‹ L'élagage des arbres;Chapitre 23 sur 41 · DES ARBRES ÉPARS · texte numérisé non relu

DES ARBRES ÉPARS

Des arbres épars croissant dans les prairies, pâtures, Inandes, haies ete. — Tout ce qui a été dit sur les massifs forestiers s'applique également aux arbres isolés ou épars, croissant sur les haies ou les fossés, dans les landes et pètures , sur la limite des héritages etc, Selon leur âge et leur grosseur , ils seront traités comme appartenant à l’une des catégories que nous avons énumérées , baliveaux , modernes ou anciens.

Nous ne saurions trop insister sur ce que ces afbres, les plus abandonnés de tous, sont ceux qui peuvent acquérir le plus de valeur et former une ‘immense richesse pour l'avenir.

Le voisinage des terres en culture leur apporte quelques engrais , la facilité de pouvoir s’en occuper quand on veut, donne un grand avantage pour leur direction ; nous conseillons de les élaguer tous les Cinq où six ans, ce qui favorisera leur développement tout en fournissant assez de bois pour couvrir largement les frais du travail, qui ne doit dans aucun cas être abandonné à la discrétion du fermier, dont les mtérêts sont trop en désaccord avec ceux du propriétaire. Qu'on lui donne le bois provenant de l’élagage, soit, mais après l'avoir fait couper par des ouvriers spéciaux. On y retrouvera foujours son avantage.

Conservation des très-vieux arbres, —

On rencontre encore quelquefois, dans des parcs ou ailleurs, de très-vieux arbres qui ne peuvent plus acquérir de valeur, étant arrivés à leur période de : décrépitude.

Ces arbres méritent d'autant plus nos respects et nos soins qu'ils deviennent plus rares, et qu’un traitement intelligent peut les conserver pour de longues années. Le retranchement, le long du tronc, de tous les vieux chicots et du bois mort, a pour effet, non-seulement d'empêcher la pourriture, mais de les raviver sensible-

ment, car ces maladies en-

Fig. 58. — Plaie de 30 centi- travent le mouvement de la mètres, faite sur un chêne décrépit, 4e année

séve, tandis que des opérations bien nettes déterminent immédiatement la formation d’un bois nouveau dont le tissu, composé de fibres et de vaisseaux d’un plus large calibre, activera considérablement la circulation des sucs nourriciers (fig. 58). |

C'est là ce qui explique le fait très-aisé à expérimenter, quoique peu vraisemblable au premier abord, d’un vieux chène languissant, complétement rendu à la vie par suite de huit ou dix plaies énormes

CONSERVATION DES TRÈS-VIEUX ARBRES. 107 faites sur son tronc (fig. 53). Voilà pourquoi je proscris les branches mortes et les chicots sur le ironc des arbres conservés même exclusivement au point de vue de l’agrément. Au bout des branches, j'admets que ces grands bras dépouillés produisent un effet pittoresque ; là, du moins, ils sont loin de présenter les mêmes inconvénients.

Souvent les arbres dont nous parlons sont creux et contiennent même une grande quantité d’eau; il faut tâcher de les vider; quand on ne réussit pas autrement, un trou pratiqué avec une tarière à la partie inférieure de la cavité amène le dramage de ces cloaques, que lon remplit de moellons ou de fragments de briques, le tout recouvert d’une couche de bon mortier ou mieux encore de ciment. On cite en Normandie des pommiers ainsi traités 11 y a plusieurs siècles et se trouvant encore en très-bon état.

Ce moyen a été aussi employé, mais assez généralement sans succès, sur quelques vieux ormes à Paris. M. de Courval fait remarquer justement qu'on avait eu le tort d'employer le plâtre, qui absorbe trop asément humidité.

Pour bien réussir, l’enduit doit affleurer exactement la plaie mise à vif. Celle-ci pansée au coaltar entrera immédiatement en voie de cicatrisation ef pourra, suivant ses dimensions, arriver dans un temps plus ou moins long à un recouvrement complet.

S1 la cavité n'est pas parfaitement remplie, les pics, que toutes nos opérations contrarient, ne tardent pas à venir travailler, dans l'espoir d’habiter une si belle demeure. Leur imstinct nous est d’alleurs fort utile, en ce qu'ils nous indiquent les arbres attaqués ; cette remarque ne s'applique qu'aux bois durs, 1l n’en est pas de même pour les bois blancs; les trembles en particulier sont rarement épargnés ; au forestier de les abattre ou de les guérir.

On aura soin de visiter le pied des arbres comme il a été dit page 76. Quelquefois, malheureusement, des pâtres ou des enfants s'amusent à allumer du feu au pied des arbres, sans se douter qu'il leur suffira de peu d'instants pour altérer profondément une des plus belles créations, l’œuvre des siècles. Quand le mal est fait, 1l faut s'assurer de sa gravité, et, toutes les fois que l’action de la chaleur a été assez forte pour décomposer les tissus, on n'hésite pas à enlever l'écorce sur l’étendue attaquée, en respectant tout ce qui est intact, et spécialement les parties qui peuvent mettre les racines en communication avec les feuilles, car là est le véritable nœud de la vie. — Le pansement au coaltar est ensuite appliqué.

Étêtement des arbres couronnés. — Qnand arrive la dernière période de la décrépitude , ce ne sont plus seulement quelques branches qui meurent, mais la cime tout entière; les branches

LA ni » 4 La À ÉTÊTEMENT DES ARBRES COURONNÉS. 109 basses conservent encore de la vie, mais l’arbre est usé. On dif alors qu'il est couronné (fig. 59). On sait que toutes les parties mortes Ou mou-

Fig, 59, — Chêne couronné, rajeuni par l’étêtement

rantes doivent être retranchées. Naturellement ce principe s'applique aux branches supérieures, et c’est le seul moyen de prolonger l’existence de ces arbres. Il faut donc raccourcir toutes les branches dont l'extrémité est morte, mais à quelque distance au-dessous du point où elles cessent de montrer de la végétation, ainsi qu'on le voit sur la figure 59: on obtient ainsi des tronçons plus ou moins longs et d’un aspect fort disgracieux, j'en conviens , mais qui ne tarderont pas à développer des rameaux d’une

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certaine vigueur et tendant le plus souvent à se rapprocher de la direction verticale. Après un petit nombre d'années, l’arbre reprend une physionomie tolérable, et peut durer encore longtemps.

Cette opération, usitée dans plusieurs localités pour rajeunir les vieux pommiers ou poiriers cultivés dans les champs, réussit fort bien et prolonge l'existence d’arbres souvent difficiles à remplacer; on en trouve également de nombreux exemples sur les ormes des anciens boulevards à Paris, elle y a presque toujours donné des résultats satisfaisants.

En agissant de même sur les futaies épuisées, on obtient un succès égal.

Des têtards. — J'ai parlé en commençant (p. 22) de l’utilité des têtards pour fournir de menus bois

de chauffage propres aux usages domestiques dans les campagnes. Ces arbres modestes peuvent en outre offrir des ressources importantes dans la production des bois d'industrie. Quelques-uns sont fort recherchés à cause de leurs nœuds et de leur dureté; mais la plupart du temps, 1l ne sont pas sains, ce qui tient au peu de précautions prises lors de leur écimage, en sorte que la plaie principale, n'ayant pu se guérir, à amené la carie du tronc tout entier. Le moyen d'éviter cette perte serait, au lieu d'enlever la tête d’un seul coup par une section en A (fig. 60), comme on le fait habituellement (fig. 61), d'opérer

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