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Fig. 1. — Forêt de Villers -Cotteretss — Portion du tronc d’un hêtre attaqué de la carie par suite d'un élagage vicieux ayant @roduit des trous plus ou moins profonds, dont plusieurs sont remplis d’eau.
La -
bois traités par nos pro-
cédés.
Quant à leur répulsion actuelle, on la conçoit aisément en jetant les veux sur la figure À, représentant une partie du tronc d’un très-beau hétre, victime de déplorables mutilations qui semblent donner raison aux adversaires de l’élagage.
Nous leur répondrons toutefois que, bien que moins désastreux, leur système présente encore d'immenses inconvénients. Si un arbre est entièrement abandonné à lui-même , il arrive généralementde deux choses l’une : ou il ne grandit pas et prend la forme
communément appelée de pominier, les branches basses deviennent énormes, s'étendent démesuré-
NÉCESSITÉ D'UN BON ÉLAGAGE. F1 ment, étouffent le taillis et absorbent la séve au détriment de la cime; encore est-on heureux quand une partie de ces longues branches ne sont pas brisées par les vents, les neiges ou le givre, pour ne plus laisser que de hideux tronçons (fig. 2). De
Fig. 2, — Chêne abandonné à iui-même croissant dans un bon sol sur un taillis aménagé à quatorze ans. — À, Branches mortes. —B, Branches brisées par le vent ou le poids de la neige ou du givre.
tels arbres, fort communs dans les bois coupés jeunes, n’ont jamais qu'une minime valeur et se couronnent avant l’âge. Dans l’autre cas, c’est ce qui a lieu pour les plus beaux arbres et dans les meilleurs cantons, la végétation se porte vers la cime, les branches basses meurent et occasionnent invariablement, quand elles sont grosses,
des ulcères qui portent la carie au cœur de l'arbre
et lui Ôôtent toute sa valeur industrielle (fig. 3).
Fig. 3. — Forêt de Fontainebleau. — Portion du tronc d'un chêne ayant perdu toute sa valeur par suite de la décomposition des branches basses, résultant du manque d’élagage.
De grosses branches sont fréquemment brisées par les vents, le oivre ou la chute de leurs voisins ; de là encore des plaies souvent énormes, qui amènent un résultat semblable (fig. 4).
Si l’on ne veut pas d’élagage, le mal .est sans ressource; c'est une véritable queston de chirurgie, et nous pourrions comparer ceux qui refusent d'y porter remède, à un cultivateur ou à un maitre d'usine qui, voyant un de ses ouvriers dont le bras
aurait été broyé par les rouages d’une machine,
préférerat le laisser mourir de la gangrène plu-
tôt que de confier l’amputation à un habile pra-
ticien. Ici ia comparaison est toute à l'avantage de
NÉCESSITÉ D'UN BON ÉLAGAGE. 15 l'arbre, qui n’en est pas à un membre de plus ou de moins.
Tout le secret pour obtenir une guérison complète consiste à couper reztronc. Plusieurs auteurs ont entrevu cette vérité, mais c’est M. de Courval qui l’a affirmée de la facon la plus absolue en l'érigeant en principe, etil a complété sa précieuse découverte en indiquant la substance, le coaltar où goudron des usines à gaz, à laquelle i nous devons le succès d’opé- pig. 4 — Chêne non él:
gué, atteint de la carie par
rations dont la reussite $e- suite de l'éclat d’une mat-
rat impossible sans son se- tresse branche brisée par
; le vent. L COUTS"-
Formation Œu bois, — Nous disons que Îa
coupe doit être faite absolument rez-tronc; en voici la raison : |
On est assez généralement d'accord sur ce point que la séve a un double mouvement, elle monte des racines aux feuilles pour redescendre élaborée, des feuilles aux racines. Ces dernières ne puisent dans” le sol que de l’eau chargée de quelques sels. Cette
Voir p. 94 pour l'emploi du coaltar.
eau, à l’état de séve ascendante, monte aux feuilles dans lesquelles elle subit une transformation : elle s’évapore en partie, absorbe dans l'air différents gaz, notamment l’acide carbonique, dont la base est le charbon, c’est-à-dire le bois: Il est donc vrai de dire que les feuilles puisent dans l'air le principe constitutif du bois! et que la séve descendante le charrie à l’état liquide, pour le déposer par couches successives et concentriques, à peu près comme nous voyons dans les grottes, sous les voûtes et sous les ponts, l’eau déposer les sédiñents calcaires qui forment les stalactites.
S'il en est ainsi, il suffira, pour obtenir la cicatrisation de la plus large plaie, de laraser parfaitement, de manière à mettre toutes les parties de sa circonférence en communication avec les feuilles par le réseau des fibres et des vaisseaux destinés à charrier la séve descendante. Cette théorie repose sur les données les plus élémentaires de la physiologie végétale, mais je crois pouvoir dire qu’elle n’a guère été appliquée jusqu’à présent à l’art forestier.
Entre mille exemples qu'on rencontre à chaque
1Ces phénomènes de constitution ont lieu particulièrement sous l'influence de la lumière et des rayons solaires. On verra plus loin, p.73, que la forme que nous donnons aux arbres est précisément celle qui sous ce rapport les met dans les meilleures conditions. -
pas, tout le monde n’a-t-1l pas pu remarquer que le
bourrelet, occasionné par la pression du chèvre-
feuille sauvage sur les arbustes qu'il entoure, se
forme toujours à la partie supérieure”? (fig. 9).
En agissant ainsi que nous l’indi-- .
quons, on ne farde pas à voir un l bourrelet de nouveau bois se former d’abord sur les parties supérieures et latérales, puis constituer un anneau régulier autour de la plaie qui arrive, | dans la majeure partie des cas, à se À cicatriser, quelles que soient ses di- :
mensions, sans quil se manifeste Îa moindre carie. Se : 3 ; Fig. 5. — Forma- Naturellement, le temps nécessaire ton du bois par la séve des-
à cette guérison complète est propor- 2" = cendante.
üonné aux dimensions de la blessure
et à la vigueur de l'individu sur lequel on la pratiquée ; mais avec lapplication du coaltar on peut le plus souvent compter sur un bon résultat. -
Ce principe une fois établi, qu’on peut, sans inconvénient et sans altérer le corps de l'arbre, y faire des plaies même considérables , à la condition toutefois de prévenir la décomposition par les moyens indiqués , il est facile de démontrer qu'il est avantageux de supprimer des branches nuisibles, eussent-elles un certain diamètre. Sans doute, il est préférable
16 L'ÉLAGAGE DES ABBBRES.
d'éviter les grandes plaies en prenant les arbres dès leur jeunesse. Cest ce que font les pépiniéristes et ce qu’on voit pratiquer sur les promenades de Paris. Tous les forestiers sont du même avis sur l'utilité de la conduite des jeunes arbres; mais nous soutenons avec M. de Courval, qui l’a surabondamment démontré par les nombreux et remarquables exemples qu'il a mis sous les yeux du publie à PExposition agricole de Paris en 1861, comme à l'Exposition universelle de Londres en 1862", nous soutenons qu’il est toujours avantageux, qu'il est souvent mdispensable d’élaguer les arbres même les plus âgés, à condition toutefois d’agir avec une grande circonspection ; et que non-seulement le massif boisé où 1lseroissenten profite par l’action de la lumière qui lui est rendue, mais que le tronc de tout sujet traité d’après cette méthode acquiertun volume plusconsidérableet d’une plusgrande valeur dans un laps de temps donné, que s’il eût conservé toutes ses branches mal placées. On ne doit d’ailleurs pas oublier que les plus grandes plaies sont toujours le résultat de l’amputation dès branches mortes ou en décomposition (fig. 3). Il s’agit, nous l’avons dit plus haut, d'opérations chirurgicales qu'on nedoit dans aucune circonstance faire à plaisir et sans nécessité.
1M. Des Cars a produit, à l'Exposition universelle de
1867 à Paris, une série d'échantillons qui lui a valu une médaille d'argent (classe 48, n9 75 à Billancourt).
Revenant à la coupe de la branche , Je regrette 1c1 d’avoir à émettre un avis opposé à celui de l’un de nos plus éminents professeurs, M. du Breuil, qui pose comme principe’ «d'opérer l’amputation de façon que le diamètre de la plaie ne soit pas plus grand que celui de la base de la branche. »
Je ie répète, ce mode est désastreux, et toutes les fois qu’une branche d'un certain diamètre sera ainsi coupée’, on sera parfaitement sûr de produire avant peu une cavité dans le corps de l'arbre.
Inconvénients des modes d'élagage géméralement usités. — En effet, s’il estadmis, comme je le crois démontré, que c'est la séve descendante seule qui constitue le bourrelet de jeune écorce et de bois nouveau destinés à recouvrir la plaie, la section étant faite
suivant le plan représenté par la ligne A B (fig. 6), ce bourrelet ne se formera pas à la partie inférieure
Fig. 6.
1Tl est vrai de dire que M. du Breuil s'oppose d’une façon absolue à la suppression de toute grosse branche ainsi qu'à la cautérisation des plaies au moyen du coaltar. L'emploi de cette substance sur les arbres des promenades de Le. quoique récent encore, indique suffisamment qu’elle n’a
pas l’action re que lui attribue M. du Breuil. = 9
B C, qui ne se trouve pas en communication avec les feuilles; la partie À B C sera bientôt dénudée, entrera en décomposition, et le corps de Farbre sera inévitablement attaqué par la carie (fig. 7).
On ën trouve de fréquents exemples, à Paris même.
Pour n’en citer qu'un seul, je mentionnerai des marronniers plantés depuis peu d’axnées aux Champs-Elysées, en face du Palais de lIndustrie. Chaque branche coupée a produit un trou ; sous l’em-
pire de ce traitement, ces.
Fig. 7. — Chêne attaqué de 1 x : è ‘ arbres ne tarderont pas à
carie par suite de la suppression d’une branche moyenne être percés de part en part. coupée de façon que le dia- ; ER mètre de la plaie ne soit En presence de ces dégâts , pas-phis grand que celui de “6m Cconclat Cojout- qui ne la base de la branche.
faut pas couper de branches d’un certain diamètre, mais on se trompe : il faut simplement les couper rez-tronc et recouvrir la plaie de coaltar. : | Sans doute, malgré ces mauvaises pratiques, lorsque les branches sont d’une faible dimension, la plaie se recouvre, il en résulte cependant un inconvénient grave : on voit se former une protubérance qui donne le plus souvent naissance à une foule de
rejets (A, fig. 8). Tout le monde sait que ce sont
là de mauvaises conditions pour un arbre; elles sont radicalement évitées par la coupe rez-tronc Bis. 0).
Si l’expérience, d'accord avec le raisonnement, nous à enséigné qu'il ne faut pas laisser le moindre
Fig. 8 — Coupe longitudinale du tronc d’un chêne, 20 ans après l’élagage. — À, branche moyenne mal coupée, — B, maîtresse branche bien coupée.
talon lorsqu'on coupe une branche, à plus forte raison est-il déplorable de conserver des chicots de 20 à 50 centimètres, comme on l’a malheureusement enseigné depuis un certain nombre d’années et pratiqué dans les forêts les plus soignées (fig. 9).
Le chicot, privé de communication avec les feuilles, meurt, se dessèche; lécorce ne tarde pas
à tomber, et le tronçon reste connne une cheville implantée dans le corps de l'arbre (fig. 10).