APERÇU DE LA DÉPENSE DES MACHINES
1° Dépense d établissement.
« Achat et installation de 1 00 machines « à vapeur de 80 chevaux chacune . . . 18.000.000 fr.
2° Dépense annuelle.
« Intérêt à 10 p. 100 du capital d'éla-
« blissement. 1.800.000 fr.
« Combustible à 4 fr. par 24 heures et
« par chevaux pendant 9 mois 8.400.000 »
« Entretien et personnel 1 . 800 . 000 »
Total. . 8.700.000 fr.
« L'eau nécessaire à Firrigation de 300,000 feddans coû- « teraitdonc 4,800,000 francs, soitl8 francs par feddan, si
« elle était fournie par le canal ; ot 8,700,000 francs, soit « 39 francs par feddan, si elle était fournie par les ma- « chines à vapeur.
« Ces chiffres sont le résultat d'un simple aperçu ; toutece fois, ils étabUssent trop complètement la supériorité du « canal sur les machines au point de vue d'un système « général d'irrigation dans la haute et moyenne Egypte, « pour que cette supériorité puisse être mise en doute.
« La construction de ce canal ne présentera pas de dif- « ficultés graves; Djebel-Silsileh offre pour la prise d'eau « toutes les conditions désirables, niveau suffisant, fond « de roc, resserrement du lit du fleuve, matériaux à pied « d'œuvre. Le développement du tracé sur les flancs de la « montagne permet de maintenir partout le plafond du « canal au niveau des terrains les plus élevés de la plaine.
« Les dispositions générales du projet sont en quelque « sorte commandées par la configuration du sol. Mais « l'examen des dispositions de détails serait prématuré, « tant qu'une étude approfondie du terrain n'aura pas été « faite.
« La commission n'a pas cru devoir l'aborder. En indice quant quel est à son avis le meilleur système d'irriga- « tion pour la haute et moyenne Egypte, et en motivant « son opinion, elle a répondu autant qu'il était en elle à « la question que lui a posée Son Altesse le vice-roi. »
Z^s membî^es de la Commission internationak du Canal de Suez.
Signé :
F.-W. CONRAD, président,
De NÉGRELLI, A. RENAUD, Mac CLEAU, LIEUSSOU, rapporteurs.
Assouan, le 7 décembre 18o5.
42 DES IRRIGATIONS EiN EGYPTE. .
On remarquera que la commission a basé ses chiffres , un peu faibles, d'abord pour le barrage qui, contrairement aux conditions énoncées, ne devrait ni ne pourrait s'établir en pierres sèches, parce que, quelles que soient les dimensions qu^on lui eût données, il n'eût pu résister au courant produit en ce point, et parce qu!il n'aurait aucune adhérence au fond du lit du fleuve ; en outre, un barrage est fait pour surélever l'eau pendant les basses eaux, et ne doit pas faire obstacle permanent lorsque la crue arrive ; il faut au contraire à ce moment que le lit du fleuve soit libre.
Il y a donc eu dans la rédaction de ces devis et prévisions manque de temps et de documents pour vérifier ; d'ailleurs ces messieurs l'ont dès le début déclaré. En outre, une digue en pierre sèche ne pourrait pas conserver l'eau, on l'a vu plus tard au barrage de Saïdieh, où ce moyen avait été adopté pour les hauts-fonds ; la longueur développée nous parait également considérable; en un mot, ce projet nous semble trop sommairement expliqué. Cependant le gouvernement a suivi ce conseil, puisque, depuis, il a, sur ces données, exécuté le canal Ibraîmieh qui part de Siout au lieu de partir d'Assouan, comme il était recommandé de le faire.
ANNEXE N° 2 Séance du 30 décembre 1855. Au Caire.
« Étaient présents : MM. Conrad, Renaud, de Négrelli et Lieussou.
« Le président met à l'ordre du jour les questions suivantes en rappelant que les deux premières ont été « posées à la commission par Son Altesse le vice-roi et « que la troisième lui a été soumise par M. l'ingénieur
« Mauchelety qui est chargé de prolonger jusqu'à Suez le « chemin de fer existant d'Alexandrie au Caire.
« l"" Quelles dimensions doit-on donner aux trois grands « canaux d'irrigation qui auront leur prise d'eau au bar- » rage de Saîdieh ?
« 2*" Convient'il d'adopter pour ce barrage le mode de « fermeture proposé par Mougel-bey?
« 3® Le chemin de fer du Caire à Suez présente-t-il des « difficultés dexploitation en raison des courbes et des « pentes adoptées dans le projet ?
« MM. Linant-bey, directeur général des ponts et chans- « sées; Mougel-bey, ingénieur en chef, chargé spéciale- « ment de la construction des barrages, et Mouchelet, <( ingénieur chargé des travaux du chemin de fer du Caire « à Suez, exposent successivement la nature du sol et le « mode de culture pratiqué dans la basse Egypte ; le but « du barrage et le système de fermeture projetée, les « données et les dispositions générales du projet de che- (( min de fer.
« Nature du sol et mode de culture, — Le territoire de « la basse Egypte se développe en éventail entre les pentes « extrêmes des chaînes libyques et arabiques et la mer; « il forme un triangle de i,378 lieues carrées, dont le « Caire, Alexandrie et Suez occupent les sommets. Le « Nil, en se bifurquant à Saîdieh, au sommet du triangle « à 20 kilomètres en aval du Caire, divise ce territoire « en trois provinces : le Béhéré à l'Ouest, le Delta au « Centre et le Cherkieh à l'Est.
« Cette vaste plaine d'alluvions, uniformément inclinée « vers la mer d'environ 0",40 par lieue, est ridée dans le « sens transversal par deux légères ondulations, au som- « met desquelles est le lit du fleuve.
« Elle offre au-dessus du sol primitif, qui est formé de « sable de mer, une couche de terre végétale dont l'épais-
« seur diminue à mesure qu'on s'éloigne du fleuve. Les « eaux du Nil, en s'infiltrant à travers les sables, les rente dent en quelque sorte mouvants et maintiennent sous « la couche de terre végétale une humidité saline qui, en « remontant par les interstices capillaires à la surface du « sol, le couvre d'efflorescences et tend à le rendre impro- « ductif.
« Le délavage des terres par les eaux douces du Nil « est donc également dans la basse Egypte la condition « première de toutes cultures. Ces eaux sont portées au « loin dans la plaine par une série de canaux transversaux « plus ou moins inclinés vers la mer. Celles de la branche « de Damiette, le plus en saillie sur le sol, se déversent « à droite et à gauche , dans le Gherkieh' et le Delta; « celles de la branche de Rosette se déversent par la rive « gauche dans le Béhéré. .
« Tous ces canaux sont séfi , c'est-à-dire creusés en « contre-bas de Tétiage. Mais, au moyen de barrages en (( terre établis dans leur lit, on y élève l'eau au-dessus des « terrains qu'il s'agit d'arroser. Placés dans la zone des « sables mouvants, ils se comblent avec une rapidité « extrême et se bouchent plus rapidement à leur prise « d'eau dans le Nil. Leur entretien occupe plus de bras « que les travaux agricoles proprement dits.
« Le sol cultivable, qui embrasse aujourd'hui une éten- « due de 4 millions de feddans, est divisé irrégulièrement « en bassins d'inondation ou d'irrigation : chaque bassin « est enclos entre des levées de terre qui l'isolent des (( canaux qui sillonnent la plaine et permettent d'y intro- « duire ou de faire écouler les eaux par des coupures « pratiquées dans les levées d'amont et d'aval.
« La culture par irrigation, limitée dans le système « des canaux séfi. aux terrains bas qui ne dépassent pas « de 2™,50 le niveau de l'étiage, n'embrasse guère aujour-
d'hui qae 300,000 feddans. Le barrage de Saïdieh, en surélevant de 4"^, 80 les eaux du Nil dans ]es temps d'étiage, permettrait d'étendre les bienfaits de Finondation à la plus grande partie des terres de la basse Egypte qui en sont privées.
« Toutefois, la culture par irrigation exigeant beaucoup plus de bras que la culture par simple inondation, on ne peut songer à donner à cette culture toute l'extension que comportera, le régime du fleuve après Tachèvemeut des barrages; la population n'y suffirait pas; ce sera tenir largement compte des ressources que présente sous ce rapport le pays, que de préparer les moyens d arroser le quart environ des terres cultivables de la basse Egypte, c'est-à-dire