ÉLAGAGE DES TAILLIS ET DES FUTAIES PLEINES. — ARBRES ÉPARS. — TÉTARDS
Élagage des taillis. — Des gaulis. — Lorsque les bois sont aménagés à long terme, au delà de vingt ans par exemple, on trouvera toujours du profit à faire vers le milieu de la révolution, des éclaircies ou jardmages, qui consistent à la fois à retrancher les faux bois, les brins des cépées les moins vigoureux, ceux qui pendent ou s’éliolent et n'arriveralent pas à l’époque de lPexploitation, et à élaguer les brins conservés. Ceux-ci profitent d’autant et forment ce qu'on appelle ordinairement un gaulis ou perchis. Quelques propriétaires sont dans l'usage de pratiquer des éclaircies sur les bois aménagés même à 142 ou 14 ans. Cette excellente opération ne peut qu'être très-favorable.
Plus lélagage est soigneusement fait, mieux cela vaut; cependant, comme ces gaulis ne produisent
DES TAILLIS ET FUT2IES PLEINES. 101 ordinairement que des bois à brûler, 1ls n’exigent pas tous les soins prescrits pour ceux réclamés par l’industrie.
Élagage des futaies pleines. Les bois destinés à constituer les futaies pleines proviennent presque toujours de semis naturels ou artificiels. Les forestiers procèdent par éclaircies en retranchant seulement les pieds les moins vigoureux, et conservent tous ceux dont le feuillage contribue à projeter sur le sol une ombre épaisse; il en résulte que les arbres s’élancent pour rechercher la lumière indispensable à leur végétation, que les branches basses ainsi ombragées périssent à peine formées et sans laisser de plaies au corps des arbres, en sorte que l’élagage se faisant de Tui-même toute 'ecommandation à cet égard deviendrait un non-sens.
Telle est du moins la théorie, mais en réalité les choses ne se passent pas toujours ainsi: un certain nombre de branches basses résistent plus ou moins longtemps. Les plus vigoureuses atteignent la cime de la futaie en prenant un développement excessif et forment des redans, qui diminuent considérablement la valeur de la pièce principale. Les autres meurent peu à peu, après avoir atteint des dimensions suffisantes pour que leur décomposition porte la carie au cœur de l'arbre (fig. 3 et 19). De là résulte la nécessité d'appliquer dans ces circonstances l’élagage
aux futaies pleines, absolument de même qu'aux futaies sur taillis.
Des arbres de marine.
précèdent laisseront peut-être dans quelques esprits la pensée que, même en admettant l'utilité de mes
Les lignes qui
pratiques pour les bois destinés aux usages ordinaires, j'ai eu tort de parler de la marine, puisque ce service recherche par-dessus tout les pièces courbes , ef que c’est principalement à leur production que l’on doit s'attacher en vue de ses besoins.
«Vous ne formez, pourrait-on me dire, que des arbres parfaitement droits, tandis qu'il nous faut des pièces courbes ; loi de procurer une ressource nouvelle, vous détruisez les arbres les plus précieux. »
Dieu me garde de rien détruire! Je ne prétends que favoriser le développement de tous les arbres, de façon qu'ils prennent les plus fortes dimensions possibles tout en étant parfaitement sains, et je crois que parmi les branches latérales que j'engage à supprimer, il est rare d’en trouver à l’intérieur des futaiés qui atteignent ces dimensions exigées. D’ailleurs j’avoue humblement mon imcompétence pour traiter à fond les questions spéciales à ce service exceptionnel.
La marine accepte et paie fort cher les beaux bois droits parfaitement sains ; leur production abondante serait donc déjà un avantage pour elle. Quant aux
CONVERSION EN FUTAIES: 103 courbants, si je ne me trompe, on a laissé jusqu'ici au hasard le soin de les fournir; on les a trouvés presque toujours sur les lisières, où les chênes, gènés par l’ombrage de leurs voisins, avaient été forcés d’aller chercher la lumière en dehors de leur aplomb.
À défaut des forêts, qui disparaissent, le moyen d'obtenir ces arbres précieux serait de conserver dans les meilleurs terrains quelques bouquets de futae, où les chênes de lisière se trouveraient placés dans ces mêmes conditions, et prendraient une direction plus ou moins inclinée. Les prairies, les haies, les parcs seraient les endroits les plus favorables , car un excellent sol est la première condition, et on voit qu'il est impossible d’en obtenir un grand nombre à la fois. |
Les soins que nous avons recommandés auront pour résultat certain d'activer la croissance et d’augmenter la valeur des arbres ainsi cultivés. Nous avons montré à les conduire , on pourra donc les diriger de facon à teur donner les formes qu’on voudra.
Conversion des taillis en futaie. — Il faut un siècle pour former une futaie régulière, deux au moins pour l’amener à toute sa valeur. Aujourd'hui, peu de personnes ont assez de confiance dans lavenir pour entreprendre de pareilles créations. Parmi ceux qui possèdent encore des futaies , beaucoup les
détruisent; si d’autres les respectent, ils ont quelquefois lieu de penser que‘leurs héritiers n’en feront pas autant. Pour les remplacer, nous conseillons aux propriétaires de bois de choisir dans un bon sol un certain espace de taillis à exploiter , et au lieu de faire la coupe comme à l'ordinaire, d'y pratiquer une simple éclaircie en élaguant avec soin tous les brins conservés. On éprouvera sans doute alors une diminution de rendement, mais, si l’on veut recommencer l'opération vers le milieu de la période régulière d'exploitation , soit au bout de 10 ans si on coupe à 20, ou de 15 si on coupe à 30, on pourra déjà retirer une portion des baliveaux et faire en même temps une coupe de taillis.
Après un semblable nombre d'années , on recommencera, et le sol ne sera pas loin d’avoir rendu ce qu'on en aurait tiré par l’aménagement ordinare, sans compter qu'il restera sur pied des arbres pour une valeur importante. On aura alors-une véritable futaie, où l’on pourra remarquer que les brins venus sur souche ne le cèdent souvent en rien pour la viœueur et la beauté à ceux qui sont francs de pieds. Il n'y a pas une seule futaie. ancienne où l’on ne puisse remarquer des groupes de 2, 3, 5 et même 7 chênes, venus incontestablement sur des couches, et présentant des dimensions aussi satisfaisantes que les arbres isolés.