qui , d'après certaines analo^ gies linguistiques y paraissent avoir existé entre l'ancienne Egypte, rOcéanie et l'Amérique. Journal de l'Institut, février et mars 1843. (1) Nous avons déjà montré que la Bible considère comme appartenant à l'Ethiopie asiatique le pays de Madian.
seuls habitants des rives du Nil, au sud des cataractes, en souvenir de leur origine asiatique (i). Quant à la filiation des Éthiopiens et des Egyptiens, avouée par toute Tantiquité , elle est démontrée d'une manière qu'on peut qualifier d'incontestable , par la comparaison des traits du visage des momies avec ceux des habitants actuels de la Nubie et de rAb7Ssinie(2). Le voyageur français M. Caillaud a prouvé, de plus, que les principaux objets qu ou voit figurer dans le culte des Egyptiens étaient des produits étrangers à l'Egypte, et exclusivement inhérents au sol de l'Ethiopie (3). L'origine des Égyptiens et des Éthiopiens, se rattachant ainsiàl'ua despeuplesqui habitèrent l'Asie avant le déluge, partie du globe qui paraît avoir été, à cette époque, la plus avancée dans la civilisation et dans les connaissances acquises par l'étude (4), il n est pas étonnant qu'il existe de si intimes rapports entre les institutions des divers peuples du second âge habitant les régions orientales. Héri-
(i) Eusèbe fait venir les Éthiopiens des bords mêmes de Tlndus; mais il pla<^, on ne sait pourquoi , cet événement sous le règne d'Améuophîs I.
(a) Descript, de VÉg., E. M,, tome II, Mém, de" M, Larrej sur les embaumements,
(3) Caillaud, Voyage à Me'roé, tome III, page 979.
(4) « Les Tartares d aujourd'hui sont les plus grossiers et les plus «ignorants des hommes; ceux d'autrefois ont pu {ont dâ) être « éclairés et policés. On trouve dans quelques-unes de leurs solitudes « des inscriptions en caractères inconnus, des débris d'édifices qui «paraissent avoir été considérables, des vestiges de longs et péni-
• bles travaux exécutés dans les mines que la terre y recèle. II y a
• aussi, dans le peu que l'on connaît de la structure des langues , « dans le sujet le plus ordinaire des livres , dans les dogmes re- « ligieux, et même dans quelques notions scientifiques qui, toutes
• tronquées et imparfaites qu'elles sont, semblent indiquer des con- « naissances d'astronomie et de géométrie , des traits plus caracté- « ristiques, et qu'on ne saurait concilier avec l'état actuel de la «civilisation chez les nations de la haute Asie. » Abel Hemusat, Recherches sur la langue tartare ; discours préliminaire.
isd l'egyptr pharaonique.
tiers les uns et les autres des mêmes sciences et de la même manière de les exprimer graphiquement, il n*est pas surprenant alors que les plus anciens caractères chinois aient eu tant de conformité avec les signes hiéroglyphiques des Égyptiens , qu'il se trouvât tant d'analogie entre certaines lois et certaines idées de ces peuples , si éloignés les uns des autres par leur position topographique; et, ce point constaté, on n*a plus à discuter si c*est FÉgypte qui a fourni à la Chine et au Japon leurs premiers habitants, on si une colonie de Chinois est allée porter ses mœurs et sa ci-» vilisation immobiles sur les rives du Nil. En avouant cette communauté d'origine, on a aussi la raison de la haute civilisation de Tlnde avant la sixième incarnation de Vichnou , époque qu'on fait remonter à plus de trois iniU« ans avant Jésus-Christ (i).
Les Chinois et les Indiens , ainsi que les Ethiopiens et les Égyptiens, ne furent pas les seuls peuples chez qui s'étaient conservées les connaissances antédiluviennes. A travers les ténèbres qui couvrent la plus haute antiquité , et à une époque où TÉgypte n'était pas encore sortie des marais, nous entrevoyons un empire déjà signalé comme éminemment illustre par sa puissance et ses exploits : c'est celui de Babel ou die Schin*ar (Sennar), sur lequel régoait alors Nimrod , deux siècles seulement , dit-on , après le déluge. Ce Nimrod, qui fonda plusieurs villes, fot l'auteur principal de la construction de cette très- haute et très- vaste tour, si célèbre dans les livres saints, dans laquelle les habitants de Babel se proposaient de se retirer, en cas d'un nouveau cataclysme semblable à celui dont la mémoire était si récente. Les dimensions gigantesques de cette tour, sa forme calculée pour la solidité et pour la durée, ses ornements, tout annonce que ceux qui en avaient combiné le plan et l'élévation, aussi bien que la
(i) For lia d'Urban, Origine du globe, tome II, page 186.
INSTITUTIONS. lit
résistance , étaient familiarisés avec l^s sciences mathéma* tiques.
En même temps qiie F Assyrie ou Sehin'ar de Nimrod , différent de F Assyrie ou Aschour de Ninus, nous voyons paraître à b même époque des peuples nommés Zamzum^ nim, qualifiés de géants comme les Hanachim^ ce qui té* moignede leur excessive antiquité. Avant même Nimrod , la Genèse signale Texistence de villes rivales de Babel, et florissantes comme elle ; enfin, la plupart des noms donnés aux descendants de Noé sont évidemment des noms de lieux connus alors. Ce n est pas en trois ou quatre siècles que ces villes , que ces empires auraient pu acquérir tant de splendeur t ces lieux avaient donc résisté, tout au moins en partie, à la grande destruction ; et leurs habitants avaient dû conserver, par conséquent , les connaissances de leurs devanciers. Mais leurs livres, leurs monuments, leur souvenir même , tout a péri. S*il nous reste encore une faible idée des immenses travaux des peuples primitifs , nous ne le devons qu'à Tinconcevable immobilité qui a frappé la Chine à uneépoque excessivement reculée, à la vénération dont le peuple juif entoura les documents puisés par leur législateur dans le sanctuaire égyptien , et encore tout imbibés de la science de ceux qui les avaient fournis, malgré les pertes qu'ils ont éprouvées au milieu des cruelles ▼icissitudes auxquelles a été soumise la destinée de ce peuple. Platon, instruit aussi par les prêtres égyptiens, nous a transmis également quelques notions sur les temps primitifr; mais n'ayant en vue, comme Moïse, que sa propre nation , il nous a laissé dans la plus grande ignorance sur tout ce que les registres des temples pouvaient renfermer de l'histoire générale du premier âge du monde.
Biais par quel concours heureux de circonstances, ou par quel prodige, lorsque les connaissances acquises par les peuples premiers , et parvenues jusqu'à ceux qui leur survéonrent, se sont perdues de si bonne heure dans le
153 l'bgypte pharaonique.
reste du inonde, TÉgypte a-t-elle eu le privilège de les conserver encore pendant une si longue suite de siècles? La cause, n'en doutons pas, en est due uniquement à la position de ce pays. Les sciences primitives se sont maintenues dans la vallée du Nil pendant très-longtemps, par cette même raison qui perpétue les usages, les mœurs , les traditions dans les vallées des hautes montagnes, que ne ti'averse aucune grande route, que ne fréquentent guère les étrangers, qui sont le moins en contact avec les populations des villes. Si l'Egypte n'avait pas été isolée entre des montagnes , au milieu des déserts; si, dans les premiers temps, son soin avait pas été presque complètement fermé aux autres nations, ces souvenirs s'y seraient éteints, comme ils s'éteignirent chez les autres peuples, comme ils commencèrent à s'éteindre enEgypte même, après l'époque où l'esprit conquérant des pharaons de la XYIIP dynastie, mais surtout de Rhamsès le Grand , ayant mis ce pays en rapport avec les contrées les plus lointaines, et ses soldats ainsi que ses peuples , les premiers par leurs voyages belliqueux, les seconds par la société des captifs amenés en grand nombre de toute part, en communication avec des régions et des populations qui leur étaient auparavant à peu près inconnues, une modification sensible s'ensuivit, tant dans les idées politiques que dans les idées religieuses; époque où les provinces égyptiennes purent aussi être ouvertes elles-mêmes à d'autres conquérants qu'à ceux de l'Ethiopie , placée dans les mêmes conditions que l'Egypte , c'est* à-dire, isolée aussi au milieu des déserts ou de peuples incivilisés; époque enfin où son sol ne fut plus inhospitalier à l'égard des hommes et des usages des autres nations. Cette cause, il faut la reconnaître aussi dans l'extrême fertilité de son sol et sa facile agriculture, qui, n'exigeant l'une et l'autre ni soins assidus ni fatigants travaux pour fournir en abondance à tous les habitants les choses nécessaires à la . vie, procurait à la caste privilégiée de la nation de grandes
richesses qui lui permettaient de se livrer, sans préoccupa* don étrangère, à la culture des sciences confiées à sa garde, et à la contemplation des phénomènes de 1* univers. Dans cette situation heureuse , ces prêtres purent continuer, aux premiers siècles de lexistence de TEgypte, ces hautes études qui avaient été le partage des classes savantes des peuples primitifs, et auxquelles s'étaient d*abord livrés après eux les Éthiopiens leurs pères, tandis que dans les autres contrées les hommes échappés au déluge, ayant tous plus ou moins à se préoccuper péniblement de leur propre existence, durent glisser rapidement dans un abîme d'ignorance, d'autant plus grand qu'il était sans cesse augmenté par ces guerres , alors toujours barbares , dont les livres saints attestent la fréquence et nous révèlent les fureurs. Les prêtres égyptiens voulant justifier près de Solon Voubli dans lequel étaient tombées, chez ces peuples, les connaissances historiques sur le premier âge du monde , lui tiennent ce langage remarquable : « Ceux qui survécti- « rent à la destruction étaient des gens rustiques et vivant « dans les montagnes , qui ne connaissaient guère des < hommes puissants que le nom, et n'avaient que des no- « tions très-légères de leurs grandes actions ou des lois > qu'ils avaient rendues. Manquant encore, durant bien des « siècles, des choses les plus indispensables à la vie, ils ne « travaillaient, eux et leurs enfants, qu'à se procurer le « nécessaire , sans songer à rappeler à leur mémoire les « anciens événements, ce qui leur en fit complètement « négliger le souvenir. £n effet, ce rCest que lorsquon est • sans Inquiétude sur les premiers besoins qu'on peut, dans « l'oisiveté des villes, se livrer à la recherche des faits des « temps passés, et en faire la matière de ses conversa- « tions (i). » Quoique ce récit manque d'exactitude, puisque ce ne furent pas seulement des gens rustiques et
{ï\ Plato, lit Criiias, page SSg.
154 l'ÉOYPTB PHA.aAOMIQUB.
ignorants des montagnes, mais des gens cmlisës et instruits des yilles , qui survécurent au grand désastre , les dernières réflexions aussi bien que l'ensemble n'en sont pas moins frappants de vérité; et ce que Platon rapporte ainsi aux seules notions de Thistoire s'applique encore mieux aux connaissances scientifiques.
OHAVITRB m.
Deux périodes dans V histoire de V Egypte. — Accord de la cosmogonie ai^ec la géologie. — Transposition de versets dans le premier chapitre de la Genèse. — Idées çosmogorUques des Égyptiens communes aux peuples de VAsie.
Nous avons présenté jusqu'ici les antédiluviens comme des hommes qui avaient su franchir les limites de Tintelligence vulgaire , se lancer dans les vastes champs des spéculations du génie, et arriver, à force de méditations, au plus haut point de ces connaissances qui dévoilent à l'entendement humain les voies mystérieuses dont la nature s'est servie pour produire ce qu'un impénétrable et éternel secret devait lui cacher à jamais; nous les avons montrés comme les inventeurs de ces hautes sciences qui, se transmettant d'âge en âge , mais en s' affaiblissant toujours , en étaient réduites presque à leur seul nom , quand une étincelle du même génie créateur de ces peuples primordiaux, rallumant, à une époque très-moderne, la dernière flamme de ce feu sacré , est venue rendre à l'intelligence tout son essor, a remis sur la route des découvertes perdues, et tend chaque jour à rendre à leur primitif éclat celles de ces connaissances que les ténèbres de l'ignorance avaient presque effacées du souvenir des hommes. Nous avons à justifier par des faits ce que nous n'avons appuyé jusqu'ici que sur des raisonnements : parler des connaissances des antédiluviens, c'est faire l'histoire de l'Egypte pharaonique de la première période.
Il feut en effet reconnaître deux périodes très-distinctes dans rhistoire de F Egypte sous ses rois nationaux : la pre* mière, commençant avec la monarchie et descendant jusqu'à la XVIIP dynastie , période de troubles et d'agitation dans la yie politique, mais aussi période savante dans le calme et la paix des temples , et où les connaissances héritées des peuples submergés, brillantes de tout leur éclat, se soutinrent sans perdre considérablement; la se* conde, commençant avec la XK* dynastie, et se traînant jusqu'à la chute de Tempire, période d'indivisibilité dans Tunité de la monarchie, mais aussi d'instabilité dans le sanctuaire, et pendant laquelle de grandes innovations en matière religieuse et de grands changements dans la polt« tique suivie jusque là amenant d'autres idées, tout se ma* tértalise dans la philosophie théognostique, et l'ignorance commence à se glisser au milieu des subtilités d'une my« thologie astrologique , toute d'allégories , époque calamiteuse, où , de décadence en décadence, le sanctuaire avili et superstitieux finit par devenir la risée de ceux-là même dont les croyances étaient plus absurdes encore et plus extravagantes , des Romains , s'il faut le dire , qui se mo« quaient des chats divinisés en Egypte, eux dont la religion plaçait des dieux jusqu'au point le plus infect des cloaques.
li'histoire de la création suiyant le système de Moïse, qui est celui de l'Egypte de la première époque ou de répoque savante , n'est, avons-nous dit , que le résultat de l'étude suivie et comparée d'un grand nombre de terrains de formations différentes, que l'application de principes déduits de laborieuses explorations géognostiques : elle indique donc un état très-avancé des sciences physiques , chimiques et naturelles , et par conséquent des mathématiques. En effet , si l'on porte une méditation attentive et sérieuse sur le premier chapitre de la Genèse, on ne peut pas sortir de cette alternative : Ou ce livre a été inspiré par
156 l'bGYPTB PHiRAORIQUE.
l'auteur même de la création , ou celui qui en a décrit ainsi la marche n*a fait qu'analyser les connaissances acquises à la suite de nombreuses observations faites sur divers points du globe par des savants du premier mérite : nous avons déjà répondu à cette alternative. Vient ensuite le dilenmie : C'est de l'Egypte que Moïse a tiré ce précieux résumé des sciences géognostiques; le sol de l'Egypte ne peut pas fournir la matière des observations qui ont servi à instituer cette doctrine et à en faire l'application : les Égyptiens les tenaient donc d'un autre peuple. Et si , dans le court intervalle qui sépare le grand désastre de la manifestation des sciences en Egypte , aucun peuple postdiluvien n'a pu fonder ce système, c'est donc aux peuples antérieurs à ce désastre qu'il faut le rapporter. C'est la solution de cet argument que les Égyptiens exprimaient sans doute par l'allégorie du second Thoth, transcrivant en caractères vulgaires les mémoires sur les sciences, écrits avant le déluge par le premier Thoth sur les colonnes de la terre de Seriad.
Le premier chapitre de la Genèse nous fait connaître le sentiment des Egyptiens de la première période et des savants antédiluviens sur l'origine de l'univers; mais, pour comprendre les événements dont rend compte Motse^ on interrogerait vainement les versions si pauvres des Septante et de la Yulgate. Comment les auteurs de ces versions auraient-ils pu nous initier dans les secrets de sciences qui n'existaient plus de leur temps? Dans l'examen que nous allons faire des vraies idées de l'auteur de ce livre immortel, nous ne pouvons en explorer le sens spirituel qu'en consultant, avec toute la prudence qu'exige le commentaire d'un tel écrit , la version littérale qu'en a donnée le docte mais trop systématique Fabre JOlivet (i). « En principe de toutes choses , disait Moïse, OElohim (a) crésiYipséité
(i) La langue hébraïque restituée, partie xi*, Cosmogonie,
(a) Ce mot C^iohim, rendu par celui de DieUf est fondé sur la
des deux et de la terre. La terre était dans un état d'extrême diffusion et de rareté , et F obscurité était sur la face de Vabîme , et le souffle d'OElohim exerçait un mouvement générateur sur la surface des eaux. — Et OËlohim dit : La lumière sera faite , et elle fut &ite. — Et considérant celte essence lumineuse comme bonne, OEIohim détermina un moyen de séparation entre la lumière et entre l'obscurité. » Suivant la théorie la plus probable, et qu*a admise la science, au commencement une nébulosité très-diffuse dans l'immensité de l'espace, et renfermant en soi les éléments du calorique et delà lumière, se réunit, s'amoncelle, se condense, et forme un globe, qui, en conséquence de ses principes , répand une chaleur excessive et une très- vive lumière : c'est le soleil. L'extrême effervescence de cet astre produit une vapeur particulière qui s'étend très au loin, et qui, à mesure que cette effervescence le lui permet, se partage en plusieurs parties, par des divisions concentriques assujetties à certaines lois. La vapeur ainsi partagée se rapproche, se tasse, s'arrondit sous le mouvement de rotation et de révolution qui lui est imprimé ; un noyau se forme au centre de cette masse et s'accroît , et la masse devient une planète. Telle est l'origine physique du soleil et des sphères qui se meuvent autour de lui, dans l'état actuel de la science (i): la terre produite ainsi ne futd'a-
racine al ou œl, qui exprime Télévation, la force, la puissance. Dans les langues de tous les peuples de l'Orient , le nom de Dieu était dérivé de l'élévation qu'on attribuait, tant au positif qu'au figuré, à cet être principe, auteur de l'univers. CÊiohim, Œlion, OElhy Jllah, sont les noms qu'on lui a toujours donnés dans l'Orient. Faire d'Olivet.
Avant de passer outre, nous croyons devoir prévenir le lecteur qu'étranger aux langues orientales, toutes nos explications ou interprétations seront empruntées à Fabre d'Olivet , à Walton ou Arias Montanus dans la polyglotte, et à Edmond Gastel dans son lexique heptaglotte. Nous aurons toujours soin d'indiquer celui de ces auteurs qui nous aura fourni l'interprétation.
(i) Lapiace , Système de V Univers.
168 l'bOYPTB PHÀHÀONlQUfi.
bord qu'une masse ignée et fluide. Dans i'idëedes auteurs du système cosmogonique des premiers peuples, comme dans la théorie de la science moderne, d'abord création oii concentration de la matière nébuleuse très-diffuse dans l'espace, delaquelle doivent sortir les globes de l'univers; matière dans laquelle nos astronomes reconnaissent les éléments du calorique et de la lumière, et que Moïse aussi qualifie A^ essence lumineuse (i) ; ensuite , séparation de la lumière et de l'obscurité.
« Et déclarant sa volonté, OElohim dit : Il y aura une raréfaction au centre (du principe) des fluidités aqueuses; et il fit cette raréfaction ; et il fit exister une séparation entre les eaux qui étaient par en bas de l'espace étbéré, et les eaux qui étaient par en haut de cet espace; et ce fut ainsi. Et OElohim assigna à l'espace éthéré le nom decieux (c'est-à-dire, les eaux vaporisées). »
Ces trois versets (6, 7 et 8 ), de la plus grande importance, appellent toute notre attention. Frappés d'une obscurité impénétrable dans le sens rapetissé des Septante et de la Yulgale, ils offrent, dans le sens élevé que leur a donné Moïse , la preuve de connaissances en physique que ses interprètes ne laissent pas même soupçonner. Que signifie \t\xT firmament f c'est-à-dire, un corps ferme et solide , transparent et de la nature du cristal , séparant les
.(i) « Cest un fait bien digne de remarque^ que le sens de calorique ■ et celui de lumière se trouvent exprimés dans la Bible par un seul « et même mot , comme étant une seule et même chose. On doit donc « comprendre, dans le sens de Thébreu » non-seulement la lumière, « mais encore le calorique : il faut donc traduire le mot tT3? par lu- « mière calorique , ce qui correspond à noire chimico»electr(hm(h m gnétique, pour ainsi dire née d'hier .| La Bible était donc encore ici a en avant de la science depuis plus de 3ooo ans. On doit remar- « quer, parce que cela peut aider à concevoir ce que c'est que le « phénomène auquel nous donnons le nom de lumière , que le « mot 773r> pris dans son sens radical, porte avec lui l'idée d'un fluide « sortant par eftlbves. » Éléments de Géologie, mis à la portée de tout le monde , etc, par L. A. Chaubard , 1. 1.
eaux d'en bas des eaux d'en haut? Il n entrait ni dans les idées ni dans les doctrines des savants du inonde primitifi que ce ^e nous appelons le ciel pût être une masse dure ' et solide; et quoique du temps de Xantes-Pagoino et d'A* riaê Montanus la physique fût encore celle qu'avaient transmise les Romains, ces savants n'hésitèrent pas, dans leur traduction littérale et consciencieuse de la Bible, à ceudrepar expansion des deux le mot hébreu, si étrangement dénaturé par les Septante et saint Jérôme. Ce que produit la volonté créatrice, ce nest donc pas un corps ferme et vitré, mais une dilatation ^ une raréfaction au milieu d* un corps élémentaire , afin d*en former deux corps nouveaux,, ayant une origine commune et conservant ensemble les plus intimes affinités ( i ).
(i) Pour rintelligence de ce passage d'un si grand intérêt , noua devons puiser dans les notes de Fabre d'Olivet Pexplicatîoti du (Bot mùimj sur lequel repose tout le mystère.
Ce mot hébreu , ainsi que la plupart de ceux dont se sert Moî«e, est à double acception, c'est-à-dire qu'il a, suivant les expressions du savant grammairien, un sens hiéroglyphique ou allégorique, et un sens vulgaire; la phrase, mot à mot, est celle-ci : ■ Qu*il s*opère une expansion ai| centre de maim et qu*il se fasse « une séparation entre maim envera maim. » Ce mot maim se trouve formé de deux racines : Tune ma, exprimant tout ce qui tend au développement de son être ; l'autre im , qui présente l'idée de toute multitude de choses de même espèce, et devient par là le signe du pluriel : cette dernière, dans un sens propre et restreint , signifie la mer^ c'est-à-dire, la manifestation aqueuse universelle*. Le mot composé de ces deux racines, qui, dans un sens vulgaire, exprime l'amas des fluidités aqueuses, des eaux, semble avoir reçu du sens hiéroglyphique l'idée de la réunion de principes élémentaires aqueux, convertibles en eau et en vapeur : c'est sous cette double forme qu'il se montre les deux dernières fois, dans cette phrase célèbre. Cette phrase équivaudrait donc à celle-ci : « Qu'il se fasse une séparation au centre de maim, principe des eaux, et qu'il se fasse une séparation entre maim , les fluidités convertibles eu eau, et entre maim, les fluidités volatilisables en vapeur. » Ce même mot maim, précédé du même signe qui, phonétiquement,
* Fabre d'Olivet, Vocabulaire radical.
160 L*]âGYPTB PHlRianiQUE.
« Et OElohim dit : Les eaux tendront fortement, par eu bas de l'expansion , vers un lieu déterminé , unique , et VaHdité paraîtra; et ce fut ainsi : et il assigna à Taridité, iabaschuy le nom de terre, arets ; et à la tendance des eaux il assigna le nom de mers, iammim. Et OElohim considéra cela comme bon. »
L'opération qui extrait d'un même principe provenant du feu^ deux corps identiques par leur nature , mais à un état différent, les mers et les cieux, étant terminée, l'aridité est mise à découvert , et ce corps nouveau reçoit le nom d*iabascha, dont la signification est celle d'un corps provenant du feu et continuant à brûler dans son intérieur, ce qui prouve que les antédiluviens avaient les mêmes idées que nous sur l'état d'incandescence du centre de la terre (i) : ainsi cette théorie du feu central, qu'ont rendue incontestable les expériences de Cordier et de Fourrier, se trouve déjà proclamée par les savants qui écrivaient peut-être cent siècles avant nous.
En comparant la description que Moïse fait de la création avec les circonstances cosmogoniques sur lesquelles cette description est fondée, ^on ne peut s'empêcher de résonne > /', devient le nom de rimmensité des eaux, les mers, i-mainif que par euphonie on prononce /Vïmm/m; précédé de la racine Xff sham, qui entraine Tidée de tout ce qui s*élève et brille dans l'espace, et, hiéroglyphiquement , d'une étendue cîrconférencielle*. Le même mot forme sha-maim , traduit par deux , mais qui , littéralement, signifie eaux élevées , sublimées ou vaporisées. Voilà le mystère des eaux d*en haut et des eaux d'en bas, d'au-dessus et d'au-dessous du firmament.
(i) « Tabascha, l'aridité. C'est une chose non-seulement arîdisée « par le feu, mais une chose que le feu continue à brûler intérieure- « ment. » Fabre d'Oliwet,
Cette théorie du feu central se perdit complètement avec toutes les autres sciences naturelles ; et dans les derniers temps la physique, au lieu d'admettre ce noyau toujours incandescent du centre du globe , lui substitua une masse de glace. Voyez Plutarque , De primofrigido,
* Fabre d'Oïl ret, Vocabulaire radical .
connaître quà une époque bien postérieure à celle du législateur des Hébreux, il y a eu un dérangement dans Tordre que ce grand homme avait dû assigner à cette création. Cet ordre indique, après le dixième verset de ce premier chapitre de la Genèse , les versets quatorzième , quinzième, seizième, dix-septième et dix-huitième, complétant la formation des corps célestes, et ayant rapport au partage du temps. Ceux qui avaient su déduire de la science Thistoire de la composition mécanique de T univers, n'avaient pas placé sans doute une alternance de jours et de nuits avant Torganisation des astres dont l'existence devait seule la produire. En faisant ce léger changement, rien n'interrompt plus Tharmonie parfaite qui règne entre le récit de Moïse et ce que nous apprend l'étude tant de la croûte du globe que de la mécanique de l'univers.
A Et OElohim dit : Il existera dans l'expansion éthérée des cieux des clartés extérieures pour faire le partage entre le jour et la nuit ; et elles seront en signes pour les divisions des temps. Et elles seront comme des lumières sensibles dans l'expansion des cieux, pour briller sur la terre : et ce fut ainsi. — ^Et Dieu fit ce couple de grandes clartés extérieures , la plus grande pour représenter le jour, et la plus petite pour représenter la nuit, ainsi que les étoiles. Et il les plaça dans l'expansion des cieux , pour exciter la lumière à briller d'une manière sensible sur la terre. »
L'univers est organisé, les astres roulent dans leurs orbes, les temps s'écoulent, la matière du globe se refroidit, et sa croûte oxydée se forme. Les premiers phénomènes géologiques font sortir des montagnes du sein de T Océan primitif universel : alors commence la création des corps pourvus d'organes.
« Et OElohim dit : La terre fera végéter une herbe végétante germant son germe, substance fructueuse por- T. I. il
162 L*B6YPTE PRABÀONIQUE.
tant son fruit selon son espèce , et ayant en soi sa propre semence : et ce fut ainsi. — Et OEIohim dit : Les eaux émettront à foison des principes vermiformes, et le volatile Yolant rapidement au-dessus de la terre sur la surface de l'expansion des cieux. Et Dieu créa Texistence des immensités corporelles (monstres marins), et celle d^ tout être animé se mouvant d*un mouvement reptiforme, dont les eaux émettaient à foison le principe, selon leurs espèces, et celle de tout volatile à Taile forte et rapide, selon son espèce ; et il vit que cela était bon.
« Et OEIohim dit : La terre fera provenir une âme de vie (une animalité), suivant son espèce, ayant quatre jambes, se mouvant et vivant d'une vie terrestre, selon son espèce; et ce fut ainsi. — E^ OEIohim fit cette animalité terrestre, selon son espèce , et ce genre quadrupède, selon son espèce, et l'universalité de tout mouvement vital de Vada" mahj selon son espèce ; et il vit que cela était bon. »
Après que la multitude des corps célestes a été organisée, et lancée dans l'espace par la main du Créateur, cette main divine, s' occupe de l'organisation de la terre. D'abord doit pousser la verdure , sans laquelle rien de ce qui a vie ne peut exister : l'herbe couvre la terre , qui devient alors propre à recevoir les êtres qui viendront l'animer; ensuite commence l'existence animale , quand les moyens d'alimentation lui sont partout assurés ( i ) ; les premiers
(i) « Il est démontré que la vie, sur notre globe, a dû commen-
• oer par la végétation. Avant Texistence de toute aniinalité , la vé- « gétation, très-simple, se composfiît pripcipalçFiçfkt de fougères « arborescentes, et de lépidodendroos qui av£ti<;pt jusqu'à ao et « 35 mètres d*élévation , avec un diamètre de près d'un mètre à leur « base, composant des forêts comparables à celles de nos sapins,
• mais dont les feuilles avaient quelquefois un demi-mètre de long: « avec ces fougères et ces prêles étaient des cryptogaoïes vasculairea « très-nqpftbreuses. Ces plantes si simples et si peu variées, qui n'oc- « cupent qu'uq rs^ng très-inférieur dans la végétation actuelle , cens- « lituaient, dans les premiers temps de la création des êtres orga-
INSTlTGtJONâ. iCâ
individus du règne animal sont des poissons et des reptiles aquatiques; et cette observation de Moïse, ou plutôt de ceux dont il exposait la doctrine, est confirmée par les faits (i). Les animaux vivant dans les eaux vaporisées, c'està-dire, dans les airs, accompagnent ces reptiles et ces poissons ; ainsi les mers et les cieux reçoivent les premiers habitants du globe. Pour assigner un pareil ordre à la création, les savants antédiluviens avaient-ils remarqué des débris fossiles de ces deux espèces zoologiques dans les couches les plus basses de certains terrains secondaires , ou n'attribuaient-ils ainsi aux oiseaux et aux poissons cette communauté d'origine dans le principe commun des fluidités aqueuses que par induction , sur la remarque des habitudes de déplacements périodiques auxquels sont assu-
« nîsés, la presqae totalité du règne végétal. La rigidité des feuilles , « Tabsence des fruits charnus et des graines farineuses, les auraient « rendus bien peu propres à servir d*altmant aux aninaux; mais les « animaux n^existaientpoinfencore; les mers seules offraient de nom-
■ breux habitants. » L'auteur, après avoir fait remarquer que Timmense quantité de carbone accumulé dans le sein de la terre à l*état de houille , a diS être puisée par ces premiers arbres de la création dans l'acide carbonique, qui, existant en excès dans Tathnosphère» aurait rendu toute vie animale impossible, ajoute :
« Cet ensemble de végétaux si simples, si uniformes, aurait, en « purifiant Tair de Tacide carbonique en exchs qu'il contenait alors,
• préparé les conditions nécessaires à une création plus variée, « Elle semble (cette création) avoir eu pour but de préparer 1rs
■ conditions nécessaires à l'existence de l'homme, et d'accumuler
• CCS immenses richesses de combustibles que son industrie devait « plus lard mettre à profit. • Lectui^ faite par Af, uid, Brongmiart à l'Jcadémie des sciences, séance du ii septembre iS3y,
(i) Les poissons sauroides, ces reptiles gigantesques, premiers an?naux vertébrés , et qui ont des rapports d'analogie si directs avec les crocodiles, se trouvent en eff(pt avec les baleines dans les couches les plna locieones $ et c'est une chose très-digne de remarque , que la Genèse en place la création avec celle des immensités corportiles des eaux, suivant l'expression de Moïse , c'est-à-dire, avec celle des cétacés.
jettis quelques individus de ces deux espèces de 1* animalité? On sait en effet que, pendant que F air renferme des oiseaux voyageurs , la mer contient des poissons qui , à des époques réglées invariablement par la nature , changent eux-mêmes de mers et de climat : dans Tun ou Tautre cas y il n en est pas moins certain que cette doctrine est le fruit de Tétude et de l'observation.
Les eaux et les airs sont remplis d*étres animés; Dieu s'occupe d*en peupler à son tour la terre. Mais ici il y a une remarque bien importante à faire sur la différence très -significative des termes qu'employait le sanctuaire égyptien pour exprimer le même objet, suivant la différence des circonstances. La terre, d'abord iabasha^ matière aridifiée par le feu et continuant à brûler à V intérieur, est devenue aretz quand la végétation est venue la couvrir pour la rendre habitable. Parvenue à cet état, elle perd ce noxxL Hi aretz pour prendre celui àadamahy le domaine adamique. Alors paraissent les reptiles terrestres, les quadrupèdes , tous les animaux qui complètent le règne animal. Enfin, quand tous les êtres irraisonnables ont pris consbtance sur cet élément de rhonmie , ce dernier être, dont les restes ne se trouvent en effet nulle part à l'état de fossile, vient couronner le grand acte de la toute-puissance du Créateur; c'est YAdanf.
S'il est vrai, comme nous pensons l'avoir logiquement démontré, que le système cosmogonique professé par Moïse nous vienne des peuples antédiluviens , les éléments doivent s'en retrouver plus ou moins conservés, plus ou moins matérialisés, plus ou moins obscurcis, chez les peuples les plus anciens du monde postdiluvien : c'est ce qui a lieu en effet. L'origine du monde,' dans les idées des Phéniciens, suivant Sanchoniaton, des Chaldéens , suivant Bérose, des Perses, selon Zoroastre, n'est qu'une doctrine identique avec celle desf^ptiens, doctrine qu'on retrouve également dans les idées des Canadiens sur la création, au mi-
lieu des extravagances et des absurdités dont Tignorance les a entourées. On découvre pareillement un fond de doctrine identique avec la création de rhomme, selon la Genèse, dans un premier homme tiré de la boue, et dans Tange armé de Vépée flamboyante pour chasser la race impie, suivant la cosmogonie des anciens Péruviens (i); le dogme d* une âme immortelle, répandu dans tout le continent d'Amérique aussi bien que dans les îles de la mer du Sud ; Vidée d*une vie à venir avec des peines et des récompenses , établie chez les naturels des îles Sandwich et des îles des Amis , rattachent également toutes ces croyances à un principe commun ; et ce principe remonte nécessairement à des temps antérieurs à ceux où un grand désastre isola violemment ces peuples les uns des autres. C'est pour expliquer la conformité de principes tant sur la cosmogonie que sur la philosophie avant et après le déluge, qu'ils remarquaient entre la Bible et les écrits de certains moralistes de l'antiquité , conformité dont ils ne savaient comment se rendre compte , que des commentateurs de toutes les époques ont imaginé de faire puiser dans les livres des Hébreux, aussi inconnus hors du sanctuaire juif avant l'époque des Lagides que l'étaient à la même époque les livres du sanctuaire égyptien , leurs modèles , les Zoroastre, lesConfucius,lesSanchoniaton, lesPythagore, les Platon, et même Orphée, quand on n'a pas contesté l'authenticité de ses fragments. Ce système cosmogonique, que Moïse avait reçu de la caste savante de l'Egypte à une époque où le sacerdoce égyptien était encore imbu de la science des peuples primitifs j est bien différent de celui que donne Diodore ; mais , du temps de cet historien ^ il n'y avait plus, même en Egypte, unité dans la manière
(i) Garcilasso de la Vega dit que les Péruviens donnaient au premier homme le nom d'Jfpftcamasca, qu'il interprète par terre ani' mée.
166 l'jbgyptb pharaonique.
d'envisager 1* origine des choses; et ce dissentiroent est pleinement confirmé par Porphyre, dans sa lettre au prêtre égyptien Anebon ( i ). Les uns regardaient alors le monde comme éternel et incorruptible ; les autres croyaient à une création , mais la rendaient tellement obscure et matérielle qu'on a de la peine à en pénétrer le vrai sens. Toutes les notions scientifiques en sont efFacées, et à leur place on ne voit plus qu'une émission d'insectes attribuée à la putréfaction, la sortie déterre d'animaux qui, après une sorte d'incubation solaire ^ rompent les membranes qui les retiennent, comme les fœtus des crocodiles rompent^ sous le soleil qui les a échauffés , la coque de leurs œufs, et se répandent sur le globe : ceux de ces animaux qui ont le plus participé à la chaleur de l'astre incubateur s'élèvent dans les airs; ceux en qui domine le principe terreux restent sur la terre ; ceux en qui prévaut la nature aqueuse se précipitent dans les eaux ; la boue du Nil finit par donner aussi naissance aux hommes. Nous n'avons rien à dire sur un système aussi mesquin , tracé par Diodore comme appartenant à r Egypte : à l'Egypte, oui, mais l'Egypte complètement dégénérée.