ÉLAGAGE DES HAIES VIVES
| Les haies vives forment d'excellentes clôtures : indispensables dans tous les pays où lon élève des bestiaux, elles sont toujours utiles pour la défense des héritages et notamment des vignobles. Les premières, composées habituellement d’essences forestères mélangées, sont abandonnées à elles-mêmes ; plantées d'ordinaire sur des revers de fossés, elles occupent un espace considérable ef produisent des coupes périodiques analogues aux taillis. Lors de Pexploitation, quelques brins sont conservés et inchinés pour maintenir la clôture pendant la pousse. Cest alors qu'il importe de ménager des baliveaux capables de former par suite de très-beaux arbres. Les autreshaies composées d’arbustes buissonneux, le plus souvent épineux, ne sont plus considérées qu'au point de vue de la défense. On les taille pour
les rendre plus touffues et ménager le terrain environnant: telles sont les haies d’aubépine plantées des deux côtés de la voie, sur la plupart des lignes des chemins de fer. On est dans l'usage de les tondre une fois par an vers l’automne, soit au croissant, soit avec des cisailles, et de leur donner la forme d’un
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Fig. 70. — Haie taillée d’après Fig. 71. — Haie taillée suivant
le mode ordinaire. la forme ovoïde.
mur. Ce mode de taille est défectueux en ce que la végétation se porte toujours vers le sommet, qui va chaque année en s’élargissant (fig. 70) ; le pied de la haie se dégarnit, elle n’est plus suffisamment protectrice, son aspect est disgracieux, et quand on la façonne, les pousses étant déjà durcies, elle demande un temps assez long à l’ouvrier.
Il est bien préférable de ramener la haie à la forme ovoïde que nous avons recommandée pour les arbres (fig. 71) ; elle n'occupe pas plus d'espace sur le sol, la végétation est retenue par de nombreuses branches latérales, la haie se maintient touffue depuis le bas
DES HAIES VIVES. 137 jusqu’en haut et atteint ainsi mieux son objet, tout en conservant plus de régularité.
Ce résultat sera obtenu d’une façon d'autant plus complète qu’on aura pris soin, lorsque la haie est encore Jeune, d’incliner les tiges les plus vigoureuses en les maintenant bon avec un fil de fer ; les branches se grefleront entre elles et la haie se garnira ainsi de manière à devenir tout à fait impénétrable.
Quelle que soit la forme qu’on veuille donner à une haie, il est nécessaire de la tailler deux fois par an au lieu d’une : la première façon aura lieu vers le mois de juin, alors que les jeunes rameaux sont encore à l’état herbacé, mais après la floraison pour ne pas se priver de cet agrément. Cette opération, analogue au pincement en usage sur les arbres fruitiers, a pour effet d’arrèter momentanément la végétation, ou, comme disent les jardiniers, de refouler la séve vers les parties inférieures. À l’automne on pratique une deuxième taille, qui se fait encore trèsaisément à l’aide du croissant ou des cisailles. La haie est beaucoup plus belle, elle conserve toute l’année une régularité satisfaisante ; enfin les deux tontes ont pris à l’ouvrier bien moins de temps que l’élagage unique habituellement pratiqué vers la fin de la saison. Je ne mentionne pas le produit, car 1l est nul dans l’un comme dans l’autre cas.
La rareté croissante des bois prend des proportions effrayantes, leur production est dès aujourd hui au-dessous des besoins, et on peut prévoir le Jour peu éloigné où nos fils manqueront tout à fait de cette substance de première nécessité, que rien ne peut remplacer, à moins que de grands moyens ne soient pris dansle butde prévenir une crise dont il est impossible de calculer les conséquences. Depuis longtemps cette vérité a frappé les esprits prévoyants, le cri d'alarme a été jeté, et mille voix ont proclamé l’urgence des reboisements. L'État a fait certains essais, accordé ou promis quelques encouragements, des particuliers généreux ont consacré leur fortune et voué leur existence à ces utiles travaux ; mais le nombre en est fort restreint à cause des mises de fonds nécessaires, de la longue attente du produit, et surtout de l’inutilité démontrée des plus grands efforts dans l’état actuel et précaire de la propriété.
Les causes de destruction vont toujours en augmentant: nous avons vu que la première de toutes est le Code civil, qui doit anéantir avant un siècle toutes les Le êts des particuliers,
Les forêts de l’État couvrent encore de vastes superficiest, mais nous en voyons chaque année diminuer le nombre, par suite d’aliénations, qui sont autant d'arrêts
1 Un million d'hectares environ
de mort. Ce n'est pas tout, on donne cours à des rumeurs sinistres; on prétend qu'il n’est question de rien moins que de vendre d’un seul coup pour deux cents millions de ces mêmes forêts. Puisse la France être préservée d’un pareil désastre, qui serait à jamais irréparable !
Sans admettre la réalisation d’un tel malheur, il est certain que les plantations qu'on fait et celles qu’on pourra vraisemblablement exécuter seront loin de compenser les pertes déjà accomplies. Les arbres (à l’exception des bois blancs), bons à abattre dans un siècle, existent à l'heure qu'il est, mais négligés comme ils le sont généralement, la plupart resteront inutiles ; c’est donc à nous qu'il appartient d’en faire profiter nos neveux.
C’est à cette œuvre toute de désintéressement que je convie les hommes dévoués à leur pays ; il ne s’agit que de mettre en valeur par ces moyens si simples, à la portée de tous , et applicables à la plus vaste forêt comme au plus modeste domaine, les immenses richesses que la Providence crée incessamment et à notre insu pour le bien-être de l'homme. :
Notre devoir envers elle et envers la postérité est d'entretenir ces dons précieux, et malgré les ravages résultant du fait même de nos lois non moins que de l’imprévoyante et insatiable cupidité dont nous somm:s chaque jour témoins, on peut affirmer qu’il existe encore sur le sol de la France un nombre d’arbres suffisant pour pallier en partie du moins cette pénurie, pourvu que leur développement soit convenablement favorisé. Les travaux, d’ailleurs, seront souvent rémunérateurs
et produiront toujours par la suite des profits très-réels, quoique éloignés. Je fais donc appel en particulier aux habitants des campagnes habitués à travailler longtemps
avant de récolter. Ils me vengeront, je l’espère, des dédains que je ne puis manquer d’inspirer à ceux qui prétendent, du jour au lendemain, réaliser des bénéfices fabuleux,
Mon ambition première est d'attirer sur les moyens que je propose l'attention des Sociétés qui se sont imposé la noble tâche de protéger et de diriger l’agriculture, Sociétés dont les efforts, au moyen d’une large-émulation et par la diffusion des bonnes méthodes, ont déjà répandu tant d’encouragements féconds. |
Ce vœu n’a pas tardé à être exaucé; car, peu après la publication de cet ouvrage, la Société impériale et centrale d'agriculture de France a décerné une médaille d’or à son auteur. (Note de l’éditeur.)
Il est en effet nécessaire que le publie sache à quoi s’en tenir au sujet d'un système qui, s'il est mauvais, aura pour résultat inévitable la destruction absolue des bois où il aura été mis en usage ; et dont l'application générale, s'il est reconnu bon, sera probablement un des plus grands bienfaits agricoles rendus depuis longtemps au pays.
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