‹ L'élagage des arbres;Chapitre 5 sur 41 · CONSIDÉRATIONS SUR LA NÉCESSITÉ D'UN BON . ÉLAGAGE · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS SUR LA NÉCESSITÉ D'UN BON . ÉLAGAGE

Coup-d’œil sur l'entretien des bois en Franee. — [a France ne produit pas la quantité de bois de construction et d'industrie nécessaire à sa consommation , chaque année le déficit augmente et porte spécialement sur les pièces les plus précieuses : la marine s’y trouve particulièrement intéressée; on nignore pas, en eflet, que nos forêts fournissent à peine le quart des quantités requises par les seuls chantiers de l'État.

Grâce aux facilités des communications, nous pouvons actuellement tirer de l’étranger ce qui nous anque ; mais si lon considère que ces forèts loin-

taines s’épuisent”, que nous payons un tribut annuel de plus de cent millions pour ce qui est un des principaux produits de notre sol, que les besoins augmentent chaque jour*?, et que d’ailleurs ces res sources peuvent nous manquer en temps de guerre : on a lieu de trouver notre situation déplorable pour le présent, effrayante pour laver, et de se demander s’il n’y a pas un moyen d’y remédier.

Les causes de ce mal sont nombreuses : il ne nous appartient pas de les approfondir 1c1, mais il est impossible de ne pas voir en première ligne le morcellément indéfini de la propriété, conséquence inévitable de nos lois actuelles. Des forêts appartenant aujourd’hui à des particuliers, combieren restera-til dans vingt ans? combien dans cent ans? Quand il s’agit du chêne, on a sans imdiscrétion le droit de poser une pareille question; car un siècle est à peine la moitié du temps nécessaire à son développement. :

Le remède que je propose ici n’est pas la révision du Code civil: vivons avec les inconvénients et les avantages de notre temps ; tâchons au moins de pro-

1 Celles du moins que leur situation littorale met à notre portée. :

? La seule industrie des chemins de fer a des exigences énormes et incessantes. La pénurie est déjà grande, et 4 e e LES pourtant notre réseau est bien loin d'être complet.

NÉCESSITÉ D'UN BON ÉLAGAGE. g:

fiter de ces derniers, tout en regrettant, au point de vue de lPintérèt public, la destruction, l’anéantissement prochain et fatal de toutes ou presque toutes les forêts des particuliers. -

Toutefois l’État possède encore de nombreuses et belles forêts, assises sur de bons sols et entretenues par une administration non moins savante que dévouée aux intérêts du pays. Cependant leur production en bois de haute valeur est-elle bien ce qu’on est en droit d’en attendre ? La réponse est malheureusement trop aisée.

Hnerét, 1 est difficile, en parcourant les forêts de VÉtat ou les bois des particuliers, de ne pas être , le plus souvent, frappe du triste spectacle que présentent un grand nombre d'arbres, dont les troncs couverts de plaies béantes, de protubérances, de tronçons de branches mortes, accusent une désastreuse incurie ou des pratiques plus désastreuses encore. |

Il est évident, même pour la personne la plus étrangère à la culture des bois, que ces arbres sont pourris à l’intérieur et par conséquent impropres à la plupart des usages industriels.

Si l’on pense à la quantité prodigieuse de sujets sur lesquels ces tristesobservations peuvent s'étendre, on est effrayé de la perte immense qui en résulte chaque année pour l'État et les propriétaires.

Le spectacle offert par les arbres qui bordent nos orandes routes est fout aussi affligeant.

À quoi donc attribuer ce fâcheux état de choses? En d’autres temps, on aurait accusé l’ignorance, la routine; mais est-ce possible aujourd'hui, surtout en présence des hautes directions sous lesquelles forêts et grandes routes se trouvent placées ?

Cependant le mal continue d'exister; si je le sionale une fois de plus, c’est que je propose un re mède efficace.

Je l’ai dit, 1l s’agit de l’élagage.

À coup sûr l’idée n’est pas neuve, aucune question n’est même plus rebattue. — Il y a peu d'années encore, en Belgique , pays qu’on nous propose toujours et non sans raison comme modèle, au point de vue forestier du moins, les deux Chambres ont retenti de longues discussions sur cette matière, sans qu'on püt arriver à une conclusion définitive.

Chez nous, les auteurs ne sont pas plus d'accord : les uns admettent l’élagage en différant toutefois sur le mode d'application, tandis que les autres le repoussent complétement. |

Certains théoriciens vous diront pompeusement qu'il existe une corrélation absolue entre les racines et les branches; que la suppression d’une branche

1 Voir l'ouvrage de M. Moreau. Bruxelles 1851.

tue nécessairement la racine correspondante. Mais que dire alors des opérations du rabattage des jeunes plantations, du recépage des taillis, de Pécimage des têtards, qui suppriment foutes les branches?

Voici une objection plus sérieuse : elle m'a été faite souvent par des marchands de bois, c’est-à-dire par les hommes les plus intéressés à la question et pour cette eause les plus compétents : «Tout arbre élagué a perdu par suite de cette opération 25, 30 ou même 90 pour 109 de sa valeur.» Du‘quart à la. moitié! en d’autres termes, les arbres élagués sont ordinairement atteints de la carie. Je ne le sais que irop, mais cela ne prouve qu'une chose, c’est que ces arbres ont été mal élagués, et rien de plus.

On insiste, on ajoute que les marchands de bois ne consentiront Jamais à prendre, sans une notable dépréciation, des arbres portant ces cicatrices qu'ils connaissent si bien sous le nom de rosettes ou iniroirs et qu'ils redoutent, à si juste titre, comme étant Pindice révélateur de défauts intérieurs. Cette prévention est malheureusement très-fondée dans l’état actuel ; on prétend qu'il sera impossible de la combattre victorieusement.

À cela on peut répondre, ce me semble, que le mot de progrès, qui se trouve aujourd’hui dans toutes les bouches, trouverait ici une de ses applications les plus justes, et que les marchands

seront probablement les premiers à reconnaitre et

à proclamer avant peu l’immense supériorité des

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