CHAPITRE V
Applications thérapeutiques
« La physiologie rend des services, la clinique rend des arrêts » a-t-on dit. En effet, le jugement sans appel de la valeur des ressources thérapeutiques appartient à la clinique.
Nous allons donner dans ce chapitre les résultats généraux des observations publiées jusqu'à ce jour, et nous nous permettons d'ajouter quelques observations personnelles.
A. — Pneumonie et broncho-pneumonie
Les affections dans lesquelles on a le plus employé la médication par l’électrargol sont les pneumonies et les broncho-pneumonies.
Nous avons vu que Chirié et Monnier-Vinard ont étudié l’action in vitro et in vivo de l’argent colloïdal électrique sur le pneumocoque. Chirié a publié le cas d’une malade tuberculeuse à la dernière période, atteinte de broncho-pneumonie diffuse et de scepticémie à pneumo-bacilles de Friedlander et qui guérit de sa broncho-pneumonie par des injections intra-veineuses d'argent colloïdal électrique.
M. Cawadias, dans le service de M. Léon Bernard a publié une série d'observations de pneumoniques qui ont reçu des injections intra-veineuses et sous-cutanées d'électrargol ei qui ont guéri sous l'influence manifeste de celte médication.
Dans la «Revue Médicale de l'Est », M. le professeur Elienne, de Nancy, fait une étude intéressante sur l’action de l’électrargol dans les pneumonies et broncho-pneumonies séniles, Il a remarqué l’action constante de lélectrargol sur
sp p0re
la marche de la température qui a toujours été abaissée.
M. Ed. Hirtz a publié récemment, dans une communication de la Société de Thérapeutique, le résultat de ses recherches dans la broncho-pneumonie. Les observations, au nombre de 4, paraissent absolument concluantes. Cet auteur fait les remarques suivantes: « Nos malades furent: une femme surmenée, une femme enceinte, un homme alcoolique, ils guérirent tous malgré la gravité de leur état général. Les effets de l’électrargol furent toujours très rapides. L'amélioration de l’état général, la défervescence ne se sont jamais fait attendre plus de 24 heures après l’in-
jection. Ce médicament fut le seul mis en œuvre dans tous.
nos Cas. »
M. Bouvat a également montré dans le « Bulletin de la Société médico-chirurgicale de la Drôme », les heureux effets de la médication par l’électrargol dans la pneumonie.
OBSERVATION I (personnelle)
Pneumonie lobaire aiguë. — Guérison.
Irène D..., âgée de trente-cinq ans, entrée à l'hôpital Saint-Jacques, le 16 juillet 1908, salle de la Maternité, lit n° 1.
Dans ses antécédents personnels on note qu'elle a eu un accouchement normal il y a six ans. Etant enceinte de quatre mois, le 12 juillet la malade a une métrorragie et expulse un fœtus, mais pas le placenta.
Continuant à perdre du sang jusqu'au 15 juillet, elle fait appeler à ce moment un médecin qui l'envoie à l'hôpital Saint-Jacques où elle entre dans la soirée du 16 juillet.
Le toucher vaginal nous permet de constater que le col utérin est entr'ouvert et que le placenta est engagé à travers son orifice.
Nous pratiquons sur-le-champ l'extraction du placenta qui est suivie d'un curetage ; le pouls est à ce moment à 100, la température à 37°2.
La malade est prise dans la nuit d'un grand frisson avec vomissements.
47 juillet. — La température est le matin à 38, et le pouls à 100. Cette malade se plaint d’un violent point de côté à droite ; elle a une toux quinteuse et nous montre son mouchoir rempli de crachats teintés de sang.
A la base ‘du poumon droit nous constatons une submatité et une abolition complète du murmure vésiculaire, le soir la température est à 39°, le pouls à 104.
18 juillet. — Le matin la température est à 3305, le pouls à 112.
A l’auscultation de la base du poumon droit nous conslalons une
bouffée de râles crépitants à la fin de l'inspiration et un souffle tu-
baire : nous pratiquons alors dans le flanc une injection sous-cutanée de 20 centimètres cubes d’électrargol.
Le soir la température est à 40, le pouls à 120.
49 juillet. — La température est tombée : 37°, le pouls est à 108. À l’auscultation nous constatons les mêmes signes stéthoscopiques ; le pouls est régulier, bien frappé.
Le soir la température est à 3704, le pouls à 112.
20 juillet. — Au niveau du foyer pneumonique quelques râles fins, pas de souflle ; pas de crachats rouillés, une toux légère. |
Le soir la température est à 38°2, le pouls à 120.
21 juillet. — Le matin la température est montée à 39°, le pouls est à 120. Nous pratiquons alors une seconde injection sous-cutanée de 20 centimètres cubes d’électrargol.
Le soir, température 3808, pouls 116.
22 juillet. — La température est descendue à 36°9, on compte 1C0 pulsations. Pas de douleurs. La malade éprouve une sorte d’euphorie. A l’auscultation gros râles sous-crépitants.
25 juillet. — Les râles ont disparu, la température est à 37°, le pouls est normal.
La malade est sortie quelques jours après entièrement guérie.
Conclusion. — L'électrargol a été la seule médication employée: les injections ont eu une influence très nette sur la température et sur l’état général, La température est remontée après cessation du traitement.
OBSERVATION II (personnelle)
Bronchite capillaire. — Guérison.
Marie-Louise M..., âgée de dix-neuf mois, entrée à l'hôpital Saint- Jacques le 16 juillet 4908, salle d'isolement.
Dans ses antécédents personnels rien à signaler.
La température est à ce moment à 40 ; notre petite malade a une toux quinteuse, fréquente, les yeux sont larmoyants.
La face et le cou sont occupés par un exanthème caractérisé par de petites saillies rouges et veloutées.
À l’auscultation on entend des râles sibilants aigus et sous-crépitants fins, disséminés dans les deux poumons en avant et en arrière.
Nous faisons prendre à notre petite malade du sirop diacode pour calmer sa toux.
= Le lendemain 17 juillet la température est très élevée, le matin à 39, le soir à 40°. L’éruption de la rougeole est généralisée à tout le corps, nous constatons les mêmes signes à l’auscultation.
18 juillet. — La température a un peu baissé, elle est à 38°2 le matin, 39° le soir.
19 juillet. — L’éruption commence à disparaître à la face, la température est à 38° le matin, le soir à 3805.
20 juillet. — L'éruption a disparu, mais la température est remontée à 39°5 le matin, le soir à 40°.
L’auscultation permet de constater dans les deux poumons un véritable bruit de tempête en avant et en arrière. Notre petite malade a quelques petites quintes de toux. °
La dyspnée est intense, le visage est pâle et couvert d’une sueur froide.
Nous injectons alors 5 centimètres cubes d’électrargol dans les muscles de la fesse.
21 juillet. — La fièvre est tombée à 38° le matin, le soir à 3805. Il paraît y avoir une légère amélioration de l’état général. Nouvelle injection de 5 centimètres cubes d’électrargol.
22 juillet. — Le thermomètre ne marque plus que 37°8 le matin, 38° le soir ;les râles sont moins nombreux ; la dyspnée est moins intense. Injection de 5 centimètres cubes d’électrargol.
23 juillet. — La température est à 37° le matin, le soir à 37°6, les ràles n’existent plus que dans le poumon droit en arrière. Injection de 5 centimètres cubes d’éleetrargol.
24 juillet. — Température 37, la dyspnée est beaucoup moins in:
tense, le visage moins pâle.