Netpéy la terre mère, Rhéa, Cérès
C'est encore ici, on le voit, de la théologie cosmogonique. Les huit dieux du premier ordre , sous la présidence d'Âmoun, qui reste en dehors de cette liste, comme le soleil reste aussi en dehors delà liste pour le second ordre, ne nous ont présenté que les premiers résultats de la création de r univers sidéral : ici cette création reçoit son complément par l'organisation du système planétaire et du ciel des étoiles, unis aux cinq éléments principaux qu'admettaient les anciens Égyptiens. Ce second ordre des dieux correspond donc à la seconde dynastie divine, régnajit sur l'Egypte sous le titre de Mestrœi (i).
La théologie cosmogonique procédant ainsi par gradations, doit arriver maintenant à l'organisation spéciale du globe terrestre : c'est en effet l'objet du troisième ordre des divinités, au nombre de cinq membres, Osiris, Harouéris, Tjpkon, Isis et Nephthys. Jmounel Phré, chefs des deux premiers ordres des divinités , se trouvent l'un et l'autre en dehors des familles dont ils ont j^la domination ; mais Osiris, qui est à la tête de la troisième, doit faire partie lui-même de sa dynastie , parce que, supposé manifestation d'Amoun, c'est ce dieu principe qui est le chef réel de la famille nouvelle. Pour cette fois, l'auteur de
(i) On ne comprend pas la qualité de demi-dieux que les Grecs ont donnée à cette seconde dynastie divine, puisque dans la liste du Syncelle on trouve Jupiter, Mars, Apollon, que ces mêmes Grecs ont toujours reconnus pour grands dieux. Leur désignation propre 'était Mestrœi ^ mot qui tient au nom même de l'Egypte, Mesr, dont les Grecs avaient fait Mestrœa. Le nombre de ces dieux se trouve réduit à sept, comme rois de la seconde dynastie divine régnant sur FÉgypte; de même que ceux de la première s'y trouvent réduits de huit à six. Ce sont les six planètes, avec le ciel des étoiles; les cinq divinités supprimées sont les cinq éléments.
Tunivers sortant de sa sphère divine a pris la forme d*un mortel , ou plutôt une partie de sa propre essence est venue animer ce mortel : ce dieu terrestre, commençant donc une série nouvelle d'êtres mystiques, doit figurer à la tête de la liste des divinités supposées humaines. Nous avons montré l'origine du mythe : voici comment la théologie, 6n le comlnnant avec les idées préexisU^ntes , justifie la pensée , toute nouvelle , de la transformation du dieu en homme , pour faire de Thomme un dieu. Nous laisserons parler M. Guigniaut, qui a résumé ainsi ce qu*en disent les différents auteurs de l'antiquité :
« Quand le monde supérieur eut été créé dans toute sa beauté) et après lui la Nature, femme dont les attraits excitèrent l'admiration de tous les immortels , le Démiurge fît les âmes, particules innombrables d'une matière épurée, transparente, invisible pour tout autre que pour lui, et qu'il avait Formée d'un mélange de son soufiEle avec le feu et d'autres substances, en proférant des paroles mystérieuses. Ces âmes furent distribuées en soixante classes, toutes également immortelles et provenues d'une même source. L'Étemel se réjouit de leur naissance (i), les appela ses en&nts, et leur assigna des postes respectifs dans la sphère de L'air, qu'il leur fut défendu de quitter. Puis il se niit à créer des âmes d'un ordre inférieur, et s'associa les âmes supérieures pour la formation des autres classes d'êtres animés, depuis les oiseaux jusqu'aux reptiles. Mais les âmes s'enorgueillirent de leur ouvrage, désobéirent, et abandonnèrent leurs postes ; car le repos leur semblait la iiiort. Jalouses des rois des sept sphères (les planètes), elles voulurent faire invasion dans leurs demeures; mais elles tombèrent aussitôt dans la sphère des naissances. Là,
(i) Remarquons cette expression de la satisfaction divine , dans toutes les cosmogonies. Moïse aussi ne manque jamais de dire , après les actes accomplis de la création : « Et Ëlohim vit que cela elail bon; Et vidit Deus quod erat bonum. •
220 L*]iGYFT£ PHARAONIQUE.
elles virent cette nature que Dieu avait parée d*attraits merveilleux; elles la convoitèrent: celle-ci leur rendit amour pour amour, et ils eurent commerce ensemble (i). De ce commerce fut produite la forme irraisonnable ; le Créateur résolut d*en faire leur punition, et il commanda au divin Hermès d* enfermer les pécheurs dans cette forme des corps comme dans une prison. Les âmes unies aux corps reçurent des dieux toutes sortes de présents; et du Dieu suprême qui les vivifia de son souffle , la promesse du retour aux célestes demeures, si elles se conservaient exemptes de crimes : au contraire, la menace d*être condamnées à passer dans les corps des animaux ,' si elles commettaient le mal. La terre , pourvue de tous les végétaux , leur fut donnée pour habitation. Mais ces âmes tombées continuèrent leur coupable révolte aux ordres du Tout-Puissant ; elles semèrent partout le désordre et la guerre, et le mal devint grand. Les éléments , la terre , souillés , déshonorés par l'impiété et le sacrilège , élevèrent leurs plaintes jusqu'au ciel. Alors Dieu promit d'envoyer sur la terre une émanation de son essence pour juger les vivants , récompenser ou punir les morts, et diriger les événements (2). » Cette émanation fut Osiris , président de la région supérieure du monde, et juge de VAnienthi.
L'histoire mythique d' Osiris est très-connue ; nous n'en
rapporterons que les principaux traits. Rhéa, présentée
tout à la fois comme femme de Saturne et du Soleil , ayant
* eu commerce avec celui de ces deux dieux qui n'était pas
(i) Et viderunt filii Elohim filias hominum quod essent pulchrie, etacceperunt sibi uxores ex omnibus quas elegerant. Ge/i., vi, a.
(a) Guigoiaut [Relig, de PJntiq.y par M. Creuzer, 1. 1, p. 83;); d'après Pimander, le Sermo sacer, Asclepiadtus » Conf. ce morceau avec le vi* ch. de la Genèse; c'est la même allégorie sous une forme différente ; mais dans celle-ci il est question d'Osiris , à qui Moïse n'a pu faire aucune allusion, parce que le mythe n'en existait pas de son temps.
INSTiTOïIôJîS. 2âl
Son époux, devint enceinte; et le Soleil, courroucé, souhaita qu elle ne pût accoucher dans le cours d'aucun mois ni d'aucun an. Hermès, devenu lui-même amoureux de cette déesse, voyant son embarras, chercha un moyen de lui procurer sa délivrance : pour cela, il joua aux dés avec la Lune, et lui gagna la soixante-douzième partie de chaque jour. Avec cette somme, Thoth composa cinq jours entiers qui furent ajoutés à la fin de Tannée , et pendant lesquels Rhéa put mettre au monde cinq enfants : Osiris et Harouéris, dont le Soleil était père; Typhon et Nephthys, enfants de Saturne; Isis, qui avait pour père Thoth ou Hermès (i). Osiris naquit le premier ; et au moment de sa naissance une voix céleste prononça ces paroles : « Le Seigneur de toutes clioses est venu au monde. » Suivant une autre version, une jeune fille nommée Pamylia, allant puiser de Teau au temple d'Ammon à Thèbes, entendit la voix céleste qui ordonnait de proclamer que le grand et bienfaisant Osiris était né. Arouéris naquit le second jour; Typhon, auteur de tous les maux , vint le troisième, en s' ouvrant lui-même un passage à travers les flancs de sa mère; enfin le quatrième et le cinquième jour furent marqués par la naissance d'Isis et de Nephthys. Parvenu au trône, Osiris, qui était devenu Tépoux d'Isis dans le sein même de leur nière , s étudia à adoucir les mœurs sauvages des Égyptiens, à faire fleurir les arts et l'agriculture, et à prodiguer à ses sujets tous les biens de la vie, les dotant des bienfaits de la religion et de la civilisation. Ne voulant point borner ses dons à la seule Egypte , Osiris entreprend de faire jouir tous les hommes des douceurs de la vie civilisée, et, dans ce généreux dessein, il parcourt le monde à la tête d'une armée, emmenant avec lui Pan , Anubis, Macédon et Arouéris, ses enfants. Ce dernier, qui, fruit de l'union d' Osiris et d'Isis dans le sein même de Rhéa , se trou*
(i) Isis, habile dans la science médicale, devait avoir nécessairement pour père l'auteur de toutes les sciences.
232 l'soyptb pharaonique.
yait être le frère de son père et de sa mère , se fit suivre par une troupe de femmes habiles dans la musique, la danse et les arts libéraux, réyérées depuis sous le nom de Muses. Osiris ne quitta T Egypte qu'après avoir donné pour conseil à Isis , à qui il confiait l'administration du royaume en son absence, le sage Thoth, deux fois grand; et pour appui et défenseur, Djour ou'Hercule. Busiris, Antée et Prométhée étaient en outre particulièrement chargés du gouvernement des trobprovincesdontsecomposaitalorsTEgypte. Après son heureuse expédition, Osiris reprit le chemin de son royaume; mais à l'annonce de ce retour, Typhon, qui après le départ de son frère avait cherché à s'emparer du trône, et qui avait reconnu, à une couronne de fleurs de mélilot oubliée par Osiris sur le lit de Nephthis sa femme, que son firère avait ainsi un commerce adultère avec elle, se mit à la tête de soixante-douze conjurés, au nombre desquels se trouvait la reine d'Ethiopie, Aso, pour lui ôter la vie. Typhon fit fabriquer, dans cette intention , un coffre magnifique, dont l'intérieur répondait exactement à la taille d'Osiris, et qu'il se fit apporter, pendant qu'avec ses conjurés il traitait Osiris en un splendide festin. La vue de ce beau coffre excitant Tadmiration de tous les convives, Typhon offire d'en faire présent à celui dont la taille le remplirait le plus exactement. Osiris l'essaye : tous les conjurés se jettent dessus, enferment le roi dans ce coffire, qu'on scelle aussitôt avec du plomb; et on l'envoie à la mer par la bouche Tanitique du Nil. Isis, informée de ce meurtre par les cris des Satyres, se met à la recherche du corps de son époux. Après bien d'inutiles courses , des enfants qui avaiept vu jeter le coffre dans l' eau en informèrent la déesse; et celle-ci, parcourant tout le rivage, découvre enfin près de Byblos ce cof&e, entre les branches d'un genêt monstrueux. Isis, ayant ainsi retrouvé les restes d'Osiris, dépose le coffre en un lieu détourné, et se rend à Bute, où son fils Horus était élevé. Mais Typhon, se trouvant à la
chasse par un beau clair de lune^ aperçoit lui-même ce cofire, et, coupant alors le Corps d'Osiris en quatorze pièces, il les disperse de tous côtés. Isis se met de nouveau à la recherche de ces lambeaux, qu elle retrouve, à Texception d'un seul, qui était la partie secrète du corps, jetée par Typhon dans le Nil , et qu'avaient mangée trob poisson^^fférents , le lépidote, le phagre^ et loxyrynchus. Après avoir remplacé par un simulacre en bois de sycomore cette partie perdue, Isis emporta le cadavre, ainsi rajusté , dans rile de Philœ , où elle lui donna la sépulture : c'est de là que Taccès de cette île ne fut permis qu'aux prêtres pendant toute la durée du culte national. Cependant Osiris revint des enfers pour instruire Horus dans l'art de la guerre, et celui-ci livrant ensuite une bataille à Typhon , le vainquit et le fit prisonnier ; mais Isis , si animée auparavant contre le meurtrier de son époux, brise elle-même les chaînes du captif, et le rend à la liberté. Horus, indigné, arrache alors le diadème de la tête de sa mère, et Thoth le remplace à l'instant par un crâne de vache avec ses cornes. Typhon reconnut le -service que venait de lui rendre Isis en lui contestant la légitimité de son fils; et, deux fois vaincu de nouveau , il alla enfin se cacher sous les eaux du lac Sirbonis , sur le bord duquel il fut frappé par la foudre. Isis, dans une vision qu'elle eut d'Osiris, conçut un second fils, qui fut Har-Pokrat^ enfant débile et boiteux; enfin , après une continuation de règne marqué par toutes sortes de bienfaits , Isis mourut , et reçut la sépulture à Memphis(i). Telle est l'histoire fabuleuse de ce couple divin , laquelle n'est qu'une allégorie de Tannée agraire et astronomique de l'Egypte, mais dont la contexture décèle bien moins le génie des Egyptiens que celui des Grecs euxmêmes (2).
(i) Plut, de Osirid,, et in vit,Jnton.; Diod., I; Hérod., III. (!i) Le fond de la fable est sans doute égyptien , mais la forme et les accessoires en sont grecs; témoins les mœurs sauvages des
224 l'eGYPÏB PHii&ÀONIQUfi.
La partie de cette narration qui concerne Texpéditioii d*Osiris est étrangère au mythe, quoiqu'on ait voulu y rattacher la civilisation du monde ; seulement , on y a mêlé quelques personnages allégoriques nécessaires pour mettre cette partie en harmonie avec la cosmogonie. Ainsi, dans Rhéa enceinte à la fois de cinq enfants de pères différents, on voit la nature humide, grosse d*abord des faits de Saturne , c'est-à-dire du temps, qui engendre et fait éclore tous les êtres ; ensuite de ceux du Soleil , le feu , la chaleur dont Tinfluence est indispensable à la germination; enfin de ceux de Thoth, qui détermine les formés des êtres de toute la nature; puis, dans Taddition de cinq jours à la longueur de Tannée, on trouve une allusion à la correction de Tannée solaire par l'introduction des jours épagomènes.
Osiris, considéré comme principe du bien, auteur de tout ce qui est bon , juste , salutaire, Teau fécondante, et surtout celle du Nil, a pour mortel ennemi Typhon, principe du mal, et expression de tout ce qui est mauvais, funeste ou nuisible dans la nature (i). Il est le sable des
Égyptiens de la première époque; cet enfant d'Osiris, nommé MacédoHf père des Macédoniens; le personnage d'Antée; les Muses ei les Satyres, inconnus àTÉgypte, el auxquels les monuments d'aucune époque n*ont jamais fait même la plus légère allusion. Il ne faut pas perdre de vue que, sous le rapport de 1* histoire écrite i nous n'apercevons l'Egypte nationale qu'à travers l'Egypte grecque, (t) Typhon était aussi appelé Seth, qui, suivant Jabionski , signifie poulain (Tune ânesse^ interprétation confirmée par Silvestre de Sacy. Il portait aussi le nom de Baby ou Bebo, que Jablonski croit signifier le vent souterrain caché dans les cavernes. Jablonsk., Pantk, JSgypt,f iit, 3, § 33. Suivant Plutarque, le mot Baby sigoifîait empêchement, parce que Typhon arrête l'élan du bien et entrave toute affaire bien commencée : mais il en est de cette explication comme de l'interprétation du mot Amoun par absconditus ; c'est l'idée qui est interprétée , et non le mot qui est traduit. Du reste, Typhon n'était pas un être mythologique pour l'Egypte seule, car Pindare le cite, et dit qu'il est enseveli sous la Sicile, vaincu qu'il
iNSTlTUTlO^fg. M6
déserts envahissant les terres arables^ la mer iatale à la végétation, la tempête, les crues du Nil insuffisantes ou trop considérables , les cataclysmes y tous les désastres y la peste, tout ce qui est mortel. Marié à Nephtfùs, qui était la li* sière du désert, T extrémité des terres joignant au désert et que le Nil atteignait rarement, le point enfin où cesse la fécondité, il avait pour concubine ^rott^/if , qui n était qu'une forme de Nephthis, et partageant ses attributs. Quand une grande inondation portait le limon et la fertilité sur les terrains dont Nephthis était le symbole, c'était Osiris qui commettait un adultère avec cette déesse. Le mélilot est une plante qui croît en grande abondance sur les rives du Nil ; le mélilot croissant sur le sein de Nephthis , c'està-dire sur les terres ordinairement incultes , atteintes à de rares intervalles par l'inondation, était la couronne d'0« siris , oubliée sur le lit de ce personnage allégorique. Ce fut par cet oubli que Typhon, ayant découvert l'infidélité de sa femme , dont le résultat avait été la naissance d'Ânubis, voua à son frère la haine dont il ne cessa, depuis, de lui donner des marques. Après avoir cherché, pendant l'absence d' Osiris, à usurper la couronne d'Egypte , Typhon se ligue avec Aso, reine d'Ethiopie (i), et avec d'autres conjurés. En nous apprenant que cette fictive reine n'est autre que le vent brûlant du midi , occasion de toutes sortes de maladies, Plutarque nous indique tacitement que les soixante-douze conjurés sont les vents venant des soixante-douze régions dont, on composait alors le monde (a). Le coffre dans lequel Typhon renferme Osiris, c'est le Ut du Nil , profondément encaissé pendant les bas-
fut parles Arimes. Strabon, XIIL La mythologie égyptienne l'ensevelit , au contraire , sous le lac Sirbonis , sans doute parce que ce lac donnait de la chaleur et qu'il produisait du bitume.
(i) Suivant Jablonski, Mo est le mol par lequel les Coptes désignent encore aujourd'hui TÉthiopie. Fane. JEg., III, % 7.
(s) Horus jipoUo, Hierogl. 1 , 47*
236 L*ÉGYPTB PliABAONIQUB.
ses eaux. A cette époque Typhon triomphe, car tout est aride et sec. Bientôt rinondation couvre les terres : c*est encore Typhon vainqueur; toute TFgypte n'est qu'une mer, le cofTre a disparu, la mer s'en est emparée. Mais le fleuve commence i baisseri et les canaux se découvrent : voilà le corps d'Osiris retrouvé , et ensuite dépecé. Cependant, les canaux sont en grand nombre, et Plutarque borne à quatorze les lambeaux du corpsd'Osiris. Ce nombre quatorze n'apasrété choisi sans intention. Plutarque, comparant l'inondation aux jours de la lune , dit que la crue est dequatorze coudées à Merophis, par la raison que ce nombre représente l'âge de la lune dans son plein. Cette considération nous fait penser, avec Jablonski (i), que ce même nombre indique ici celui des coudées auquel devait atteindre la crue du Nil, au moment de l'institution du mythe, pour procurer une bonne récolte (2). La moisson est terminée, ou , allégoriquement, les membres d'Osiris sont retrouvés ; une seule partie manque : c'est le principe de la germination, qui a disparu dans le Nil, auquel il a
(i) Jablonsky^ V, m , 7.
(a) Nous avons vu y dans la seconde partie des prolégomènes de ce travail , que , suivant Hérodote , i) fallait de son temps seize coudées de crue du Nil pour que Tinondation procurât Tabondance. Le chiffre i4» clu temps de Tinstitution du mythe, correspond donc aux seize coudées d'Hérodote , qui n'étaient pas effectives , ainsi que nous Tavods fait remarquer. Les deux coudées de plus qui se trouvent à Tépoque du voyage d'Hérodote indiquent donc la quantité dont le sol avait dû s'exhausser au fond du nilomèrre, dans l'intervalle qui sépare l'époque de ce voyageur de celle de l'institution du mythe. Nous avons vu aussi que deux coudées d'exhaussement demandent environ neuf siècles pleins. Hérodote voyageait vers Fan 45o avant notre ère : en ajoutant ce chiffre à celui de 900, représentant les deux coudées d'exhaussement, nous arrivons au'milieu du quatorzième siècle avant J. C, ce qui nous porte au commencement des règnes de la XIX® dynastie , ou fin de ceux de la XVIH* • c'est bien Tépoque que nous assignons à Toriginedu mythe d'Osiris, et c'est un témoignage de plus en faveur de notre sentiment.
communiqué la vertu fécondante par son limon et par ses eaux. Dans la morte saison , Osiris revient des enfers ; c'est le soleil qui va recommencer une nouvelle carrière. Isis devient alors la lune, caractérisée par les cornes dont Thoth orne son front. Horus est vainqueur de Typhon, qu'il fait prisonnier, et qu'Isis délivre : c'est qu'Isis, qui redevient la terre , ne veut pas permettre que la puissance contraire à l'humidité soit] complètement anéantie , attendu que le monde ne pourrait être parfait, dit Plutarque, si la chaleur en était supprimée. Osiris revient des enfers, et Isis se trouve enceinte d'un nouvel enfant : c'est encore , suivant le même auteur , le soleil fécondant la lune avant son renouvellement en mars , pour qu'à son tour elle puisse fé- <ïonder la terre dans la nouvelle saison agraire. Isis met au monde un enfant débile et languissant , neuf mois après cette fécondation , c'est-à-dire à la fin de décembre : c'est que le soleil est en ce moment au solstice d'hiver, oùles jours sont courts et la chaleur nulle. Cet enfant, Har-po^krat (i), un doigt sur la bouche , pour marquer le silence , indique la semence confiée à la terre, et qui s'y développe mystérieusement; Horus, au contraire, frère d'Har-po-krat, est fort et vigoureux, parce qu'il est comparé au soleil parvenu au solstice d'été , moment où ses rayons sont brûlants : "C^est aussi Apollon lançantses flèches , et Mars destructeur, parce que l'excessive chaleur dessèche les plantes et tue la
(i) Ce nom ^ Har-po-krat parait signifier Horus aux pieds délicats ou malades, « Le dieu qui le porta fut confondu , à une époque tar- « dive probablement, avec un autre dieu plus ancien ou supérieur, « Phtha-Sokari, enfant surnommé également Po-krat, Har^po-krat est « Horus enfant, comme Har-ocri est Horus parvenu à la fleur de • ^'âge, à la foi^ fils et frère d'Osiris. Ce sont trois formes ou per- « sonnes distinctes d'une même divinité. » Relig, de l'Jntiq., i, note de M. Guîgn., pag. 808.
Ce mot Har, qui commence plusieurs noms divins en Egypte, se trouve chez les Moabites comme nom spécial d'une idole unie au Baal des hauts lieux. Numer,, XXI, i5 et 28.
228 LEGYPTB PHÀBAONIQUB.
végétation. En ce sens, Horus se trouvait en rapport avec Typhon, et la lune devenait identique avec Osiris (i). Horus était aussi surnommé Kœminj qui, suivant Plutarque, signifiait vu, parce que le monde est visible et sensible; Horus se trouvait donc alors identifié avec le monde. Isis ellemême était, dans ce cas, Athyr et MoatJiy noms que le même écrivain interprétait par maison mondaine ^HoruSy et mère du monde par Horus (a). Isis se trouve donc confondue ici avec Neith , et Horus avec Osiris.
Des divinités des deux ordres supérieurs concouraient, avec celles du troisième ordre, aux combinaisons de la fable isiaque^ arrangée sur la science astronomique autant que sur la science agricole. C'est ainsi qu'on voit Neith et Saté se partager la direction du monde ; Neith, qui est la sagesse , la première émanation d'Âmoun , en gouverne la région supérieure , tandis que la région inférieure est dans les attributions de Saté, fille de Phré. Pour la terre en particulier, Isis en était la partie visible, Thémisphère supérieur ; et Nephthis , la partie qui ne paraît pas, les antipodes. AnubiSy ou plutôt Anèhouy compagnon du Thoth terrestre ou second Hermès, avec qui il se confond sauvent, passait pour l'horizon, et touchait par cela même aux deux régions supérieure et inférieure du monde. Cependant, en tant que gardien delà région inférieure, il prenait le nom spécial d! Hermanubis, Comme -présidant aux points solsticiaux , ce même dieu était représenté par deux chacals placés aux tropiques.
Aux trois ordres de divinités dont nous avons parlé jus-
(i) Plut., de Iside et Osir,
(3) Ibidem, Nous avons fait remarquer déjà que, dans Tinterprétation des noms divins, Plutarque ne rendait pas le mot égyptien par le mot grec correspondant, suivant Tétymologie; mais qu'il exprimait l'idée que de son temps on attachait au nom de ces di«
vinilés.
qu ici , appartiennent les animaux sacrés qui étaient leurs symboles Tivanls •
Nous avons dit plus haut que la vénération quon avait, àFépoque la plus reculée, pour certains animaux utiles, ne fut, dans Torigine, qu'un simple tribut de reconnais* sance, à raison des services que leur espèce rendait à TËfgypte. Ces mêmes animaux ne tardèrent pas à être choisis pour devenir le symbole des attributs divins personnifiés, soitàraison de certains rapports réels ou imaginaires qu'on croyait découvrir entre eux et les dieux auxquels on les comparait , soit à raison des idées qu'on se faisait du. naturel ou des qualités de ces animaux. La simple vénération primitive dégénérant ensuite, pour le vulgaire, en un véritable culte , un honteux fétichisme devint la religion des basses classes ; et cette superstition, la plus inconcevable et la plus dégradante de toutes , finit par gagner les temples mêmes, quand l'ignorance en eut entièrement abruti les ministres.
Le règne animal et le régne végétal fournissaient également des symboles; et c'est pour se moquer de ceux de ces symboles qui étaient tirés du règne végétal, que Juvénal trouvait plaisant de placer dans ce nombre les poireaux et les oignons , qui n'en firent jamais partie. Le bœuf fut celui des symboles du genre quadrupède qui obtint le plus de célébrité, d'abord à raison de son importance dans les travaux agricoles; ensuite, parce qu'il fut attribué au dieu fort, et qu'il caractérisa la personnification de cette force divine dans Osiris. A ce titre , suivant les intentions manifestées par Isis , à la mort de son époux , cet animal fut supposé avoir reçu l'âme d'Osiris, et le taureau Âpis fut le symbole le plus vénéré dans l'Egypte entière* L'âme d'Osuis, en sortant d'un des taureaux sacrés, entrait dans le corps de son successeur, qu'on reconnaissait à certains signes : il fallait que son poil fiit noir et hérissé ; il devait porter sur le front une touffe de poils blancs de forme qua-
330 l'eGYPXE PUABAOKIQUE.
drangulaire, une autre marque en forme d* aigle sur le dos, des poils doubles à la queue, et sous la langue une sorte de tubercule en forme de scarabée. La très-grande difficulté de rencontrer, sans supercherie, un veau de cette espèce, rend raison des transports de joie et des réjouissances qui signalaient sa découverte. Particulièrement vénéré àMemphis sous le nom d'Âpis , il était honoré aussi à Hermonthis sous le nom d* Onuphis et sous celui de Pœcis ou Bacis^ mot qui semble ofCrir quelque analogie avec celui de Bacchus , appelé aussi , comme Onupbis , le dieu bon , et comparé au taureau (i). La vache, symbole d'isb, était particulièrement honorée à Bubastis. Cet animal était aussi symbole d'Athor. La raison qui fit adopter le chat pour symbole disis-lune fut, suivant Damascius, que sa femelle met bas , en sept portées , autant de petits que la lune met de jours à faire sa révolution (2). Suivant HorapoUon, c était parce que la prunelle de ses yeux change de forme trois fois par jour : au soleil levant, à midi, et au soleil couchant (3). Nous ignorons si ces écrivains ont adopté de bonne foi et de confiance ces absurdes explications, ou si , comme nous, ils ont vu en cela une allégorie qui cache la véritable raison, que nous ne connaissons plus Comme la vache , le chat était honoré dune manière toute particulière à Bubastis , où un vivier était destiné à conserver les poissons réservés pour sa nourriture. Le fanatisme des Egyptiens en faveur de cet animal était tel , que celui qui, même par pur accident , en aurait tué un, devait être impitoyablement mis à mort (4).
(i) 'EWsLn.jJffist. ancien., XII, lî.
(3) Dam£tscittSy apud Phot.
(3) Horapol., /Tieno^/., 1,9.
(4) Hérod., II, 65 ; Diod., I, 83 ; iElian., Jmin, XIII, ag. Les chats qui mouraient dans les maisons particulières étaient déposés dans les édifices sacrés, où on les embaumait, et on les portait ensuite à Babastis, s'il faut en croire Hérodote, II , 67. Cependant des momies de CCS animaux ont été trouvées sur divers points de l'Egypte.
Pendant que la brebis était le symbole de Neith , le bélier était celui d'Âmoun , aussi bien que celui de la ville de Thèbes. Le bouc, emblème du principe générateur de l'univers, principalement révéré à Mendès, était aussi le symbole de cette ville, qui lui avait emprunté ou donné son nom; il était aussi le symbole d'Hermonthis et d 'Hermopolis. Les autres quadrupèdes connus comme symbole de villes sont le cynocéphale > à Gynopolis; le chacal, à Syout. Les villes de Tachompso , d^Ombos, de Coptos j de Crocodilopolis y avaient pour symbole le crocodile, emblème pareillement de S*fok ou Saturne, et quelquefois aussi de Typhon, qui avait également pour symbole Thippopotame et Tâne.
Certains oiseaux partageaient avec les quadrupèdes le privilège de représenter symboliquement les dieux ; les principaux étaient Tibis, Tépervier et le vautour. L'ibis, cootribuant à débarrasser l'Egypte des insectes et des vermisseaux que faisaient pulluler les eaux de Tinondation lors de leur rentrée dans le Nil, était l'un des bienfaiteurs les plus réels, de ce pays , et l'an comprend qu'il ait reçu de bonne heure les honneurs divins. L'épervier, dont le nom égyptien e^^primail: , suivant HorapoUon, l'ânte^ siégeant dans le corps (i), était tout à la fois le symbole des âmes et celui des choses sacrées. L'âme séparée du corps était symboliquement exprimée par ce même oiseau , mais avec la Qgure humaine. L'épervier était encore le symbole d'Horus en tant que le soleil , et le symbole du soleil lui-même. Quant au vautour, symbole du principe féminin dans la nature , et symbole de Neith symbolisée aussi par le scarabée, il était regardé comme l'aiiblème de la victoire ; et on le voit toujours planant su^ la tête des pharaons , dans les tableaux de batailles. Suivant une opinion vulgaire en Egypte , cet oiseau
(l) Horapoll., 1,7.
333 l'ÉGYPTB PHikBAONlQUB.
indiquait, sept jours à Fayance, Teadroit où il convenait de combattre, et il présageait la défaite de celle des deux armées à laquelle il faisait face (i). L'espèce de chacun des animaux qui fournissaient ainsi un symbole divin était représentée dans les temples par l'un d'entre eux qu'on choisissait avec un soin extrême , et qui, après avoir été pendant toute sa vie nourri et soigné aux frais des temples, recevait après sa mort un embaumement distingué. Les momies de ces animaux étaient renfermées dans, des catacombes , creusées exprès pour eux.
Quelques poissons étaient aussi adoptés comme symboles de dieux ou de villes ; nous en citerons un de la plus petite espèce , le joèl^ dont une quantité immense fut trouvée embaumée à Kous , du temps d'Âbd-Allatif, qui leur donne le nom de silL Comme ce petit poisson ne parait en Egypte qu'avec l'inondation, il serait possible qu'il eût été tout à la fois le symbole de l'inondation et celui de la ville de Kous.
Parmi les individus du règne végétal adoptés comme symboles , on remarque surtout le lotus bleu (a) , le palmier elXepersea, Le lotus, plante aquatique, que l'on voit jouant le même rôle aussi bien dans les tableaux mythologiques des Indiens que dans ceux des Egyptiens , servait à caractériser le Nil, l'eau, principe cosmogonique , le créateur lui-même, la vie et l'immortalité. Dans cette plante célèbre , les Egyptiens découvraient tous les mystères d'Osiris et d'Isis. Le calice de sa fleur était le sein de Rhéa , dans lequel avait eu lieu l'union mythique de ce couple divin. Tous les dieux , toutes les déesses sortent de cette fleur, qui s'élève elle-même au-dessus des eaux, principe cosmogonique universel. En Egypte, cette même fleur sert de siège à Osiris, à Isis, à Har-po-krat; dans
(i) Champoll.-Figeac, Univ, pitt,, Egypte^ p. 167. (a) Aymphtra cœruha.
rinde^ elle fournit aussi un siège à la trimourti, à la grande abeille bleue , à Brahma. Le palmier, dont le bois servait à la fabrication des lits des prêtres , était un des symboles de Tannée , parce que tous les ans ses branches se renouvellent. Quant au perseay arbre éthiopien transplanté en Egypte , d'où il a complètement disparu aujourd'hui, c'est celui de tous les symboles qui a joué le plus grand rôle dès la plus excessive antiquité, si, comme tout porte à le croire , c'est celui que la cosmogonie de Moïse qualifie d'arbre de vie , arbre de la science du bien et du mal , planté au milieu d'Eden , et qu'on retrouve hiéroglyphiquement sous ce même nom à^ arbre de vie dans un tableau du Rhamesséum de Thèbes (i).
Un symbole d'un genre et d'une forme particulière, et sur lequel les sentiments ont été le plus divisés , c'est celui qu'on est convenu d'appeler croix ansée, que tiennent ordinairement à la main toutes les divinités du panthéon égyptien. Véritable croix opérant des miracles, suivant certains Pères de l'Église suivis par Saumaise; image du phallus, suivant Lacroze , Jablonski, Yisconti, Larcher , Heyne , Montfaucon ; clef du Nil , suivant Zoéga et Denon ; nilomètre , suivant Pluche , il est considéré comme symbole de la vie divine par Champollion. Quant à nous , s'il nous était permis d'exprimer un sentiment différent , nous verrions dans ce signe l'indice de la science et de la sagesse, le symbole de la célèbre MgypUorum sapientiay proclamée par toute l'antiquité 6t partage de toutes les divinités; et nous appuierions notre sentiment de la signification de ce signe dans la langue chinoise , où il formait très-anciennement un canictère graphique, dont l'expression était celle de sage, de philosophe , de savant (2).
(i) Caillaud, Voyage à Méroé, t. III, p. aa et 88. Cet arbre porte le nom de baobab, (a) Voy, Mém, Acad, des insc, t. XXXIV, le mémoire de de Gui-
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Aux trois ordres de divinités reconnues p«r les Egyptiens , se lie une classe de dieux remontant à la plus haute antiquité » lesquels prenaient le titre de forts et puissants ^ de grands par excellence, les Kabires» nommés anake$ par Orphée, c'est-à-dire souverains; dieux Pataïques des Phéniciens et des Syriens y Dioscures des Grecs , c'està-dire enfants de Dios ou Jupiter, portant aussi chez ce peuple le titre de patrii ou dieux de la patrie^ mot converti par les Latins en celui de Pénates (i) j divinités sur lesquelles on sait très-peu de chose. Enfants de Phtha ou Mercure, suivant Hérodote; de Sydik ou, Sedekj c'està-dire du Juste y, selon Sanchoniaton ; de Dios y Zeus ou Jov , suivant les Grecs , leur naissance y sous l'un ou l'autre aspect , les rattache toujours au dieu principe de l'univers. Variant de nombre , et perdant en considération avec les siècles , on voit ces Kabires parcourir différentes échelles , jusqu'au nombre de douze et au delà. Identiques^ à l'origine, avec les dieux du premier ordre » ils ne sont d'abord que deux, que l'on peut considérer comme les ténèbres premières et l'humidité primitive , placées par Damascius à la tête de sa liste, avant les trois Kamephis de l'Egypte. Plus tard, on les trouve au nombre de six y qui se montrent alors comme identiques avec la première dynastie divine, celle des auritiCy, allégorie des six époques de la création» Parvenus au nombre de huit, ce sont les dieux inscrits sur la stèle d'Evandre. Le nombre de six doublé ensuite par une combinaison qui les partage en six mâles et six femelles, ces dieux représentent les divinités du second ordre et la dynastie des Mestrœi. A l'institution du mythe d'Osirb, comme toute la mythologie antique dut se fondre dans
gnes. M. Wilkinson regarde la croix ausée comme le thau sacré que les chrétiens auraient adopté sous la forme de la Crosse.
(i) Voyez leurs autres noms dans la Religion </« la Grèce ^ par M. Rolle.
INSTlTOTlOnS. 314
cette nouvelle combinaison théogonique y lea Kabires ne furent plus que des ministres des grands dieux, des Lares (i) ou pénates; enfin, en dernier lieu on ne les considéra plus que comme de simples décans, des démons ou génies familiers , gardiens des maisons et des chemins (2). Alors la famille de ces dieux s'augmenta d*Osiris, d*Isis^ de Sérapis et d' Anubis (3),
Cette classe d'êtres demi-divins que nous venons de nommer, les décans, démons ou génies, se lie plus parti* culièrement aux dieux du second ordre. D'une nature intermédiaire entre Dieu et l'homme, les décans, que Moïse désigne sous le nom de malaïkim, et les chrétiens sous celui (ï anges (4) j étaient , suivant la doctrine égyp* tienne comme suivant celle de plusieurs Pères de TÉglise, répandus dans tout l'espace , et c'étaient eux qui établissaient les communications entre les mortels et les immortels, d'où leur est venu ce nom à anges, qui signifie messagers. Partagés en deux classes , les uns remplissaient la sphère supérieure, les autres la sphère inférieure. La première se partageait en six ordres, dont les attributions sont bien définies par M. Creuzer. Le premier ordre, d'une nature vraiment divine , avait pour fonctions de maintenir le lien qui unit les âmes avec les dieux; le second ordre, d'une nature intellectuelle, présidait, soit au départ , soit au retour des âmes qui descendent ou
(i) Lar^ en ancien toscan, signifiait chef. Rolle, ibid, (a) Apulée, de Deo Socrat,
(3) Rolle, ReL de la Grèce. Sur Sérapis, voyez la dissertation de M. Guigniauty intitulée Le dieu Sérapis et son origine,
(4) Conférez Tarticle de D. Galmet sur les anges. Die t. de la Bible. Il est à remarquer que Moïse n'emploie le mot mtdaïkun qu'après le déluge. Avant cette époque, quand rintervention d'un être de cette nature est nécessaire, comme pour la garde d'Éden, c'est le mot ckerub dont il se sert, mot équivoque, qui s'applique à toute nature d'êtres » raisonnables ou irraisonnables. Voy. aussi d'Argena, Notes aux réflexions étOcellaê Lueanus,
296 l'bgypts phàeaonique.
montent pour aller habiter des corps terrestres , ou pour rentrer au ciel quand elles les ont quittés; le troisième ordre communiquait en sous-ordre aux âmes divines la puissance créatrice , et leur apportait les influences supérieures; le quatrième communiquait les forces actives de la nature universelle aux natures partielles et spéciales; le cinquième y de forme corporelle, réunissait, soutenait et conservait tous les éléments du corps terrestre et périssable , d'après le modèle du corps éternel et idéal; enGn, le sixième et dernier ordre se composait des démons ou génies qui avaient à s'occuper de la matière , et qui rassemblaient dans la matière terrestre les forces et les propriétés dérivées de la matière céleste (i). Quant aux démons de la sphère inférieure , qui sous les Grecs et les Romains devinrent des Pans, des sylphes, des tritons , des faunes , des dryades , et toute la phalange légère des divinités aériennes , champêtres et aquatiques , ils remplissaient le cercle de la lune , Veau , Tair, la terre , et présidaient à tout ce qui tend au développement des plantes. Ils étaient , comme ceux delà sphère supérieure , divisés par classes subordonnées les unes aux autres (2). Chacune des divinités zodiacales avait sous elle trois de ces génies ou décans , formant ainsi , autour du zodiaque, un nombre de trente-six divinités, dont chacune régissait, comme génie tutélaire, Tune des trente*
(i) Greuzer, Relig. de PAntiq,^ liv. m, c. 5. C'est au moyen de ces înDombrables subdivisions que le panthéon égyptien se trouvait rempli d'une telle quantité de divinités, qu'il n'est pas de voyageur explorant avec attention les monuments qui n'en puisse signaler quelqu'une de nouvelle. Hérodote, U, 8a , nous avait dit déjà que les Égyptiens réclamaient le mérite d'avoir été les premiers à con* sacrer chaque mois et chaque jour de l'année à une divinité particulière; les heures aussi avaient une divinité pour président.
(a) Au cinquième siècle, le christianisme a commencé à diviser les décans ou anges en trois classes, sous le nom de hiérarchies , et il a placé trois ordres dans chaque hiérarchie.
tNStlTOTIONS» 337
six parties intégrantes du corps humain (i). Ainsi subordonnées trois par trois aux douze divinités du zodiaque , les décans avaient chacun sous eux deux ministres, à qui ils commandaient eux-mêmes ; et chacun de ceux-ci avait sous lui deux autres démons inférieurs en hiérarchie y qui en avaient d'autres encore au-dessous d'eux, et ainsi successivement y jusqu à ce qu'il se trouvât un de ces génies pour chacun des trois cent soixante degrés du cercle zodiacal. Au moyen de cette disposition, il partait de chacun des signes du zodiaque une pyramide de demidieux dont la divinité zodiacale était le sommet , et qui par celle-ci venait se fondre dans l'unité de Dieu.
Les membres nombreux de la famille divine des Egyptiens étaient distingués sur les monuments par la couleur différente dont on peignait leurs carnations, et parla coiffure symbolique dont était ornée leur tête. Ainsi, Amoun, dieu créateur, et divinité céleste première , avait ses chairs de couleur bleue , aussi bien que Neith , en tant que forme femelle d' Amoun ; car dans ses autres formes cette déesse recevait la couleur jaune , particulière à toutes les femmes sur les bas-reliefs. Phtha considéré comme le grand ouvrier du monde était peint en vert^ couleur de la nature. De même, le Thoth céleste, Har-haty trois fois grand , personnification de l'intelligence suprême, était en bleu; pendant que le. second Thoth , le Thoth terrestre , compagnon d'Osiris , était de couleur rouge, teinte particulière à tous les Egyptiens sur les monuments. Le dieu Nil était représenté aussi sous deux teintes différentes, selon les circonstances : bleu pendant les basses eaux , qui sont alors pures et limpides ; rouge pendant les crues , parce que les eaux sont alors troubles et roussâtres. Quant aux coifhires , elles étaient extrêmement variées , suivant les différents
(i) Creuzer, Religde VAntiq., liv. ni, c, 5.
338 l'égyptx pba&aonique.
aspects sous lesquels on considérait la divinité , soit sous Ib. forme humaine , soit sous la fisraie de Tanimal qai ^it son symbole , soit sous la forme mixte de Thomme arec la tète de Tanimal symbolique : ainsi, Amoun à figure humaine porte sur son bonnet aplati deux longues plumes; sous la figure du bélier, ou simplement avec la tête de cH animal , les deux plumes sont plantées sur un disque rouge placé au-dessus de sa téte« De même Neithest coiffée, soit d*un bonnet qui a la forme d'une pintade, soit du pschent ou coiffure royale; Phtha, représenté le corps en gaine , porte un bonnet arrondi qui serre fortement sa tète; Nephthis est coiffée d*une sorte d'autel; Osiris a son bonnet orné de deux espèces de crochets; et Athor porte Tépervier ou la pintade avec une sorte de pylône de temple (i) , etc.
L'innovation introduite dans la religion antique deTÉgypte par la cupide condescendance des prêtres aux idées de la veuve du grand roi , n'eut pas pour résultat unique de placer au rang des dieux l'âme An grand Rhamsès , en la considérant comme une émanation spéciale de l'essence toute spirituelle du dieu de la création ; elle amena encore l'institution d'un autre culte tout profane , et l'érection de nouveaux autels , que la servile adulation ne manqua pas de perpétuer. En établissant comme principe que Sésostris- Osiris n'était qu'une sorte de doublure d' Amoun , la conséquence inévitable était que les enfants terrestres d'Amoun participaient de la divinité de leur père; et ce rang divin se transmettant de père en fils, de succession en succession, tous les pharaons issus de cette famille durent te» nir de l'immortalité. L*usage de considérer le chef de l'Etat
(t) GhanifiDll., PémM.^^/T/./ChampoH.-Flg.» Umv.pitu^ Égyptil WilkÎDSon, Manners and cust^ Voyez, pour plus de détails, ces trois ouvrages. Sur le symbolisme des couleurs, voyez l'intéressant et savant ouvrage de M. Fréd. Portai, intit. Des Couleurs symboliques dans V Antiquité, etc.
comme un personnage divin s*établissant ainsi , les rois des familles étrangères à celle du héros de TÉgypte trouvèrent facilement dans leurs flatteurs les mêmes titres à la divinité; et la formule qui décernait le titre de dieux aux rois, s' éternisant sur le sol égyptien, lliabitude la fit remonter aux ancêtres de Sésostris, comme elle la conserva plus tard aux Lagides et aux empereurs. De là, les prêtres particuliers des dieux Rhanisès, Aménophis et autres rois nationaux (i), aussi bien que ceux du dieu Darius (2) et des dieux Ptolémées ; de là aussi ^ pour ces dieux, un culte conforme de tout point à celui rendu à la Divinité, culte parfaitement constaté aujourd'hui par les registres de recettes et dépenses des prêtres de Rhamsès X, parvenus jusqu'à nous (3).
(i) Ce qae nous disons ici se rapporte uDiquement aux pharaons considérés comme divinités réelles, et, à ce titre , obtenant un culte et un sacerdoce. Mais l'habitude de voir dans le chef politique une sorte d'émanation de la divinité nous semble remonter à des temps beaoooQpplus reculés, puisque nous voyons les titres de Molok^ ou MeUk, ouMeliAf que nous traduisons par rais, donnés indifféremment à certaines idoles et à certains chefs d'État; et celui de Baal ou Bel, maitre ou dominateur, porté également par des divinités et par des chefs d'empire.
(1) Darius II fut le contraire de tous les rois de sa dynastie. Ce prince protégea la religion et le sacerdoce égyptiens , s'attacha à hkt travailler aux monuments , et s'étudia à se faire aimer des Egyptiens. Aussi, seul de tous les Perses, il fut admis à partager les honneurs du panthéon , et son nom resta toujours respecté des Egyptiens , comme celui des rois éthiopiens de la XXIP dynastie. Un Toyageur anglais, M. Hoskins, a vu à £1-Kargeh un temple hâti par ce Darius, qui y est représenté mêlé aux cérémonies du colle national, f^isii tothe great Oasis tfthe lyhian Désert ^ London,
(3) Ghampollion-Figeac , Egypte , dans VUniw pitt»
240 l'jbgyptb phabaonique.
s m. RELIGION.