LES DÉPÔTS MINCES ADHÉRENTS
Les dépôts minces adhérents s'effectuent aujourd'hui avec lous les métaux et sur tous les métaux. Nous ne parlerons ici C|ue des plus importants pour l'amateur, c'est-à-dire du dépôt de l''or, de ïargent et du nickel, destinés à donner aux pièces qu'on «u recouvre certaines propriétés particulières d'aspect et d'inaltirabilité.
Ces dépôts qui constituent la dorure, l'argenture et le nickelage ne s'obtiennent bons et durables qu'après une série d'opéralions des plus importantes qui constituent le décapage, et qui ont pour but de préparer la surface métallique de manière à recevoir le dépôt et à assurer une adhérence aussi parfaite que possible entre les deux métaux. On ne saurait trop insister sur la nécessité
de ce décapage ; la plupart des insuccès peuvent être attribués à un mauvais décapage, comme la plupart des insuccès en photographie proviennent d'un mauvais nettoyage de la lame de verre.
Décapage. — Quelle que soit la nature du dépôt à effectuer ultérieurement, dorure, argenture ou nickelage, voici, d'après M. BoseleuTy la série des opérations à effectuer pour obtenir un dépôt adhérent, matou brillant, solide et résistant.
1* Recuisson ou dégraissage. — A pour but d'enlever les corps gras. Chauffer les pièces sur un feu doux de poussier de charbon, de braise de boulanger, ou mieux dans un four jusqu'au rouge sombre. Pour les objets délicats ou soudés, faire bouillir dans une solution alcaline de potasse caustique dissoute dans 10 fois son poids d'eau.
2° Déroche. — Le bain de déroche se compose de 100 parties d'eau ordinaire et de 5 à 20 parties d'acide sulfurique à 66* Baume. On peut y plonger les objets à chaud en général; les laisser dans le bain jusqu'à ce que la surface prenne une teinte rouge ocreux. Les objets dégraissés à la potasse devront être lavés et rincés à grande eau avant de passer à la déroche.
A partir de ce moment, les objets ne doivent plus être touchés avec la main ; il faut faire usage de crochets en cuivre, ou mieux en verre, et pour les menus objets, de passoires en grès ou en porcelaine.
3° Passé à reau-forte vieille. — C'est de l'acide azotique très affaibli par de précédents décapages. On y laisse les objets jusqu'à ce que la couche rouge disparaisse pour ne présenter, après rinçage, qu'une teinte métallique uniforme. Rincer.
4° Passé a [eau- forte mve. — Les objets bien secoués et égouttéssont plongés dans un mélange de :
Acide azotique à 36<> Baume (eau-forte jaune). 100 volumes
Chlorure de sodium \ —
Suie grasse calcinée (bistre) 1 —
Les pièces ne doivent séjourner dans le bain que quelques se-
cordes. Eviter réchauffement ou l'emploi d'un bain trop froid. Ri ncer à l'eau froide.
5"* Passé à F eau- forte à brillanter ou à mater. — Pour les objets qui doivent présenter un beau brillant, plonger pendant une ou deux secondes, en agitant dans un bain froid^ etc. :
Acide azolique à 36° iOO volumes
Acide sulfurique à 6(io 100 —
Sel de cuisine, environ i —
Bincer très vivement et à grande eau.
Lorsqu'on veut un aspect mat, le bain est composé de :
Acide azolique à 36° , 200 volumes
Acide sulfurique à 66" 1 00 —
Sel marin i —
Sulfate de zinc 1 ai) —
La durée d'immersion varie de 5 à 20 minutes, suivant le mat ^ obtenir. Il faut laver longtemps à grande eau. Les objets pré- ^^ntent un aspect terreux et désagréable qui disparaît en les plongeant rapidement dans le bain à brillanter et en rinçant ^risuite vivement.
6** Passé à Pazotate de bioxyde de mercure. — Plonger pendant ^ne ou deux secondes les objets décapés dans un bain de :
Eau ordinaire 10 kilogrammes
Azotate de bioxyde de mercure 10 grammes
Acide sulfurique 20 —
Agiter avant de s'en servir. Le bain devra être plus riche en bioxyde si les objets sont lourds, moins riche s'ils sont légers. Un objet mal décapé sortira teinté de diverses nuances et sans éclat métallique. Il vaut mieux jeter un bain épuisé que de le remonter. Après le passé au bioxyde, il faut rincer à grande eau et porter au bain d'or et d'argent.
Dorure (Roseleur). — La dorure s'effectue à chaud pour les menus objets, à froid pour les grandes pièces.
Bain au cyanure double cTor et de potassium à froid.
Eau distillée. 10 litres
Cyanure de potassium pur 200 grammes
Or vierge 100 —
L'or vierge transformé en chlorure est dissous dans 2 litres d'eau, le cyanure dans 8 litres d'eau, on mélange les deux solutions qui se décolorent et on fait bouillir pendant une demiheure. On entretient la richesse du bain, suivant les besoins, en ajoutant parties égales de cyanure de potassium pur et de chlorure d^or, quelques grammes à la fois. Si le bain est trop riche en or, le dépôt est noirâtre ou rouge foncé; s'il y a trop de cyanure, la dorure est lente et le dépôt gris. L'anode doit plonger entièrement dans le bain, suspendue à des fils de platine et retirée dès que le bain ne fonctionne plus.
Dorure à chaud. — Pour le zinc, l'étain, le plomb, l'antimoine et les alliages de ces métaux, il vaut mieux les recouvrir d'un cuivrage préalable. Voici les formules pour les autres métaux. Pour 10 litres d'eau distillée :
ABOBHT, CUIYmi, ■BON», MAILLICBOMT, rOlTTB,
ALLIAGES KICHBS BIf CCITBB. riM BT AOBB.
grammes. grammes.
Phosphate de soude cristallisé . . . 600 500
Bisulfite de soude iOO 125
Cyanure de potassium pur 10 5
Or vierge transformé en chlorure. 10 10
Dissoudre à chaud le phosphate de soude dans 8 litres d'eau, laisser refroidir le chlorure d'or dans 1 litre d'eau, mélanger peu à peu la seconde solution à la première, dissoudre le cyanure et le bisulfite dans 1 litre d'eau et mélanger cette dernière solution aux deu\ autres.
La température du bain peut varier entre 50* et 80* C. 11 suffit de quelques minutes pour produire la dorure et lui donner une épaisseur convenable. On emploie une anode en platine ; l'anode peu enfoncée dans le bain donne dorure pâle, très enfoncée, elle
donne dorure rouge. On peut remonter le bain par additions successives de chlorure d'or et de cyanure de potassium, mais après long usage il fournil une dorure rouge ou verte suivant qu'il a servi à dorer beaucoup de cuivre ou beaucoup d'argent. 11 est préférable de renouveler le bain au lieu de Tenrichir.
Rapidité du dépôt, — Dans un bain renfermant 1 gr. d'or par litre, on peut déposer environ 30 centigrammes par heure et par décimètre carré, mais ce chiffre moyen peut varier beaucoup sans inconvénient.
Argenture. — Pour les amateurs, il suffit de faire un bain renfermant 10 gr. d'argent par litre, en pesant 150 gr. d'azotate d'argent, ce qui correspond à iOO gr. d'argent vierge, en faisant dissoudre dans 10 litres d'eau et en ajoutant 250 gr. de cyanure de potassium pur. Agiter jusqu'à dissolution complète, et filtrer. On argenté à froid, en général, sauf les objets de petites dimensions. Le fer, l'acier, le zinc, le plomb et l'étain préalablement cuivrés, s'argentent mieux à chaud. Les objets décapés sont passés à Tazotate de bioxyde de mercure et agités constamment dans le bain. Lorsque le courant est trop intense, les pièces grisonnent, noircissent et laissent dégager des gaz. Employer anode de platine ou anode d'argent dans les bains à froid. Les bains vieux sont préférables aux bains neufs. On vieillit artificiellement les bains en ajoutant 1 à 2 millièmes d*ammoniaque liquide. On remonte les bains d'argent en ajoutant parties égales de sel d'argent et de cyanure de potassium. Si l'anode noircit, le bain est pauvre en cyanure, le dépôt est trop lent; si elle blanchit, il y a trop de cyanure, le dépôt est rapide mais n'adhère pas. La marche est normale et régulière lorsque l'anode grisonne par le passage du courant, et reblanchit lorsque celui-ci est interrompu. Nickelage. — Le nickel est un métal blanc, peu oxydable, connu depuis longtemps et qui peut s'appliquer, en couches d'épaisseur variable, sur les autres métaux, principalement sur le fer et ses dérivés, et sur le cuivre.
C'est au physicien-chimiste Smée, puis à M. Becquerel, que l'on doit les premiers essais de la nickelure des métaux. Mais les
Hospitalier. — L'électricité dans la maison. 15
essais de Smée et de Becquerel n'avaient donné que des résultats insuffisants, quand le D' Isaac Adams» de Boston, fit connaître, le premier, des procédés pratiques et yéritablement industriels pour nickeler les métaux. Ces procédés furent publiés en 1869, et, depuis cette époque, un grand nombre d'usines de nickelage fonctionnent aux États-Unis. La première usine de nickelage européenne fut établie à Paris par MM. Adams et GaifTe, et ses premiers produits furent présentés à TAcadémiedes sciences par J.-B. Dumas, le 17 janvier 1870. Nous ferons connaître ici les procédés employés et indiqués par M. Gaiffe lui-même.
Le nickel s'emploie surtout pour recouvrir le cuivre et ses composés : lelaiton, le bronze, le maillechorl, le fer et ses dérivés, la fonte et l'acier. Ses applications sur les autres métaax sont peu importantes et nécessitent des opérations et des préparations aussi longues que minutieuses. Nous n'en parlerons donc pas, devant nous borner à indiquer les procédés de nickelure véritablement pratiques.
Pour nickeler, il faut une cuve et une pile : la cuve pour recevoir le bain et les objets à recouvrir; la pile pour décomposer ce bain.
La cuve, — La cuve, pour les appareils usuels des amateurs, doit être, de préférence, en verre ; à défaut de verre, on peut prendre la porcelaine et le grès, ou une caisse revêtue intérieurement d'un mastic imperméable.
Le bain, — Le meilleur bain de nickel se prépare en faisaot dissoudre à saturation, dans l'eau distillée chaude, du sulfate double de nickel et d'ammoniaque exempt d'oxydes de métaui alcalins et alcalino-terreux.
La proportion du sel à dissoudre est de : une partie en poids pour dix parties également en poids, d'eau. On filtre après refroidissement, et le bain se trouve prêt à fonctionner.
La pile, — La pile recommandée pour la décomposition, lorsqu'il s'agit d'une opération d'amateur et non plus d'une entreprise industrielle, est la pile-bouteille, pile à bichromate de potasse chargée, soit de dix parties d'eau contre une de sel Voisio,
soit de vingt parties d'eau, une partie de bichromate de potasse et deux parties d'acide suifurique.
Les piles au bichromate de potasse à deux liquides et les piles de Lalande et Chaperon conviennent également bien à cette opération, ainsi que les accumulateurs électriques.
Mise au bain. — Le bain étant prêt et la pile montée, on relie les fils de celle-ci au moyen de serre-fils à deux barres métalliques reposant sur les bords de la cuve. La barre se rattachant au pôle positif de la pile est destinée à supporter, suspendue par un crochet de cuivre nickelé, une plaque de nickel devant constituer lanode soluble qui restituera au bain le métal disparu par suite de l'action électrique. Au second barreau (pôle zinc) se suspendent les pièces à nickeler.
Préparation des pièces, — Mais avant de mettre les pièces au bain, elles doivent subir une série d'opérations nécessaires à la bonne réussite du nickelage : en outre, le nickel étant un métal très dur, difficile à brunir, il est bon que les pièces soient très bien polies avant leur mise au bain, si on veut être certain d'obtenir un très beau poli du métal déposé.
Ces pièces doivent être dégraissées et décapées.
Dégraissage. — Le dégraissage s'opère en frottant les pièces au moyen d'une brosse préalablement trempée dans une bouillie chaude de blanc d'Espagne, d'eau et de carbonate de soude. On reconnaît que le dégraissage est parfait lorsque les pièces se mouillent facilement à l'eau ordinaire.
Décapage. — Le décapage a lieu, soit par action chimique, soit par action mécanique.
Le cuivre et ses alliages se décapent très bien en quelques secondes seulement, lorsqu'ils sont trempés dans un bain composé de dix parties d'eau (en poids) et d'une partie d'acide azotique. Les mêmes corps bruts se décapent dans un bain plus énergique formé de deux parties d'eau, une partie d'acide azotique et une partie d'acide suifurique. Le fer, l'acier et la fonte polie se décapent dans un bain composé de cent parties d'eau et d*une partie d'acide suifurique. Les pièces demeurent dans le bain de déca-
page jusqu'au moment où elles ont pris sur toute leur surface un ton gris uniforme. On les frotte ensuite avec de la poudre de pierre ponce mouillée. Cette dernière opération remet le métal à nu.
Le fçr, Tacier, la fonte bruts exigent une série plus longue d'opérations. Ces métaux sont abandonnés pendant trois ou quatre heures dans le bain de décapage, puis frottés ayec de la poudre de grès bien tamisée et mouillée. Les deux opérations sont continuées jusqu'à parfaite disparition de la couche d'oxyde, ou rouille étendue à la surface des objets.
Les pièces, préparées et prêtes a être mises au bain de nickel, sont plongées pendant quelques instants dans un liquide de même composition que celui qui a servi à les décaper, puis elles sont lavées rapidement dans Feau ordinaire et ensuite dans l'eau distillée ou l'eau de pluie filtrée. Lorsqu'elles sortent de ce dernier bain, elles sont portées rapidement au bain de nickel, immergées et aussitôt accrochées.
Conduite du courant. — 11 est prudent de surveiller la marche de l'opération et de bien régler Tintensité du courant de la pile. Sous l'influence d'un courant trop intense, le nickel se dépose sous forme de poudre grise ou même noire. Quand on fait usage de la pile de Grenet, il est aisé de modifier en plus ou en moins l'intensité du courant, en enfonçant ;>/t^ ou moins le zinc dans le liquide excitateur de la pile.
Une heure ou deux suffisent pour que la couche de nickel déposée soit suffisamment épaisse et en état de supporter l'opération du polissage convenablement conduite ; mais on peut, sans inconvénient, laisser les pièces dans le bain pendant cinq ou six heures, si Ton veut obtenir une couche très épaisse.
Rapidité du dépôt, — Dans un bain renfermant 10 grammes de nickel par litre, il faut déposer environ 1,8 gramme de métal par heure et par décimètre carré pour obtenir un bon dépôt.
Au sortir du bain, les pièces sont lavées dans l'eau ordinaire et on les sèche dans de la sciure de bois chaude.
Polissage des pièces îiickelées, — Le polissage achève les pièces,
et leur donne ce brillant aspect de Targent, recherché aujourd'hui pour nombre d'objets. Il est d'autant plus facile à obtenir et plus parfait que les objets ont été mieux polis avant leur mise au bain.
Pour polir les pièces, on les frotte par un rapide mouvement de va-et-vient sur une mèche de lisière de drap, accrochée solidement à un clou et tendue à Taide de la main gauche. Cette mèche a été préalablement enduite d'une bouillie claire de poudre à polir et d'eau. Les parties creuses des pièces sont polies par le frottement au moyen de tampons de drap de diverses grandeurs, montés à Textrémité de bâtonnets. Ces tampons doivent être, au moment de Tusage, imbibés de la bouillie à polir.
Lies objets devenus bien brillants sont lavés à Teau, pour enlever les traces de bouillie et les poils de laine, puis enfln séchés dans la sciure de bois.
Par son invisibilité, son inslantanéité d'action, et les caractères tout particuliers de ses manifestations, rélectricilé se prête à une foule d'expériences et de phénomènes singuliers dont nous présentons ici quelques-uns à titre de récréations électriques, estimant que parmi les nombreuses manières de s'instruire, celle qui consiste à s instruire en s'amusant doit être classée au rang des meilleures.
C'est dans ce but que nous passerons successivement en revue les curiosités téléphoniques, les mélographes, les bijoux, la prestidigitation et les jouets.