‹ L'Électricité à l'Exposition de 1900Chapitre 98 sur 123 · COMPAS AVERTISSEUR ET ENREGISTREUR DE ROUTE, SYSTË E HEIT · texte numérisé non relu

COMPAS AVERTISSEUR ET ENREGISTREUR DE ROUTE, SYSTË E HEIT

Lorsque sur un bâtiment la route est donnée, il est indispensable pour l'officier de quart, pour le commandant, d'être renseignés à chaque instant sur la rigoureuse observance des ordres; les embardées, les déviations involontaires que les hommes de barre laissent souvent s’effectuer, en un moment de fatigue survenu naturellement en dépit d’une attention soutenue, doivent être notées et relevées avec soin, de manière à ce que l’on puisse se rendre compte exactement de toutes ces sinuosités, les rectifier et garder une direction immuable, dont la connaissance mathématique est l’une des bases principales de la navigation. C’est pour toutes ces raisons que le compas avertisseur des déviations subies a été un problème dont la solution a tenté bien des chercheurs. Tous, sans exception, pensaient pouvoir utiliser le heurt de l’aiguille contre des contacts fixes pour fermer un circuit électrique sur une sonnerie ou un enregistreur. Mais la rose est un mobile trop délicat pour qu’on puisse même l’effleurer sans troubler ses indications. A bord des navires de guerre surtout, toutes les masses métalliques environnantes, fixes ou mobiles, viennent non seulement modifier et retarder à chaque instant le moment magnétique du compas de route, mais encore l’affaiblir jusqu’à l'inertie ; on ne pouvait donc songer, dans ce cas particulier, à y ajouter encore une influence supplémentaire, étant donné surtout que, pour d’autres raisons également indispensables, le poids de la rose avait été réduit à un minimum vraiment incroyable, soit 12 gr.

En présence de ces difficultés qui semblaient insurmontables, on a laissé le compas libre de tout mouvement pour relever seulement les déviations de la barre du gouvernail qui étaient en réalité la cause première de celles de la rose. Là, plus de crainte d'influencer le moment magnétique du système mobile; aussi, maintenant, les indicateurs d’angles de barre sont-ils nombreux à bord des navires de guerre ; français et étrangers en possèdent d’également ingénieux.

Mais la difficulté première était ainsi tournée et non vaincue ; elle vient de l’être par M. Chahi.es Heit, capitaine au long cours, commandant le Félix- Touache, de la Compagnie de

APPLICATIONS A LA MARINE

Navigation mixte, au moyen de son compas avertisseur et enregistreur, qui figurait dans la classe 33 de l’Exposition universelle, au Palais de la Navigation.

Si nous énumérons tout d’abord les fonctions préconisées par M. Heit, nous voyons que son compas :

- 1° Indique à l’homme de barre la route donnée par le capitaine;

2° Enregistre cette route ainsi que tous les changements qui peuvent par la suite y être apportés accidentellement ou volontairement, sans qu’il soit possible d’éviter l’enregistrement de ces changements ;

3° Avertit par sonneries le capitaine des déviations du navire, des embardées, des changements de route.

Pour obtenir ces résultats, pour que le système magnétique ne puisse être influencé par le courant, de très faible intensité, il est vrai, qui circule à proximité, la rose a tout d’abord été modifiée d’une façon complète, tout en conservant, dans sa construction intime, les principes si avantageux et si nécessaires de la rose Thomson.

Les aiguilles aimantées a [fig. 3j sont au nombre de six; elles sont de différentes grandeurs, croissantes vers le centre et accouplées deux à deux, l’une au-dessus de l’autre, afin d’avoir une intensité magnétique maximum.

Mais les aiguilles sont disposées d’un seul côlé du centre; de l’autre, des aiguilles de laiton b équilibrent le système. Ces tiges de laiton se trouvent disposées symétriquement aux aiguilles aimantées, qui, par leur position, échappent ainsi à toute influence perturbatrice du courant enregistreur, comme nous le verrons plus loin. La rose Heit porte en son centre un pivot d’acier dont la pointe tournée vers le bas repose sur une agate. Cette agate est sertie dans une petite cavité ménagée au centre du support cl de la cuvette et remplie de mercure, afin de donner passage au courant électrique qui arrive parle pivot. Sur la rose [fig. 3), perpendiculairement aux aiguilles aimantées, se trouve fixée une lige de paille l garnie à ses extrémités d’armatures de cuivre reliées par un fil métallique et terminée en s par une spirale de palladium. Cette flèche est solidaire, par l’intermédiaire d’un bras articulé o, d’un petitplateau x, dont la position est maintenue horizontale, en temps ordinaire, par le contrepoids q ; la flèche ne peut donc qu’effectuer des mouvements de va-et-vient dans le plan horizontal st et venir toucher les bords internes de la cuvette ou s’en écarter. Il n’y a donc plus de frottements ni, par suite, d’altérations dans la sensibilité de la rose. Au-dessus du plateau x, un poids P est suspendu par une cordelette et peut, par l’intermédiaire d’un système de poulie e, venir appuyer sur le plateau x sous l’influence d’une soufflerie f.

Quant à la cuvette, elle consiste en un anneau rigide de o cm de hauteur, d’une épaisseur convenable, faite en une matière mauvaise conductrice de l’électricité. Sur sa surface interne, elle porte 27 touches métalliques c ou contacts isolés les uns des autres et présentant la même hauteur, 5 cm, que la cuvetteelle-même. Ces contacts sont de largeurs différentes :

lo correspondent à des déviations de 1 degré

2 — — — 1 quart 1/2

2 — — — 5 quarts

2 — — — 6 quarts

Fig. 3. — Compas avertisseur Heit.

L’ELECTHICITÉ A L'EXPOSITION

Chacun de ces contacts est relié à l’une des bornes d’un enregistreur E et à une sonnerie correspondante ; une pile P est intercalée dans le circuit. Les conducteurs passent dans la base de l’habitacle et aboutissent respectivement à des balais qui viennent frotter sur des bagues enfilées sur un pivot supportant la cuvette.

Cette cuvette peut donc tourner au moyen d’un pignon et d’une couronne dentée; elle est pourvue, en outre, d’une double suspension à la cardan qui repose sur des galets roulant sur un rail. Afin d'arrêter les vibrations trop fortes que les mouvements de la machine motrice du navire pourraient lui communiquer, la suspension à la cardan est elle-même suspendue par des fils métalliques fixés par l'une des extrémités aux couteaux de la suspension et par l’autre à deux boules reposant sur des ressorts en boudin attachés sur une équerre de cuivre. L’équilibre du système est alors parfait.

Enfin, pour provoquer à des intervalles réguliers et suffisamment rapprochés le mouvement en avant de la llèche st qui fermera le circuit entre l’enregistreur, les sonneries et l'un des contacts de la cuvette, un petit électro-aimant non représenté sur la figure reçoit un courant automatiquement distribué par un mouvement d’horlogerie, toutes les trente secondes par exemple; l’électro-aimant attire son armature, qui agit sur le souftlet f, le poids p tombe sur le plateau x , la tige ts va s’appuyer sur la louche e, ferme le circuit et l'enregistreur inscrit le degré qui est exactement, à ce moment, perpendiculaire à la direction NS des aiguilles aimantées de la rose.

Cela posé, voyons la mise en fonctionnement du compas enregistreur. Pour donner la route, le capitaine fait tourner la cuvette à l'aide d’une clé commandant le pignon denté jusqu’à ce que la touche zéro, qui se trouve au milieu des 15 premières touches de contact, soit dans le prolongement, c’est-à-dire en face de la llèche en paille s. Ce mouvement de giration, entraînant le pivot de la cuvette, fait tourner les bagues du collecteur d'un même angle et n'occasionne aucun trouble dans les conducteurs, qui sont toujours fixes et qui ont une position constante par rapport aux aimants de la rose. A partir de ce moment, tous les mouvements, toutes les déviations, tous les changements de route du navire, seront inscrits sur la feuille de l’enregistreur, sans erreur possible, à des intervalles de temps constants. Bien entendu le mouvement de va-et-vient de la llèche s peut être réglé à volonté, toutes les dix, vingt ou trente secondes, comme on le désire. 11 importe aussi de remarquer que cette flèche, par sa position invariablement perpendiculaire au système magnétique de la rose, indique le point ouest; l’enregistrement de la route suivie s’effectuera donc par rapport à ce point fixe de l’horizon, ce qui est indifférent, car il suffit, pour avoir la vraie route, de prendre la mesure de l’angle compris entre la ligne est-ouest et la ligne de foi, c’est-à-dire l’axe du navire.

Afin d'éviter une supercherie de l’homme de barre, c’est-à-dire la rectification des erreurs commises en cours de route, la cuvette ne peut tourner que dans un sens. C’est pourquoi, lorsque le capitaine aura donné une nouvelle route, la mesure de cette seconde direction sera égale à la somme des deux arcs successivement décrits par la cuvette. Si ce total est supérieur à 36ܰ, il faudra naturellement les soustraire au lieu de les additionner.

On voit, par tout ce qui précède, que le compas Heit est merveilleusement combiné dans ses détails et que rien ne peut plus troubler les indications du système magnétique. Il inscrit exactement la route donnée et en garde la trace sur les feuilles de l’enregistreur. Celui-ci, inscrivant également tous les changements et les fluctuations de direction, permet ainsi au capitaine de vérifier les capacités de l’homme de barre et la surveillance exercée par l’officier de quart. En temps de brume, le point d’estimation sera facilement rectifié soit par le calcul, en se basant sur la vitesse, soit graphiquement, en reportant sur la carte la réduction proportionnelle de la courbe de marche. Les manœuvres insolites sont également dénoncées par les sonneries et le capitaine pourra prendre alors immédiatement telle mesure qu’il jugera convenable. En cas d’abordage ou d’avaries, le témoignage écrit de tous les mouvements effectués et de l’heure à laquelle ils auront été faits deviendra précieux pour les tribunaux maritimes qui auront à juger le différend ; on pourra éviter de la sorte bien des expertises douteuses et des procès onéreux.

APPLICATIONS A LA M A 15 1 NE

Page 1