‹ L'Égypte, son avenir agricole et financier; notes et documents sur laChapitre 34 sur 38 · AAAAA4r A A · texte numérisé non relu

AAAAA4r A A

^^^ = 100,000 feddans.

Soit en total représentant les cultures d'hiver ou précédant les inondations 143,000 feddans.

Pendant les 3 mois d'étiage :

— 80.400 feddans.

Total des cultures diverses possibles* 193.400 feddans. En procédant par analogie et d'après les résultats ci-

dessus indiqués pour la province de Cherkieh, nous aurons pour 1 de toutes cultures à arroser sur l'Ismaïlieh :

0,74 en cultures d'Kîver ou précédant Tinondalion, et 0,26 en cultures d'été.

Nous voyons donc en résumé que tout cadre parfaitement avec la rotation des cultures, et même que les terrains qui seront arrosés par le canal Ismaïlieh pourront être un peu plus riches en cultures d'été que dans le Cherkieh ; et encore nous avons supposé que, pendant les deux mois des hautes eaux, nous inonderions pour colmater les terres, pour les conquérir à la culture et les préparer et désalpêtrer pour y faire la culture d'hiver. Mais si nous appliquions l'énorme volume d'eau 3,013,000"** à faire des irrigations, au lieu de l'employer à faire des inondations (ce qui aura lieu d'ailleurs forcément dans un temps très rapproché), ce n'est plus 43.043 feddans que

nous obtiendrions, mais bien ' ' = 180.650 fed-

dans, c'est-à-dire que l'ensemble des cultures possible, d'hiver et nili peut atteindre, avec le débit normal de l'Ismaïlieh, 250,650 feddans!

Tel serait le nombre de feddans que, réellement, le canal Ismaïlieh pourrait alimenter tel qu'il est aujourd'hui avec la prise d'eau à Choubrah; or nous savons qu'il existe deux prises d'eau, dont une, la première, établie à Kasr-el- Nil dans des proportions grandioses, n'a jamais été utilisée parce qu'elle n'a pas été achevée (1), et cependant il est facile de se convaincre que l'achèvement n'offrirait pas beaucoup de difficultés.

L'extrait parcellaire de la carte d'Egypte, planche n** 16,

(1) Cette prise d'eau a été projetée et ëtudiée par les ingénieurs de la Compagnie de Suez sous la haute direction de S.-E. Voisin-bey, inspecteur général des ponts et chaussées de France, et Texécution en fut ensuite confiée en 1865 à M. Sciama, ingénieur des ponts et chaussées, qui fut détaché de la Compagnie de Suez pour entrer au service du gouvernement égyptien

CANAL ISMAlLIEH. 165

indique la disposition des deux prises d'eau, ainsi que le projet de disjonction des deux branches qui deviendraient alors deux canaux différents.

Préalablement à l'émission de cette idée, nous tenions à démontrer d'une façon bien évidente l'importance du débit du canal Ismaïlieh aux différentes époques de Tannée et rénorme surface d'arrosage à laquelle il pourrait suffire.

C'est ce que nous avions besoin de démontrer avant de détailler le projet d'établir la deuxième dérivation de rismaïlieh, d'Ismaïlia à Port-S^ïd , de façon à rassurer le ministère qui a cru devoir jusqu'à présent s'opposer et se refuser lui-même à l'exécution de ce petit canal d'alimentation.

^ La principale objection du gouvernement était basée sur l'impossibilité matérielle de pouvoir enlever au canal Ismaïlieh le contingent d'eau qui serait nécessaire à l'alimentation de la dérivation de Port-Saïd ; cette objection fut combattue par M. F. de Lesseps, qui se plaçait^ comme toujours, au point de vue de l'intérêt général des habitants, alléguant non sans raison que les dimensions adoptées, avec tant d'intelligence des besoins de l'avenir de la nouvelle province égyptienne de l'Isthme, pour la section du canal Ismaïlieh devaient permettre non seulement d'alimenter les deux branches de dérivation sur Suez et sur Port-Saïd, prévues dès 1886, mais encore donner à ces deux dérivations une section plus grande et un débit plus fort. C'est d'ailleurs,[nous le savons, pour assurer précisément cette alimentation qu'il savait devoir être largement assurée, que le gouvernement a si libéralement adopté les

dans le but principal d'exécuter le canal Ismaïlieh. La prise d*eau de Kasrel-Nil fut fondée par lui, mais pendant le cours des travaux et lorsque les fondations n'étaient qu'en partie achevées, ce travail fut brusquement interrompu et confié ensuite au service indigène sous la direction de S.-E. Salama Pacha, qui l'exécuta tel qu'on la voit aujourd'hui.

m DES IRRIGATIONS EN EGYPTE.

larges sections des biefs de ce canal et poussé avec activité à son achèvement.

Aussi, le moment étant venu où Port-Saïd qui, augmente chaque année, atteint aujourd'hui 16,000 habitants, et la navigation du canal croissant également chaque jour, M. de Lesseps pensait que le gouvernement ne pourrait retarder plus longtemps F^xécution de la branche de Port- Saïd et qu'il devait ou l'exécuter lui-même, ou donner l'autorisation de le faire à une Société civile qu'il patronnerait dans l'intérêt général puisque la crainte de manquer d'eau ne pouvait se démontrer ni se soutenir eu égard surtout à cette particularité des deux prises d'eau qu'il est facile de disjoindre. Il est évident que la branche de Choubrah et celle de Kasr-el-Nil sont complètement indépendantes ; elles le sont même à tel point que, les deux prises étant situées à 4 kilomètres de distance environ Tune de l'autre, il en résulte qu'entre les deux ouvrages le Nil établit, par sa pente naturelle, une dénivellation constante de 0°',3S à O'^jiO, ce qui ferait refluer les eaux de l'un dans l'autre « et les ferait rentrer même dans le lit du fleuve aux époques d'étiage où les portes sont constamment ouvertes, de même que cette même cause empêcherait de tenir fermées les portes de l'écluse aval », si l'on y parait en interceptant toute communication entre les deux écluses au moyen d'un barrage en terre.

Il y a donc urgence à prendre une décision à cet égard, d'abord à cause de l'abondance de l'eau qui en résultera, et aussi surtout pour assainir cette branche de Kasr-el-Nil qui traverse le plus beau quartier du Caire et en fait depuis dix ans un cloaque infect, pendant les basses eaux.

Mais nous persistons à croire que le gouvernement avait prévu que la nouvelle prise d'eau, ainsi que le tronçon du canal qui va de Choubrah à l'Abasceh, seraient ultérieurement l'amorce d'un canal spécial et indépendant

CANAL ISMAILIEH. 167

pour alimenter les provinces de TËst; car ce qui a motivé la construction de la branche de Choubrah pour alimenter le canal Ismaïlieh (dont la prise directe et spéciale est à Kasr-el-Nil) est dû certainement au peu de solidité, plutôt apparente que réelle, que présente cette dernière prise d'eau. C'est au manque de précaution f>rise lors de la construction des murs de quai de cette écluse et lors des épuisements effectués pour la fondation de ces murs, qu'un mouvement s'est produit dans les maçonneries de l'écluse et fait naître les craintes sur la solidité de l'ouvrage entier; aussi a-t-on immédiatement cessé de compter sur l'utilisation de cette prise d'eau. Cet abandon ne peut être que momentané, car il résulte plutôt de la crainte des agents d'alors d'endosser une responsabilité, que de la solidité réelle de l'ouvrage.

Ce qui nous confirme dans cette opinion, c'est que l'on achevait les quais d'écluse de la prise d'eau de Kasr-el- Nil, pendant qu'on construisait en même temps la prise d'eau de Choubrah, preuve évidente que le gouvernement avait l'intention d'affecter la prise d'eau de Kasr-el-Nil au canal Ismaïlieh et que la prise d'eau de Choubrah était destinée à un canal spécial pour augmenter le contingent d'eau de la province de TEst qui en avait grand besoin à cette époque, parce que le Cherkawé n'en débitait plus autant, et aussi parce que les cultures s'étaient étendues notablement dans cette région.

Les choses ont été ainsi faites et le canal Ismaïlieh étant encore aujourd'hui alioienté par la prise d'eau de Choubrah, il y a urgence et facilité d ailleurs à remettre les choses selon les prévisions premières.

C'est, du reste, l'intime conviction de Son Excellence Aly-Pacha-Moubarek qui a reconnu le grand intérêt pour le pays à ce que les deux branches soient au plus tôt disjointes.

Nous avons examiné minutieusement la prise d'eau de Kasr-el-Nil, ainsi que le pertuis, et nous avons reconnu que sa mise en état n'exigerait que peu de réparations, un temps relativement court (7 ou 8 mois) et une dépense d'environ 6 à 700,000 francs (28,000 L.), temps pendant lequel on pourrait espérer également effectuer le- dragage de la partie du canal Ismaïlieh qui va de l'Abasceh à Kasr* el-Nil en traversant le Caire, et dont l'importance peut être évaluée au double. Ce serait donc une dépense de 2,000,000 de francs environ que coûterait la remise en état de cette partie du grand canal Ismaïlieh pour ]e rendre à la navigation et à l'irrigation.

La prise d'eau de Choubrah devenant libre pourrait être utilisée à alimenter la province de TEst vers Bul-Beis en prolongeant le tronçon actuel qui va de Choubrah à l'Abasceh et en le joignant à l'ancien tronçon du Zafranieh. (FoîV planche n"" 16.)

Le canal Ismaïlieh serait alors ramené au but qui l'avait fait établir et n'alimenterait désormais que la seule province deTIsthme; les 3,000,000 de mètres cubes de son débit journalier aux hautes eaux iraient dans l'Isthme, et la branche actuelle de Choubrah porterait cette même quantité dans la province du Cherkieh; ce serait ainsi un contingent de 6,000,000 de mètres cubes au lieu de 3,000,000 que l'on obtiendrait et dont on pourrait disposer au grand avantage de chacun et du gouvernement lui-même, au moyen de dépenses relativement minimes qui, dans tqus les cas, seraient vite compensées par les revenus généraux de toutes sortes qui en découleraient.

// n'y a donc aucune crainte à avoir sur la possibilité de pourvoir aux besoins de la seconde branche de dérivation projetée de r Ismaïlieh sur Port-Saïd j que nous avons, sur l'avis de M. de Lesseps et pour perpétuer le nom de Son Altesse le khédive, dénommée sous le nom patronymique

CANAL ISMAILIEH. 169

de Tewfickieh, comme on Ta fait précédemment pour les autres souverains du pays, témoins rismaïlieh,ribraïmieh, le Mahmoudieh, etc.

Ce que nous venons d'énumérer démontre surabondamment Tinanité des craintes de manque d'eau; en conséquence, nous pensons que le ministère ne s'opposera plus à Fexécution de cette œuvre et qu'il donnera à la Société civile créée sous le patronage de M. de Lesseps Fautorisation qu'elle sollicite depuis longtemps de l'exécuter avec ses propres ressources.

Cette Société est toujours prête et disposée à reprendre les travaux que les événements lui avaient fait interrompre, d autant plus qu'il y a de jour en jour plus de nécessité; car ce canal rémunérera amplement les dépenses qu'il occasionnera ; c'est donc double et triple avantage que de ne pas retarder plus longtemps ce travail, ainsi d'ailleurs qu'on pourra s'en convaincre par la copie du rapport que nous adressions à M. F. de Lesseps en avril 1882, lequel rapport résume parfaitement et le travail d'étude déjà fait et l'avenir que l'on peut entrevoir après l'achèvement de cette œuvre importante et indispensable.

Nous pensons en même temps devoir faire précéder la reproduction de ce rapport de la circulaire en vertu de laquelle la Société du Tewfickieh s'est constituée sur l'appel de M. de Lesseps à Alexandrie, en mai 1881. Après plusieurs demandes au gouvernement, et alors que ce dernier avait déclaré ne pouvoir faire ce travail avec ses propres ressources, M. de Lesseps résolut, vu l'importance et l'opportunité de ce travail, de faire exécuter par une compagnie indépendante les études, afin de connaître ce qu'il coûterait et là où le tracé pourrait passer de préférence. On a donc procédé de la sorte et l'on n'a aujourd'hui aucun doute sur les tracés et sur l'importance de la dépense. Ce qui va suivre fera voir l'état de la question et le sérieux

no DES IRRIGATIONS EN EGYPTE.

avec lequel les travaux d'études ont été entrepris, dirigés et conduits.

Avant de donner la description relative, au projet du Tewfickîeh, nous pensons qu'il sera intéressant de compléter l'étude- que nous venons de faire de l'Ismaïlieh luimême en donnant quelques détails sur les importants domaines de TOuady et de Bir-Abou-Ballah.

Nous avons dit que le canal Ismaïlieh avait subi beaucoup de vicissitudes depuis l'émission de l'idée qui l'a reconnu indispensable en 1856 jusqu'à la date de son achèvement en 1877 ; nous n'avons pas à entrer dans les détails qui ont occasionné les retards, mais nous devons toutefois relater qu'ils ont eu pour conséquence d'obliger la Compagnie de Suez à amener par un autre moyen Teau douce dans l'isthme.

Dès 1862, elle exécuta à la hâte la partie du canal Ismaïlieh comprise entre Tel-el-Kébir et Ismaïlià, en ne donnant provisoirement à ce canal qu'une section réduite de moitié ; elle obtint alors que l'alimentation d'eau serait fournie par le petit canal de l'Ouadée dont la prise d'eau était à Zagazig sur le Bahr-Moès, canal construit par Méhémet-Aly pour l'irrigation et la fertilisation des plaines qui ont formé depuis le vaste domaine que l'on connaît sous le nom de Domaine de rOuady, que la Compagnie avait acheté, qu'elle a possédé et qu'elle a fait valoir elle-même pendant quelques années.

Le petit canal de l'Ouadée s'arrêtait alors à Tel-el-Kébir même; au delà, jusqu'à Ismaïlià, il n'y avait jamais d'eau qu'à l'époque des crues et lors des débordements du Nil dont l'eau se répandait ainsi de vallée en vallée jusqu'aux grandes dépressions de Maxhamah et de Timsah ; il fut ensuite conduit avec la même section jusqu'à Suez.

On jugera par ce qui vient d'être décrit combien a été précaire l'alimentation de l'isthme pendant la période

CANAL ISMAlLIEH. 171

d'exécution du canal maritime; aussi Son Altesse jugeat-elle, dès 1870, qu'il ne devait plus y avoir de retard dans Texécution complète du canal Ismaïlieh, d'autant plus que c'était le gouvernement qui avait pris le soin de l'achever.

Le tracé du Caire jusqu'à Tel-el-Kébir fut celui adopté par la commission de 1856, ainsi que de Tel-el-Kébir à Gassassine ; mais de ce dernier point jusqu'à Ismaïlia, il fut reconnu préférable et moins coûteux d'abandonner la rigole qui avait été faite un peu trop bas dans la vallée par la Compagnie en 1862, que de l'élargir et la porter au type normal, pour la reporter à une altitude un peu plus haute et avoir moins de parties remblayées ; il occupe à peu près le milieu du flanc du coteau.

La vallée de l'Ouadée a toujours été le réceptacle des eaux d'écoulement des cultures environnantes, mais de petites rigoles intelligemment entretenues permettaient, depuis Méhémet-Aly, de dégager le thalweg en écoulant, comme nous venons de le dire plus haut, toutes les eaux jusqu'au lac Timsah. Déjà, lors de la construction par la Compagnie de ce petit canal de Tel-el-Kébir à Ismaïlia, certaines entraves avaient été forcément apportées à l'écoulement des eaux, quoique le plan d'eau d'alors fût relativement bas; mais, depuis l'achèvement du grand canal du Caire à Ismaïlia, le plan d'eau ayant été notablement relevé, il en est résulté une perturbation générale qui a notablement affecté le revenu du domaine de TOuady et de celui de Bir-Abou-Ballah, ce dernier de création relativement toute récente.

A l'époque oii nous exécutions les travaux du dernier tronçon du canal Ismaïlieh, le gouvernement nous avait demandé une étude pour remédier à cet état de choses et nous lui avons remis un rapport avec plans et profils à l'appui.

Pensant également que ce travail trouvera utilement sa

HZ DES IRRIGATIONS EiN EGYPTE.

place dans cet ouvrage, nous allons en donner, le résumé succinct ci^après :

Domaines de l'Ouady et de Bir-Abou-Ballah.

Le domaine de TOuady est situé à l'entrée de la vallée de Gesseu, dont il occupe le thalweg; il s'étend depuis le village d'Abasceh jusqu'au lac de Maxhamah, comprenant ainsi une étendue d'environ 35 kilomètres ; sa largeur, limitée au Nord par le chemin de fer et le canal Ismaïlieh et au Sud par les dunes de sable qui font suite à la grande chaîne Libyque, peut avoir en moyenne 5 kilomètres d'étendue, formant ainsi une surface d'environ 11,000 hectares ou 22,000 feddans. Lorsque la Compagnie de Suez acheta en 1861 ce domaine à S. E. El-Hamy-Pacha, il n'y avait en culture que 6,000 feddans environ, rapportant au plus 4,000 livres, avec une population d'environ 4,500 habitants ; mais quatre ans plus tard, grâce à l'intelligente et habile direction d'un homme éminent, M. Guichard, à qui la Compagnie avait eu la bonne fortune de confier la gérance de ce beau et vaste domaine, secondé par un personnel intelligent et dévoué mettant au service de l'oèuvi-e commune la plus grande fermeté ainsi que la mansuétude la plus bienveillante, la Compagnie avait obtenu le résultat merveilleux d'attirer en si peu de temps une population qui s'élevait, en 1866, à 14,000 habitants, dont 4,500 Bédouins qui, de nomades et errants autrefois, étaient venus spontanément se fixer dans ces parages hospitaliers et lucratifs. Aussi la Compagnie était-elle parvenue à mettre en culture plus de 12,000 feddans, représentant en baux authentiques un revenu produisant plus de 660,000 francs et une moyenne de location de 70 francs ou 270 P. T. le feddan.

Ce résultat fait voir ce que la Compagnie eût obtenu si

elle eût continué à diriger celte exploitation agricole ; car, pendant ce laps de temps si court de cinq années, elle avait atteint ce but en ne faisant simplement que de petites améliorations aux rigoles d'amenées, mais elle avait relevé le plan topographique de la vallée entière et prévu rétablissement d'un grand collecteur qui devait évacuer les eaux d'infiltration et de drainage pour les conduire dans le lac Maxhamah.

Comme suite de l'exposé succinct que nous venons de faire sur les merveilleux résultats obtenus par la Compagnie de Suez avec son exploitation du domaine de l'Ouady à Tel-el-Kébir, nous croyons intéressant do reproduire ici les principaux passages d'une intéressante étude que M. Guichard lui-même, l'ex-directeur du domaine, a publiée en décembre 1881, dans la Nouvelle Revue, sous le titre de : Colonisation de V isthme de Suez (1861-1866) :

« Le numéro de la Nouvelle Revue du 1" décembre 1881 (( contenait une remarquable appréciation de M. Ferdi- « nand de Lesseps sur le caractère des Arabes. L'auteur, « après avoir soutenu que la haine irréconciliable de « l'Arabe musulman contre le chrétien n'existe pas, con- « cluait en faisant appel à la justice et à la bienveillance « de la France en faveur des indigènes algériens.

« Nous avons retrouvé des notes prises en 1866 sur les ce résultats obtenus par la mise en pratique des principes « de l'illustre président de la Compagnie du canal de « Suez, lorsqu'il fit en Egypte l'acquisition du domaine « de l'Ouady (terre de Gessen de la Bible) pour le compte « de la Compagnie, et appela les populations arabes à ferti- « liser le désert.

« L'historique de l'Ouady, le système de colonisation « appliqué dans l'isthme de Suez de 1861 à 1866 sont inté- « ressants à connaître ; les faits démontrent que l'Arabe

(c nomade, l'homme du désert, est capable de fertiliser la « terre, de s'y fixer, de s'enrichir et d'enrichir en même « temps les possesseurs du sol qui le traitent avec justice et « savent lui inspirer confiance.

« Le domaine, ou chiflck de l'Ouady, d'une contenance « de 10,000 hectares, a été créé par Mehemet-Ali. Le (( fondateur de la dynastie régnante d'Égjrpte revenait de « Syrie par la route de Kantara et de Salahieh ; il se rap- « prochait de Bulbeis lorsqu'il apprit qu'une conspiration « était ourdie contre lui et devait éclater aussitôt après « son retour au Caire. Il résolut de s'arrêter à l'endroit « où il se trouvait, à Tel-el-Kébir, centre de l'Ouady (le (c Pitoum de la Bible) ; de là, il dépêcha ses lieutenants au « Caire pour déjouer les projets de ses ennemis.

« L'inaction était insupportable à Mehemet-Ali. Son (( activité avait sans cesse besoin de créer ou d'améliorer ; <( la vallée où il campait attira son attention : l'état en était « déplorable; les eaux provenant des irrigations de la (( province de Charkieh formaient des marais pendant la <( crue du Nil, mais, durant sept mois de Tannée, la terre « restait desséchée. Jugeant rapidement le parti qui pouce vait être tiré 'de l'aménagement des eaux, Mehemet-Ali « donna l'ordre d'élever en amont de la vallée une grande (( digue courant du Sud au Nord ; puis il fit creuser un « canal principal sur une longueur de 35 kilomètres, en « même temps que les canaux nécessaires à la distribution (( et à l'écoulement des eaux. Ces travaux furent exécutés u en quelques mois. La vallée une fois assainie, le vicece roi y implanta une colonie agricole, par la force suivant « son habitude i

(( Il refoula dans le désert les Bédouins Toumilat, les « anciens occupants du sol, qui étaient toujours en guerre « avec les autorités turques ; puis il fit prendre dans les « diverses parties de TÉgypte 16)000 fellahs^ qui furent

« installés dans l'Ouady et contraints de cultiver non « seulement les produits usuels du pays, mais le coton et « rindigo dont il s'agissait d'essayer lacclimatation.

« Le château de Tel-el-Kébir fut élevé à Fendroit même « où le vice-roi avait campé ; on construisit un village avec « une mosquée, des magasins généraux, un vaste établis- « sèment pour les fonctionnaires.

« Le domaine était en pleine prospérité à la mort de « Mehemet-Ali ; mais, après lui, sous Abbas,* la plus grande « partie des fellahs transportés dans TOuady désertèrent « pour retourner dans les provinces d'où ils avaient été « tirés. Au commencement du règne d'Abbas-Pacha, les « Bédouins étaient en faveur, particulièrement les Anadis, « tribu puissante qui avait aidé Mehemet-Ali dans sa lutte « contre les Turcs : ils furent autorisés à occuper la « vallée abondonnée; mais bientôt les caprices du vice-roi « indisposèrent les nouveaux colons de TOuady; moins « patients que les fellahs, ils se mirent en pleine révolte. « Les troupes envoyées contre eux ruinèrent la contrée ; «c la population décimée s'enfuit, 12,000 Anadis firent « leur exode et se réfugièrent en Sjn*ie.

« Abbas étant décédé, le domaine échut à son fils Elami- « Pacha, gendre du sultan. Ce prince mourut peu de « temps après son père, laissant une succession fort (( obérée. Saïd-Pacha, héritier du trône, se porta garant « de toutes les dettes de son neveu et prit possession du « domaine de l'Ouady.

« En 1861, M. de Lesseps songea à acquérir cette pro- « priété pour le compte de la Compagnie de Suez, afin « d'avoir la jouissance du canal d'eau douce qu'il était urgent (c d'amener jusqu'à Suez, parallèlement aux travaux du « canal maritime que l'on devait exécuter en plein désert ; « il était destiné à l'alimentation des travailleurs, ainsi « qu'aux transports des tnatériauX. La vente fut consen-

n6 DES IRRIGATIONS EN EGYPTE.

<( tie par le vice-roi au prix de deux millions de francs.

(( La Compagnie avait à utiliser le territoire aussi riche (( qu'étendu qu'elle venait d'acquérir. La réorganisation « du domaine offrait do grandes difficultés. Il fallait recru- « ter une population agricole pour remplacer celle qui « avait émigré sous Abbas. Les quelques milliers de fel- « lahs disséminés sur le domaine suffisaient à peine pour « cultiver le tiers des terres arables.

« Des pourparlers furent engagés avec les cheiks des « villages dans le but de conclure des locations. Défiants « d'abord, comme tout être habitué à ne voir dans le « maître qu'un despote avide, les fellahs paraissaient peu « disposés à signer des contrats avec les chrétiens. Le (( système des locations était nouveau pour eux; ne « cachait-il pas un piège?

« Fort heureusement, les Bédouins Anadis, qui avaient « émigré en Syrie à la suite de leur rupture avec Abbas- « Pacha, étaient revenus planter leurs tentes sur la partie « du désert qui borde TOuady, après avoir appris la mort « de leur persécuteur. Ils avaient envoyé des émissaires au « Caire pour implorer leur pardon auprès de Saïd-Pacha. « Ils sollicitaient en vain depuis plusieurs années d'être « indemnisés de la confiscation qu'ils avaient subie.

« En apprenant que la Compagnie de Suez offrait aux « cheiks fellahs de louer le domaine qu'elle venait d'ac- (( quérir, quelques-uns des cheiks Anadis se proposèrent « comme locataires à des conditions acceptables. Des baux c< de trois ans furent immédiatement signés avec eux.

« L'exemple une fois donné, les cheiks fellahs s'empres- (c seront de le suivre. Mais les rivalités d'ancienne date « entre les fellahs et les bédouins ne tardèrent pas à éclater. « Les premiers voulaient reprendre les terres cédées aux « Bédouins; l'usage des eaux d'irrigation était surtout une (( cause journalière de conflits. De plus, les Bédouins

« Toumilat vinrent ajouter à la situation une nouvelle « complication. Chassés^ depuis MehemetrAli, de la vallée (( qu'ils avaient occupée pendant des siècles et qui avait « porté leur nom, « Ouady Toumilat », ils voulurent proc( fiter de Toccasion qui s'offrait de rentrer sur leur ancien « territoire, après avoir compris que les locations étaient « sérieuses.

« Le représentant de la Compagnie, entrevoyant la pos- « sibilité de peupler rapidement son domaine, accueillait « indistinctement tous les locataires qui se présentaient.

« Le contingent des Anadis était d'environ trois mille « cultivateurs; celui des Toumilat de quatre mille, les <( fellahs restés dans les villages comptaient quatre mille « âmes. Au lieu de se mettre à défricher et à ensemencer (( les terres qui lui étaient louées, cette population d'origi- « nés diverses, composée d'éléments hostiles entre eux, ne « cessait de se quereller. Un conflit général menaçait de « faire crouler le bon effet attendu du système des locations .

« Pour mettre un terme à cet état de choses, une assem- « blée de tous les cheiks bédouins et fellahs fut convoquée « au château de Tel-el-Kebir. Une distribution nouvelle « des terres, dont le plan avait été minutieusement étudié, « leur fut proposée.

« Le domaine de TOuady était partagé en cinq grandes <( divisions. Chaque division était subdivisée en bassins, « dont lés canaux d'irrigation formaient les limites. Les « fellahs auraient leurs bassins, les bédouins les leurs ; cha- « cun devait être indépendant de son voisin ; les fauteurs « de désordre seraient expulsés sans rémission; enfin, ceux «qui se trouveraient mécontents du lot qui leur était (( assigné pouvaient avoir en compensation, en dehors de « rOuady, des terres dans la région que le canal d'eau (( «douce, prolongé par la Compagnie à travers le désert, « permettait d'irriguer et de cultiver.

«78 DES IHRIGATIOiNS EN EGYPTE.

« Cet arrangement définitif fui accepté.

« Les ciieiks Anadis, dont les locations primitives étaient (( sensiblement modifiées, donnèrent l'exemple d'une con- « fiance absolue dans le représentant de la Compagnie. Ils « se déclarèrent publiquement ses serviteurs dévoués et « tinrent fidèlement leur parole. Quelques mois après, les « cultures couvraient plus de 6,000 hectares dans TOuady, « au lieu de 3,000. La bonne harmonie s'établit entre les « fellahs et les bédouins, qui ne songèrent plus qu'à pro- « duire de riches récoltes.

« On stvait imposé aux colons la condition expresse de « payer leurs fermages tous les mois, par douzième, car « il était important de ne pas laisser se former d'arriéré « et de se précautionner contre la facilité qu'eussent pos- « sédée des tenanciers aux habitudes nomades, de gagner « le désert au moment d'acquitter leurs redevances, si « elles n'avaient été exigibles qu'à la fin de l'année. Cette « mesure ne souleva pas de réclamations. Grâce au régime (( de liberté, de justice et de protection dont les locataires « comprirent vite les bienfaits, jamais les rentrées ne se « firent attendre et ne nécessitèrent de poursuites.

« L'organisation administrative était des plus simples.

« Aucun agent du gouvernement n'avait à intervenir « dans le domaine de la Compagnie. Le fondé de pouvoirs « de M. de Lesseps, assimilé à un fonctionnaire égyptien, « était chargé de l'application des lois et des ordonnances « vice-royales concernant les impôts, la conscription, la « police. La justice en matière civile et correctionnelle « était rendue par lui au divan de Tel-el-Kébir, avec l'asw sistance d'écrivains cophtes qui inscrivaient sur les « registres officiels les causes, l'instruction et le jugement. « Les agents d'exécution étaient : un nazir ou préfet indi- « gène nommé et appointé par la Compagnie, deux cawas <( ou gendarmes turcs, les gafirs ou gardes entretenus par

« chaque village, et des courriers bédouins pour corres- (( pondre avec les tribus éloignées. Les cheiks de village « élus par la population fellah, et les cheiks héréditaires « des tribus étaient responsables de la sécurité des biens « et des personnes dans la limite du territoire qui leur était « assigné. Les cheiks étaient réunis de temps à autre pour « être consultés sur les questions litigieuses soulevées « entre les villages et les tribus. Les plus âgés et les plus « respectés étaient choisis comme experts; le représentant i( de la Compagnie décidait en dernier ressort.

« Pendant cinq ans, il n'y eut pas un désordre sérieux à « réprimer parmi cette population composée de 10,000 « fellahs et de 20,000 bédouins de tribus ou de fractions « de tribus diverses, dont le nombre continua de s'accroître « jusqu'au jour de la cession des terres.

« Sa prospérité avait été toujours croissante depuis 1861. « L'expérience des locations avait complètement réussi. « En 186S, les baux de trois ans étaient renouvelés. Le w revenu était quadruplé et porté à 680,000 francs; il était « destiné à augmenter encore dans la période suivante. « Les impôts à payer au gouvernement étaient à la charge « des locataires. La population recensée accusait 14,000 ha- « bitants, répartis dans plus de soixante villages ; elle se « composait principalement de fellahs venus des provinces a de l'Egypte, des bédouins Anadis, et des Toumilat »

Cet exposé succinct mais fait avec la meilleure bonne foi prouve ce que l'on peut espérer obtenir en employant la justice et les bons procédés envers les indigènes dans une exploitation agricole : l'exemple cité par M. Guichard sur les .résultats qu'il a obtenus pendant la courte période

de quatre années est suffisamment éloquent; en outre de ces moyens tout spéciaux et moraux, il y a Tobligation essentielle pour la prospérité de toute culture en Egypte d'amener l'eau facilement sur les terrains pour l'arrosage, et la seconde, qui est non moins nécessaire, car elle en est le corollaire obligé, est de posséder un exutoire pour écouler Teau des irrigations aussitôt après qu'elles ont pénétré dans le sol par infiltration. La vallée de Gessen est, par le fait seul de l'altitude de sa position, le point où viennent s'accumuler les eaux de tout le versant Ouest de la province; aussi sa fertilité est-elle assurée si, avec la facilité qu'elle a d'avoir de Teau en abondance, on lui assure l'écoulement du trop-plein. C'est ce qu'avait compris la Compagnie de Suez et ce qu'elle avait essayé de réaliser.

Aussi, nonobstant les dispositions spéciales de petites rigoles qu'il est indispensable de faire ou de réparer et que possédait déjà le domaine de l'Ouady pour ses irrigations et desquelles nous n'avions pas à nous occuper , nous avons indiqué l'opportunité (eu égard à Fachèvement alors prochain du grand canal Ismaïlieh) de projeter une rigole d'écoulement qui partait d'Abasceh près d'Abou- Hamet suivait le fond de la vallée en contournant le pied des dunes et venait aboutir au lac Maxhamah ; puis de là, afin d'assurer désormais au lac un niveau constant et capable de l'empêcher de nuire aux terrains bas environnants, cette rigole continuait à parcourir le thalweg de la vallée en passant dans les bassins inférieurs de Rhamsis, Mackfar et enfin do Bir-Abou-Ballah, pour aboutir aux lacs Amers vers le Sérapéum, en empruntant le petit aqueduc qui a été judicieusement prévu et exécuté en 1868 par la Compagnie vers Bir-Abou-Ballah sous le canal d'eau douce qui va à Suez, ainsi que celui qui a été ménagé sous la voie ferrée.

Son développement était d'environ 80 kilomètres, en y comprenant les raccords nécessaires pour relier les divers bassins à cette rigole de drainage, comportant en déblais et remblais un cube d'environ 3,000,000 de mètres.

D'après Texamen des cotes du plan topograpbique que nous avions fait avec soin sur toute cette étendue, nous avons pu nous convaincre que Fexécution de cette rigole permettait de cultiver 32 à 35.000, feddans dans les meilleures conditions possibles et d'y attirer facilement la population par Tespoir incontestable et non moins précieux d'assurer la plus grande salubrité à cette partie de la province de risthme, en faisant disparaître un nombre considérable de marécages qui, remplis de joncs et de matières putrescibles, forment autant de foyers occasionnant souvent des fièvres qui nuisent à la population et entravent son développement.

•C'est certainement en grande partie à la négligence de Tentretien et au non-achèvement des rigoles de drainage que doit être attribué le dépeuplement qui s'est manifesté depuis le départ de la Compagnie de l'Ouady, qui aujourd'hui n'a de population que le chiffre à peu près le même de 4,500 à 5,000 habitants qu'il avait en 1861 , au lieu de 14,000 qu'il atteignait en 1866.

Les eaux stagnantes formant des marais insalubres envahissent les terres et obligent les cultivateurs à les quitter; aussi, le nombre des feddans cultivés dans ces parages a-t-il suivi forcément la diminution de la population, lorsque, au contraire, tout concourait à une rapide augmentation.

Il est donc urgent de reprendre ce projet qui a d'autant plus d'avenir pour l'intérêt général, que, le canal Ismaïlieh étant achevé, l'on pourrait également alors étendre cette mesure à l'immense plaine qui s'étend de Bulbeis à Gawarneh, plaine très facile à arroser aujourd'hui, mais qui

n'a pas d'écoulement pour les eaux de drainage ; or, en faisant une rigole de drainage dans le thalweg de cette plaine, cette rigole atteindrait un développement d'environ 28 à 30 kilomètres. Elle serait raccordée au moyen d'un siphon qui passerait sous le plafond du canal Ismaïlieh à Gawameh pour aller rejoindre la rigole de l'Ouadée dont le point de départ est en face, vers le village d'Abasceh; il en résulterait ensuite la possibilité d'augmenter les cultures de toute cette partie dans une proportion double de celle déjà énoncée. On peut donc sans conteste admettre que l'on pourrait cultiver plus de 80,000 feddans de Bulbeis à Ismaïlia, et nous avons vu que le canal Ismaïlieh satisferait, sans nuire en rie ffà l'alimentation générale, non plus qu'à celle du canal Tewfickieh dont nous allons ci-après détailler le projet.

Canal Tewflcldeh.

NOTICE POUR LES FONDATEURS DU CANAL PROJETÉ ENTRE ISMAÏLIA ET PORT-SAÏD

Après avoir décrit quelques articles des actes de concession de la Compagnie de Suez avec le gouvernement égyptien depuis 1886 jusqu'à l'achèvement du canal de Sue^, la circulaire ajoutait :

« En conséquence de ce qui précède et à la suite de ses « communications avec le gouvernement égyptien, le Pré- « sident. Directeur de la Compagnie du canal de Suez, en « vertu de ses pouvoirs, a décidé de faire exécuter immé- « diatement les études définitives de la branche d'irrigation

CANAL TEWFIGKIEH. i83

« et d'alimentation dirigée vers Port-Saïd, aux frais d'un « groupe de fondateurs, en attendant la formation d'une « Société anonyme égyptienne dont les statuts seront « soumis au gouvernement et qui remplira les con- « ditions des actes de concession avec les avantages qui « s'y trouvent stipulés.

« La Banque générale égyptienne recueillera la liste des « membres fondateurs du canal Tewfickieh qui auront « droit à 10 p. 100 des bénéfices nets de l'entreprise et au « remboursement de leurs avances lorsque, les études « étant terminées, il sera procédé à l'exécution des travaux.

« Le nombre des parts de fondateurs sera de 200 « la valeur de chaque part de 1000 francs.

« Les versements seront appelés par la Banque générale « égyptienne qui fera les paiements des études sur les « états présentés par M. Paponot, ingénieur .entrepreneur^ k et visés par M. Lemasson, ingénieur de la Compagnie « du canal maritime.

« Un premier versement de 800 francs sera effectué « en souscrivant, et le solde, sur un avis envoyé un mois (( d'avance à chaque souscripteur par la Banque générale (( égyptienne.

<i Alexandrie, le i2 mai 1881.

« Signé :

« Ferdinand de LESSEPS.

« La souscription est close. »

Les fonds ayant été souscrits de suite, M. de Lesseps nous chargea de faire les études suivant la convention ci-après :

« Le Président de la Compagnie universelle du canal

(( maritime de Suez a décidé, le 14 mai 1881, la mise à « Tétude d'un canal d'alimentation et d'irrigation entre « Ismaïlia et Port-Saïd.

« Ce canal aura sa prise à Ismaïlia sur le canal Ismaïlieh, « traversera le désert et le lac Menzaleh à Fouest du « canal maritime et débouchera dans la Méditerranée à «Port-Saïd.

« Le Président-Directeur a, en outre, décidé que M. Pa- « ponot serait chargé des études et de Texécution dudit « canal, sous le contrôle et la surveillance des ingénieurs <i de la Compagnie de Suez. »

(Suivent les articles du contrat.)

Aussitôt ces arrangements pris, nous nous sommes empressé de composer les brigades d'études, que nous pûmes former .avec le personnel de choix que nous avions eu l'occasion de trouver sur place. Aussi, comme chacun était actif et dévoué, les travaux étaient-ils achevés dès le mois de janvier 1882, époque à laquelle nous adressâmes à M. de Lesseps, qui était revenu en Egypte, un rapport complet sur l'ensemble de nos opérations et sur la perspec* tive que présentait l'avenir de cette œuvre, ainsi qu'on le verra par la lecture de ce rapport que nous reproduisons ci-après.

Rapport à M. de Lesseps, après l'achèvement des études. Avril 1882.

Les études pour le canal d'alimentation d'Ismaïlia à Port-Saïd ont été achevées sur place à la fin du mois de décembre, et la mise au net des carnets et des documents divers ainsi que Tétude des ouvrages d'art se poursuivent du bureau avec régularité et seront achevées sous peu. ,

CANAL TEWFICKIEH. 185

Nous possédons dès mainlenant les éléments nécessaires pour déterminer Fimportance des travaux à exécuter.

Ainsi se trouvent réalisées les espérances que nous avions établies au mois de mai dernier pour le temps nécessaire à la durée des études ; de même pour le chiffre des dépenses d'icelles, et cela grâce au zèle intelligent ainsi qu'à la bonne volonté déployée par les agents de l'entreprise et aux conseils bienveillants des ingénieurs de la Compagnie de Suez auxquels nous sommes, heureux de pouvoir, en le portant à votre connaissance, rendre ce témoignage.

Les études ont été poursuivies pour deux buts à atteindre :

1° L'exécution proprement dite du canal ;

i"" La mise en culture des terrains limitrophes;

Les opérations ont élé commencées le 15 juin 1881, par l'établissement d'une ligne fictive que nous avons balisée et rattachée au canal maritime.

La ligne ainsi tracée a été nivelée par deux opérateurs différents, et simultanément d'autres opérateurs étaient ehm'gés de niveler jusqu'à plusieurs kilomètres perpendiculairement à la ligne de l'opération.

Au mois d'août, nous parcourûmes à petites journées la ligne nouvelle et vérifiâmes le travail fait sur place et déjà rapporté sur un plan à grande échelle. C'est après avoir ainsi procédé que nous avons pu adopter avec M. l'ingénieur en chef de la Compagnie :

1** Le tracé définitif du canal projeté;

2° La distribution des biefs de partage et fixer le régime des eaux dans chacun d'eux ;

3° Les dimensions de la cuvette et l'inclinaison des talus, ainsi que la largeur des banquettes ;

4* Le nombre des ouvrages d'art ;

5** Enfin le programme de marche pour l'étude de la traversée des lacs Menzaleh.

Après quai, nous avons dressé le procès-verbal ci-après sur lequel nous avons consigné les mesures adoptées.

Procès-verbal dressé en conformité de la circulaire, en date du 12 mai 1881, de M. le Président-Directeur de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez, et des conditions du contrat accepté par l'entrepreneur.

Nous, soussignés :

LEMASSON, Ingénieur en chef du service de Tentretien du

canal de Suez, DELAYILLE, Frohoy-Eugène, Chef de section de Tentretien

du canal de Suez, PAPONOT, Félix, Ingénieur, JAILLON, Achille, Chef de section des études de Tentre-

prise.

Nous nous sommes réunis le vendredi 16 septembre, dans les bureaux de l'entreprise, pour examiner le plan coté dressé par le bureau technique de l'entreprise d'après les relevés effectués par les brigades d'opération.

Après vérification de la triangulation et des carnets de nivellement, nous avons constaté l'exactitude du plan coté comprqnant une étendue de 80 kilomètres depuis l'origine de la base d'opération qui correspond au kilomètre 33 +• 600 du canal Ismaïlieh.

Nous inspirant des conditions à remplir par le canal projeté qui doit être essentiellement 'un canal d'irrigation et d'alimentation, nous avons indiqué sur le plan l'axe du futur canal par un fort trait plein à l'encre rouge.

Ce nouveau tracé ne coïncidant pas avec la base d'opération, il sera nécessaire de niveler et piqueter le nouvel axe du canal sur le terrain.

Des profils en travers hectométriques seront relevés perpendiculairement à cette nouvelle ligne et serviront à déterminer les cubes de terrassements à exécuter.

CANAL TEWFICKIEH. 487

Après ce travail terminé, des brigades d'opération commenceront les sondages dans le lac Menzalch depuis le kilomètre 40 de la base d'opération jusqu'à Port-Saïd.

Les divers types du canal et le profil en ]ong des biefs ont été arrêtés d'après les bases suivantes :

1*" Niveau de l'eau maximum dans le canal Ismaïlieh, près de la prise du canal projeté . . . 25",70

2* Niveau minimum 24",80

3*» Niveau moyen 25»,50

4"" Niveau de l'eau dans le canal projeté à son

arrivée à Port-Saïd 20»,25

8" Niveau maximum de la Méditerranée à Port- Saïd 49»,20

6° Niveau minimum 47",80

7* Niveau moyen 18",30

L'étude du plan coté nous a amenés à adopter les profils ci-après :

Le profil n"" 1 est applicable à la partie en déblais comprise entre origine et le kilomètre 12.

Le profil n** 2 est applicable à la partie au kilomètre 36, soit sur 24 kilomètres.

Le profil n" 3 sera applicable à la traversée des lacs Menzaleh, du kilomètre 36 jusqu'à Port-Saïd.

Les pentes du canal dans les difi'érents biefs et les cotes du plafond sont indiquées sur le profil en long. PI. 18 et 19.

Les ouvrages d'art à établir sur le parcours du canal Tewfickieh sont les suivants :

l"" Une prise d'eau en maçonnerie sur le canal Ismaïlieh avec perrés en amont et en aval, tablier métallique pour assurer la continuité du chemin de halage sur la berge nord du canal Ismaïlieh, rainures à ménager dans les bajoyers pour recevoir des poutrelles et permettre au besoin la fermeture de la prise d'eau.

S** Un pont au passage du chemin de fer d'Ismaïlia au Caire.

3" Un premier ouvrage de retenue avec vénielles à établir conformément aux niveaux indiqués sur le profil en long ci-dessus au kilomètre 32 du canal projeté, correspondant au kilomètre 30 de la base d'opération ; un tablier de pont devra être établi sur les bajoyers de la retenue, au passage de la route de Syrie pour les caravanes.

Le service de la retenue entraînera en outre la construction d'une maison d'habitation pour deux cantonniers.

4* Un second ouvrage de retenue, avec maison d'habitation pour deux cantonniers, sera construit au kilomètre 36 du canal, correspondant à peu près au kilomètre 34 de la base d'opération.

5" Un siphon pour l'écoulement des eaux de la branche Pélusiaque sera exécuté au kilomètre 37 du canal, correspondant au kilomètre 35 de la base d'opération.

6** Un ouvrage de décharge avec ven telles au débouché du canal à Port-Send, plus deux ponceaux dans la ville.

Fait double à Ismeulia, le 16 septembre 1881.

Pour la CoiTipagnie. Pour TEntreprise.

Signé : ' Signé :

LEMASSON. PAPONOT.

DELAVILLE. JAILLON.

A la suite de ce procès-verbal, nous avons procédé au nivellement du tracé définitivement adopté et continué les opérations à travers. les lacs Menzaleh jusqu'à Port-Saïd et rapporté le tout sur le plan coté (PI. 18 et 19), savoir :

1° Le tracé complet du nouveau canal d'Ismaïlia à Port-Saïd;

2** Le profil en long sur le développement total ;

3** Les profils-types définitifs.

CANAL TËWFIGKIEH. i89

Enfin, les ouvrages d'art divers ont fait l'objet d'une étude spéciale et séparée.

Une réduction de tous ces plans et profils a été faite, et j'ai eu rhonneur de vous en remettre copie avant votre départ dlsmeulia. Il résulte d'après les opérations accomplies et la vérification des caleuls des profils :

l"" Que l'importance des déblais à effectuera sec du kilomètre 0, au départ d'Ismaïlia, jusqu'au kilomètre 36, à l'entrée des lacs Menzaleh, y compris la plus-value de défonçage du gypse (sur la longueur de la banquette seulement) à la traversée des lacs Balah, est d'environ 5.000.500 mètres cubes, au lieu de 9.000.000 que nous avions évalués dans nos prévisions du mois d'avril 1881.

2* Que l'importance des déblais à effectuer pour la confection des berges^ à la traversée des lacs Menzaleh, du kilomètre 36 à l'arrivée de Port-Saïd au kilomètre 82 + 942, est de 7.133.000"% soit 133.000°' seulement de différence avec les prévisions d'avril 1881. La différence dans cette partie est donc presque nulle, et cela devait être à cause de la régularité du sol des lacs que nous connaissions, tandis qu'il ne pourrait en être de même sur la partie déserte composée de mamelons intermittents entre Kantara et Ismaïlia.

3*" Que le canal aura une longueur développée de 82 kilomètres + 942 mètres et qu'il sera divisé en 4 biefs de partage avec trois plans d'eau différents.

4** Que les ouvrages d'art sont au nombre de six, savoir :

Une prise d'eau avec pont au grand canal Ismaïlieb.

Un pont fixe piour le passage du chemin de fer.

Un pont avec retenue et vannes au débouché, à la mer, à Port-Saïd.

Une retenue avec vannes au kilomètre 32.

i90 DES IRRIGATIONS EN EGYPTE.

Trois maisons de garde pour les gardiens et manœuvres des ouvrages de retenue.

Sept grandes prises d'eau maçonnées avec vannes pour les rigoles d'arrosage.

Sept autres prises d'eau moins importantes pour les garages et campements de la^Compagnie du canal de Suez, nécessitées par la suppression ultérieure des conduites en fonte, alimentant aujourd'hui Port-Saïd.

Les terrassements nécessaires pour l'exécution des rigoles d'amenée et d'écoulement ainsi que pour tous les besoins de cultures sont évalués approximativement au chiffre de 4.200.000 mètres cubes pour la superficie des huit bassins que nous avons délimités, et dont la surface d'ensemble comprend environ 80,000 feddans.

La longueur développée des rigoles d'amenée atteindra environ 86 kilomètres, et celle des rigoles auxiUaires environ 80 kilomètres.

L'exécution comporte trois catégories bien distinctes, que nous désignerons ainsi :

Section première. Terrassements.

Section deuxième. Terrassements.

Ouvrages d'art dans les deux sections.

La première section est comprise entre le kilomètre 0, à la prise d'eau dlsmaïlieh, et le kilomètre 36, où commencent les lacs Menzaleh ; cette section première a donc un développement de 36 kilomètres.

Le travail à exécuter se constitue de remblais et déblais dont le transport rentre dans les conditions normales, sauf pour un seul endroit situé vers le kilomètre 28, à la traversée des anciens lacs Balah, où une couche de gypse d'un mètre environ d'épaisseur affleure le sol.

Ce gypse est d'une excellente qualité : nous en avons fait faire l'analyse à l'École des mines de Paris, ainsi que par un chimiste spécial, et les résultats ont été à peu

CANAL TEWFICKIEH.

près semblables; ils ont donné les bases suivantes pour 100 parties :

Eau totale 21 »

Chlorure de sodium 0.25

Sulfate de soude 0.16 1 100

Sulfate de chaux 78.80

Silice, alumine et oxyde de fer 0.09

Gomme on le voit, ce gypse est un sulfate de chaux presque pur, puisque, en dehors de Teau qui s'évapore à la cuisson, il ne reste que 0,S0 de matières étrangères; il est donc riche en sulfate de chaux et le peu de chlorure de sodium qu'il contient pourra facilement disparaître au moyen d'un lavage à l'eau que l'on aura à proximité et en abondance par le canal projeté ; ce plâtre ainsi épuré sera d'un emploi facile en Egypte. Car jusqu'ici le plâtre du pays n'est pas beaucoup employé à cause de ses impuretés et des efflorescences salines qu'il produit.

Nous avons fait passer le tracé du canal dans la plus petite largeur du lac Balah, parce que, pour assurer la solidité des berges, il y aura nécessité d'affouiller tout ou partie de leur emplacement, d'enlever la couche de gypse et de la remplacer par du sable pur pour former ainsi toutes les berges de cette partie qui est en remblais, malgré l'augmentation de dépenses qui en résultera.

La situation toute spéciale du tracé à travers le désert obligera à recourir à un moyen quelconque pour alimenter d'eau douce les chantiers, ainsi que pour le transport du matériel, soit au moyen de petites rigoles parallèles au canal projeté, soit par l'établissement de machines refoulantes avec tuyaux de conduite d'eau, ou par la création d'une voie ferrée avec wagons et caisses ; la dépense sera sensiblement la même.

i92 DES IRRIGATIONS EN EGYPTE.

lia voie ferrée servira en même temps au transport du matériel et des ouvriers, en outre, cette voie pourrait servir par la suite à relier Port-Saïd, il y aurait donc avantage à adopter ce dernier moyen.

La deuxième section est comprise entre le kilomètre 36 et le kilomètre 82 + 942, c'est-à-dire jusqu'à son débouché à la mer à Port-Saïd, elle a une longueur développée de 46.942 mètres.

Le travail à exécuter dans cette section est le plus difficultueux, mais il est également uniforme. Il se constitue essentiellement de remblais pour la formation des deux berges qui doivent endiguer le canal dans son parcours au travers des lacs Menzaleh.

Deux moyens d'exécution sont en présence : l'un consisterait à draguer, parallèlement au canal projeté, la quantité de terre nécessaire pour former les deux digues.

L'autre, au contraire, consisterait à élever les deux digues au moyen de sable pur emprunté ailleurs et transporté par wagons et machines.

La qualité et la nature des couches qui constituent le sol des lacs (terre plastique ou très liquide) et le souvenir encore présent des difficultés rencontrées lors de l'exécution du canal maritime pour la formation des berges dans cette région, alors qu'il ne s'agissait que d'endiguer un plan d'eau presque en équilibre avec celui des lacs, doivent faire redouter d'en rencontrer de bien plus grandes encore puisqu'il s'agit dans le cas présent de retenir un plan d'eau dont l'altitude sera de 2 mètres environ au-dessus de celui des lacs Menzaleh. C'est pourquoi, nous avions pensé déjà, dès le premier projet que nous avons eu l'honneur de vous adresser en décembre 1869, à confectionner les digues au moyen de sable pur transporté par wagons malgré l'énorme distance à parcourir pour aller le quérir au seul emplacement possible, près de Kantara.

CANAL TEWFICKIEH. 193

Ce mode, d'ailleurs, offre encore cet avantage immense pour la solidité et la résistance des berges : que, le travail s'effectuant par relevages et rîpages successifs de la voie ferrée, il se produira par Teffet du roulement de l'énorme poids des machines et wagons chargés un damage général qui donnera cohésion et affinité immédiate aux déblais et, par conséquent, toute sécurité, tandis que le déblai dragué est loin d'offrir ce résultat ; il ne peut d'abord être déposé dans remplacement même du type des berges, sa fluidité retendrait en outre fort loin malgré la possibilité d'établir préalablement un bourrelet et, par conséquent, nécessiterait l'obligation de le reprendre à nouveau ; ensuite il met longtemps à sécher, puis, lorsqu'on peut le reprendre, il se détache par mottes et les ouvriers le déposent ainsi. 11 se produit alors un foisonnement dangereux que la plus active surveillance ne peut parveiiir à éviter. Il est donc prudent de prévoir ces éventualités et de prévenir les désastres qui résulteraient d'une rupture des digues du canal au milieu des lacs Menzaleh !

Il faut chercher à s'en garantir, et le seul moyen pratique que nous entrevoyions est de former les digues fortes et larges au moyen de sable pur transporté par wagons et ma* chines, d'autant plus que, si le gouvernement, comme il est vraisemblable de l'admettre, adoptait l'idée de relier Port- Saïd au réseau de l'État, la voie serait toute posée à la fin des travaux et le matériel, qui dans ce but final serait du même tjrpe que celui du gouvernement lui-même, pourrait lui être cédé.

Néanmoins, comme la dépense est peut-être un peu moindre pour la formation des berges par dragages que par le sable transporté en wagons et que ce premier moyen est préconisé par M. l'ingénieur en chef de la Compagnie de Suez qui a donné son avis, en cette circonstance, en se basant sur les résultats qu'il obtient au moyen de batar-

deaux qu'il emploie pour retenir les eaux, dans la construction des perrés maçonnés sur les risbernes du canal maritime (ces batardeaux n'ont que 1",50 de largeur), il pense qu'une berge de la dimension et du poids de celle adoptée pour le canal Tewfickieh supporterait parfaitement la poussée et résisterait. En théorie c'est possible, mais en pratique, ainsi que nous l'avons déjà énoncé, il y a à tenir compte des malfaçons inévitables qui empêcheront l'homogénéité des terres remblayées, en outre de la crainte continuelle des glissemejits qui, certainement, se produiraient par l'effet du vide de la cuvette qui serait formée latéralement à une faible distance des berges par suite des dragages pour les emprunts de terres; c'est alors que le moindre glissement entraînerait de graves mécomptes et de grandes dépenses.

Toutefois, nous avons dû tenir compte de l'idée (tout en ne la partageant pas), parce que, dans l'hypothèse de former complètement les digues avec les dragages, il nous a paru possible d'employer un moyen mixte qui consisterait à draguer d'abord pour avoir assez de déblais afin de former simplement au milieu de chacune des digues un bourrelet ou corroi argileux, comme l'indique le croquis ci-contre en a, mais à condition, bien entendu, de le réduire aux plus strictes dimensions afin de diminuer la cuvette que fera latéralement la drague pour l'emprunt des terres et que les dimensions du couloir des dragues obligeront malheureusement à faire toujours très près du pied du cavalier des berges, ce qui nous fait craindre de voir se produire des glissements, danger que nous avons déjà signalé et que nous redoutons par-dessus tout.

Ce bourrelet a doit avoir triple but : d'abord, celui de diminuer la dépense; ensuite, de servir à l'étanchéité des berges; puis enfin, après son achèvement et les terres asséchées, d'y poser les rails de la voie ferrée pour continuer

1TÏ*9TÎ&'OT

le remblai au moyen de sable pur et porter là berge aux dimensions et types adoptés, de sorte qu'en procédant ainsi, s'il y a eu des malfaçons dans le remaniement des terres du corroi a, le roulement des trains les fasse disparaître.

Nota. — Au sujet des types des berges dans la traversée des lacs, nous avions proposé de donner aux berges une banquette de 10 mètres de largeur à TOuest et de 8 mètres à FEst et une hauteur de 1"',50 au-dessus du plan normal des hautes eaux ; mais les ingénieurs de la Compagnie s'y sont opposés, et le type adopté a réduit à 5 mètres la banquette Ouest et à 8 mètres celle de l'Est ; cette largeur de 8 mètres a été admise dans Téventualité de recevoir ultérieurement la voie ferrée qui reliera Port-Saïd au réseau égyptien.

Cette mesure pour la berge Ouest est regrettable, parce que cette berge sera la plus exposée aux coups de vents et marées ; mais elle a paru s'imposer aux ingénieurs de la Compagnie devant l'économie de la dépense. H y aura lieu alors, dans Taveuir, de porter la plus grande attention à la berge Ouest, car les effets des trombes et des orages sont terribles; toutefois, comme une grande partie du lac (du canal Tewfickieh au canal maritime) sera asséchée, il sera probablement possible d y faire des emprunts pour réparer la berge Ouest, le cas échéant. Mais nous tenions, pour sau* vegarder notre responsabilité, à vous signaler les craintes que nous entrevoyons dans l'avenir pour la conservation et la bonne tenue des berges.

Le développement total du canal dans la deuxième section est de 46,9412 mètres rej)résentant avec le type adopté un cube de 7.133.000"*'

L'adoption du moyen mixte qui vient d'être décrit permet de scinder le chiffre du cube ci-dessus énoncé en deux fractions ainsi réparties :

CANAL TEWFICKIEH. 197

1 " Le corroi à former par les dragues et pour les 2 digues s'élèvera au chiffre de 2.133.000"',

2° Le recouvrement du corroi et la confection des berges au type adopté resterade 8.000.000"*

La première phase d'exécution, qui comprend le travail à faire au moyen des dragues, devra être poussée avec activité afin de ne pas retarder le travail à faire par les wagons ; cependant, comme ce mode d'exécution au moyen des dragues pour la première phase n'a pour but que d'économiser les dépenses, il y a lieu de ne pas exagérer le nombre d'engins à employer.

A cet effet, il conviendra de ne considérer le travail à faire que pour une berge et de prévoir alors le même matériel pouî* faire le tmvail de la seconde ; par conséquent, nous n'aurons à considérer que la moitié du chiffre cidessus indiqué, soit 1.066.800"'

Nous avons donc à délimiter le nombre de dragues à employer dans un temps déterminé pour exécuter le cube de 1.066.800"»

Nous prendrons un an comme délai maximum, ^n admet* tantqu'une drague de la puissance de celles qui seront adoptées produise 1,000"' par jour, nous obtiendrons, pour 28 jours de travail effectif par mois, un cube annuel de trois cent mille mètres cubes, ci. ..... 300.000"'

C'est donc quatre dragues qu'il sera nécessaire d'employer.

f98 DES IRRIGATIONS EN EGYPTE.

La hi[uteur de l'eau dans les lacs ne permettant pas de faire flotter les dragues toutes montées et appareillées, les coques seules seront amenées à leur place respective et ensuite munies de leurs accessoires ; elles seront placées à èhacune des extrémités, Tune à Port-Saïd, l'autre au kilomètre 36, et les deux autres au milieu vers le kilomètre 60.

Elles fonctionneront en allant à la rencontre l'une de l'autre dans chaque sens.

Ainsi pour la deuxième berge.

L'importance du matériel à prévoir sera le suivant :

4 dragues complètes et armées.

8 chalands en fer.

2 canots à vapeur.

3 remorqueurs.

Ateliers, outillages divers, caisses à eau, citernes, etc.

Le temps à prévoir pour la livraison du matériel et pour sa mise en marche doit être évalué à une année environ ; par conséquent, le travail à faire au wagon ne pouvant commencer qu'après le passage des dragues, il en résultera un retard dans l'attaque de ce travail, puisqu'il faudra le même temps au moins pour livrer et monter le matériel des wagons que pour celui des dragues et que le dragage de la première digue nécessitera un an. Cependant ce retard sera un peu atténué, attendu que, pendant le temps du montage du matériel, il y aura, pour le travail au wagon, à préparer les cunettes d'emprunt ainsi que les voies de raccordement pour aller de la charge à la berge à remblayer, et qu'il sera possible, au fur et à mesure de l'avancement de la première drague au kilomètre 36, de poser les voies au fur et à mesure également que le déblai dragué sera assez ferme pour être repris, de même que préalablement on aura préparé les cunettes d'emprunt aux elnplacements à occuper par les 4 dragues respectivement.

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Le travail au wagon nécessitera, comme on Ta vu déjà, un énorme transport; car, d'après les relevés topographiques et Fexamen du plan et des lieux environnant les lacs, nous avons reconnu qu'il n'y avait la possibilité d'emprunter le sable que vers le mamelon situé en face le kilomètre 30 à l'Ouest du tracé et à la distance d'environ 6 kilomètres de ce tracé (entre Kantara et Tel-el-Daphné), Nous avons fait exécuter un relevé spécial sur ce point et constaté que le mamelon qui servirait à l'emprunt représente un cube d'environ 20,000,000 de sable pur; nous avons donc toute certitude en prévoyant l'établissement des lignes ferrées sur ce point.

Le parcours du transport sera d'environ 60 kilomètres de l'emprunt à l'extrémité du canal de Port-Saïd.

Afin de ne pas non plus augmenter ici le matériel, nous procéderons au travail en faisant les berges l'une après l'autre.

Quels seront donc les besoins du matériel par rapport à ce qu'il sera possible d'employer en opérant sur une seule voie à la fois, ainsi que le temps nécessaire pour l'exécution complète de la quantité de mètres cubes restant à faire et qui s'élève au chiffre de 5,000,000.

En procédant par analogie, et prenant pour exemple un travail similaire exécuté par nous-méme, en 1871, pour le canal Ismaïlieh à sa traversée dans le marais d'Abasceh près d'Abou-Hamet, travail qui a nécessité le transport des déblais par wagons et machines pour la formation des digues, nous aurons dès lors une base sérieuse pour nos évaluations, car la seule différence qu'il y ait dans le cas cité par rapport à celui qui nous occupe, c'est que, pour le chantier d'Abou-Hamet, le parcours moyen des transports n'a pas dépassé 7 kilomètres, tandis qu'il dépasse 60 kilomètres dans le cas présent.

• Nous avions trois locomotives du Creusot de chacune

60 chevaux de force ; il y en avait deux en fonction et k troisième pour rechàng^e. Nous avions on outre 100 wagons à marchandises (cédés par le gouvernement et modifiés par nous pour les adapter aux terrassements) ; ils avaient chacun une capacité de 7 mètres cubes.

40 wagons étaient affectés à chacune des machines pour former deux trains de 20 wagons ; il y avait ainsi 80 wagons en activité avec les deux machines locomotives ; les 30 autres wagons restaient à Tatelier pour les réparations et pour parer aux rechanges.

Chacune dés locomotives remorquait donc 20 wagons chargés de 7 mètres cubes chacun, soit au total 140 mètres cubes par voyage, et chacune d'elles a pu atteindre quelquefois jusqu'à 14 voyages par jour; mais la moyenne, pour les vingt-cinq jours effectifs de travail par mois, n'a jamais dépassé 69 à 70,000 mètres cubes pour les deux machines^et nous n'avons nous-mème obtenu ce chiffre qu'à Taide d'une prime de 100 p. 100 des appointements pour les employés mécaniciens et surveillants, et une augmentation de SO p. 100 également aux ouvriers terrassiers pour les deux derniers voyages, c'est-à-dire pour le treizième et le quatorzième voyage de la journée. Toutefois, la moyenne des voyages n'a été que de 10 pour une journée de travail.

Dès lors, si nous prenons la moyenne des 12 voyages par jour (ce qui représente 42,000°* par mois et par machine), nous serons dans les conditions maximum, difficiles à atteindre il est vrai, mais enfin susceptibles de l'être.

Nous pouvons donc poser la proportion suivante :

7 : 42,000 : : 60 : a?^ soit 4,900"^^ C'est-à-dire qu'une machine qui pouvait produire à

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Abou-IIamet 42,000"' par mois avec un parcours de 7 kilomètres, n'en produirait plus, dans le cas qui nous occupe, que ^,000 environ pour un parcours de 60 kilomètres, soit alors environ un train et demi seulement; mais il y a lieu de tenir compte que nous aurons mpins d'arrêts, puisqu'il y aura moins de trains ; aussi, quoique nous ayons compté sur la moyenne de 13 trains au lieu de 10, nous croyons pouvoir porter au double le coefficient mensuel du rendement et l'élever au chiffre rond de 10,000"^ par mois et par machiue, parce que nous pensons appliquer à l'exécution l'idée philantiiropique des primes mensuelles qui associent ainsi l'ouvrier à la marche rapide du travail et élève en même temps son bénéfice et son bien-être. A Abou-Hamet, nous avons vu ce résultat magnifique que la prime accordée élevait la journée des ouvriers de 2fr. 80, taux normal des bons tâcherons, à celui de S et 6 francs, et cela pendant plus de 6 mois consécutifs, ce qui nous a permis d'achever nos travaux beaucoup plus tôt.

Nous avons vu plus haut que la première année sera employée à la commande du matériel, à son arrivée et montage sur place, à la construction des logements, ateliers, magasins, etc. ; nous venons de voir, en outre, que le travail au wagon ne peut commencer qu'après le travail des dragues, lequel est soumis lui-même à l'observation précédente pour la commande, la livraison et le montage sur place.

Il y a lieu, par conséquent, de prévoir environ 18 mois avant de pouvoir commencer le travail effectif au wagon.

Aussi, avec la base de 10,000"' par mois que nous venons d'adopter pour le travail d'une machine et l'obligation que nous nous sommes imposée, par mesure d'économie, de ne remblayer les berges que l'une après l'autre et l'impossibilité ensuite, par l'effet de cette mesure, de ne pouvoir faire circuler librement sur une seule voie beau-

coup de machines à la fois, nous avons dû limiter ces dernières au nombre de huit. Il résulte donc de Tensemble de ces considérations que le chiffre du cube à pouvoir faire annuellement sera d'environ 1,000,000.

Nous avons déjà reconnu qu'il restait à faire au moyen des wagons un cube de 8,000,000; le travail entier nécessitera donc cinq années, soit, avec la période préparatoire de 48 mois déjà citée, une durée totale de six années et demie qu'il est indispensable de prévoir pour achever le canal depuis le jour où les travaux seront commencés jusqu'au jour de leur achèvement. On peut toutefois espérer gagner six mois sur ces prévisions, mais on devra compter réellement sur une durée de six années si l'on se borne au matériel indiqué.

Le matériel à prévoir sera le suivant :

Dix locomotives, dont 2 de rechange.

360 wagons (à marchandises, type du chemin de fer égyptien modifiés provisoirement pour terrassements), dont 40 de rechange.

70 kilomètres de voie ferrée de 36 kilogrammes le mètre simple, y compris éclisses, traverses, boulons, aigufUes, etc.

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