‹ L'Égypte pharaoniqueChapitre 22 sur 37 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

Dualisme, — Système de religion mythologique j astrorw* mique et agraire. — Identité du culte en Egypte etenJu» ^^« — Offrandes. — Sacrifices. — Premiers temples. — Instruments tranchants en pierre. -^ Bemoth ou hauts lieux.

Les premières émanations du Dieu principe, en Tunité de qui se résumaient toutes les autres divinités de T Egypte, n'avaient été que la personnification de ses différents attributs comme auteur et créateur du monde ; c'est ce que nous avons montré. Ces premières émanations subissant à leur tour une série de transformations secondaires , le panthéon égyptien avait fini par se trouver rempli d'une foule d*êtres divins , dont il serait aussi difficile aujourd'hui de bien exactement constater la nature, que de déterminer avec précision quelle part revient à la Grèce dans Tordre de cette théogonie, à raison de la demi-fusion qui s'opéra du culte national dans celui des Hellènes, lorsque, sous les successeurs d'Alexandre , ce dernier culte s'implanta dans cette contrée. A moins de croire qu'en s'établissant en Egypte les Grecs avaient entièrement abjuré leurs croyances pour les remplacer par les croyances locales , ce qui supposerait une absence de principes que nous ne pouvons pas admettre, il faut bien reconnaître que des concessions mutuelles avaient eu lieu ; et c'est ce que nous découvrent en effet les monuments de l'époque grecque (i). A cette époque, le sacerdoce égyptien , frappé par tous les désastres des invasions , n'était plus le dépositaire et le conservateur

(i) C'est ce que M. Letronne avait déjà reconnu à l'égard des sépultures. Voyez Obs, crit. et archéol. sur tObjet des représenta* fions zodiacales , ch. ii.

des saintes et pures doctrines des savants antédiluviens Cependant, malgré ces pertes et ceschutes^leprincijTe de lu* nité Tegna encore pendant longtemps au fond du sanctuaire ; et à Thèbes il n'y fut méconnu en aucun temps. L'instruction donnée par les prêtres à Orphée , à Pythagore, à Thaïes, à Platon, à tous les sages quils avaient jugés dignes de participer aux grandes vérités, nous est la preuve que le principe d'un Dieu unique n'avait jamais cessé d'être le fond de leur philosophie , et que ce dogme se maintint religieusement dans leurs temples tout le temps de la seconde période ; les initiations qui eurent encore lieu au deuxième siècle de notre ère sembleraient montrer qu'à cette époque même ce dogme n'avait point encore fléchi dans les grands temples. C'est en effet dans les mystères , l'une des plus grandes solennités du culte égyptien de la seconde période, et dans les initiations qui en étaient la suite , que cette vérité éternelle apparaissait resplendissante' et majestueuse. Dans la Grèce, des initiations incomplètes se pratiquaient dans certains temples affiliés en quelc[ue sorte aux grands temples de l'Egypte; mais, là même, le génie du peuple grec avait fort obscurci ce dogme de l'unité. Dans tous les autres temples, les prêtres, aussi peu éclairés que le vulgaire , croyaient ou feignaient de croire à toutes les absurdités qu'on racontait des dieux. Quelques esprits supérieurs, un Socrate, un Cicéron, savaient bien s'élever au-dessus de cette crédulité flétrissante ; mais ce scepticisme qui , pour les initiés, se convertissait en vérité, les philosophes, qui ne savaient que douter sans pouvoir rien mettre àla place du doute, le renfermaient au fond de leur cœur, tant par la crainte de la ciguë, que parceque l'ignorant et stupide vulgaire n'accorde une aveugle et superstitieuse confiance qu'à ce qui sort des bornes du possible, qu'il ne trouve que du dédain pour ce qui se présente sans art et sans vernis de merveilleux. Les efforts de Moïse ne purent empêcher les Hébreux de tendre ton- T. 1. 16

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jours vers leur primitive idolâtrie : entourés de peuples dont la religion admettait des signes, il ei\t été difficile qu'il en fi\t autremen.

Le dualisme, c*est-à»dire, la croyance à une action réciproque de deux principes opposés dont Vinfluence s'exerce sur la nature entière, et sur Thomme en particulier, se retrouve dans toutes les religions de F antiquité. Tou-^ jours on a remarqué que le mal est à c6té du bien, la peine à côté du plabir, la douleur à côté de la joie. Ne pouvant s* expliquer l'origine du mal sous un Dieu bon, les anciens supposèrent qu'en face de ce Dieu bon se trouvait une autre puissance à sentiments contraires, soumise à la sienne suivant les uns, son égale suivant les autres; et la doctrine des deux principes opposés , ou du dualisme , prit naissance. L'Ég]^ te, dont le Nil fécondait les terres d'une part, et dont les sables, les vents brûlants, les insectes destructeurs des récoltes, paralysaient trop souvent, d'autre part, la fécondité, ne pouvait pas rester étrangère à cette croyance universelle : aussi l'y voyons-nous paraître dès la plus haute antiquité.

Nous n^avons pas à entrer dans le labyrinthe de cette religion égyptienne, telle que la firent, après quelques siècles, les suites de cette grande révolution que lui avait fait éprouver l'institution du mythe d'Osiris : rien de plus compliqué que cette perpétuelle transformation des divinités égyptiennes, dont nous avons donné une esquisse; que ces incessantes divisions et subdivisions du même principe, suivant qu'on considère ce principe unique sous le triple aspect de la mythologie, dans les idées qu'on s'était faites de l'état des âmes après la mort, et de leurs nombreuses transmigration sjusqu à l'épuration la plus parfaite; de l'astronomie, dans les différents mouvements des corps célestes et leur influence sur les saisons ; de l'histoire naturelle, dans les phénomènes de la fécondation des êtres pourvus d'organes ou non; delarévivification annuelle de la nature productive, des différentes opérations que coni-

mande la culture des champs. Les développements trop considérables qu'exigerait un pareil travail ne peuvent entrer dans le cadre de cet ouvrage, outre qu'on les trouve plus savamment exposés que nous ne pourrions le faire, dans les écrits spéciaux auxquels nous renvoyons (i).

On sait peu de chose sur le culte des Egyptiens , et sur les cérémonies par lesquellesleurs prêtres offraient ce culte. On peut supposer cependant que, dans l'ensemble, ces cérémonies ne durent guère différer de celles que Moïse avait instituées pour les Hébreux. En semblables matières on n'innove guère, et l'on improvise encore moins. Le.Dieu de Moise était d'ailleurs le Dieu des Égyptiens; et la seule différence entre les religions des deux peuples, c'est que Moïse, voulant conserver pure et dégagée de toute personnification et de toute allégorie la connaissance de ce Dieu et de ses œuvres, prohibait les symboles, tant inertes que vivants et animés, et qu'il proscrivait à cet effet toute représentation d'objets pris dans la nature ou dans l'univers sidéral ; mais comme chez les Egyptiens de la première période le culte ne fut jamais rendu qu'à l'unité de Dieu , le législateur des Hébreux n'avait besoin de changer de ce culte que ce quecommandait la nouvelle position des Israélites et la différence de localité. Élève des prêtres d'Héliopolis, Moïse connaissait très-bien ce qui concernait la religion des Égyptiens , telle que l'entendait le sanctuaire, dégagée des pratiques du symbolisme ; et il dut en transporter l'essence dans le culte de Jéhovah, en en confiant la direction et les cérémonies à la famille des lévites, par laquelle il remplaçait, pour les Israélites, la classe sacerdotale et privilégiée de leurs anciens maîtres. Les bas-reliefs

(i) Jablonski, Panth. Égyptr, Champollion , Panth, Égyptien^ Creuzer et Guigoiaut, Religions de VAntiq, ; "Wilkinson , Manners and customs. Nous ne pouvons pas parler de l'ouvrage de M. le professeur Goerres, que nous ne connaissons que par les citations d«; M. Guigniaut.

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couvrant les murs des temples , que les savants de toutes les nations parcourant cette contrée célèbre ont rendus si familiers, présentent, en effet, dans les différentes scènes religieuses, une partie du matériel que Moïse fit fabriquer *dans le désert pour le culte de Jébovah : Tarcbe , les tables, les autels, les ornements qui exercèrent l'industrie des artistes, tant de la famille de Jacob que des Égyptiens euxmêmes qui partirent avec elle. Les offrandes , les sacrifices, le choix des victimes que la tache la plus légère aurait souillées, les purifications, sont les mêmes dans l'un et dans l'autre rit, et il n'y a pas dans les préceptes de Moïse, jusqu'au choix des animaux dont la chair était permise pour la nourriture , qui ne se ressente de la doctrine religieuse des Égyptiens (i). On peut même conjecturer, avec quelque fondement , que lescérémonies par lesquelles Moïse institua pontife son frère Aaron furent celles qui se pratiquaient dans les temples de TÉgypte , pour la consécration du nouveau piromis.

Les offrandes faites à la Divinité ne consistèrent d'abord qu'en plantes, en fruits, en productions de la terre. Pour

(i) L'arche, avec les bâtons pour la porter, se voit parfaitement dans les sculptures de plusieurs temples : la seule différence consiste dans la disposition des deux figures ou cherubs qui la surmonteDt, et dans les hiéroglyphes , dont celle des Israélites était privée. Les offrandes placées sur les tables, devant les figures divines, répondent à ce passage du trentième verset du vingt-cinquième ch. de l'Exode: « On mettra sur cette table les pains de proposition , qui seront ton* « jours devant moi. » La description si minutieuse que Dieu est supposé faire , par la bouche de Moïse , de tout ce qui doit servir à son culte, avec les dimensions, mesures, formes et proportions de chaque objet, atteste assez que le législateur en avait emprunté le modèle à ceux qu'il connaissait. Voyez Léuit., II, i; VIII, IX, X, XI; Deutéron., XVII, i; HérodQte, II; Diod. Sic, I. Le choix même d' Aaron pour les fonctions de grand prêtre pourrait être considéré comme une imitation de ce qui avait lieu en Egypte, où Ton voit ces mêmes fonctions de grand prêtre remplies par des fih du pharaon, ou par des membres de sa famille.

remercier V Auteur de toutes choses des biens qu'il prodiguait à rhomme, celui-ci lui offrait les prémices de tout ce que la bonté divine daignait lui accorder. Le lait dont il faisait sa nourriture , les premiers-nés des brebis et des autres animaux qu'il employait au même usage, furent placés sur les tables des ofirandes , ou livrés en sacrifice au feu y emblème de la lumière créatrice , du feu immatériel 9 essence de la Divinité. Plus tard, on en vint aux sacrifices sanglants, qui eurent lieu en Egypte comme dans toutes les régions du globe. Les victimes humaines ne furent même pas toujours étrangères au culte égyptien, quoi qu'en aient pensé quelques écrivains qui ne les admettent pas, et quoi qu'en ait dit Hérodote lui-même pour absoudre ce peuple de cette abominable coutume. Les Égyptiens firent à cet égard (et nous avons pour autorité Manéthon) ce que faisaient tous les peuples de la terre dans la plus haute antiquité, ce que firent aussi les Hébreux , ce que continuèrent encore à faire les Carthaginois , enfants des Phéniciens , lorsque tous les autres peuples eurent renoncé à ces barbares sacrifices ; ce que fit Ménélas , quand en Egypte il immola deux enfants du pays pour obtenir des vents favorables à sa navigation, après la prise de Troie; ce que firent encore aussi les Romains, quand ils sacrifiaient un Gaulois et une Gauloise. Ces sacrifices, qui en Egypte étaient offerts à Illithjray déesse que Porphyre croit être la même que Junon ou Saté^ furent abolis par un Âmosis qui, au dire de Manéthon , remplaça ces victimes humaines , qu'on qualifiait de Typhoniennes , par des figures de cire (i).

(i) Manéthon, apud Porph,^ de Jbstin,, II, 55; £usèbe, Prœp. Evang,, ly, i6;Plut., de Osiride, Il est certain que les Égyptiens furent les premiers à renoncer auK abominables sacrifices humains. Le sacrifice d'Abraham est le premier exemple que nous ayons de ces meurtres pieux en Chanaan. Jérémie nous apprend, xix, 5, que c'étaient les enfants qui, dans la Syrie, étaient victimes de ces atroces sacri-

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II est hors de doute qu* ayant le départ de Moïse , les Égyptiens ne sacrifiaient déjà plus des hommes ; mais ils sacrifiaient des animaux. II parait cependant que la race ovile n a jamais fait partie de ces animaux. Sur les monuments, on voit des pharaons de la XVIIP dynastie offrir en sacrifice aux différentes divinités, des bœufs, des gazelles, des oieS| mais jamais des moutons. Un sacrifice à faire d'animaux de cette espèce fut même le prétexte dont se servit Moïse pour tirer d'Egypte les enfants d'Israël^ et les enfoncer à la distance de trois journées dans le désert (i).

Les monuments retracent bien des cérémonies religieuses où Ton peut reconnaître des pratiques du culte, mais

fices. Voy. Dom Calmet, Dict, de la Bible, Les exemples de ces monstruosités sont fréquemment cités dans les livres saints; nous y voyons même Mesa , roi de Moab , sacrifier, dans une grande extrémité, l'ainé de ses propres enfants. Dans le xii* chapitre du Deiitéronome , le rédacteur de ce livre s*élève avec indignation contre la barbarie des peuples qui, pour se rendre la Divinité propice, l'outrageaient par le sacrifice de leurs enfants. Le livre des Juges parle, il est vrai , du sacrifice de la fille de Jephté; mais si on médite bien le texte de ce livre, on reconnaît facilement que les Septante et les autres traducteurs, reculant devant Ténormité du vœu de ce chef de voleurs, devenu occasionnellement suffête d'Israël, ont substitué à ce qu'ils n'ont pas voulu dire^ un sacrifice emprunté à celui d'Agamemnon. Les sacrifices humains n'étaient pas connus dans Israël, et Moïse en avait horreur, ainsi que le témoigne le passage du Deutéronome que nous venons d'indiquer.

(i) Dixeruntque : Deus Hebrœorum vocavit nos, ut eamus viam trium die mm in solitudinem et sacrificemus Domino Deo nostro. — Quodsi mactaverimus ea quœ cohnt JSgyptii coram eis , lapidibus nos obruent. Fias trium dierum pergemus in solitudinem , et sacrificabimus Domino Deo nostro sicut prœcepit nobis. Exode, v, 3 ; vni, a6 et 37. Si on n'entendait pas le sacrifice à faire dans le désert par Timmolation de sujets de la race ovile, l'intelligence de ce passage de l'Exode ne serait pas facile, puisque les bœufs étaient, aussi bien que les béliers, symboles divins dans les temples égyptiens, et également en honneur dans leur religion. La défense faite aux prêtres et aux initiés aux mystères de manger de cette chair ovile, est la confirmation de ce que nous avan^'ons.

il serait bien impossible de déterminer la place que ces cérémonies occupaient daos le rituel, et d'eti déduire l'esquisse d'une litut^ie. On voit que la musique et les danses sacrées y jouaient un grand rôle; que des dévots s'y frappaient la poitrine, à coups de poing, et dans le même moment j que de nombreux sacrifices y étaient offerts en bœufs, en gazelles, en oies surtout^ qu'on présentait aux divinités des offrandes en fruits, en légumes; que les riches vêtements , les joyaux et parures précieuses , les vases d'or et d'argent, les dépouilles prises sur les ennemis, faisaient partie des offrandes, et étaient déposés dans les trésors des temples. On brftlait l'encens devant les dieux, on leur en présentait la fumée au moyen d'un vase-encensoir posé sur unemain artificielle; on oignait le front de ces divinités avec des liniments précieux conservés dans des vases d'albâtre et de riches métaux; et nous apprenons de Macrobe que ces onctions étaient faites par le prophète, qui trempait à cet effet dans le baume le doigt annulaire de sa main droite. Parmi ces cérémonies, il en était une qui consistait dans la lUstributioii de certains colliers , laquelle se trouve fréquemment répétée dans les scènes religieuses des temps les plus reculés, ainsi que l'a constaté M. Nestor L'hôte. Le grandprêtre, ponant au cou un immense collier qui paraît composé de plusieurs autres colliers moindres, vient, dan^ lede^in que nous reproduisons ici ,

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d*en faire la distribution à ses compagnons prosternés près de lui ; et levant les mains au ciel , soutenu par un jeune acolyte, il adresse sa prière à Dieu d'un air véritablement inspiré. « Peu de monuments de l'antiquité figurée offrent, dit M. L'hôte, un tableau où le sentiment religieux soit exprimé avec plus de mouvement et d'élévation. »

L'un des tableaux du palais de Medynet-Abou offre une grande cérémonie religieuse relative au couronnement de Rhamsès-Méiamoun, qui peut faire prendre une idée des grandes solennités des Egyptiens. Plusieurs scènes se trouvent réunies dans cette importante représentation, qui occupe tout le registre supérieur des galeries septentrionale et orientale de la seconde cour de ce monument. D'abord on voit un taureau blanc, entre les cornes duquel est placé ]e symbole d' Amoun ; et près de cet animal sont rangées à terre les statues de neuf des prédécesseurs du pharaon qui commence son règne, et qui, avant de prendre la couronne, a déjà illustré ses armes par de grandes victoires. Derrière ces groupes, un prêtre a l'air de lancer de ses deux mains un objet qui a quelque ressemblance avec nos éventails modernes , sans que nous sachions ni ce que signifie cet objet, ni ce qu'exprime l'acte lui-même. Derrière ce prêtre on en voit un autre tenant une gerbe de blé dont le pharaon , la mitre sur la tête, va couper les épis avec une faucille. La reine, en costume d'Isis, présente à cette cérémonie, tient devant sa poitrine ses deux mains posées de côté, les pouces en dehors, et se regardant par le dos. Une autre scène, à la suite de celle-ci , montre un scribe proclamant quelque formule qu'il lit dans un grand papyrus déroulé dans ses mains, pendant que le pharaon , coiffé du double pschent indiquant la domination sur les deux Egyptes, et tenant dans sa main gauche le sceptre, et dans sa droite deux javelots avec le bâton de commandement, reçoit les hommages de deux files de prêtres, dont les deux premiers déposent, sur un autel aux insignes d'Amoun, un

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objet allongé, supporté par un long pédoncule flexible : un objet semblable se trouve entre les mains d'un personnage de la classe des guerriers , placé derrière ces deux prêtres. Dans la scène suivante, un prêtre donne la liberté aux quatre oiseaux amset, sis, soumants et kebhsnWy lesquels .sont censés devoir porter aux quatre points cardinaux du monde la nouvelle que « Horus, fils d*Isis et d'Qsiris^ s'est coiffé du pschent, » c'est-à-dire que Rhamsès-Méiamoun vient de prendre la couronne. D'autres prêtres de ce groupe portent, les uns les statuettes des rois prédécesseurs du nouveau souverain , qui les a en quelque manière invités à son couronnement; les autres, divers objets symboliques. Le costume de ces prêtres varie suivant leur position dans la hiérarchie. Derrière eux tous marche le président de la cérémonie , dont les mains élevées indiquent qu'il ordonne de lâcher les oiseaux. Derrière ce président, un autre prêtre offre l'encens au taureau blanc , que suit le pharaon coiffé du simple pschent de la région inférieure, et tenant dans ses mains le sceptre et le bâton de commandement. A côté de la reine, présente encore à la cérémonie, et dans la même attitude que la première fois, un scribe lit de nouveau dans son grand papyrus. Vient ensuite le dieu Amoun , dont la statue, placée debout sur un riche brancard porté par vingt-deux pastophores, est précédée par le pharaon, et entourée de prêtres agitant autour de la tête divine de grands flabellum, des éventails et des rameaux de fleurs. L'immense plateau sur lequel pose la statue, est enveloppé d'une ample draperie mouchetée, couvrant entièrement les vingtdeux porteurs, dont on n'aperçoit que le haut de la tête. Le même dieu Amoun se montre un peu plus loin, entouré d'offrandes, sous un tabernacle^ couronné d'wœus. Devant lui, le pharaon, coiffé de la mitre, brûle l'encens et fait des libations. Entre ce reposoir du dieu et le brancard de sa première statue, on voit deux groupes de prêtres sur un seul

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rang; ceux de droite, au nombre de quatre, soutenant sur leurs -épaules une sorte de table de proposition chargée d'offrandes en pain de sucre; ceux de gauche, au nombre de deux, paraissant déployer un vaste objet carré, fixé le long de deux montants par lesquels le tiennent ces prêtres. Vient ensuite la dernière scène. La statue du pharaon en tant que considéré comme dieu , statue qui devra prendre place dans le temple, comme nous l'apprend la pierre de Rosette, et avoir son culte, ses prêtres et son autel, et dont les mains sont chargées de ce qui constitue son apparente divinité, le fléau, le crochet et la croix ansce, est assise, entourée des images symboliques de la justice, de la vérité, de la force et de la valeur, sur un trône somptueux, sous un tabernacle couronné A'urœus comme celui d'Amoun, et portée par huit princes, reconnaissables à leur coiffure caractéristique. De jeunes pages de race sacerdotale , portant les insignes du roi , marchent autour de cette statue, accompagnés de flabellifères et d'attophores, précédés de scribes royaux, leur longue plume d'autruche emmanchée et leur petite hache à la main , précédés eux-mêmes par un trompette et un tambour. Six autres princes, des chefs militaires et d* administration, quelques prêtres des armées et d'autres grands personnages, suivent la statue divino-royale , portant divers objets de leurs attributions; et la marche se trouve enfin fermée par des soldats du corps royal des satellites.

Chez les antédiluviens, à ce qu il paraît , ^t chez les peuples du second âge, qui les suivirent de plus près, tout ce qui , dans les cérémonies tenant à la religion , devait être soumis à l'action d'un instrument tranchant, aurait étc souillé par l'approche du fer : l'incision ne pouvait être faite qu'au moyen d'une pierre tranchante. G' était là, sans doute un de ces usages conservés des temps primitifs de lu société, où l'art de la métallurgie n'était pas encore connu, usages que la religion avait consacrés. Hérodote nous parle

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de la pierre tranchante avec laquelle se faisait sur le flanc des cadavres Tincision par laquelle on en retirait les entrailles; il nous cite une pierre de même espèce, avec laquelle les Arabes, dans la cérémonie de la foi jurée, faisaient une incision à la main de chacun des contractants; et il parle de sept pierres qu'on frottait avec le sang qui sortait de ces plaies (i). Moïse fait mention de la pierre avec laquelle Séphora circoncit son fils ; Josué fit faire des couteaux de pierre pour circoncire tous ceux d'Israël qui ne Tétaient point encore ; ce fut avec un couteau de pierre qu'Atys se mutila (2); et c'est de la même manière que les Galles l'imitaient (3). Un instrument de pierre servait aussi , dans la Judée, pour faire les incisions à l'arbre d'où découlait le baume (4). L'usage de ces pierres tranchantes dans certaines circonstances religieuses fut général chez tous les peuples de l'antiquité, tant de l'ancien que du nouveau monde, et c'est à cela que tient ce nombre prodigieux de haches en silex, en serpentine, en basalte, depuis un demi-pouce de largeur de tranchant, jusqu'à six pouces et au delà, et ces couteaux des mêmes matières qu'on trouve sur tous les points du globe (5).

(i) Hérodote, ra, 8.

(a) Catull., Epig., 64, 5.

(3) Kruoh.yJdv.gentes, I. v. ; Plin., XXXV, la.

(4) Flav. Joseph., Antiq,, XIV; Tacit., HisL, V, 6.

(5) On a trouvé de ces instruments de pierre au Mexique, ainsi que dans les tombeaux des premiers habitants du Pérou. Jonatham Carver, dans la relation de son Voyage clans les parties intérieures de l' Amérique, de 1766 à 1768, dit que lorsque les Nadoessis, peuplade qui habite un pays à trente milles environ du saut de Saint-Antoine, par les 9$° de longitude et 44° de latitude nord, éprouvent des douleurs dans les membres ou les jointures , ils les scarifient avec la pointe d'un couteau de pierre. « C'est, ajoule-t-il, une « chose surprenante à voir, que la finesse de la pointe qu'ils donnent « à cet instrument : une lancette peut à peine surpasser en tranchant « les instruments qu'ils font d'une substance aussi fragile. » P. 299.

Les haches de pierre étaient en si grande abondance sur le Liban ,

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