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Enexamiaant ce tableau comparé des différentes listes, il restera toujours quelque chose d'inexplicable : c'est le désaccord de celles de ces listes dressées d'après les mo- Quments avec celles de Manethon. Si cet écrivain, prélre, hicrogramoiale de l'un des trois grands collèges sacerdotaux , possédant la connaissance de tout ce que les archives pouvaient encore conserver, de son temps, au sujet des successions royales ; possédant pleinement aussi et sans incertitude la signification réelle, non équivoque de tous les signes que la langue hiéroglyphique employait et la raison précise du placement, dans certaines parties
(i) Cette XVIII* dynastie présente, dans la version arménleine, quelques différences; la dorée totale des rëgnes n'j est réellement que de 307 ans , quoiqu'on Use le chiffre 348 w total.
(a) Dans le fragment du texte de Manethon que nous a conservé P. Joséphe, le règne de ce prince n'est que de la ans et 9 mois. Cepend^Mit on a lu sur des monuments la 34* année de ce même règne. Comment Manethon a-t-lt pu commettre une aussi grande erreur? Le Syncelie donne 3;^ ans de règne à Thutlimès III. Si on Joint ensemble les i3 an> nées de Mépliès et les 26 de Misphragmutiiosis , on obtient les Sg ans du chiffre du Syncelie; or, il paraîtrait par la notice que vient de publier tout récemment, dans la Revue archéologiqtte j le savant et généreux M. Prisse d'Avesncs, à qui la France doit les décorations de la salle des ancêtres du palais de Karnac, enlevées de ce palais et rapportées d'Egypte par ce savant, qui en a si patriotiquement fait don à la Bibliothèqae royale, quand il aurait pu en retirer un grand bénéfice en vendant ce monument à l'étranger, désintéressement si noble et si rare , que nous nous faisons un devoir d'en faire mention, en postscriptum , dans notre travail; Il paraîtrait, dbons-oous , queMéphès, Misphragmuthosis, Tboutmès III et Mœris ne serait qu'un même personnage, et que c'est à lui qu'appartiendraient des actions guerrières qui portèrent les armes égyptiennes dans l'Asie Mineure, ce qui viendrait modifier en ce sens ce que nous disons à ia page 104 , à propos du peu d'expéditions militaires de ce prince. Mais , dirons-nona encore, comment Manetlion aurait-il ignoré cette Identité de personnages et fait trois rois d'un seul? Peut-on croire à une aussi inconcevable méprise? Que faire dans un tel embarras? Si nous sonunes forcé de prendre pour guide net écrivain . même défiguré par ses abréviatcurs , parce que c'est le seul qui se trouve sur cette route , à plus forte raison devons-nous le suivre quand c'est son texte même qui nous est donné. Nous reconnaissons, au reste, que ses listes, telles qu'elles existent, manquent parfois d'exactitude dans les détails; maU le chiffre s'en trouve presque toajours Juste dans l'ensemble, et c'est l'important.
(3) Chenchfrès est sans doute la reine Hotucheré, représentée dans les monuments inédits de l'Institut de correspondance archéologique; tome II, pi. i«.
(4) Tbouthmosis I comprend dans son règne celui d'Amensé, sa mère.
(5) Tbouthmosis H comprend dans son règne celui d'Amoun-neith-gorl. (6}Tbootlimosis m est. suivant M. Wiliiinson, le pharaon de MoTse. On le considère
eonoroe Mœris ; cependant M. Lepsins annonce avoir trouvé au labyrinthe le cartouche d'un Mœris antérieur de plusieurs siècles à la XVIII* dynastie.
(7) Araénoph III 00 Atholls comprend dans son règne celui de Mant-in-Shol , sa mère, qui fat régente de son fils.
(8) M. Wilkinson croit remarquer un certain rapport entre le nom A' Armais et celui de Maris, qu'il croit avoir vécu à cette époque.
(9) Phtha-men est le même nom que Menephtha, lu à rebours. M. G. Wilkinson dit que ce nom est'ëcrit Pthahmenoph.
94 L*ÉGYPTB PnAR40NTQt)E.
des grands monuments, d*un nombre quelconque de cartouches royaux , à l'exclusion de beaucoup d'autres; possédant enfin la clef des irrégularités, apparentes pour nous, mais de convention peut-être pour les Egyptiens , touchant le placement de ces noms; si Manethon était tombé dans les erreurs qui lui sont imputées, de quel usage nous deviendrait donc son travail? Mais ce que nous ne comprendrions nullement , c'est que ce chronographe se livrant à des recherches toutes spéciales sur les successions des rois de son pays , faisant ces recherches sur l'invitation d'un roi à qui il voulait complaire , puisant les éléments de ses listes et le classement de ses princes, avec l'indication des liens de parenté qui les unissaient les uns aux autres , dans des matériaux dont nous sommes privés , mais qu'a reconnus authentiques F. Josèphe, qui critique cet écrivain sur d'autres points; nous ne comprendrions pas , disons-nous , que ce même écrivain, que ses fonctions sacerdotales forçaient de bien connaître l'histoire de son pays, eût pu commettre des erreurs qui , de sa part , auraient été volontaires. Manethon a vu les monuments de l'Egypte, non pas mutilés comme de nos jours et ne pouvant fournir que des renseignements vagues et tronqués , mais entiers , avec toute la suite des tableaux et portant ainsi avec eux l'explication de leurs apparentes contradictions et leurs commentaires. Si Thiérogrammate n'a pas cru devoir faire usage de ce qui est aujourd'hui pour nous les seuls documents lapidaires , il avait des raisons que nous sommes condamnés à ne jamais savoir , mais dont l'ignorance ne nous autorise pas , nous le pensons du moins, à répudier, dans cette circonstance, son texte même (i). En matière pareille il nous semble
(i) Intérim hiijusce priscorum nostrorum historien testes validas sistam uEgyptios , atque ad Manethnnem revolvar; et quoniam is pacto tfmpora digérât y hoc meo tractatu perscriham. Sic ergo ait : « Post-
logique d'accepter sa liste telle que nous Ta transmise Técrivain juif, ou de tout rejeter. Ce sont ces considérations, toutes puissantes, ce nous semble, qui nous portent à maintenir les rois de la dix-huitième dynastie dans Tordre où il les a placés; et nous en trouvons, déplus, la nécessité dans la concordance obligée de certains faits, comme nous le ferons remarquer.
Cette liste de la dix-huitième dynastie , d'après Josèphe, porte la somme de tous les règnes de ses rois à 333 ans , suivant le plus grand nombre des éditions des œuvres de Thistorien juif que nous avons pu consulter, car, en ce point encore, quelques éditioùs offrent des variantes : c'est donc ce nombre de 333 ans que nous avons adopté. La reine Thaoser, que M. Champollion-Figeac inscrit après Menephtha II , étant reconnue pour la fille du roi Horus, doit nécessairement venir après ce prince , et se trouve être
quam ex jEgj'pto pastorum gens se contulit Hierosolyma , is *quf Mgypto pepulerat illam f T/tutmosis, postea regnavit tinnis xxv cum mensibus iy, ac dein obiit. Successitque in imperiumfilius ejus Che^ bron annis xiii. Deinde Amenophis annis xxet mensibus yii. Tum et ejusdem soror jimenses annis xxi et mensibus ix. Deinde hujus Amensis filius Mephres annis xii et mensibus ix. Deinde hujus filius Mephrathmuthosis annis xxv et mensibus ix {jgrœce x). Deinde hujus Jilius Thmothosis annis ix et mensibus viii. Deinde hujus filius Amenophis annis xxx et mensibus x. Deinde hujus filius Orus an^ nisxxxYiii et mensibussii (grœceannis xxxvi , et mensibus v). Deinde hujus fiUa Chencheres annis xii et mense i. Deinde hujus frater Athosis annis ix. Deinde hujus filius Chencheres annis xii et men* sibus T. Deinde hujus filius Achencheres annis xii et mensibus m. Deinde hujus filius Armais annis iv et mense i. Deinde Ramesses, Miami filius, annis ixsi et mensibus ii. Deinde hujus filius Amenophis annis xix et mensibus vi. ■ ( Josephus, e Manethonis libris, in Euseb., codice Haicano. )
Il est à remarquer que cet exU'ait de FI. Josèphe , par Eusèbe, fait Ârmaîs fils d'ÂcheDcherès , et Sésostris fils de Miamuo ; d'où il résulterait que ces deux princes n'auraient pas été frères. Peut-être étaient-ils fils de la même mère, mais d'un lit différent.
06 L*éGYPIB PHÂRAONtQUB.
la Chencherès de Manethon , dont le vrai nom parait avoir été Hons-chéré. L'Armais de ce chronographe est pour nous le Rhamerri de Ghampollion (Uerri, suivant M. Rossellini), prince dont le règne fut si court. A Rhamerri nous faisons succéder T Armessès de Manethon ^ dont le règne, plus court encore, ne fut que d'un an , et qui peut très-bien être le Menephtha dont M. Champollion-Figeac confond le règne dans celui de Siphtha*Menephtha , qu'il fait répoux de la reine Thaoser, par erreur sans contredit, puisque cette princesse étant fille d'Horus, un intervalle de plus d'un siècle sépare ces princes, d'après sa propre liste. Quant au conquérant célèbre généralement connu sous le nom de Sésostris , le très-grand nombre de monuments inscrits sous son nom , et glorifiant son règne et ses exploits, fixe invariablement sa place dans la dixhuitième dynastie (i).
Armais, frère de Sésostris, et que ce pharaon avait ,mis à la tête de l'administration de l'Egypte en son absence, veut usurper la couronne; Sésostris, informé de cette déloyauté par le grand prêtre, revient, et chasse ce frère ingrat. Mais^pourquoi entre ces deux frères se trouve-t-il un autre pharaon, Armessès, Rhamsès, ou Menephtha, qui ne règne qu'un an? Ce point d'histoire ne nous semble pouvoir s'expliquer que par la supposition
(i) On a reconnu que le chef de la dix-neuvième dynastie porta le nom de Bamsès-Méiamoun. Dans le fragment de Manethon copié par Joâèphe, après le nom de B-h^rnshs-Sesoslris , on lit ce même surnom dcMéiamoun, ce qui avait fait supposer que Manethon avait interverti Tordre de ces noms; mais il parait que c'est là une erreur de copiste. La version arménienne d'Ëusèbe porte ce même fragment de Manethon d'après Josèphe, et on y lit, non pas Rbamsès- Méiamoun, mais Rhamsès, ^/^«^«Méiamoun, ce qui est fort différent. On sait que ce surnom a été celui de divers princes, ainsi que l'a constaté Ghampollion; il a donc pu être celui d'Achencherès ou Hhamsès II.
PfiOLBGOMBRXS. 07
que lorsque les intrigues d* Armais pour s*emparer du trône eurent été dénoncées à Sésostris par le pyromis ou pontife suprême, ce prince, ne pouvant abandonner son armée pour rentrer en Egypte, donna des ordres pour enlever r administration du royaume à ce frère déloyal; etquen attendant son arrivée, comme TEgypte ne pou* vait pas rester sans un chef qui en régît le gouvernement, Fadministration en fut remise intérimairement à un autre firère du héros , portant comme lui le nom de Rhamsès ou Armessès, et qui garda ainsi le pouvoir suprême pen* dant un an : et Manethon, qui s'est imposé l'obligation de nommer dans son catalogue tous ceux qui, de droit ou de fait, ont tenu les rênes du gouvernement et ont été reconnus comme chefs de TÉtat, a soin d'inscrire son nom dans ses listes. Quant aux circonstances dont les écrivains grecs ont brodé le retour de Sésostris , les embûches que lui aurait tendues Armais, les luttes qui s'en seraient suivies, ce sont là vraisemblablement des allégories my^ thiques et nullement historiques , dont nous parlerons en leur lieu. C'est peut-être en présence de ces circonstances, entièrement étrangères à l'histoire, que Diodore a pu dire qu'il n'était aucun roi sur le compte duquel , non* seulement les prêtres, mais ceux qui avaient composé des hymnes à sa louange, se fussent moins accordés qu'à l'égard de Sésostris.
Le tableau astronomiquedu couronnement de Rhamsès-* Meiamoun, gravé sur les murs du Rhamesseum, fixe invariablement cette cérémonie à l'an i389 avant notre ère. Admettant que cette fête est de la première année du règne de ce roi , ou tout au moins, et incontestablement, des premières années de ce même règne, puisqu'une différence de trois ou quatre ans ne pourrait jamais faire une difficulté en semblable matière; si nous ajoutons à ces 1389 ans les 333 des règnes de la dix-huitième dynastie, l'année où Thémosis-Aménophis força le dernier des
98* LEGYFTB PBAHAOMQUE.
Hjrksos dan» Avaris, sera Vannée julienne 1722. Le séjour de cas étrangers en Egypte ayant été de a6o ans^ Tantiéi^ de leur invasion se trouTe fixée à Tannée 1982. Dans notre canon chronologique , Tannée en laquelle Asseth ou Assys, le dernier roi des pasteurs, pârrintau trône, fut 1771 : c est donc en la 4i^ année du règne dlanias qu'auraient eu lieu le renouvellement du cycle et Tintroduction des épagomènes dans le calendrier égyptien , et non sous le règne d* Asseth, comme le dit le Syncelle 3 dans tous les eas, ce n'est pas une différence de neuf ans qui peut faire une difficulté en semblable matière. D'autres coïncidences historiques Tiennent se grouper autour de ce fait ffiin* cipal.
A une certaine époque de la motiarchie égyptienne, époque aujourd'hui entièrement inconnue, les prêtres, pour ramener Tannée corrigée de 365 jours à Tannée fixe de 365 jours et six heures, après que le thoth vague s'é* tait successivement présenté devant chacun des jours de Tannée vraie, introduisirent Tusage d'un cycle particulier de i46t années vagues répondant k t46o années vraies) cycle désigné sous le nom de cycle sothiaque, parce que, comme T autre période, c'était le lever héliaque de T étoile Sothis qui en formait le point de départ. Ce cycle s' étant renouvelé en Tannée i38 de notre ère, il avait dû se renoua vêler pareillement une première fois en Tannée julienne i3aa : c'est de cette période que, àTépoquedesGrecsetdes Romains, oùla grande atinée de i5o5 ansétaitcomplétement ignorée, puisque aucun écrivain ancien n'en a jamais fait mention,des écrivains se servirent pourfixerohronologique* ment , par rétrogradation , d'une manière invariable, la date de certains événements. Ainsi, dans un endroit de son pre-* mier livre des Stromates, saint Clément d'Alexandrie par* knt du départ d* Egypte de Moïse avec la maison d'Israël, événement qu'il fait contemporain du régite d'Inachua^ en détermine Tépoque en la plaçant sous Tannée 84^ avant
r PBOLioOllkffES. *; <99r
l!:4xpiralién d« la pteiuîère réyolutioa du èyde sbthiar que (i). Getle 34S^ année répoÀd à Tannée juliepne 1667^. btqûelle donnerait ainsi la date précise de la sortie d^E*? gjpte; cette année 1667 se trouve être dans notre c^anba chronologique la dix-septième du règne de Thouthmoaie IL Mais nous avons tout lieu de croire quei par quelc(ue erreur chronologique dans le détail des règnes , dans ce long intervalle de liSg à 4^00 , qui sont les époques dé-» terminées astronomiquement sur les monuments , la coïn<« cidence de cette 345^ année du cycle avec les règnes de la diiL-huitième dynastie se trouve un peu dérangée^ et qu elle doit se rapporter au règne d' Amensé, et non à celui de son frère. En effet, Thouthmosis aurait encore vécu cinq ans après FExode, ce qui n est pas» Moïse affirme que le[]pharaon périt dans la mer Rouge; et c'est un point que les prêtres de Memphis n'auraient pas contesté , suivant Artapane, cité par Eusèbe dans sa Préparation évangélique; ces prêtres se bornant à nier que leé eaux de cette mer se fussent divisées pour livrer passage aux Israélites* C'est donc une simple différence de cinq ou six ans qui se présenterait ici.
A ce que nous avançons ici| on objectera peut-être que les livres saints ne parlent que d'un pharaon, et nullement d'une reine. Pour réponse^ nous aurons à faire remarquer une double circonstance singulièrement digne d'attention , et qui serait d'une coïncidence bien extraordinaire si le
(i) Fuit Hebrœorumexitus témpore Inachi, an te sotkiacam revotutionem^ egressoex JEs^ypto Most annis prias 1 1 récent is quadraginta qmn^ que. Cette tradaction latine, aa liea de 345, porte 445 ; mais c'est nneorreui', le texte grec est précis, rîviroi ^ifÇc^Gf Mirà tvfliX6v,irpo tvl( XttOta»ii$ irtpto<^ou <|<XOôvto< ««' Af^ipnrreu MttiioiMC Inm irf otip ov Tf ta* XO01GIC TMffapdUovra t'« C'est donc par erreur que M. Biot , dans son mémoire sur l'année vague des Égyptiens , a dit que CiémMit d'A* lexandrie n'a fait qud mentionner TËxode comme ajant eu lieu avant rachèv émeut de la révolution sothiaque^ sans préciter d'é* poque.
OXFORD
fOO L*£GYPTB PHÀBAONIQUB.
hasard seul la produisait. Âmensë fut rhéritière de la couronne , et c*eftt elle qui était la souTeraine de l'Egypte; mais elle gouvernait par rintermédiaire de son mari , à qui elle avait abandonné le soin de l'administration. Cette particularité précieuse nous est révélée par Champollion, qui, dans sa quinzième lettre d'Egypte, s'exprime ainsi: « Cette reine eut pour premier mari un Thouthmosîs, qui « comprit dans son nom propre celui de la reine Amense « son épouse; ce Thouthmosis fut le père de Thouth- « mosis III ou Mœris, et gouverna au nom d'Amensé. « Par sa qualité d'époux de la reine, ce Thouthmosis se trouvait être le pharaon , comme le fut plus tard , et dans des circonstances semblables , Siphtha-Menephtha, époux de la reine Taoser, fille d'Horus; et c'est précisément ce même nom de Thouthmosis que FI. Josèphe, d'après Manethon, donne au prince sous qui eut lieu l'Exode , bien que l'historien juif, qui veut à toute force identifier ses ancêtres avec lesHyksos, affecte de confondre ce Thouthmosis, premier mari d'Amensé , avec son homonyme le chef de la dix-huitième dynastie , qui consentit la capitulation d'Avaris. Mais ce n est pas tout : voici un nouveau fait non moins remarquable : ChampoUion a découvert que la reine Amensé fut mariée deux fois. Ne doit^on pas conclure d'un tel fait, qu'après que cette princesse eut perdu son premier époux , mort ainsi d'une manière violente à la poursuite des-fugitifs , elle épousa en secondes nocQS Ameneuthé (i), qui fut régent pendant la minorité de Mœris?
(i) Ibidem^ p. 396. Le pharaon qui périt dans la mer Rouge est dl« versement nommé parles différents écrivains : ainsi, Artapane le nommait NechephrèSf Appion et J. Africain uémosis, Josèphe et Philon ThémosiSt Eusèbe et saint Augustin ChencherèSf Eutychius^m/ou^, les Arabes Cachous ou Falid; et parmi les modernes, les mahométans loi donnent le nom de Senan-àen-vwan ; Calvisius le nomme Onés%: Scaliger Ackerès, Ussorius AménophiSf etc.
PfiOLÉGOUiuiSS. 101
Une autre concordance résulte encore de cette fixation de TExode par le cycle sothiaque. Suivant FI. Jo* sèphe, suivi par l'auteur des dissertations de la Bible de Vence, le séjour de la postérité de Jacob en Egypte fut de 2i5 ans (i). Ce nombre ajouté à 1667, qui est Tannée de FExode, donne pour l'arrivée de ce patriarche l'année julienne 1882, qui fut la première du règne d'A«» pophis, sous lequel le Syncelle remarque qu'un accord unanime place cet évéuement (a). Les livres saints font
(i) Il y a controverse au sujet de la durée du séjour des Israélites en Egypte : les uns le font de quatre cent trente ans, et ceux-là s'appuient sur le texte hébreu de TExode; les autres le réduisent à la moitié de ce nombre, et ils ont en leur faveur le témoignage du texte samaritain, suivi par les Septante et par FI. Josèphe, qui dit que les 43o ans se partagent entre le séjour dans la terre deChanaain et le séjour en Egypte. Cest à cet avis que s*est rang^ aussi saint Paul dans son épitre aux Galates. il palpait plus raisonnable de croire qu'il y a eu une omission dans la transcription du texte hébreu , que de supposer qu'il y ait. en interpolation dans le texte samaritain. Commorath atitem filiorum Israël et patrum eonwi, çuum habitU" verttnt in terra Chanaam et in terra jSg)'pti , quadringentorum fuit et triginta annorum. L'hébreu a supprimé ce qui se rapporte au séjour dans la terre de Chanaam,
(a) Un passage remai*quable de la Genèse vient confirmer le sentiment qui fait arriver Joseph en Egypte sous un roi Hyksos. Quand Jacob se rend dans ce pays, sur l'invitation de son fils, Joseph recommande à ses frères de ne pas oublier de dire qu'ils sont pas»' teurs de troupeaux de ftère en fils. Si le pharaon n'avait pas été luimême de la race des pasteurs, c'eût été une mauvaise recommandation près de lui, que de se donner pour appartenir à ce qui était en horreur aux Égyptiens, quia abominatio Mgyptiorum omnis pastor pécaris; mais étant lui-même de cette race, c'était au contraire se mettre dans ses bonnes grâces que de s'annoncer comme pasteurs : aussi voyons-nous que, sur cette connaissance, le pharaon ordonne à Joseph d'établir ses frères loin des Égyptiens , et dans le meilleur canton du pays : in optimo terras habitare fac patrem tuum et fratres tuos ; et, de plus , il désire que ses propres troupeaux soient confiés à la garde de celui d'entre les enfants de Jacob qui sera le pasteur le plus habile. Genèse , xlvi , 34 ; xlyii*
109 l'bovftb phakaokiqub.
Moïse Age dé 80 ans quand il provoqua la sortie d*Égjpte des Israélites : ce nombre , ajouté à Tannée de la sortie, donnerait pour Tépoque de la naissance de ce patriarche Tannée 1747» laquelle, d'après notre canon , fut la vingtquatrième du règne d* Assis ou Âsseth , dernier roi des pasteurs; mais c'est ici une impossibilité. Les Israélites &.*• rent, à raison de leur communauté d'habitudes pa8to«> raies, les protégés et non les opprimés desHyVsos; ce n'est donc pas sous ces rois que fut rendu Tarrét barbare qui condamnait à périr à leur naissance les enfants mâles des Hébreux. On peut supposer une erreur dans la transcription du chiffre indiquant Tâge de Moïse, et soupçonner qu'on a placé la lettre numérique 80 à la place de 6o* Dans ce cas. Moïse serait né en Tannée julienne 17271 qui fut la cinquième du règne de TAmosis de Manethouy ou Aménophis I^ des monuments } et nous Terrions alors le chef de la dix-huitième dynastie rendre , dans la prévision d'une nouvelle guerre, cet horrible édit qui, pour effacer du sol de TÉgypte la postérité de Jacob, l'extirpe dans ses :germes, et qui, forçant les accoucheuses d'en faire périr tous les enfants mâles, arrête ainsi d*un seul coup la pro-* pagation de ce peuple. La raison de cette atroce mesure est exprimée par le pharaon ; c'est, dit -il, pour que, en cas de nouvelles hostilités, les Israélites ne se joignent pas AUX ennemis (i), UEi^ode. semble même placer cet événement à Tépoque que nous lui assignons ici , quand elle dit qu'un roi nouveau s* éleva , à qui Joseph était inconnu t ce roi nouveau, Thouthmosis-Aménophis, remplaçait effectivement, dans le pays qu'avaient occupé les pasteurs | les rois Hyksos, sous Tup desquels s'ét^t passée Tado^lui»^ tration de Joseph.
. (i> /^(Vit//f , dit Ia pbaraon à ses officiers, sapitnttr oppHmamus fum a ne /prfe muliiplicetur; et ^i ingruerit contra nm betlum» qddatur inimicis nostris. Exode, x , 10,
FBOLÉGOItBRBt. 103
Les Hyksos furent expulses après un séjour de d6o ans; mais leur départ ne délivra pas TÉgyptede tous les pas* teurs. Manethon, dans FI. Josèphe, fixe lui-même à Su ans, ainsi que nous Tarons dit, la durée du temps que ces étrangers séjournèrent dans le pays; et nos calculs chro* nologiques établissent que les Israélites , qui étaient comptés dans ce nombre, ne quittèrent les rives du Mil que soixante-trois ans après. Restés seuls en Egypte, les enfants d'Israël, déjà très-multipliés , devinrent plus suspects et plus odieux aux Egyptiens; et c'est alors que le vainqueur des Hyksos, voulant débarrasser le sol de l'Egypte de ce peuple nouveau, conçut le barbare dessein d*ea faire périr tous les enfants mâles à leur naissance. Cepen^ dant, soit que le pharaon n eût rendu cet horrible édit que dans un mouvement de colère, soit que quelque autre circonstance F eût fait revenir à des sentiments humains., l'arrêt de mort fut révoqué : la preuve en est en ce que la race d'Israël s'augmenta encore de toutes les générations qui faisaient la force de cette masse au départ de l'Egypte; mais la servitude s'appesantit sur ces étrangers, et devint de plus en plus cruelle, jusqu'au moment où la main de la Providence arracha Israël à cette terre qui lui était devenue ennemie. Le départ de ces éléments d'une nation nouvelle n'enleva point encore à l'Egypte toute la race des pasteurs , s'il est vrai que le séjour de ce qui composait ces pasteurs ait duré 5ii ans. Peut-être rependant fauiril considérer ce nombre comme exprimant une période commençant à l'année de la première invasion et finissant à celle de l'expulsion complète, définitive et sans retour des invasions subséquentes, sans entraîner la né^ i^essité d'une résidence habituelle et non interrompue. Quoi qu'il en soit, sous le règne d'un Aménophis , un trèsgrand nombre de lépreux reloués à Avaris, se révoltant, aux ÎBstigaUons d'un prêtre lépreux comnie eux, nommé Osenipby les Hyksos, appelés par ceux-ci à leur secours^
104 LEGYPTB PHinAOllIQUE.
rentrèrent en Egypte, où recommencèrent leurs ravages. Manethoui dont T amour-propre, comme prêtre et comme Égyptien , se trouvait vivement offensé par le récit de TExode, qui, avec les autres livres sacrés des Juifs, venait d'être tout récemment traduite par les Septante pour la bibliothèque de Ptolémée Philadelphe, récit qui montrait les prêtres égyptiens vaincus par Moïse, et la patrie humiliée par la fuite audacieuse des Israélites , par la spoliation des familles égyptiennes et par le désastre du pharaon et de son armée; Manethon voulut, à ce qu*il paraît, renvoyer rhumiliation aux Juifs ; et dans son histoire il leur donna pour ancêtres ces lépreux révoltés, ce qui soulève en effet T indignation de FI. Josèphe. Les lépreux, séquestrés dans la vallée de Gessen , appellent, suivant Fhiérogrammate, à leur secours les Hyksos établis dans Jérusalem, et r Egypte est de nouveau désolée par ces pasteurs* Mais quel fut FAménophissous qui se passèrent les événements dont nous entretient ainsi Manethon ? Les monuments démontrent incontestablement que le pharaon surnommé Sethon et ^Ëgyptus est le même que Sésostris ou Rhamsès le Grand, occupant 1* avant-dernier rang dans la liste de la XVIII* dynastie. A ce Rhamsès le chronographe donne pour successeur un Aménophis qui précéda le Rham* sès-Méiamoun des monuments, chef de laxix* dynastie. Ce ne saurait être sous ce dernier Aménophis que les pasteurs rentrent en Egypte, puisqu'il ne monta sur le trône qu en 1409, c'est-à-dire soixante-deux ans après l'expiration des 5 II ans que Manethon assigne au séjour total des Hyksos et de tous les autres pasteurs. L' Aménophis dont parle le chronographe ne pouvant être le successeur de Sésostris , il faut le chercher dans celui à qui les Grecs ont donné le surnom de Memnon. Celui-ci avait fait bâtir le Memnonium de Thèbes, ainsi que le palais de Louqsor; et, dans tout ce qui exbte encore de lui, on n'a trouvé, comme action guerrière, qu'une expédition en Ethiopie mentionnée
PBOLBGOMBNSS. 106
sur une de ses statues , si même cette statue a été réellement faite pour lui , si elle n a pas été usurpée. Toutes les autres décorations de ses monuments sont religieuses, et montrent un prince tel que Manethon peint celui sous qui les pasteurs firent une nouvelle irruption, c*est«à-dire, pieux, et qui aurait eu un grand désir de contempler les dieux en face.
La première invasion des Hyksos étant , d'après notre canon, de l'an 198a, les 5 1 1 ans que Manethon fait durer la présence de ces ennemis en Egypte expirent eu l'année 1471 Y laquelle répond à la quatrième du règne du grand Rhamsès. N'est-ce pas encore ici une coïncidence remar^ quable , et qui justifie très-bien le maintien de la liste de Manethon en l'état où cet écrivain Va tracée? C'est précisément à ce prince que le même Manethon et Gheremon, hiérogrammates Tun et l'autre, attribuent l'expulsion définitive de ces pasteurs, bien que leur récit, plein d'étrangetes et réciproquement contradictoire dans les détails, soit inélé de circonstances évidemment controuvées; ce qui autorise l'accusation d'imposteurs portée contre eux par FI. Josèphe. L'Aménophis qui aurait voulu voiries dieux en face fut le père d'Horus, qui lui-même exprima le même désir, et non l'un de ses successeurs. C'est à la suite de l'expulsion entière des pasteurs, laquelle répond, disons-nous, après les 5ii ans de leur séjour, à la quatrième du règne de Sésostris, que ce héros porta ses armes victorieuses dans VÂsie ; et il est encore à remarquer que les tableaux du Rliamesseum placent la conquête de la Mésopotamie en la cinquième année de son règne (i) : cette concordance est encore un témoignage en faveur de notre système chronologique.
L'Écriture sainte ne fait aucune mention du passage de Sésostris par la Judée ; elle se tait également sur l'invasion de l'Egypte par les Jérosolimitains. Ce n'est pas une raison
(i) Lettres d^ Egypte, par Champ., p. aïs.
104 LEGYPT' AOIIIQUE.
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e* «. en considérant même le Sethon de Manethon
.41e le chef de la xix', ce qui n est pas, le chiffre ne s»-
i«itque de 333 ans, ainsi que nous T avons montré plus
lisut.
Le calcul des différents règnes qui remplissent les dixhuit premières dynasties nous a conduits à l'année julienne 1389, laquelle commence les règnes des pharaons delà dix-neuvième dynastie ; et cette année-là , par un hasard des plus heureux , se trouve marquée par un tableau astronomique comme étant celle dans le courant de laquelle le chef de cette même dynastie prit la couronne des deux Égyptes. De cette année iSSg à Tannée 5a5, qui fut celle de la conquête de ce pays par Cambyse , année dont la fixation chronologique n'est pas rendue moins certaine par les époques olympiques, il reste un intervalle de 864 ans, que doivent remplir les règnes compris dans les dpasties dix-neuvième à vingt-sixième inclusivement. Nous avons montré déjà que les nombres donnés DOIIi: r£i îh"
(i) Josué , X, t3 ; Nwner,,%xi , i4-
par I. Africain ^^^ ')D()itioii.
mes de la dix-r SservatioTi.
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I X^^piens, de Li. ^ l'^y cest-à-dire ^ ^ommandm
9sac de la > la cio- Précise V de
ô Siège u.
.1, le règne de Thuona ^ .«ytnjSy ne régna que sept ans; et c ce règne si borné que se passa toute cette iv. au dire même d'Homère, depuis le rapt d'Hélèiic débarquement à Schedia avec son ravisseur, jusqu'à i, rivée dans ce même port de Ménélas venant chercher «a femme et ses trésors près du pharaon , après la destruction de la ville de Priam. Ainsi, en supposant que Paris ait relâché en Egypte dans la première année du règne de Thuoris, et que Ménélas y soit venu en la dernière année de ce même règne , ce serait à sept ans qu'il faudrait réduire non-seulement la durée du siège, mais encore tous les préparatifs de cette guerre (i). La xix^ dynastie ayant commencé ses règnes en iSSp, et sa durée étant de 204 ans, c'est en 11 85 que commencent les règnes de la xx*-. Cette vingtième dynastie, anonyme, occupe le tr6ne pen«dant i35 ans; la xxi^ y parvient donc en loSo; mais la résidence de cette dynastie n'est plus à Thèbes.
Ce ne fut pas sans de graves raisons, sans doute, que la ville de Thèbes, qui depuis treize siècles avait remplacé celle de Memphis dans la possession du trône des pharaons, s'en vit privée, et perdit le privilège de cette antique prérogative. Plusieursfois l'anarchiea désolé l'Egypte,
(i) Le règne de Thnorîs ayant duré de 1191 à ii85 avant J. C.| c'est dans cet intervalle que se placent le siège et la prise de Troie.
108 l'bGYPTB PHABIONIQUE.
et la brièveté des règnes d*une foule de dynasties ne peut reconnaître d*autre cause ; plusieurs fois aussi des invasions étrangères ont forcé les rois à changer leur résidence : c'est sans contredit à Tune de ces deux causes qu il faut attribuer ce nouveau déplacement du domicile royal; mais les ténèbres qui jusqu'à ce moment couvrent encore Thistoire de cette époque , nous empêchent de savoir si c'est devant un conquérant aujourd'hui inconnu que le trône descendit à Tanis, ou si quelque révolution intérieure contraignit Smendès à abandonner sa capitale pour allej s'établir dans le Delta , où nous voyons désormais le trône errer de ville en ville jusquàla fin de la monarchie nationale. La perte du nom des douze rois qui composent la vingtième dynastie jette encore de l'obscurité sur cette circonstance. GhampoUion pensait que le Rhampsinite d'Hérodote, ce prince avare qui avait mis toutes ses études à amasser des trésors, fut le chef de la vingt et unième dynastie , et par conséquent le Smendès de Manethon : Psousennès, qui en fut le dernier roi, prit la couronne en pSo.
Nous voici parvenus à uu point difficile de la chronologie égyptienne. La XXII® dynastie, dite des Bubastites, se trouve intercalée entre les deux dynasties des Tanites; et, par la place qu'elle occupe ainsi, il semble démontré qu'elle a dû être illégitime. Cette dynastie , incomplète dans Eusèbe, qui ne lui donne que trois rois, en eut neuf, suivant J. Africain, qui n'en nomme pareillement que trois. Ces neuf rois, dont les règnes collectifs s'élèvent à 117 ans, eurent pour chef un guerrier que les chroniques juives signalent comme le conquérant de Jérusalem et le spoliateur du temple de Salomon. Le nom de ce prince est Sesonchis dans J. Africain, Sesonchosis dans Eusèbe, Schbchak dans le texte du livre des Rois, etSesac dans la Yulgate. Son règne, porté à vingt-deux ans par une stèle
PBOLBGOUiNBS. 109
funéraire I a dû commencer en 920 (i). Suivant les Paralipomènes, Schischak marcha contre Jérusalem i la tête dune armée composée d'Égyptiens, d'Éthiopiens , de Libyens et de SucfUim ou habitants des cavernes, c'est-à-dire de Troglodites ; ce qui prouve que ce prince commandait
(i) Perizonîus avait déjà reconnu dans Sesonchis le Sesac de la Bible. L'expédition de ce prince contre Jérusalem étant de la cinquième année de Roboam , il serait facile d'en avoir Tépoque précise par le contrôle de la chronologie judaïque, si Ton pouvait donner de la confiance à cette chronologie; mais trop d'incertitude plane sur la fixation de ses dates pour en pouvoir tirer parti. En effet , la prise de Jérusalem par Schischak est placée par Mercator à Tan 1008, par Gor« don à l'an 979 , par la Bible de Vence à l'an 973, par Petau à l'an 970, par Calmet à l'an 967, par Berruyer à l'an 899 : comment employer le contrôle de dates aussi controversées?
Si on lit avec attention les livres des Rois , on est forcé de reconnaître qu'ils ne 'sont que des extraits des chroniques nationales, auxquelles ces livres renvoient à tout instant pour les développements. Voyez, aux 3^ et 4^ livres des Rois, la fin de tous les règnes. Les extraits conservés dans les temples, et qui nous sont ainsi parvenus , étaient la partie de ces annales destinée à être lue par les prêtres en présence du peuple rassemblé, et ne contenaient que ce qui montrait l'intervention de Dieu en faveur de son peuple, afin d'olTriraux grands et aux autres classes de bons exemples à sui- ^e et des fautes à éviter. On s'aperçoit aussi qu'il y a de grandes lacunes dans ces extraits ; nous n'en signalerons qu'une, la plus importante. Le livre des Sophtim ou suj/ètes , mot si singulièrement traduit par celui de Juges , ne se lie nullement au premier livre des Rois, Dans le livre des Juges, le gouvernement est oligarchique; dans le premier livre des Rois, ou de Samuel, il est théocratique pur, LesufTète, d'abord occasionnel, devenu ensuite permanent par l'usurpation d'Abimelech, est, dans le livre des Sophtim, très-distinct du grand prêtre; dans le livre de Samuel, les deux fonctions se trouvent unies, sans qu'on sache comment arriva, de la part des pontifes, celte usurpation d'autorité , qui fut une véritable révolution constituant la théocratie pure, dont les Hébreux furent bientôt las. Il y avait donc entre le premier livre des Rois et le livre des Sophtim un autre livre qui s'est perdu , comme certains autres , vraisemblablement pendant la longue captivité. Il n'est pas étonnant, d après cela, que la chronologie hébraïque offre des lacunes si considérables. ,
également aui peuples du cours du Nil | Ubt^au-desàous qu* au-dessus des cataracteSi et à caui^ de» contrées environnantes. Le vainqueur de Roboam parait donc être un éthiopien qui avait d* abprd commencé par se rendre maître de TËgyptet Diodore rapporte avec assez de détail une irruption des Ethiopiens qui ne peut être que celle-ci; et il montre que l'invasion de l'Egypte fut favorisée par les. Égyptiens eux-mêmes, fatigués de la tyrannie de leur roi Âmosis. « On supporta, dit cet historien, ses cruautés tant « quil n*y eut pas moyen de se venger, et jusqu'à ce que • Aktisanès, roi d'Ethiopie, descendit en Egypte contre « lui. Alors les haines cachées se manifestèrent; et plu- « sieurs s'étant séparés de lui, le roi fut pris, et l'Egypte « se rendit aux Éthiopiens (i)« »
. Il n'est pas étonnant, d'après les circonstances de ce récit , que TEgypte entière ait reconnu la loi de l'étranger au-devant de qui elle s'était, en quelque sorte, portée. Hérodote aussi fait mention de cette invasion, mais avec une confusion qui la rend inintelligible. Confondant en une seule les deux époques, il prétend que Schabak (Sabacos) vint en Egypte, où il demeura 5o ans; qu'il en sortit ensuite; et que l'ancien roi du pays, Anysis, qui, fuyant devant les conquérants, s* était réfugié dans les marais, revint occuper son trône. Cet historien donne ensuite pour suc-* cesseur à Anysis, dont le règne, interrompu par une lacune de cinquante ans, aurait été d'une longueur non impossible, mais assez extraordinaire, Sethon, que nous savons avoir au contraire remplacé Schabak. Ici une double confusion se fait remarquer : Sabacos confondu avec Aktisanès , les deux invasions confondues en une seule. Le sa^ vaut Larcher, arrêté par ce passage de l'auteur qu'il tra-» duisait, n'hésite pas à distinguer les deux invasions éthiopiennes (a).
(i) Diodore,!^ 6o«
(ft) Larcher, tradnet, d*Hérod., ChroHoi.
PAOLlOOMÈNtS. fil
. Quelque émbrduillé que soit le récit dT Hérodote , il peut cependant aervir, ce semble , à éclairer celui de Dio* dore. Suirant le premier de ces écriyains, à Ventrée des Éthiopiens, Anysis , qui paraît être le même qu'Amosis, s'enfuit dans les marais en une île inconnue, et qu'on ne retrouve que plusieurs siècles après ^ sous le règne d'A« myrtaBus; Diodore veut au contraire que ce roi ait été pris, et d'autre part le Syncelle nous parle d'un Boccoria que le roi d'Ethiopie , Scbabak , aurait fait brûler vif* Mais l'histoire peint Sabacos comme un prince pieux, et bu* main surtout; car c'est lui qui, en Egypte, commua Ik peine de mort en celle des travaux forcés; et il n'est pas présumable qu'il se soit rendu coupable d'un acte aussi barbare envers un prince que les lois dont il avait doté rÉgypte faisaient considérer comme un sage(i). Ce n'est donc pas Boccoris qui périt d'une manière aussi affreuse : Thorreur qu'avait inspirée par ses cruautés Amosis, qui n'était autre, à ce qu'il parait ^ que le Psousenès II de
(i) Ensèbe et le Synoelle paraissent avoir pris ce qu'ils disent du iiipplioe infligé à Boccoris dans Mliea f qui , dans son Histoire des animaux, prétend que c'est pour avoir introduit un taureau sauvage près du taureau Mnevis , que ce prince s'attira la haine des Egyptiens. Mais un acte réputé sacrilège indiquerait un roi extravagant, et non an prince saga, comme le législateur Boccoris. C'est là évidemment ■Q cottte de l'époque romaine, et qu'il faut reléguer au même rang que celui du prétendu culte des oignons et des poireaux. Hérodote » qui recevait les communications des prêtres de son temps , dit que ce futNécbos, père de Psammélique, qui fut ainsi brûlé vif; mais îL est très-probable que ce n'est pas plus Fun que l'autre, puisque plus de So ans séparent ce Psammétique de Sabacos. Suivant les Arabes, le dernier pîianion^ qu'ils désignent par le titre de jil-jiradj^ c est^ ànlirei resiropié, ce qui sonble indiquer Necbao, ayant refusé de livrer àNabuchodonosor quelques juifs réfugiés en Egypte, se serait attiré par là le courroux de ce roi , qui , ayant marcbé contre lui , lauràit assiégé dans la ville de Mesr ou Memphis , et après la prise de cette ville l'aurait £iit pendre : c'est là une variante du même fait. .- * ■ '
112 L'bGYPTB PHÀBA02IIQUB.
Manethon , fait plutôt croire que c*est ce dernier qui , tombé entre les mains de ses ennemis, éprouva le terrible efFet de leur vengeance. L*anecdote de Vile d*Elbo, avec ce qui s*y rattache , est sans contredit Tun des contes mystérieux que faisaient les prêtres, contes qui abusaient les étrangers, qui n en comprenaient pas le sens allégorique; mais cette circonstance de la fuite dans les marais est remarquable par le déplacement du trône, qui se trouvait à cette époque à Tanis, au voisinage par conséquent de ces marais. C'est de ces mêmes marais, ceux appa* remment qui forment une partie du lac de Mensaleh, anciennement lac de Thenessus, dont la ville de Tanis ou Tsoan n*est qu*à quatre lieues, que sortirent plus tard les insurgés qui, sous Taharak, en expul-« saut les Éthiopiens , relevèrent le trône national; et cest là peut-être le sens mystérieux de cette prétendue île d*Elbo, qui, retrouvée près de six siècles après et dans des circonstances presque semblables , pourrait bien indiquer allégoriquement, ou en langue sacrée, un lieu de rassemblement pour la délivrance de la patrie. Personne assurément ne supposera qu'on ait jamais pu croire ni admettre sérieusement quune île qui aurait dix stades, c'est-à-dire environ ipSo mètres ou une demi-lieue dans tous les sens y fût restée inconnue ou ignorée pendant tant de siècles dans un des bras du Nil ou dans un des lacs du Delta.
Âktisanès ne peut donc être que Sésonchis ou Schise^ haq , dont le prénom, qui signifiait soleil du monde meri" dional (i)^ contribue encore à constater 1* origine éthiopienne. On sait, du reste, sous combien de noms différents le même pharaon se montre dans T histoire. La guerre de ce prince contre Juda eut lieu dans le cours de la cinquième année de Roboam , fils de Salomon ; mais l'incertitude de
(i) Champollion-Figeac, Univ.pitt\,]^sypte, p. a58.
PBOLEGOHBNES. ffS
la chronologie hébraïque empêche de reconnaître à quelle année du règne du pharaon correspond cette cinquième année de Roboam. L'Éthiopien était déjà sur le trône d'É* gypte quand mourut Salomou , puisque c'est près de lui que s'était réfugié Jéroboam. Ce dernier, qui s'était mis en révolte contre Salomon , ne pouvait choisir de meilleur refuge qu'auprès du prince qui avait détrôné le beau-père du roi dont il cherchait à usurper Théritage (i).
Sésonchis, Aktisanès ouSchischak eut pour successeur Osorchon , que Champollion et d'autres critiques ont re« connu pour le Zarac des Paralipomènes. Ce Zarac y qui se fit battre par Aza, roi de Juda, est expressément désigné par répithète d'Éthiopien , ainsi que ses soldats : voilà donc deux rois successifs reconnus pour Éthiopiens dans la fa« mille des Bubastites : cela suffit pour démontrer que tous les autres rois de la même dynastie furent Éthiopiens aussi , car une famille nationale ne pouvait pas s'implanter sur la
(i) Les dernières années de Salomon doivent nécessairement con* Corder avec le règne de Schischak. Salomon avait épousé la fille d'un pharaon , et le même architecte qui fut chargé de construire le temple construisit aussi un palais pour la princesse égyptienne. Tout porte àcroire, ainsi que nous le dirons en son lieu, que l'ensemble du plan du temple de Jérusalem fut calqué sur celui des temples de l'Egypte. Salomon n'épousa la fille du pharaon qu'en la troisième année de son règne, ainsi qu'il résulte du Sg^ verset du deuxième chapitre du troisième livre des Rois et du i'** verset du troisième chapitre. Cette année correspondrait à l'année 947» qui était la troisième du règne de Psouscnès-Amosis. Salomon régna encore 87 ans après son mariage; il meurt donc en 910, année qui correspond à la io«du règne de Schischak. Jéroboam se révoltant contre Salomon, et cherchant un refuge en Egypte, vient auprès du roi qui avait chassé du trône le beau-père du fils de David. L'expédition de Schischak contre Jérusalem étant de la cinquième année du règne de Roboam , c'est donc en goS qu'elle dut avoir lieu , ou en la quin* zième année du règne de Schischak. Ce serait ainsi , d'après nos calculs, 65 ans plus tard que l'époque assignée à cette guerre par le père Petau, et six ans plus tôt que ceUe à laquelle la place le père Berruyer.
114 LEOYPTB PHABAOlS^QUe.
famille étrangère. Un passage d'Hérodote peut être inroque dans cette question* Suivant cel: historien , dans les trois cent trente rois dont les prêtres lui avaient lu les noms dans leurs annales , il s'en trouvait dix-huit d'éthio^ piens : dans les listes de Manethon nous devons donctrou^ ver au moins ce nombre d'étrangers , or nous n'y en dé« couvrons pas seulement dix-huit , mais vingt-un : ce sont les neuf éléphantins, les neuf bubastites (i) et les trois princes de la famille de Sabacos^ Hérodote place, il est vrai, ses dix-huit éthiopiens avant la xvtit^ dynàBlie; mais il est bien évident que c'est là une suite de cette con« ftision dans ses notes qui lui (ait écrire les noms de Chéops, de Chephren, de Mycerinus, après celui de Sésoatris, que ceê princes ont précédé de dix4iuit siècles : quant à la di^ férence des nombres i8 à 21, elle peut s'expliquer en considérant qu'Hérodote ne compte niSetechusniTaha*^ rak dans la famille de Sabacos ; la diflérence n*est donc plus alors que d'un nom , ce qui n'est qu'une erreur trèslégèrci en comparaison des autres que renferme sa chronologie. Nous pouvons donc considérer avec toute confiance les bubastites comme des éthiopiens , et leur t^ef comme l'Aktisanès de Diodore. Les prêtres, qui poussaient la complaisance pour le voyageur grec jusqu'à lui communiquer une partie de leurs livres, n'auraient pas voulu assurément augmenter à plaisir le nombre des princes éthiopiens qui avaient asservi leur pays ; et puisque dix-huit de ces tftrangers doivent se trouver dans les listes, il devient de toute évidence qu'il faut comprendre dans ce nombre la dynastie qui s'est intercalée entre les Tanites. Un autre témoignage à l'appui de cette opinion , qu'on peut déduire eu* core des récits d'Hérodote, c'est celui de l'exhaussement des chaussées sur lesquelles étaient bâties les villes. D'a-
<i) CfaMn^lIioa a découvett que, parmi les six rois anonymèft de
cette dynastie, il avait existé un second Schiscbak.
PliOLÉGOMÈNES. 115
près HÀodote, Schabak fit élever consîdérablemtnt ceè huttses factices, et Bubastis fut, ctit«-ii, la \\\\e où on les releva le plus. Larcher soupçonne une lacune dans cet historien après ce qui concerne Anysis, et il ne croit pas cpie ce soit Sabacos qui ait forcé ce pharaon à se réfugier dans les tnarais. Si Anysis est, comme tout concorde à le fiûre croire, FÂmosis de Diodore, celui qui le détrôna est Âktisanès ou Schischak. Ce dernier prince étant entré en Egypte en réparateur, et ayant été accueilli en libérateur par les nationaux, devait s'occuper efficacement de tout ce qui pouvait rendre sa domination plus agréable aux Egyptiens; et comme sa dynastie établit sa résidence à Bubastis, c'était une raison pour qu'elle donnât encore plus d'attention à l'exhaussement des chaussées de cette ville.
Aktisanès avait été secondé dans sa conquête de l'É^ gypte par le vœu de la population , et peut-être aussi par ses efforts; tout porte à croire que ses successeurs conti-^ nu^^Dt pakiblement leur domination sur ce pays (i). A la mort du dernier prince de cette famille étrangère, les Égyptiens se donnèrent un roi national, suivant ce que dit Diodore. Ce roi fut Petoubatès , qui rétablit le trône national à Tanis. La vingts-deuxième dynastie avait conservé le trône cent dix-sept ans ; Aktisanès avait commencé sa domination en l'année 920 , Petoubatès commença donc à régner en l'année 8o3.
La vingt-troisième dynastie se compose de quatre fois dont les règnes réunis forment un total de 89 ans, ce qui
(x) Ce qui établît très-bien que la domination de cette famille éthio« pîenne fut du fi>é des Égyptiens, c'est que le nom de ses princes ne fut pas martelé sur les monuments, et qu'on voit, au contraire, divers de ses membres remplir dans le pays de hautes fonctions sacerdotales. {Champ,, î* Lettre à M. de Blatas.) Il en fut de même, plus tard , pour le Bbi|i de Darius II, qui fut respecté partout où il se trouvait, parce que ce prince, différent des autres rois perses, s'était attaché à ré» piffcr le «al qu'aillent fait ses prédécesseurs.
116 L*iGYPTB PHàBAONIQUB.
porte à Tannée 714 la prise du Pschent par Bok-hor ou Boccoris, qui à lui seul forme la iringt-quatrième dynastie. Bok«-hor> renonçant au séjour deTanis, transporta son trône à Sais.
La cause qui enleva à la ville de Tanis Tavantage d*étre la résidence des rois paraît due à une expédition des Assyriens contre TEgypte. Le prophète Nahum annonçant des malheurs à INinive , dît aux habitants de cette ville de prendre exemple sur ceux de No-Âmoun , dont la mer était le rempart y TEgypte et Kous sa force, et qui avait pour la secourir la Libye et Phut, ce qui n* empêcha pas ses ha* bitants d*être emmenés en esclavage, ses plus illustres citoyens d'être partagés au sort, ses petits enfants d'avoir la tête brisée sur les pavés (i). Ce passage, en unissant l'Egypte à Kous y semble placer cet événement à une époque où les Ethiopiens étaient maîtres de l'Egypte, ou bien où les pharaons dominaient eux-mêmes en Ethiopie , ce qui est arrivé plusieurs fois, comme l'attestent les monuments. Mais aucun désastre de ce genre n'a pu avoir lieu après l'invasion de Shabak, qui détrôna Boccoris; et l'obscurité qui couvre la géographie de ces temps reculés ne permet pas de savoir d'une manière bien certaine quek sont les pays que le prophète cite ainsi comme étant la force et les auxiliaires de No-Âmoun , la Diospolis du Delta. On sait que le nom de Kous y qu'on donne aux Éthiopiens, était aussi celui de peuples habitant certaines parties de l'Arabie, et entre autres du pays de Madian (3); et la version syriaque de la Bible traduit même, dans un passage de Jérémie , ce mot Kous par Indus , quoique partout ailleurs elle le traduise par Mthiops. Dans cette pro-
(i) Nahum , m , 8 et 10.
(a) «Alors Marie et Aaron parlèrent contre Moïse, à cause de sa femme qui était Éthiopienne. » Numer. xii» i. La femme de Jttoîse était fille de Jéthro, prince-prélre de Madian : TÉcriture sainte considcrail donc aussi les Madianites comme des Éthiopiens asiatiques.
PBOLliGOM àN£S. 1 1 7
phëtie de Nahum, Kous ne peut se rapporter qu'au pays (leMadian, parce quà cette époque l'Egypte était maîtresse de la Syrie , et que, pour venir de Babylone devant cette ville de No-Amoun , il fallait traverser le désert. Quant au mot Phuty que la Yulgate traduit par Afrique, dom Calmet et l'abbé de Vence pensent que c'était une contrée de 1* Egypte même , la partie la plus voisine de la Libye. Par le mot Libye il faut entendre les oasis, d'où il pourrait se faire que le pays de Phut ne fut autre que la Marmarique. Les impénétrables ténèbres qui couvrent l'histoire d'Assyrie depuis Nemrod jusqu'à Phul laissent dans le plus grand vague le règne célèbre de Sémiramis , celui de Ninus et ceux de ses successeurs : il est donc im« possible de deviner auquel des rois de cette nation est due la catastrophe de No*Amoun , laquelle , suivant nos calculs, doit avoir eu lieu vers l'année 714 (i)* Un petit nombre d'années s'était écoulé depuis cet événement , quand le prophète , qui en avait sans doute l'imagination frappée , se servit de l'exemple de cette grande infortune pour effrayer les Ninivites. Tanis, où résidaient alors les pharaons, n'était éloigné de No-Amoun que de quelques lieues; et, pour arriver sous cette dernière ville, une armée venant de l'orient était forcée de passer devant Tanis. A l'approche de l'ennemi, la famille royale dut évacuer cette ville, et elle se retira à Sais, dont la position au milieu d'une île du Delta, et à une assez grande distance de la frontière , lui offrait plus de sécurité. Cette raison décida probablement Boccoris à continuer à résider dans cette ville après le départ des Assyriens, et c'est de là
(i) Nous avons déjà parlé de rextréme différence que présentent les divers systèmes chronologiques de l'histoire juive. Suivant le père Berrayer, qui est celui don tTensemble s'accommode le mieux à notre propre système , Joatham , sous le règne de qui FI. Josèphe place le prophète Nahum, régna vers Tannée 735. Ce prince régna s 5 ans; ce serait par conséquent dans la ai* année de son règne que serait survenu le désastre de No-Amoun .
118 L'ÉGYfTlS FHAaAOllIQUE.
qu après six ana de règne la troisième invasion éthiopienne le chassa de nouveau. Ici , deux faits sont également certains : la ruine de No«-Amoun , voisine de Tanis, et la traos** lation à Sais du trâne élevé dans la ville qui se trouvait sur le passage d'une armée venant de T orient : il serait bien étonnant que le dernier de ces faits ne f&t paa la conséquence du premier. On peut même supposer, d'après un passage d'Isaïe , que Tanis aussi tomba au pouvoir des Assyriens, quoique rien ne dise que cette ville ait été traitée avec la même rigueur que No-Amoun (i). Dans tous les cas , le sac de la ville égyptienne ne saurait être attribué à Sennacherib, que le témoignage unanime des auteurs sacrés et profanes montre comme n*ayant pas dé» passé la frontière de TEgypte.
Soit que la prise de No-Amoun ait eu lieu au commen* eement du règne si court de Bok«hor, soit que cet événe-» ment appartienne à la fin du règne de Zet son prédécesseur, qui aurait lui-même transféré à Sais la résidence royale, et péri peut-être les armes à la main, le Delta fut à peine débarrasssé des Assyriens, qu'une armée victori^ise descendant de T Ethiopie vint faire perdre à Boccoris son trône, et peut-être aussi la vie en le défendant; et c'est cette mort qui aurait pu donner lieu à Terreur qui a (ait considérer ce prince comme ayant subi le supplice du feu par ordre du conquérant éthiopien. L'invasion de TEgypte par Schabak, dont la famille forma la vingt-cinquième dynastie , eut lieu en 708 , et cette dynastie illégitime se trouve intercalée entre les deux dynasties des Saïtes, dont elle rompt la continuité. Après huit ans de règne, Schabak
(i) Cest à cette expédition assyrienne que se rapporte, suivant de bons critiques, le 1 9® chapitre d'Isaïe, où ce prophète parle des coq« selliers du pharaon qui ont perdu la tête dans Tanis. Le s® verset semble indiquer que les discordes civiles partageaient la population égyptienne au moment ou les Assyriens se présentèrerft devant Ta* pis, et le verset 18 fait voir que cinq des villes du Delta tombèrent au pouvoir du vainqueur.
PfiOLBGOMÈKES. 1 1 Û
laissa la courouDd à ScTekopht ou Seyechus, qu*H«rodote nou» représente comme appartenant à la race saeerdotaVe ; G* est donc en Tannée 700 que ce pharaon- prêtre par» vint au trône. C'est sous ce prince que les prêtres qui ins* truisaient Hérodote plaçaient la marche de TÂssyrien Sen* nacherib contre Peluse.
Sennacherib ne fit qu une reconnaissance vers la frontière de l'Egypte , sans pénétrer dans ce pays. Le gros de son armée resta sous les murs de Jérusalem, où la frappa une mortalité différemment expliquée par les livres sacré^ •t les livres profanas. Le livre des Rois plape cet événement sous Taharac, mais les Égyptiens le plaçaient sous Seve-^ chus ; et Hérodote a vu encore la statue élevée à ce pharaon en mémoire du fait allégorique par lequel les prêtres expliquaient Téloignement des Assyriens (i).
(i) Suivant Isaîe et le livre des Rois, c'est Tauge du Seigneur qui détruit les Assyriens en une nuit; suivant Berose, c'est la peste qui enlève à Sennacherib la plus grande partie de ses forces; et Hérodote, d'après les prêtres égyptiens, fait ronger par des rats les courroies des carquois et les cordes des arcs des soldats assyriens devapt Peluse, circonstance qui fit représenter le pharaou avec un rat sur la main. Ces versions, en apparence contraditoires, peuvent s'accorder facilement. Le rat était, hiéroglyphiquement , le symbole des désastres, des maladies pestilentielles par conséquent. {Horapol.,hierogt. i, 47.) Hérodote avait reçu la communication de l'allégorie, mais non son explication. Quant à l'ange exterminateur, on ^it que c'était aussi chez les Hébreux le symbole des vengeances du Seigneur.
Pour placer l'expédition de Sennacherib sous le règne deTaharak, il faudrait contredire le récit d'Hérodote , i*econnu pour être or« dÎDaîrement très-exact, en ce qu'il rapporte d'après lui-même : or, il déclare ofwr vu cette statue de Sethon ou Sevechus. Remarquons que le pharaon n'est cité dans les litre des Rois qu'incidemment. Sennacherib a appris, y est-il dit , que Taharak se prépare à marcher au secours de Jérusalem; c'est pourquoi il se dispose à aller lui-même à sa rencontre avec une partie de son armée. Mais en cedi le ckroniqoeur juif se montre mal informé, puisqu'il est constant que le pharaon ne fit , au contraire, que se préparer à défendre se
120 L*ÉGYPTB PBABÀOAIQUB.
Taharak remplaça Sevekopth (i) en 686 , et après dix«huit ans de règne ce princ« mit fin à la dynastie illégitime des Éthiopiens , que remplaça la XXVP dynastie légitime des SaïteS} à la tête de laquelle Ëusèbe met un Ammerès dont ne parle pas J« Africain ^ et qu'il qualifie d*Ethiopien. A ce titre d'Éthiopien , Ammerès ne peut appartenir à cette liste , toute composée de princes égyptiens. Cet Ammerès, s*il a joué un râle dans le gouvernement de l'Egypte, mais alors comme Égyptien et non comme Éthiopien, ne peut être que Tun des douze chefs qui s'étaient ligués pour chasser Taharak, et que, par inadvertance, Eusèbe aura introduit dans la vingts-sixième dynastie.
Suivant Hérodote et Diodore, ce fut Psammitik, l'un de^ces douze chefs, qui régna le premier en Egypte après l'expulsion des Éthiopiens, et après qu'il eut supplanté ses compagnons ; et cependant le nom du premier Psammitik ne se trouve qu'à la quatrième place dans les successions des pharaons de cette dynastie, d'après Manethon. Faut-il, d'après cela, reléguer au rang des fables tout ce que les auteurs grecs ont dit de ces douze rois qui s'étaient partagé l'Egypte, et dont l'un était Psammiticus lui-même? Mais les détails circonstanciés dans lesquels entrent à cet égard ces écrivains ne permettent guère de rejeter absolument tout leur récit, surtout lorsque les faits dont ils parlent se rapportent à un prince qui devait être bien connu des Grecs, puisque c'est à lui qu'ils étaient reçleva*
frontières, loin de vouloir être agresseur ; et ce ne fut pas sans peine que Sevechus put réunir des forces qui probablement n'auraient pas sauvé TÉgypte sans la mortalité des Assyriens, puisque le corps des guerriers, offensé par le pharaon-prétre , avait refusé de marcher. La version arménienne d'Ëusèbe fait de Taharak un prince indien, et elle place l'expédition de Sennacherib sous Sabacos,
* (i) Une pierre du musée du Louvre porte ce nom àe Sevekopth, qu*on croit appartenir au Sevechus de Manethon. M. Wilkinson le nomme Scihbek,
PBOLBGOUÈNES. ISf
bles du privilège d* avoir pu former des établissements dans un pays qui était auparavant rigoureusement fermé à leurs comptoirs. Mais 9 d* autre part, J. Africain, Eusèbe, le Syncelle, ne se seraient pas accordés à placer ce pharaon au même rang dans leurs listes, s'ils ne l'avaient trouvé ainsi dans Manethon ; et celui-ci savait encore mieux que Diodore et Hérodote quel avait été réellement l'ordre des suc-> cessions dans cette vingt-sixièmedynastie. La difficulté que présentent ces contradictions ne nous paraît pas insoluble.
Le règne deTaharac fut de dix-huit ans, suivant le chronographe égyptien, qui ne fait aucune mention des douze rois; Hérodote, de son côté, se tait sur Taharak, et Diodore ne parle que du seul Sabacos. Suivant ce dernier historien, une anarchie de deux ans précéda l'élection des douze rois : ces deux années, jointes aux quinze que dura l'empire de ces douze chefs , nous montrent un synchronisme entre le règne de ees prétendus douze rois négligés par Manethon, et celui de Taharak : c'est dix-sept années à prendre sur la durée de ce dernier règne. Hérodote nous apprend une circonstance bien précieuse pour aider à résoudre la difficulté. Le second roi de cette dynastie éthiopienne, lequel appartenait à la race sacerdotale (i), témoignait un grand mépris pour la caste des guerriers; aussi ces derniers refusèrent-ils de prendre les armes contre Sennacherib, quand cet Assyrien s'avança vers l'Egypte. Sevechus, abandonné par les gens de guerre, fut contraint de lever une armée parmi les gens du peuple , et c'est avec cette troupe improvisée qu'il se porta sur Peluse. Il y a lieu
(i) Les fils des pharaons étaient admis dans l'ordre sacerdotal , et nous en voyons plusieurs remplissant de hautes charges dans cette classe. Si un éYénement faisait passer la couronne sur la tête de Tan des princes ainsi engagés dans le sacerdoce, ce prince était pharaonpi'êlre : Sevechus était précisément dans ce cas, puisque Ëusèbe le fait fils de Sabacos.
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de croire que, sans le désastre de T armée assyriennei par Y effet sans doute d'un typhus, Sennacherib aurait envahi rÉgypte avec la même facihté que Tavait fait Aktisanès deux siècles auparavant : le mécontentement des militaires lui en aurait facilité la conquête. Cette tentative de Sennacherib est placée par Mercator en 764 avant J« G. , par le père Petau en yi^j par Usserius en 737 , par Larcher en 7ia,parBerruyeren 689. Nous avons dit que les nom-« bres de ce dernier sont ceux qui s'accommodent le mieux avec la chronologie égyptienne comme nous la comprenons : en effet, entre Tannée 689 regardée par cet histo* rien comme celle de l'expédition de Sennacherib, et Tannée 686 qui fut la dernière du règne de Sevechus, la différence n'est que de trois ans : on pourrait donc regarder la démonstration hostile de TÂssyrien comme de la dcarnière année de Sevechus. A la mort de ce prince, Taharak prit la couronne; mais la fermentation qui régnait chez les guerriers détermina une révolte qui éclata, à ce qu'il paraît, dans Tannée qui suivit Tavénement de ce prince au trône. L^ révolte mit-elle deux ans à se bien organiser? ce se-^ raient là les deux années d'anarchie dont parle Diodore« Enfin, les militaires convinrent d'élire douze d'entre eux, qui seraient chargés de diriger les opérations contre les Ethiopiens sur les différents points de T Egypte ; et ces douze chefs furent ceux à qui les Grecs ont donne le titre de rois. L'autorité de Taharak se trouvant ainsi méconnue, Hérodote n*a piis compté ce prince au nombre des rois, et il a fait figurer à sa place les duodécemvirs, en ajoutant qu'après Sethon ou Sevechus les Égyptiens avaient recouvré leur indépendance, assertion qui est en effet justifiée par l'événement. Le Psammétique des Grecs était du nombre de ces douze chefs , on ne saurait le nier; mais ce Psammétique ne peut pas être celui que nomme Manethon , et sous qui fut bâtie la forteresse des Milésiens. Il y a donc eu un premier Psammétique, comme il y en a
eu trois eucore après celui dout nous parloos. Le premî» ^ Psammetik n est vraisemblablement que le Stepbtnatès de Manethon , qui a pu porter ce nom, patronymique dans sa famille comme celui de Thouthmosis et celui de Rham« ses Tétaient dans les dix-huitième et dix^neuvième dynasties. On sait qu'il n est pas un pharaon qui n'ait eu plu«« sieurs noms ou surnoms sous lesquels chaque auteur les désigne arbitrairement, ce qui a fait naître tant d'embarras dans la chronographie égyptienne (i). Manethon n'a pas
(i) La différence des noms pharaoniques gravés sur les momiiaoïiU avecGeui( mentionnés par Manethon et par les autres écrivains , si peu d'accord entre eux, serait la démonstration, d'ailleurs incontestée, de la multiplicité des noms de ces princes. Champollion a reconnu que l'Akenkerès I de la dix-huitième dynastie, que les monuments nomment Menephtha ^ prenait les sarnoros de Ousitti^ Nubeîf Jtheti , jimmonéi , ce qui fait six dénominations différentea sous lesquelles les écrivains pouvaient le désigner. Dans un discoura prononcé par M. le docteur Lepsius à l'Institut de correspondance archéologique, à Rome, nous lisons que « chaque roi (d'Egypte) avait cinq noms, qui se distinguaient par certains groupes exprimant des titres de royauté dont ils sont précédés. * (Biiiiet, de l'I/tit,areh.f am/ 1638.} On peut donc admettre sans effort que le nom de Psam-* métique, qui se reproduit si souvent sous différentes formes dans cette vingt-sixième dynastie, et que portaient probablement aussi les deux pharaons désignés sous le nom de JVeckos ou. Nechao, mot que les versions syriaque et arabe de la Bible, ainsi que le Tusgum Jonatham, traduisent toujours par clatufus, le boiteux , ce qui exprime une infirmité et non un nom propre; que ce nom de Psammetik « disons-nous, était le nom patronymique des pharaons de cettç dynastie.
Cette multiplicité des noms parait, du reste, avoir été d'un usage universel en Egypte ; car nous voyons Moïse désigné sous le nom de Moniof par un auteur juif cité par dom Calmet, sous celui de /aakim par son père , sous celui de Jekuthiel par sa mère » sous ccAui de Jgther par sa soeur» suivant les rabbins. Ses frères le nommaient aussi Jbigeder. Lies Israélites ajoutèrent à tous ces noms qualificatifli celui de «Semai/y^; enfin , dom Calmet, dans ses commentaires sur l'Exode, remarque qu'on le désignait encore par les noms de Tobie et de Sopher, Nous savons par FI. Josèphe que Cheremon l'appelait
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inscrit dansson catalogue les douze chefs de rinsurreciioB , parce qu'ils ne furent pas reconnus rois en Egypte, et que sur les monuments deThèbesil trouvait, en concurrence de leur administration , le nom de Taharak comme celui d*un prince régnant, et comme restaurateur de différentes parties des grandes constructions qui couvraient cette ville. Ce n'est qu'après que les Ethiopiens eurent été complètement chassés, en la dix-huitième année du règne de ce Taharak, que le Psammétique des Grecs, Stephinatès de Menethon , possesseur enfin de toute la terre pharaonique, fut classé au nombre des rois, commençant ainsi une nouvelle dynastie : c'est ainsi qu'en usait Manethon. Ce que nous avançons ici est complètement justifié par ce que fait plus tard ce même écrivain à l'égard de Darius II, dans une circonstance parfaitement semblable. Sous le règne de ce Darius , le dernier des rois de la dynastie de Gambyse, Inarus, qui régnait dans les oasis et qui avait pour père un quatrième Psammitik, ce qui le rattache à la dynastie deStephinatès , et un autre chef nommé Âmyrtœus, combattant comme les douze rois pour l'indépendance de la patrie, et possédant une partie de l'Egypte, ne sont cependant , quoique princes égyptiens et de la famille légitime , admis par Manethon à figurer dans ses listes que lorsque l'autorité de Darius a entièrement cessé d'être reconnue dans tout le pays, après l'entière expulsion des Perses : alors seulement Thiérograromate inscrit dans son catalogue des rois le nom d'Âmyrtœus , survivant d'Inarus (i).
Tisisithès; Artapane l'appelle aussi Hermen, Voyez les comment, de Galmet; Exode, chap, ii, v. lo.
(i) Les monuments ne sont pas restés muets sur Tépoque des douze chefs. M. Wilkinson remarque que Psammétique, probablement le Stephinatès de Manethon , le premier des Éponymes de cette famille, qu'on a toujours confondu avec le second , est quelquefois inscrit sur les monuments avec le simple titre de melek, au