‹ L'Égypte, son avenir agricole et financier; notes et documents sur laChapitre 11 sur 38 · ANNEXE N · texte numérisé non relu

ANNEXE N

Rapport à. Son Altesse Mohammed-Sald Pacha, vioe-rol d'Egypte.

« Son Altesse a demandé Tavis de la commission inter- « nationale du Canal de Suez sur le mode de fermeture « proposé par M. Mougel-bey pour le barrage de Sœfdieh « et sur les dimensions qu'il convient de donner aux trois « grands canaux d'irrigation qui auront leur prise d'eau à « ce barrage.

(( En déférant aux désirs de Son Altesse, la commission « n'a pas à craindre de paraître vouloir donner un conseil « sur des questions élémentaires au savant ingénieur qui, « en surmontant les plus grands obstacles dans la con- « struction du barrage, a donné les plus sûres garanties « d'un heureux achèvement.

(( Dans le mode de fermeture projeté par M. Mougel* « bey, la porte de chaque pertuis du barrage est un cais* « son en tôle, à parois cylindriques, tournant sur un axe « horizontal; lorsqu'elle est remplie d'eau, elle coule et se « ferme ; lorsqu'elle est remplie d'air comprimé, elle s'ouw vre et flotte. L'air comprimé est fourni par une pompe « mise en mouvement par le courant du fleuve. En réglant « l'introduction de l'air au moyen d'une soupape mue par (( un flotteur, de manière qu'elle soit interrompue dès que « le niveau de 4",80 assigné à la retenue baisse et qu'elle <c soit rétablie dès que ce niveau monte, on forcera le fleuve « à se maintenir par lui-même à on niveau constant. On « n'aura plus- dès lors à recourir à des moyens mécani- « ques qu'à l'époque des crues, pour surélever les portes « hors de l'eau.

« Ce système est très ingénieux et très rationnel, la com- « mission n'a rien à y objecter si ce n'est qu'il est nou-

50 DES IRRIGATlOiNS EN EGYPTE.

« veau et qu'il n'a pas encore été appliqué. Elle n'oserait « conseiller de l'adopter pour la fermeture d'un barrage « gigantesque, tant qu'un essai préalable, fait sur une « plus petite échelle, n'en aura pas garanti le succès.

« L'emploi de l'air comprimé pourrait amener des mé- « comptes pour un résultat peu important, puisque la ma- « nœuvre directe des portes, qu'il tend à supprimer serait « peu coûteuse. Le Nil croissant avec une lenteur et une « régularité extrêmes, cette manœuvre pourrait être néces- « saire. Elle serait dès lors facilement exécutée par six ou « huit hommes au moyen d'une grue mobile.

« En supprimant dans le mode de fermeture proposé « par M. Mougel-bey le mécanisme relatif à l'air com- « primé, on rentre dans un système de portes déjà appli- « que sur la Seine et d'un succès assuré.

« On pourrait adapter également les portes tournantes « à un axe horizontal ou vertical, les vannes à persien- « nés, les vannes à ventelles superposées ; tous ces systè- « mes sont bons et ont été trouvés d'une manœuvre facile « sous des charges bien supérieures à celle de la retenue <( du barrage. La commission les indique sans en recom- « mander spécialement aucun ; elle laisse au directeur des « travaux du barrage le soin de choisir le plus simple, le « moins coûteux et le mieux approprié aux dispositions « préexistantes des pertuis.

« Les dimensions qu'il convient de donner aux trois « grands canaux d'irrigation qui auront leur prise d'eau « au barrage de Saïdieh ont été calculées par la commisce sion d'après les données suivantes qui lui ont été fource niesparM. Linant-bey :

« 1° Le plafond de chaque canal aura la pente générale « de la plaine, qui est de 0°,12 par kilomètre, mais la « pente de superficie sera ramenée par une série de barce ragesà0'°,03.

RAPPORT DE LA COMMISSION DE SUEZ, ' oi

« â"" Le nombre de mètres cubes d'eau débités en (( 24 heures sera de : six million6 pour le canal de TEst, (( neuf millions pour celui du Centre et quatre millions « pour celui de l'Ouest.

« D'après la formule de Prony, ces conditions seront « satisfaites sans que le courant atteigne la vitesse de O'^fB (('par seconde, menaçante pour la stabilité des berges, si « Ton donne aux canaux les dimensions ci-après :

« Canal de l'Est, largeur au plafond 75 mètres, profon- (( deur 2 mètres ;

(( Canal du Centre, largeur au plafond 50 mètres, pro- « fondeur 2", 50;

« Canal de l'Ouest, largeur au plafond 50 mètres, pro- « fondeur 2 mètres.

« Le canal du Centre devant traverser Saïdieh, il parait « utile de réduire sa largeur à 40 mètres dans l'intérieur (( de la forteresse et à 15 mètres au mur d'enceinte. Ces (( étranglements n'auront aucun inconvénient, si on donne « au canal une profondeur initiale de 5 mètres, convenable- (( ment raccordée avec la profondeur normale de 2", 50. »

Les membres de la Commission internationale du Canal de Suez,

Signé :

CONRAD, Président.

RENAUD, DE NÉGRELLI, LIEUSSOU, rapporteurs.

Le Caire, 13 décembre 1855.

Rapport de M. John Fowler

sur les irrigations et la mise en état dn barrage

de Saldieh en 1876

« Le rôle principal du baiTage sem l'irrigation comw plëte, à toutes les époques de Tannée, de trois millions « de feddans de terrain cultivable dans la basse Egypte.

« Pour atteindre le même but, on peut établir un sys- « tëme de canaux à niveau élevé ; si ce canal se faisait « sur la rive droite du Nil, la prise d'eau devra se faire « à Querrémat, 110 kilomètres en amont du barrage; s'il « se faisait sur la rive gauche, la prise d'eau devrait se M faire à Ëchment, 114 kilomètres en amont du barrage. « Le capital à dépenser pour l'un* ou l'autre de ces canaux t< serait 2 £. 7 sh. 8 p. 5 d. par feddan.

« Le barrage du Nil se compose essentiellement d'un « viaduc en briques assez massif et bien construit, fondé « sur une masse large mais peu profonde de béton, et M traversant les branches de Rosette et de Damiette à la « pointe du Delta.

« Dans le plan original, il était projeté de fermer par- « tiellement les arches du viaduc lors de l'étiage, au « moyen de vannes en fer d'une construction spéciale, afin « d'élever le niveau du fleuve à 4 mètres et demi au-dessus « du niveau des basses eaux. On pensait ainsi pouvoir « fournir l'eau d'irrigation aux principaux canaux de « la basse Egypte, à une hauteur telle que la plupart « des sakiehs et des chadoufs pourraient être supprimés.

« On s'attendait aussi à ce que les travaux du barrage « rendissent la basse Egypte indépendante des inonda- « tiens, qu'elles fussent selon leurs niveaux ou bonnes ou « mauvaises, vu qu'il serait possible d'inonder un terrain « quelconque à volonté au moyen de vannes régulatrices.

« Les études du barrage furent complétées en 1843, et

a pendant les dix années qui suivirent les travaux furent « poussés avec plus ou moins de rapidité et de succès.

a La longueur totale du barrage en travers la branche « de Rosette (y compris 61 arches d'environ 5 mètres de a largeur et deux chambres d'écluses de 12 mètres et (< 15 mètres de largeur) est de 468 mètres. La longueur « totale du barrage en travers la branche de Damiette, y (( compris 10 arches de plus, est de S45 mètres.

ce Lors de Tétiage, avec toutes les vannes et les écluses « ouvertes, Teau au barrage a un débouché superficiel « d'au moins 990 mètres carrés ; tandis qu'à une distance « de 1 ou 2 kilomètres en aval du barrage, la superficie « est de 890 mètres carrés, à Querrémat, à peu près à « 114 kilomètres en amont du barrage, elle est de 1,130 « mètres carrés. Lors des hautes eaux, en 1874, la superce ficie du courant était de 7,000 mètres carrés au barrage, « 6,500 au pont de Kasr-el-Nil et de 6,850 à Querrémat.

« L'examen des arches et des piles du barrage visible^ <( au-dessus de l'étiage prouve qu'elles ont été bien con- « struites et avec de bons matériaux, qu'elles sont d'une « solidité suffisante pour résister à la pression voulue de (' l'eau et qu'elles suffisent en général à remplir le but « auquel elles furent destinées.

« Néanmoins il a été considéré jusqu'ici comme peu « judicieux et même comme impossible de faire servir le « barrage à plus d'une fraction du travail auquel il fut « destiné dès l'origine. La cause principale de ce fâcheux « résultat et de la faiblesse inhérente qui rend cette « œuvre importante et grandiose sinon entièrement inu- « tile, au moins d'une utilité très limitée, est attribuable a à la construction primitive et à l'état actuel du radier.

« Ma conviction est que les fondations du radier, dès « le principe, ont été portées à une profondeur insùffi- « santé, et, si le baiTage actuel doit être réparé et achevé

« de manière qu'il puisse être exposé sans crainte et « pendant de longues années à l'action des eaux du Nil, « il faudra ajouter des travaux importants et coûteux, « pour le mettre en l'état dans lequel il se serait trouvé (( si les fondations eussent été jetées dans le principe à la « profondeur voulue.

« Je persiste (après études et renseignements) dans la « conviction qu'aucun expédient simple et peu coûteux ne « peut suffire pour mettre le barrage à même de rendre « avec sûreté les services précieux qu'on en attend.

« Les fondations du barrage ont été minutieusement « examinées au moyen de sondages et d'épreuves por- « tées sur leur surface entière et effectuées à l'aide d'un « radeau; la condition exacte et le niveau delà surface, « la qualité de la maçonnerie et du ciment, la portion « des lézardes et le degré d'intégrité que possède le « radier, ont été ainsi mis au jour; au moyen d'un sys- « tème d'épreuves, j'ai pu donstater l'épaisseur actuelle (( du béton et me renseigner sur la qualité de la masse ; « les résultats sont dans les dessins 1 à 6.

« Les changements survenus dans le lit du fleuve d'an- « née en année, depuis le commencement du barrage, « ont été rapportés à leur source autant que l'ont permis « les plans et les indications possédés par les bureaux « des travaux publics. Les variations qui ont eu lieu «- depuis que j'ai entrepris l'étude de la question ont été « naturellement notées avec une exactitude très minu- « tieuse, et elles se trouvent indiquées avec d'autres « détails sur la grande carte et dans les dessins n** 9 à 12, « tous deux compris.

« La quantité de moellons que l'on jeta dans les en- « droits les plus profonds du fleuve, pour servir de fonce dations aux barrages, et de ceux que l'on y ajouta pour « protéger le lit du fleuve contre l'érosion et pour com-

(( bler des trous déjà creusés, a été constatée aussi exaéte- « ment que possible au moyen de sondages, d'épreuves « et de comparaisons avec les cartes déjà existantes.

« Pour connaître la nature probable des matières di- « verses que Ton rencontrera lors de la pose des fondaa lions profondes pour l'achèvement du barrage, j'accom- « plis un forage d'environ 40 mètres de profondeur sur « la rive droite de la branche de Damiette, à l'endroit (( indiqué dans le dessin n"" 7.

« Dans l'intervalle de 7 mois, entre novembre 1874 et <( juin i87S, l'on constata des variations de pas moins' de (( huit mètres dans le niveau du lit du fleuve immédiate- « ment en aval du barrage. S'il s'opère de telles varia- (( lions, maintenant que le barrage ne sert pour ainsi dire « que de pont, il est de toute évidence que des travaux « d'abris, et efficaces, seront nécessaires, si le barrage est « achevé ; et le lit du fleuve sera par cela même soumis << à l'action de forts volumes d'eau se précipitant avec « rapidité.

« La surface supérieure du radier, pavée de briques et « de pierres, se trouve être comme ensemble dans un (( meilleur état que je n'avais raison d'espérer, mais la « masse du béton du dessous de ces pavés est dans un état « très peu satisfaisant. Dans quelques endroits, le béton « est devenu dur et compact; mais dans d'autres, soit que « le ciment ait été emporté par l'eau, soit par toute autre « cause, il ne représente plus qu'une masse confuse de « petites pierres ou graviers et ne vaut guère mieux.

« En ce qui concerne le barrage, le radier de béton fut « posé à la hâte, vu le peu de temps disponible, et une « grande partie du béton du côté de Rosette fut tout sim- « plement superposée sur un enrochement non compact « de moellons détachés, de 12 mètres de hauteur, à travers « lesquels le courant a dû nécessairement et continuelle-

(( ment filtrer en emportant le ciment avant que la masse « se fiit solidifiée.

« A diverses époques, il a fallu reconstruire ou réparer « des parties considérables des fondations.

Travaux projetés.

« L'état actuel des fondations est tel, que, même le « manque de profondeur à part, il serait peu judicieux « de les exposer à une plus forte pression et de les souci mettre à de plus rudes épreuves qu'elles ne subissent « actuellement, car elles seraient entièrement détruites et « emportées par l'action de l'eau passant par-dessous ou « par les vannes à la hauteur et à la vitesse projetée dans « l'origine.

(( Pour donner le degré de résistance voulu aux fonda- « tions' actuelles, il serait nécessaire de reconstruire « entièrement le barrage, et le résultat définitif, quoique « très coûteux, n'inspirerait que peu de confiance. On a vu « que les travaux, même dans l'état d'imperfection où ils « se trouvent, résistent assez bien à la pression et à la « vélocité de l'eau ; il serait très peu coûteux de les mettre (c à même de leur résister d'une manière absolue.

«^11 semble donc clair que le plan à suivre dans l'achè- (( vement du barrage sera d'utiliser au maximum possible « les travaux qui existent et d'obtenir la hauteur addition- « nelle requise pour atteindre la cote d'eau voulue de « 4 mètres et demi, au moyen d'une construction entière- « ment nouvelle et indépendante.

« Je propose donc d'achever d'une manière efficace les u vannes du barrage actuel, de construire une nouvelle (c série de vannes sur des fondations portées à une grande « profondeur immédiatement eh aval du radier actuel, et

de protéger le lit du fleuve contre Térosion par des travaux importants et suffisants dont je ferai plus loin la description.

« D'abord, quant au barrage actuel et à l'effort auquel il doit pouvoir résister, il est évident que, vu la nature du sol démontrée par les forages, son extrême finesse, sa légèreté et sa tendance à se déplacer, une différence dans le niveau de Teau à Tamont et à Ta val des vannes de 4 mètres et demi projetées emporterait assurément le sable d'en dessous du radier, même s'il était construit solidement, ce qui n'est nullement le cas; s'il en était ainsi, nous pourrions empêcher le sable d'être emporté en l'emprisonnant pour ainsi dire entre deux murailles disposées en courtine en travers du lit du fleuve en amont et en aval du radier actuel, et se rattachant à sa masse large et peu épaisse.

« Le radier du barrage sur le Kistnach à Madras est ainsi fait, et ce fleuve décharge trois fois le volume d'eau du Nil, quoique sa largeur soit à peu près la même; sur le Sône, dans l'Inde septentrionale, le radier est ainsi fait également et le barrage a presque 4 kilomètres de longueur.

(( Mais, en ce qui concerne le barrage du Nil, toutes les fondations ont plusieurs lézardes; il serait impossible d'emprisonner le sable au moyen de murailles à courtines parce que, comme il existe une différence entre la pression hydraulique sur le radier en amont et en aval des vannes, le sable fin filtrerait nécessairement à travers les fissures qui pourraient se trouver dans la partie basse, de sorte que les fondations seraient affouillées malgré les murailles d'abri.

« Il serait peu judicieux de courir un tel risque ou d'exposer les fondations à être afl'ouillées, danger auquel elles ont résisté avec succès jusqu'à présent. Il n'est

« pas rare que Ton maintienne une différence de l'',SO « à 2 mètres entre le niveau de Teau en amont et en « aval des vannes; et, par conséquent, si la cote d'eau « projetée est limitée d'après ma proposition à 1 mètre et « demi avec une courtine ou muraille plus basse^ il ne « sera pas à craindre que les fondements s'affouillent. « Mais il est nécessaire aussi de s'assurer que les fonda- « tions actuelles pourraient soutenir sans dommage le « choc de Teau se précipitant au-dessus et au-dessous des <c vannes, épreuve à laquelle elles n'ont jamais été complè- « tement soumises jusqu'à présent.

« Grâce aux vannes inférieures que je propose, la chute « de l'eau sur le plancher ou radier actuel est non seule- « ment réduite de 4 mètres et demi à 1 mètre et demi, « mais l'eau tombe dans une cuvette profonde ou, en « d'autres termes, sur une épaisse nappe d'eau qui en « recouvre le fond, et l'expérience prouve que c'est le « meilleur moyen de neutraliser l'action destructive d'une « chute d'eau.

« Ainsi, * prenons comme exemple les déversoirs de « Muhmoudpoor, sur le canal du Gange, dont les fonda- « tions presque identiques, en ce qui concerne les maté- « riaux et les travaux, à celles du barrage du Nil, furent « entièrement ruinées par Teau tombant avec la rapidité « imprimée par une tête de 2 à 4 mètres ; l'action destruc- (( tive en fut immédiatement arrêtée par une ligne de « crèches ou boîtes remplies de pierres et déposées sur un (( emplacement correspondant à celui des vannes infé- « rieures et formant ainsi une nappe d'eau amortissante « -protégeant les fondations.

« Dans le cas où les travaux projetés seraient mis à « exécution, la superstructure elle radier du barrage actuel « posséderont toute la résistance voulue pour le travail « qui lui sera imposé. La partie la plus rudement mise à

OBS iFt.

\> travaux projetés

baudh

a.b ..Em^ochements jirojetés.

vruvnvQ i^^ 0,00i5 paar les lon^evrs- ^^ti^^J^J-\de Q. 003 pour les hauteurs.

répreuve sera la série inférieure des vaunes; c^est à cet endroit qu'il faudra donner la plus grande solidité de construction, et c'est ce que j'ai fait dans mes dessins. « Je propose de poser les fondations de ces vannes sur une muraille massive et continue de 8 mètres d'épaisseur portée à une profondeur de i8 mètres au-dessous de Tétiage. La profondeur doit être suffisante pour empêcher que le sable en soit chassé sous la muraille par la différence de pression hydraulique de l'eau de l'un et de l'autre côté, car cela causerait l'affouillement immédiat du barrage actuel et la muraille doit être assez profonde pour ne pas risquer d'être elle-même affouillée par le courant inférieur de la chute d'eau. Il faut nécessairement que la muraille soit d'un grand poids et d'une solidité à toute épreuve ; vu qu'il lui revient finalement de soutenir les deux séries de vannes contre l'effort énorme et continu des eaux du fleuve.

« J'ai adopté la profondeur de 18 mètres que je propose après études ; mon premier but a été de mettre le barrage absolument à l'abri de tout danger et le second de le faire au moindre coût possible.

<( La résistance de la muraille est augmentée par les travaux d'abris suivants destinés à arrêter l'érosion du lit du fleuve, à empêcher l'affouillement de la maîtresse muraille et à former une culée solide pour le barrage entier, en consolidant le lit immédiatement en aval de cette muraille.

« Je propose de couvrir le lit du fleuve immédiatement en aval du barrage d'une large couche de moellons, coupée par deux rangées de lourds blocs de béton. La surface de ces travaux d'abri est à 8 mètres au-dessous de l'étiage, de manière à obtenir une nappe amortissante d'une profondeur suffisante pour neutraliser la chute d'eau. « Immédiatement en aval de la maltresse muraille, se

« trouve une rangée de blocs de béton d'un poids tel que « le courant ne puisse les déplacer, destinés avec les moel- « Ions à former une culée solide qui supporte le barrage « entier.

« A 24 mètres plus loin se trouve une deuxième rangée « de ces blocs, formant une barrière toute-puissante coatre « les efforts de l'eau et destinée à arrêter les fragments de « roc que le courant ne manquerait pas d'emporter. Aune « certaine distance de là, en aval du courant, se trouve une « nouvelle masse de moellons dont l'extrémité inférieure « nécessiterait probablement des soins et des réparations « pendant plusieurs années après chaque saison des hautes tf eaux; les deux rangées de blocs de béton et la maîtresse « muraille forment, pour ainsi dire, trois lignes de défense «solides contre tout mouvement rétrograde du lit du « fleuve.

(( Actuellement, le lit du fleuve est plus ou moins jonché « de moellons et, sur une partie de la branche de Rosette, (c il y en a une couche de presque 42 mètres d'épais- « seur.

« La muraille projetée portée à une profondeur de « 18 mètres, au-dessous du niveau des basses eaux, tra- « versera entièrement cet enrochement ou masse de moel- « Ions jusque dans le lit même du fleuve ; il ne peut donc « pas être question de filtration par les interstices. Les « moellons employés dans l'origine étaient comparativece ment petits et, depuis lors, les interstices auront sans « doute été presque, sinon entièrement, bouchés de sable « et d'autres matières ce qui rendrait l'enrochement pour « ainsi dire imperméable.

« Dans l'un des premiers barrages indiens sur le Kist- « nach, pour empêcher toute infiltration, la partie profonde « du lit du fleuve fut comblée de sable immédiatement au- « dessous des fondations, tandis qu'ailleurs l'on se servît

« de moellons comme pour le barrage du Nil. L*expérienee c< acquise plus tard sur ce même fleuve et sur le Godavery « démontra que cette précaution était inutile, parce que « les moellons, quoique permettant d'abord le libre pas- « sage de Teau ne tardaient pas à former une barrière « imperméable.

« Pour la maîtresse muraille que je propose, il faut la « poser à une profondeur de 18 mètres dans le lit sablon- « neux du fleuve et sur une distance considérable, à travers « la masse de moellons déposée en aval du barrage. Il « faut que ce travail soit effectué de manière à n'endom- « mager aucunement les fondations et la superstructure « du barrage.

« Je propose de construire les murailles en longueur « de 35 mètres et de couler les différentes sections au « moyen de caissons en fer comme cela se fait ordinaire- « ment pour les fondations d'un pont. Les caissons seraient « disposés de manière à pouvoir fonctionner soit parle « procédé pneumatique ordinaire, soit par le système plus « récent de plongeurs et de bateaux pneumatiques [système « Reeves). Le premier de ces deux systèmes servirait lors du « passage à travers la couche de moellons, vu qu'un plus « grand nombre d'hommes pourraient y être employés à « frayer un chemin à Fangle tranchant du caisson, ce qui « est un travail fatigant et difficile. Le second système « serait employé exclusivement pour le passage à travers « le sable fin, vu que si Ton négligeait de prendre des pré- « cautions exceptionnelles et d'exercer une grande mr- « veillance, on risquerait avec le procédé pneumatique « ordinaire d'aspirer le sable dans l'intérieur du caisson et « de causer le tassement du barrage actuel.

« Pbur unir les diverses sections de la maîtresse muraille « l'une à l'autre, de manière qu'elles se maintiennent « naturellement et qu'elles ne laissent pas une solution de

(c continuité qui laisserait passer le sable entre leurs jonc- « tions il y a à chaque extrémité de chaque section une « rainure ; cette rainure est comblée de béton mou ou de « mortier ayant une consistance suffisante pour ne pas se « déplacer et n'étant pas trop dur pour pouvoir être percé. « Des que les diverses sections de la maîtresse muraille « auront été mises en place, je ferai couler un tuyau de (( fer forgé qui devra se frayer un chemin à travers la « matière molle qui remplit les deux rainures opposées. « Ce tuyau une fois dilaté et rempli de ciment concret « formera une clef qui liera les sections entre elles et qui « empêchera le passage du sable (4).

« La maîtresse muraille se composera de moellons en « maçonnerie de chaux et ciment hydrauliques, dont la « face verticale exposée au clapotage de l'eau sera parée « de pierre de taille, et elle sera en outre couronnée de gros « blocs de granit attachés l'un à l'autre par des fentons et « maintenus par un nez en fonte.

« Sur le sommet de la maîtresse muraille seront fortece ment boulonnés les montants en fer forgé destinés aux « nouvelles vannes projetées. Ces vannes seront construites « sur le modèle de gouvernails balancés; on les fera manœu^ « vrer d'une longue plate-forme en fer qui, de même que « tous les ferrements compris dans la bâtisse, sera entièreu ment submergée lors des hautes eaux. Les montants « sont placés en face des piliers en brique actuels du barce rage, soit à 7 mètres d'intervalle, Tespâce intermédiaire « étant sous le contrôle de deux vannes balancées pivotant « sur des axes verticaux.

« Pour protéger les vannes et le barrage en générai

, (1) Cette disposition est un peu hasardée ; cependant, en admettant que toat aille bien selon les prévisions, comment pourrait-on opérer pour foncer le tube au travers de la couche de pierre dont M. Fouler évalue l'épaisseur à 12 mètres; il y aurait là forcement im intervalle inacessible qui rendrait le radier défectueux tous les 35 mètres. Paponot.

contre le risque d'être endommagés par des bateaux à la dérive ou par d'autres masses pesantes emportées lors des hautes eaux, une estacade volante sera placée en amont des avant-becs du barrage actueL « Usera plus avantageux de ne procéder à la protection du lit par des blocs de béton et des moellons, qu'après Tachëvement du reste des travaux; car, en faisant fonctionner les vannes comme il faut, les bancs de sable en aval du barrage seraient emportés par le coui^nt, ce qui économiserait de grands frais de dragage.

Écluses.

c< Il faudra reconstruire les murailles actuelles des « écluses, et faire des travaux protégeant les maçonneries « et les talus des rives du fleuve en aval du barrage, « de nouvelles portes capables de résister à la tête d'eau « seront indispensables.

« Il y aura encore quelques petits travaux contingents « et accessoires, qui seront nécessaires à l'achèvement du « barrage d'une manière efficace et durable.

« Avec une direction et une surveillance soignées, le trace vail entier peut être achevé de première main-d'œuvre « pour la somme de 25,000,000 de francs (L 1,000,000), « et dans cette somme sont comprises toutes les éventua- « lités possibles.

« Si la dépense devait comprendre non seulement toute « éventualité probable, mais encore toute éventualité rai- « sonnablement possible, le coût des travaux projetés « n'excéderait pas 30,000,000 de francs (£. 1,200,000).

« Les détails du devis sont donnés à l'appendice; les « sommes les plus importantes peuvent se résumer « comme suit :

Rémmé du Devis.

« Maîtresse muraille en « aval du barrage. . . . 46.460.000 fr. 64 8. 000 £.

« Blocs de béton et pro- « teclionde moellons. . 3.608.500 » 82.740 »

(( Travail spécial aux « écluSes 2.707.400 » 108.296 »

« Vannes et portes d'é- « cluses 2.942.300 » 447.692 »

« Réparations au bar- <( rage et travaux divers. 1.831.800 » 73 272 »

« Totaux .... 25.540.000 fr. 1.000. 000 £.

« Si les travaux sont poussés énergiqu^ment et sans « interruption, ils peuvent être facilement achevés dans « Tespace de 3 ans.

« Suivant mon opinion, Fachèvement du barrage est le « moyen le plus économique d'atteindre au but désiré « d'une irrigation perfectionnée.

« Mon but, par les travaux projetés, a été d'utiliser la « construction actuelle, en tant que le permettent sa force « et sa capacité.

« Je ne prévois aucune difficulté à trouver un entrepre- « neur responsable qui se charge de l'affaire au coût évalué « dans le devis, s'il en est décidé ainsi.

« Le Nil, comme du reste tous les fleuves qui déposent, « est sujet à l'exhaussement lent mais certain de son lit, « et il s'agit de s'assurer si les travaux projetés accélé- « reraient cet exhaussement graduel d'une manière préju- « diciable.

« Je suis d'opinion quMl n'y arien à craindre de cecôté- (( là, et je ne suis arrivé à cette conclusion qu'après avoir

RAPPORT DE M. JOHiN FOWLER. 65

« étudié avec soin toutes les circonstances environnantes, « surtout en ce qui concerne la vélocité diminuée du cou- « rant causée par le barrage de l'eau et les quantités va- « riables des matières tenues en suspension aux différentes (( époques de Tannée , comme démontrées dans les analy- « ses de Teau données à Tappendice de ce rapport. »

Rapport du docteur Letheley sur les eaux du Nil.

« Les échantillons reçus au laboratoire le 23 octobre « passé étaient dans des bouteilles à vin sûrement bou- « chées et étiquetées comme suit :

12 novembre 1874.

« Eau du Nil puisée au barrage \ 42 décembre —

23 janvier 4875.

12 février —

« Eau du Nil puisée au barrage / 12 mars —

f 12 avril — « — — à Boulac 12 mai —

« Ces échantillons, avec ceux qui ont déjà été analysés, forment une série mensuelle non interrompue depuis le mois de juin 1874 jusqu'à mai 1875.

« Tous ces échantillons étaient troublés par des matières en suspension qui ne tardèrent pas à se déposer en laissant une eau claire à analyser.

« Les résultats de l'analyse sont démontrés dans le tableau ci-joint, et, pour la comparaison, j'y ai ajouté ceux de la série précédente, donnant ainsi un exposé de l'eau du Nil de mois en mois pendant une année tout entière. (( Les quantités de matières solides dissoutes dans l'eau varient de 13,614 à 20,471 parties pour 100,000 parties

(( d'eau. La première de ces deux proportions fut trouvée « dans Téchantillon de décembre, et la dernière dans l'eau « puisée à Boulac au mois de mai. Il semblerait ainsi que la « quantité de matières dissoutes augmente graduellement « depuis le mois de décembre jusqu'en juin, et qu^après « cette époque elle diminue graduellement et dans la « même proportion, excepté pendant le mois de septembre.

« Si on considère les constituants individuels de l'eau, « l'on verra que les matières azotées représentées par les « quantités d'ammoniaque réelle et organique et de même « que par les proportions des matières organiques sont « considérables ; car, dans le premier cas, la quantité totale « d'ammoniaque (réelle et organique) varie de 0,0144 à « 1.0271 parties pour 100.000 parties d'eau, tandis que, « dans le second, la matière organique est de 0,929 à « 3.129 parties pour 100.000 parties d'eau; ces proportions « surpassent de beaucoup celles qui se trouvent généralece ment dans les fleuves de l'Europe.

« Les sels de chaux et de magnésie que l'on rencontre « dans les sulfates et les carbonates ne s'y trouvent pas « en quantités excessives, l'eau est conséquemment bien « adaptée aux usages domestiques.

« Les proportions de soude, sous la forme de chlorîde, (( sont également petites; mais celles de potasse à l'état « de carbonate et de sillicate sont assez grandes. C'est ce w que je trouvai surtout dans les échantillons puisés au « mois de juin, de septembre et d'octobre, lorsque les « constituants solubles de l'eau possèdent au plus haut « degré leur puissance fertilisatrice.

« Ce sont cependant les matières tenues en suspension « que nous devons regarder comme les ingrédients les <t plus fertilisateurs contenus dans l'eau du Nil, et ces Kx matières sont les plus abondantes dans les échantillons « puisés aux mois d'août et de septembre. Dans le premier

cas, elles atteignent la proportion de 149-157 parties par 100.000 d'eau, et, dans le second, elles s'élèvent à S4.274 parties; après cette époque, elles diminuent graduellement jusqu'à 4.772 parties, quantité trouvée dans l'eau puisée à Boulac au mois de mai de cette année. (( Il semble aussi que les proportions d'acide phosphorique et de potasse, qui sont les principaux ingrédients minéraux, ayant valeur comme engrais contenus dans les matières suspendues dans l'eau du Nil, sont plus grandes dans les échantillons puisés aux mois d'août et de septembre que dans ceux de quelque autre époque de l'année. C'est ce que le tableau suivant va prouver, tout en démontrant la composition (pour cent) de la vase sèche du Nil pendant les deux périodes mentionnées :

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