DES GRANDES FORÊTS
comme une propriété d’un rendement médiocre, ayant seulement l'avantage de donner une movenne assez réguhère et de n’exiger aucune dépense.
Ce point de vue n’est plus acceptable aujourd’hui : la division de la propriété impose loblisation d'en tirer tout le parti possible, et la terre, qu’elle porte des forêts ou des moissons, ne donne rien pour rien, tandis qu’elle se montrera toujours généreuse et f6conde envers ceux qui la travaillent avec intelligence et persévérance. |
Une autre objection , aussi dénuée de fondement, est celle qui consiste à prétendre que cette méthode. excellente pour des bois de peu d’étendue, est inapplicable aux forèts, notamment à celles de l'État, en raison du nombreux personnel qu’elle exigerait.
Des essais très-sérieux et parfaitement concluants sur des forêts occupant une superficie considérable ,
Vexemple de M. de Courval qui soumet à ce régime
plus de deux mille hectares sur le seul domaine de Pinon, celui des bois du prince de Ligne, à Belœil, en Belgique, et tant d’autres, seraient une réponse victorieuse et prouveraient assez que l'opposition dé-
1 Les forêts du prince de Ligne contiennent les plus beaux arbres qu'on puisse voir; elles sont traitées depuis longtemps d’après une méthode qui doit avoir été le point de départ de celle de M. de Courval, et qui a été exposée par M. Hotton dans un ouvrage fort recommandable. — f/anuel de l'élaqueur. Paris, Huzard, 1829.
coule d’une cause plus grave, l’amour-propre, qui se refuse à reconnaitre qu'on s'est égaré dans une mauvaise voie Jusqu'à ce Jour.
Des gardes-élagueurs. — || serait peut-être opportun d'appeler, à cette occasion , l'attention des administrateurs et des propriétaires sur une modification à introduire dans la situation et dans les attributions des gardes forestiers.
Ceux-ci, en eftet , reçoivent souvent , et notamment chez les particuliers, un salaire insuffisant, quoique dans bien des cas supérieur aux services qu'ils rendent, services qui se bornent, pour la plupart du temps, à une surveillance plus où moins régulière: en sorte qu'on est trop fréquemment réduit à prendre pour gardes des hommes qui, n'ayant pas la force ou le courage de faire de bons ouvriers, se contentent d’une position qui leur assure tant bien que mal une existence médiocre mais oisive. Les uns se font braconniers, les autres, par une tolérance coupable, deviennent les complices de toutes les déprédations commises par les riverains des bois qu'ils ont la mission de garder.
Dieu merci, cet état de choses n'est pas général. mais 1l n’est que trop commun et tient à une mauvaise organisation, à laquelle il est acile de remédier , grâce à l’élagage. : |
N'v aurait-il pas lieu, en de nombreuses circon-
DES GARDES-ÉLAGUEURS. 93 stances, de prendre pour gardes, des élagueurs qu'on paierait un peu plus cher, à la vérité, mais dont le travail indemniserait, et au delà, les propriétaires de leurs sacrifices”? L'obligation de se trouver toujours dans le voisinage des parties en exploitation constituerait pour les propriétaires la meilleure garantie de surveillance, sans compter que la cime d’un chêne est un excellent poste d’observation.
Les journaliers ambitionneraient la place de gardesélagueurs, parmi lesquels pourraient, du mois en partie , se recruter les gardes en pied. On aurait ainsi des hommes spéciaux parfaitement au courant des travaux des bois, leur situation serait améliorée, les forêts et les propriétaires en tireraient de sérieux avantages. Jusqu'ici il n’est question que des grandes propriétés, ces avantages seraient encore bien plus sensibles pour des bois de médiocre étendue. Là, par exemple, où le garde est payé 200 fr. pour ne rien faire, n’aurait-on pas un très-grand bénéfice à en donner 500 à un homme qui augmenterait la valeur du bois et vendrait les fagots et du bois de corde pour une somme équivalente ou même supérieure ?
L'élagage doit-il se pratiquer partout?
— On aura un véritable intérêt à appliquer l’élagage dans tous les terrains, à toutes les expositions, sur
toutes les espèces de bois. Cette utilité deviendra d'autant plus universelle que les procédés conservateurs, étant selon toute probabilité destinés à recevoir de nombreuses applications, ne manqueront | pas d’assigner une valeur plus considérable aux essences aupourd’hui en défaveur.
Nous ne ferons qu’une exception : 1l s’agit des localités tellement arides ou défavorablement situées, que le bois de chauffage soit le seul produit à en espérer. Là, mais [à seulement, ce serait peine inutile.
Du coaltar et de son emploi pour l’élagage. — Coaltar est un mot anglais ou plutôt la réunion de deux mots anglais dont la signification est goudron de houille. On prononce côltar, d’où
quelques personnes ont fait colfta, nom sous lequel il est connu dans plusieurs contrées. Cette substance d'une utilité journalière pour toute exploitation agricole n'a pas de nom français, nous sommes donc obligés de lui conserver son appellation étrangère ; elle se fabrique à bas prix dans toutes les usines à gaz d'éclairage, c’est-à-dire dans:la plupart des villes et dans toutes les gares importantes des chemins de fer. Il importe de se procurer le coaltar aux lieux de production et non ailleurs, c’est le seul moyen de lavoir pur, car les épiciers ou marchands de couleurs ont toujours intérêt à l’additionner de déchets d'huiles ou d’autres mélanges de rebut.
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EMPLOI DU COALTAR. Jo
Le coaltar est une substance liquide d’un noir brun, exhalant une forte odeur de créosote ef qui se conserve indéfiniment. Il faut le choisir le plus épais possible; on le garde dans un tonneau, et pour employer, on le met dans une gamelle de fer-blanc, de fer battu ou à défaut dans un vase quelconque uni d’une anse en fil de fer et suspendu avec une 5», également en fil de fer, au dernier barreau de l'échelle (fig. 2). De la sorte l’élagueur n’est pas obligé de descendre chaque fois qu'il s’agit d'opérer un pansement. Pour l’étendre sur la plaie, on se sert d’une brosse ou pinceau commun, de moyenne grosseur, 11 vaut même mieux l'avoir petit que trop gros. Le coaltar s'emploie à froid, excepté dans les temps de gelées, pendant lesquels on le fait dégourdir devant
le feu que les élagueurs ne manquent jamais d’allu-
mer près de leur chantier. Cette substance a des propriétés conservatrices remarquables, s'applique très-facilement sur le bois vert aussi bien que sur le bois sec, et se fixe sans pénétrer dans le bois plus que ne le ferait la peinture ordinaire , assez cependant, même à une seule couthe, pour boucher tous les conduits de la séve, lesquels ne tarderaient pas à devenir des élements de décomposition sous l’action des agents extérieurs. Cette simple application produit done une sorte de cautérisation immédiate, et suffit pour préserver de la carie les parties entamées
par l’élagage ou par un accident. L’odeur du coaltar écarte les insectes, et son adhérence complète les empêche de pénétrer dans le bois.
L'habile direction des plantations de la ville de Paris vient enfin, en 1863, après une longue résistance et des essais aussi coûteux qu'infructueux, de constater, en adoptant l’emploi général du coaltar, la supériorité de ce produit sur les autres préparations, ainsi qu'on peut le voir sur les promenades de Paris et notamment sur l’esplanade des Invalides.
Inconvénients des onguents et mastices employés jusqu'a ce jour: — Depuis longtemps déjà on s’était préoccupé des moyens de guérir les plaies faites aux arbres , accidentellement ou par la main de l’homme. Le remède vulgairement préconisé de temps immémorial était l’onguent de Saint- Fiacre, mélange de terre et de bouse de vache. Ilest inutile d’insister sur son peu d'efficacité. On eut ensuite recours aux divers mastics employés pour la greffe et qui ont toujours pour base la résine, la cire et la graisse. Outre les difficultés d'exécution, — ces mastics devant le plus souvent être appliqués à chaud, — et leur prix étant excessif, il y avait presque toujours impossibilité de réussite. Aussitôt que le travail de recouvrement se faisait par la formation du bourrelet de nouveau bois, l’enduit était soulevé tout d’une pièce ou peu à peu, suivant son
EMPLOI DU COALTAP. 97 degré de dureté, et laissait la place à nu, tout en offrant un abri à de nombreux insectes; ces soins demeuraient donc encore sans résultat.
Depuis longtemps M. de Courval avait préconisé l'emploi du coaltar; ce n’est qu’en 1863 que j'ai été témoin à Paris de lapplhication en grand que j'ai signalée plus haut.
Sur les plaies de moyenne étendue, un seul pansement suffit; mais lorsqu'elles ont des dimensions exceptionnelles , ce serait une très-bonne précaution que de passer une nouvelle couche au bout de quelques années; un garde solgneux ne manquera jamais de le faire dans les bois qui lui sont confiés.
Dans le midi de la France les excessives chaleurs de l’été rendent le coaltar tellement liquide qu’il ne préserve plus qu'imparfaitement les plaies pansées à cette époque. Pour être assuré d’un bon résultat, il faut donc en passer une nouvelle couche pendant Phiver afin de lui donner une épaisseur suffisante.
Effet du coaltar sur l’orme. L'effet du coaltar sur l’orme n’est pas aussi régulier que sur
les autres arbres forestiers , chêne, frêne, sycomore, hêtre, charme etc. Sur tous ceux-ci, l'application d’une couche donne immédiatement une grande dureté à la plaie, quiconserve souvent des reflets presque métalliques. Sur l’orme, l’adhérence n’est pas toujours aussi complète , il se produit parfois, quoique
98 L'ÉLACAGE DES ARBRES.
exceptionnellement, des boursoufflures comme celle qu’on remarque lorsqu'on applique de la peinture sur des murailles humides; en même temps il s’établit un suintement d’eau rousse et fétide. En pareil cas, je ne connais qu’une chose à faire, c’est d’y revenir au bout de quelque temps, de gratter les parties de coaltar non adhérentes et d’en appliquer une nouvelle couche.
Il est bon d'observer que ces épancheménts de séve extravasée et décomposée sont fréquents chez l’orme, même sans qu'aucune opération les ait provoqués. En pareille circonstance, une forte entaille, pratiquée à la base de la partie malade, détermine un écoulement abondant, et l'application réitérée du coaltar amène souvent la guérison. Une pratique semblable sur les chênes attaqués de gelivure donne également d'excellents résultats.
Empioi du coaltar pour préserver les plantations de Ia dent des animaux. — Le coaltar pourrait être d’un excellent emploi pour préserver les plantations de la dent du gibier, des animaux domestiques, tels que le mouton et la chèvre, et aussi pour défendre dans les pays d’élevage les jeunes arbres contre la morsure des chevaux, qui s’attaquent de préférence à certaines espèces, notamment à l’orme et au peuplier, et prennent un malin plaisir à enlever entièrement l’écorce, ce qui