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TRANSMETTEURS D’ORDRES SYSTÈME VIALET-CHABRAND

La question des transmetteurs d'ordres à bord des navires est de la plus haute importance; elle devient capitale lorsqu’il s’agit des bâtiments de combat. On conçoit facilement la nécessité absolue de communications constantes et rapides entre la passerelle, le blockhaus et la salle des machines, par exemple, de telle sorte que le commandant ou l'officier de quart puisse être toujours en rapport avec les mécaniciens en dépit de l’éloignement, du cloisonnement et de tous les obstacles qui les séparent. Les tubes acoustiques ne peuvent suffire et, avec les navires modernes, à grande vitesse et à structure compliquée, l'énergie électrique seule a pu réussir à servir d’intermédiaire fidèle et instantanée entre le chef responsable et les divers services du bord.

Si, sur les paquebots, dont la destinée ordinaire se contente de la simple navigation, le problème est parfaitement résolu, on peut craindre bien des difficultés de réalisation pratique pour les navires de guerre. En effet, comment se comporteront tous ces appareils électriques pendant le combat? Comment la plupart de ces lampes, de ces électros, de ces manipulateurs et indicateurs délicats pourront-ils résister aux vibrations répétées, aux chocs, aux ébranlements communiqués à toute la membrure du bâtiment par le tir incessant de ces énormes pièces

APPLICATIONS A LA MAISINT.

dont le tonnerre rend sourds les servants des tourelles, qui renversent les hommes par leur simple souftle et sous l’inlluence desquelles tléchissent, après plusieurs coups, les barrots des entreponts ?

Malgré ces craintes, en dépit des discussions soulevées et de la répugnance qu éprouvent la plupart des officiers à voir se multiplier à bord les appareils électriques, les transmetteurs d’ordres actionnés électriquement s’imposent pour ainsi dire, devrait-on, en cas d’avaries pendant l'action, en revenir aux moyens rudimentaires et recourir, comme dans la guerre sinojaponaise, aux simples voyants, munis de chiffres, que l’on place dans les endroits les plus apparents.

Fia. 5. — Connexions du transmetteur d’ordres Vialet-Chabrand.

En conséquence, puisque l’on doit admettre, en principe, les transmetteurs électriques, encore faut-il qu’ils soient simples et robustes, que leur manipulation s’opère facilement et que les avaries soient en général rapidement réparables. Il faut, en outre, que, dans leur fonctionnement, il n’y ait place pour aucune erreur et qu’une interruption brusque et inattendue du courant ne vienne pas provoquer de fausses manœuvres; l’absence d’ordres serait préférable à des ordres mal compris et mal exécutés.

La plupart des nombreux transmetteurs d’ordres électriques, adoptés par les différentes marines de guerre ou de commerce, peuvent être groupés en trois classes, suivant les principes sur lesquels repose leur fonctionnement. Dans les uns, une aiguille de contact glisse sur les divisions d’une résistance en produisant des changements proportionnels dans la différence de potentiel des indicateurs et provoque le déplacement d’index selon les ordres transmis. Ces appareils, dus à l'ingéniosité du savant lieutenant Fiske, ont été montés sur Ylndiana et sur une grande partie des bâtiments de la marine américaine.

D’autres sont basés sur les actions d’un champ magnétique tournant et MM. Siemens et

L’ËLECTRICITÉ A L'EXPOSITION

Halske en ont doté la marine allemande. Enfin, une troisième catégorie adoptée, en France, à bord de plusieurs navires de l’Etat et du commerce, se compose de transmetteurs formés de simples commutateurs à plusieurs directions avec des lampes témoins montées en série et des sonneries avertisseuses. Dans cette classe rentrent les appareils de M. Vialet-Chabrand, constructeur à la Ciotat, exposés dans la classe 33, au Palais de la Navigation. Ils comprennent trois ensembles principaux, à savoir : transmetteur d’ordres pour la machine ; contrôle du sens de marche ; transmetteur d’ordres pour la barre du gouvernail.

Si nous examinons d’abord la figure 5, nous verrons la disposition des connexions reliant un transmetteur à un récepteur ainsi que la disposition des leviers de manœuvre.

Ces leviers se composent, pour le transmetteur, d’une manette F, à l’aide de laquelle on peut faire passer l’une des extrémités de la lame flexible de contact U' sur les plots ô, b', b ", tandis

Fui, o. — Connexions du récepteur du transmetteur d’ordres Vialet-Chabrand avec la machine.

que l’autre d frotte sur le cercle métallique a. Dans le récepteur, la poignée K peut venir soulever les lames g, g', g" et faire cesser ainsi leur contact avec le cercle métallique j. A l’aide d un commutateur C, on s'alimentera soit avec le circuit d’éclairage du bord, soit a 1 aide d une batterie de piles primaires '(12 éléments Leclanché) ou d’accumulateurs. Le fonctionnement de cet ensemble s’explique de lui-même. Dès que le levier du transmetteur est placé sur un ordre, b par exemple, le circuit est fermé sur les lampes x' et y' qui s’allument et sur les sonneries S, S qui tintent; le mécanicien averti lit l’ordre inscrit près de la lampe allumée de son récepteur, place son levier sur la division correspondante et, ce faisant, interrompt le circuit. L extinction des lampes, l’arrêt de la sonnerie indiquent que l’ordre est reçu et compris.

Pour être sur qu’il est exécuté, M. Vialet-Chabrand rend le récepteur solidaire des organes de mise en train de la machine {fig. 6). Si nous supposons les trois commandements rudimentaires: arrière , stop, avant , nous voyons que l’allumage de la lampe correspondante au commandement reçu ne peut s’effectuer qu’après la mise en train de la machine. Pour cela, le distributeur K tourne, par l’intermédiaire de la bielle B, à droite ou à gauche, selon le mouvement de l’une des pièces qui manœuvrent la mise en train de la machine, et ferme le circuit sur la lampe correspondante du récepteur. Dans ce cas, on peut être sur, au transmetteur, que 1 ordie est non seulement compris, mais encore exécuté et que la machine tourne dans le sens voulu. Il s’ensuit également que le mécanicien de service au récepteur peut contrôler sur cet appared que son personnel a immédiatement obéi à l’ordre reçu. Ce distributeur peut encore être remplacé par trois contacts qu’établirait successivement le coulisseau du servomoteur de la mise en train.

APPLICATIONS A LA MARINE

Nous avons d’abord simplement supposé trois commandements; la figure 7 nous montre un ensemble d’appareils comportant tous les ordres nécessaires pour faire varier les tours unité par unité à partir de 20 tours. Dans ce cas, il y a deux cadrans et deux leviers. Le cadran supérieur comporte les indications générales : stop , avant , arrière , augmente ou diminue tours. Sur le cadran inférieur sont inscrites deux rangées de chiffres se complétant l’une par l’autre. Supposons que, la machine étant stoppée, on veuille commander : avant , 50 tours ; le levier supérieur sera placé sur l'indication avant et le levier inférieur sur le chiffre 50. Si l’on veut augmenter ou diminuer la vitesse de 5 tours, par exemple, il subira de porter le levier supérieur sur l’une des indications : augmente ou diminue tours , et ensuite le levier inférieur sur le chiffre 5. Le mécanicien ne pourra se tromper et relèvera le chiffre de la rangée intérieure, puisque le commandement a été précédé d’un avertissement préliminaire. Dans tous les cas, les sonneries tintent et les lampes brillent jusqu’à ce que la manette du récepteur soit placée sur le commandement ou le chiffre correspondant; les interprétations ne peuvent être faussées.

Dans le cas de manœuvre avec le compteur Valessie, généralement adopté en France, M. Vialet-Chabhand a remplacé les indications : augmeyite ou diminue (ours, par celles de : gagne ou perd secondes. Ce sont là de simples modifications d’inscription sur les cadrans.

Sur le support des appareils se trouvent disposés : 1° un commutateur permettant de s’alimenter soit sur le circuit d’éclairage, soit sur la batterie d'accumulateurs ou de piles; dans le premier cas, une lampe témoin permet de constater le fonctionnement des dynamos ou leur interruption ; 2° un bouton à l’aide duquel le commandant fait fonctionner les sonneries des deux postes pour transmettre des ordres complémentaires en cas d’urgence et après convention; un autre contact peut allumer deux lampes disposées radialement à 45° de part et d’autre de la verticale et qui servent à reconnaître, la nuit, la position du levier de manœuvre, c’est-àdire le dernier ordre transmis.

Dans le but de pouvoir renseigner le commandant chaque fois qu’il le juge nécessaire sur la marche des machines, M. Vialet-Chabbamj a construit, comme adjonction à ses transmetteurs d’ordres, un appareil de vérification qui comporte principalement deux indicateurs disposés sur la passerelle et dont les aiguilles peuvent, à un moment donné, dans une manœuvre par exemple, montrer le nombre de tours de la machine. Ces indicateurs ne fonctionnent donc que temporairement et sont alimentés par l’intermédiaire d’une petite dynamo auxiliaire et d’un commutateur à enclenchement électromagnétique. Cette dynamo est solidaire, par intermédiaire d’engrenages, de l’arbre même de

la machine motrice; elle tourne donc synchroniquement dans un sens ou dans l’autre et envoie dans les bobines des inducteurs un courant qui provoque un déplacement proportionnel des aiguilles; en même temps, l’une des deux lampes s’allume et, suivant sa couleur rouge ou

Fig. 7.

Transmetteur d’ordres Yialet-Chabrand.

Circuit d'éclairage

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bleue, elle accuse la marche en avant ou en arrière. Afin d'obtenir des indications toujours précises, quatre boîtes de correction, comprenant chacune huit petites résistances, permettent, par leur groupement, de faire varier l’une des deux aiguilles indicatrices d'un nombre quelconque de divisions. M. Vjalet-Chahhand n’a pas exposé cet appareil de contrôle de la machine; seul le système d’avertissement de sens de marche analogue à celui précédemment décrit figurait à son exposition. Pour connaître dans ce cas le dernier nombre de tours, l’oflicier de la passerelle doit faire parcourir les divisions du cadran à la poignée du transmetteur jusqu’à ce que la sonnerie cesse et que l'éclairage disparaisse. C’est, en somme, la manœuvre inverse : le transmetteur et le récepteur changent de rôle.

La transmission à distance des ordres de barre est évidemment indispensable, même dans le cas où la commande de cette barre s’effectue électriquement; il faut en effet pouvoir, à un moment quelconque, en cas d'avarie à la commande, transmettre la route d’un point quelconque du bâtiment jusqu’aux hommes de barre. Comme on le voit par la figure S, les détails de connexion sont les mêmes que pour les transmetteurs précédents. Un commutateur C, à trois directions, permet d’emprunter le courant nécessaire à la dynamo du bord, par l’intermédiaire d’unej'résistance R réglable, ou à une batterie de piles. Une lampe témoin L indique par son allumage que le courant de circuit d’éclairage parvient aux appareils de transmission. Le commutateur, la résistance et la lampe sont enfermés dans le socle du transmetteur, qui comporte un certain nombre de plots de contact avec des lampes en dérivation; le récepteur est identique. Les sonneries S, S' sont montées à l’extérieur du socle. Le modèle exposé par l’inventeur est celui qui est installé à bord du croiseur de guerre Châteaurenault ; il comprend huit

APPLICATIONS A LA MAKI NE

ordres différents donnant les déviations prévues de o en 5 à droite ou à gauche d’un zéro disposé dans l’axe vertical. Deux indications supplémentaires inscrites sur les contacts inférieurs montrent que l'on peut relier le transmetteur avec l’appareil de la commande électrique de la barre ou avec celui du poste central. Bien entendu, deux circuits absolument indépendants relient ces transmetteurs aux deux récepteurs montés sur l'arrière, l’un contre l’autre, à proximité de la barre.

Si le filament d’une des lampes indicatrices vient à se briser, il est encore possible de continuer la transmission des ordres, car les sonneries S, S' se font toujours entendre aux deux postes tant que les leviers de manœuvre sont vis-à-vis de commandements dillérents et ne s’arrêtent que s’ils sont en regard du même ordre.

La figure 9 représente des postes analogues ; leur seule différence consiste en ce qu'ils peuvent transmettre les ordres à la barre, degré par degré. Pour cela, les inscriptions à droite et à gauche, ainsi que les dizaines, sont réparties sur deux tableaux différents, tandis que le troisième cadran ne comporte que les unités. Par la position combinée et successive des leviers de manœuvre, on peut donc transmettre un nombre quelconque de 0 à 39. Sur la figure, on a commandé 27° à droite.

Comme nous le disions plus haut, les transmetteurs Vialet-Chabraxd sont montés à bord de plusieurs navires de guerre, comme le Brennus , cuirassé d’escadre, le croiseur Chdteaurenault et sur la plupart des paquebots de la Compagnie des Messageries maritimes, tels que V A ustralien, le Polynésien , le Laos , T Indus, le Tank in , etc. Les résultats obtenus ont été excellents.

Le fonctionnement de ces appareils est évidemment fort simple; la construction en est robuste, immense avantage pour un service à la mer; mais ils nécessitent un très grand nombre de conducteurs. Or il est toujours dangereux, à bord d'un bâtiment de combat, de les multiplier, de resserrer continuellement le réseau à mailles déjà si étroites des circuits et d’augmenter ainsi le travail et la responsabilité énorme qui incombent à la petite escouade d’élite chargée de la surveillance et de la réparation du matériel électrique.

En outre, nous aimerions à voir les appareils de M. Vialet- Chabrand pourvus d’une aiguille de répétition venant parcourir, sur le transmetteur, le même chemin accompli sur. le récepteur, au fur et à mesure de l’exécution de l’ordre transmis. Evidemment les sonneries tintent et les lampes restent allumées jusqu à la concordance des ordres transmis ; mais si, par une coïncidence fâcheuse, rare, mais encore possible, le circuit des piles vient à se rompre, pour une cause quelconque, pendant la manœuvre du récepteur, les indications cessent au transmetteur et il sera bien difficile de s apercevoir que celte interruption provient du courant et non de la concordance des leviers de manœuvre. Il semblerait alors préférable de ne faire tinter la sonnerie, au contraire, qu au moment de cette concordance; l’avertissement paraîtrait plus sûr, et il serait facile de le iaire cesser, après constatation, au transmetteur. 11 faut croire cependant que cette objection n est pas primordiale, puisque les appareils Vialet-Chabraxd sont en service depuis longtemps déjà et qu’ils n’ont donné lieu à aucun mécompte grave.

Fig. 9. — Poste du transmetteur d’ordres de barre Yialet-Chabrand.

l/ÉLECTRICITÉ A L’EXPOSITION

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