I. ELECTION DU LÉO POLI) I er
rer aux bases de séparation arrêtées par la Conférence de Londres. Sous le patronage du prince, on essaya d'arriver à une transaction. Des négociations directes furent ouvertes avec la Conférence et aboutirent au traité des dixhuit articles.
Le 26 juin, au soir, le prince Léopold reçut, à Marlborough-House, la députation du Congrès, chargée de lui remettre le décret qui le nommait roi des Belges, et il accepta conditionnellement la couronne qui lui était offerte.
« Je suis, dit-il, profondément sensible au vœu dont le Congrès belge vous a constitués les interprêtes.
« Cette marque de confiance est d'autant plus flatteuse qu'elle n'avait pas été recherchée par moi.
« Les destinées humaines n'offrent pas de tâche plus noble et plus utile que celle d'être appelé à maintenir l'indépendance d'une nation et à consolider ses libertés.
« Une mission d'aussi haute importance peut seule me décider à sortir d'une position indépendante, et à me séparer d'un pays auquel j'ai été attaché par les liens et les souvenirs les plus sacrés, et qui m'a donné tant de témoignages de sympathie.
« J'accepte donc l'offre que vous me faites, bien entendu que ce sera au Congrès des représentants de la nation à adopter les mesures qui seules peuvent constituer le nouvel État, et par là lui assurer la reconnaissance des États européens.
" Ce n'est qu'ainsi que le Congrès me donnera la facilité de me dévouer tout entier à la Belgique, et de consacrer à son bien-être et à sa prospérité les relations quej'ai formées dans les pays dont l'amitié lui est essentielle, et de lui assurer, autant qu'il dépendra de mon concours, une existence indépendante et heureuse.»
Le Congrès ayant, le 9 juillet, adopté le traité dit des dix-huit articles, la résolution du prince Léopold devint irrévocable. 11 accepta définitivement la couronne de Belgique et fixa le jour de son départ pour Bruxelles.
On aurait pu croire que le plus dangereux adversaire de la Belgique était alors le roi de Hollande. Non, c'était l'ambassadeur du roi des Français à Londres, c'était le vieux Talleyrand, qui, par ses arrière-pensées, trahissait véritablement la confiance de son souverain et celle de Casimir Périer. M. Devaux écrivait à Bruxelles : «Je crois Talleyrand de mauvaise foi dansl'appui qu'il a prêté en apparence à la combinaison.
M. Talleyrand trouve cette solution trop solide et trop durable pour ne pas tâcher d'empêcher qu'elle se réalise. Il veut se ménager dans le lointain la réunion complète ou le partage et, en attendant, ne pas nous laisser prendre d'assiette solide. Je me figure chez Talleyrand deux hommes, l'homme du ministère Périer et l'homme qui s'élève au-dessus de ce ministère et des difficultés du moment qui l'absorbent. » Les papiers de lord Palmerston, publiés naguère, ont pleinement confirmé et justifié les soupçons de M. Devaux. Le Méphislophélès de la Conférence avait dit un jour, avec le flegme et la malice qui le caractérisaient : Les Belges peuvent choisir pour roi celui qu'ils voudront, pourvu qu'ils n'en prennent aucun.