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CURIOSITÉS TÉLÉPHONIQUES

Nous réunissons sous ce titre quelques expériences téléphoniques remarquables par la nature du récepteur. On sait que le transmetteur téléphonique, qu'il soit magnétique ou à pile, est un appareil ayant pour effet final de créer sur la ligne de transmission un courant de forme ondulatoire synchronique avec les vibrations qui l'ont influencé, et que cette onde électrique vient agir sur un récepteur qui la transforme de nouveau en vibrations sonores plus ou moins affaiblies, mais sensiblement de même forme.

Ordinairement, on fait usage comme récepteur du téléphone magnétique de Bell. En fait, aucun des organes qui composent ce récepteur n'est indispensable pour une réception sinon parfaite.

(lu moins suffisante, et nous allons le montrer par quelques exemples.

Téléphones sans plaque vibrante. — La première simplification que peut recevoir le téléphone de Bell, dans cet ordre d^idées, consiste dans la suppression de la plaque vibrante. Dans ces conditions, la parole n'est plus transmise distinctement si le transmetteur est un téléphone magnétique, mais le récepteur articule en employant un transmetteur à charbon et les courants induits, comme dans le téléphone d'Edison. La parole est cependant très faible, mais Th. du Moncel, qui a fait un grand nombre d'expériences sur ce sujet, a constaté que Teffet est d'autant plus caractérisé que le noyau est plus fortement aimanté et que sa masse est plus petite.

En employant un ressort de montre bien aimanté et une petite bobine de fil fin à son extrémité, Th. du Moncel a même pu entendre la parole en employant un téléphone magnétique de Bell comme transmetteur.

Téléphone sans diaphragme et sans aimant. Expérience de M. Ader. — La présence d'un noyau aimanté dans le téléphone récepteur n'est pas non plus indispensable; Télectrophone de M. Ader emploie de petits électro-aimants microscopiques en fer doux. En faisant des expériences sur ces appareils, M. Ader a été conduit à construire un récepteur composé d'une simple tige de fer de un millimètre de diamètre, enroulée d*une bobine de fil fin, et il a pu transmettre la parole dans ces conditions avec une très grande netteté. Le petit fil de fer était piqué sur une planche, et il constata qu'en appliquant contre le second bout libre de cette petite tige de fer une masse pesante, rintensité des sons était plus que doublée.

11 construisit alors le simple téléphone récepteur repréf^enté figure 1 20, formé d'un loquet de porte B, d une tige de fer doux d'un millimètre de diamètre CC\ plantée dans une planchette c«irrée de sapin de 5 centimètres de côté, et d'une petite bobine A roulée sur un tuyau de plume d'oie. Le transmetteur élait un transmetteur à charbon quelconque. On peut avec ce petit instrn-

ment faire uneeupérience de s/)t'nVt5meassez amusante en fichant le 61 de fer CC dans une table, par-dessous, en dissimulant habilement les conducteurs et en faisantparler devant le transmetteur un compère place dans une pièce un peu éloignée. Si l'expérience est faite dans le silence, à une heure avancée de la nuit, par exemple, toute la table parle, on peut l'entendre en se plaçant assez près tout autour, et cette expérience produit l'effet le plus singulier sur les personnes crédules ou impressionnables.

M. Ader, en continuant ses expériences, a construit un second téléphone encore plus simple : il est formé d'une planche AB

- Téléphone récepiear noyau ainuntd.

(fig. 121)etd'une bobine Csur laquelle est roulé un fil fin avec des spires très peu serrées, collée sur la planchette. L'appareil parle dans ces conditions sous l'action d'un transmetteur à charbon et de trois piles Leclanché. Si lesspircs sont trop serrées ou noyées dans la gomme laque, le téléphone ne parle plus, mais en introduisant dans la bobine un don D, un petit Til de fer ou une aiguille aimantée venant appuyer contre la planchette, aussitôt on perçoit très distinctement la parole. En retirant le clou, le téléphone redevient muet.

Téléphone sans diaphragme, sans aimant et sans bobine. — Le téléphone récepteur suivant est encore plus sim-

us RÊCRÊATIO?(S ÊLECTIIEtH'GS-

LES R&Cm&àTIOICS tUCniQOBS.

pie. 11 se compose d^ane tige de fer doux A (fig. 123) et d'une plmnchette de bois B. En ippliquint le plinchette B contre Toreille et une niasse métallique pesante à Tautre extrémité du fil A, M. Ader a pu reproduire la parole en employant un trans* metteur à charbon. De la Rire, en 1846, aTait constaté les sons produits dans des conditions analogues avec des courants ùtierrmnpus^ mais M. Ader est le

premier qui ait reproduit les aons articulés par des moyens

aussi simples.

Ctondensateur parlant de

DunaBd. — Un condensateur

estun système composé de deux

séries de feuilles de papier d'é-

tain séparées par des feuilles de

papier paraffiné, ou du mica.

Un semblable système constitue un excellent récepteur téléphonique. Voici par quel artifice M. Dunand arrive à le faire parler.

Au poste transmetteur un microphone M, une pile P et le fil in-

Fi(^. 123. — Téléphone récepteur mm plaque et sann bobino de M. Ader.

rn d« lie

Flg. 1)4. — Montage d'un poste téléphonique avec condûnsateur parlant

do M. A. Dunand.

Lteireoit local du trâoiniettear est compusé du microphone M, de la pile P et du irroi At de la biMae B. Le circuit du condensateur récepteur se compose du fil induit de la bohine B« d'une pile P et du eoodeosateur G.

ducteur d'une petite bobine B sans condensateur sont disposés dans le même circuit : le fil induit de la bobine B communique avec la ligne et une pile de quelques éléments P^ les deux extrémités libres sont reliées aux armatures d'un petit condensateur C qui constitue le récepteur. En parlant devant le microphone, on

iiJi ^mifT «oàiéiûférEflMatl I nuttsJEk- 4q cevriBl indocleiir, il M: àt^icàif ^ iwtf itSàm^lk iftèà^t àe^ ouoruifs iodaits, qm itOii vurkr lu AitsTt ém cnaémsiteHr: ce^ ckii^^s el déiàiursfS' cdiàiâidiârK ^ ou^iesBSèÈB&r le fcoii |«aiier, sans qu^on i»(*.^ juj'VisiiD b €ij£qaBr t^oire jcvinlieiDeiii ii cwse do phé-

Lit jnsiKiK^ àe in f âe P «îl ÎM&^toisfcUf jtonr que le coiMleih

iinleiir hTÙcuàtz Vtf- ckutuiH îbôizjI^ àf^t^rij*}»e§ duis le fil iikiait ^'irfffoieiil oji M- restniiifiH^Lt bo crioraiil àt ii pDe, la ckaipeda auitàtsBsaAeoT chaitre df v^&lfxir. ntaïf MOkiierre loajcviirs le mèaie fiensL. Cr«fl là. ji»fii'& }«r(*<«f-Dl. Ih c^tmdjlîoii Fmf çfia mm do eooàœxUsuT fikriinkl. H Inns les iDi^nikTi^ d&Df Ifsçœls die est reaijflBe donoeiLt bo condenssleiir œsXt ihcvltt d anic4iial200 dus une mei^ire plof (tu moins^ rrasde.

La jâHt P «e conif «ose ^ quittre el^^meuts LedaDC^ ordiniîres ]Diiiilé§ deui es teitsion el den en quantilf'.

La bolÂDe B «^ compcifie d'an £1 inàDdeur d'enTÎrMi an demi-oiiB de résislaDoe el d'ujk £1 induit de i^J à 3KH0 chm^

La pAe P', qui sert à c^iarr-er les condensalenrç rt^ce^tam. se composif d'un DC»ini»rt variîiHf d>)MDeiiif LedaDcbe. smTant If nombre de coDaensaîfurf recepleurf f'nij»lo}ef > a3(»..

Tmasmission télépbonîqDe sans aippareU réoepteor. — Nouf TeD'^iir dt ^oir c(»miDt*Lî M. b'uDaud fsî ]*hj'\fiiu a fwre f^'f'ler ]t condensateur ; m a if il {Si ]»':r?:>ii»]i de >:irj»lifier l^^aocouj» ]e conden>aifur. comioe î a lai: M. GiJlay, el même de If su}»priroer compieîemenl. comme nous y somme? j.arveno au moif d'aTii] 18^4. danf des exjteriencef iajlef a l'Obsierraloirf df Pari^ ]*endant lef séance? de Pâques de la Société française df }»Lysique.

L*e\}»érJeDce de M. Giltay n'est autre cbcrse que le condensaparlant de M. I^unand sans condensateur. Un coup d aàl la fipore 125 solfil pour se rendre compte dn mon lare df e.

Le «vstème de transmission comprend deui circuits distinds : le firemer constitué par une pile P de 2 a 3 éléments Lecianc^ a

surface, ou même encore (i*uQ ou deux accumulateurs petit modèle, ua traosmetteur téléphonique AderM et le fil inducteur d'une petite bobine d*induction B dont on a préalablement calé le trembleur. Le second circuit se compose du fil induit de la bobine B, d'une pile P' formée de 10 à 12 éléments Leclanché, et d'une ligne dont les extrémités se terminent en R par deux poignées d'électro-médicaux ordinaires.

Une fois ce montage établi, voici en quoi consiste Texpérience de M. Giltay. Lorsqu'on parle ou qu'on chante devant le transmetteur M, et que deux personnes A et B, gantées d'une main, saisissent chacune une des poignées R avec la main non gantée, il suffit que A applique sa main gantée sur l'oreille de B, ou réciproquement, ou même simultanément, pour que A, ou B, ou Aet B simultanément, entendent une voix sortir du gant.

Dans ces conditions, l'expérience de M. Giltay s'explique comme pour le condensateur parlant de Dunand : la main de A et Foreille de B constituent les armatures d'un condensateur éléaientaire dans lequel le gant joue le rôle de diélectrique.

En répétant l'expérience de Al. Giltay au laboratoire de l'Kcole de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris, et en la variant dans ses dispositions, on a pu remplacer le gant par une simple feuille de papier ordinaire ou |)araf(iné; puis deux personnes A et B, tenant en main les poignées R et appliquant l'oreille Tune contre Tautre en interposant une feuille de papier, ont pu entendre des airs et des paroles sortir de la feuille de papier. L'on est parvenu enfin à supprimer entièrement la feuille de papier, c'est-à-dire le diélectrique et à entendre directementy en se contentant d'intercaler l'auditeur ou les auditeurs dans le circuit (fig. 122). Une des formes les plus curieuses de Texpérience consiste à former une chaîne de trois personnes A, B et C. La troisième personne C entend parler les mains de A et de B lorsqu'on constitue un circuit à l'aide des trois personne», A, B et C, A et B tenant chacune un des fils du circuit et appli- [{uant la main restée libre sur l'oreille de l'auditeur C. On peut même, — mais l'expérience réclame beaucoup de silence et ne

218 L'EUCnUaTÉ B15S LA SÂlSOlf.

pourait être faite à rObsenratoire, — faire one sorte de chaloe téléphoniqae dans laquelle cioq oo six personnes peuvent entendre i la fois, A mettant la main sar l'oreille de B, B mettaot la main sor Toreille de C, et ainsi de suite jusqu'au dernier, qui ferme le circuit en saisissant Tune des poignées, Tautre poignée étaot tenue par A.

Il est difficile, dans Tetat actuel de la science, d'expliquer bien nettement comment sVfléctuent ces transmissioos télépboniqoei sans récepteur. Tout ce qu'on en peut conclure jusqu'ici, c*est qoe Toreille est un instrument d'une incomparable délicatesse et d*une exquise sensibilité, puisqu'elle perçoit les Tibrations dans

Il I I II! ^=czD

Fis. 13». — Dîa«nBine da moauge de l'eipérieece de tnasmiaiian télépboiiiq«

lesquelles rénergie mise en jeu. dans la chaioe téléphonique en particulier, est d'une faiblesse excessire.

MCLOGRAPHES

Le nom de méiographe s*applique indistinctement, et à tort selon nous, aux appareils qui enregistrent la musique et à ceux qui peuTent la reproduire mécaniquement. ?îous en décrirons deux systèmes dans lesquels Télectricité joue un rôle important.

Le mélographe ou enregistreur des improvisations musicales de M. RoncalU. — La première question qui se pose au sujet de ce problème esl celle de saxoir si les enregistreurs des improvisations musicales sont bien utiles et peuTeat rendre de réels services aux musiciens, en inscrivant automatiquement et instantanément, dans une écriture conTentionnelle, facile à lire et à transcrire ultérieurement, toutes les mélodies

qui trayersent le cenreau de l'artiste au moment même de Tinspiration.

Les opinions à ce sujet sont très divergentes. Il semble cependant qu'un bon enregistreur des improvisations musicales, inutile d'après les uns, indispensable d'après les autres, pourrait rendre néanmoins certains services, et c'est pour cela que nous allons décrire aujourd'hui un système présenté à TExposition de Vienne en 1873 par M. l'ingénieur Roncalliy qui offre, sinon une solution parfaite, du moins un premier pas fort intéressant fait dans cette voie.

Le premier enregistreur musical électrique a été imaginé et construit par Th. du Moncel en 1856. Après quelques expériences, l'appareil fut abandonné, un peu prématurément peut-être, comme ne répondant pas d'une façon assez simple aux fonctions qu'il devait remplir et ne satisfaisant pas d'ailleurs à un véritable besoin. N'oublions pas qu'il y a vingt-huit ans, l'emploi des piles n'était pas aussi simple et aussi répandu qu'aujourd'hui. Un appareil obligé d'avoir recours à elles devait forcément se ressentir de cette sorte d'ostracisme qui frappait, h, cette époque, la plupart des appareils électriques, surtout ceux qui, par destination, devaient fonctionner entre les mains de personnes peu habituées à leur manipulation.

Aujourd'hui la question peut être reprise et la solution poursuivie avec plus de chances de succès pratique.

L'appareil de M. Roncalli, comme celui de Th. du Moncel, est fondé sur les réactions chimiques produites par les courants électriques, ce qui réduit dans une certaine mesure l'importance de la partie purement mécanique de l'enregistreur.

On sait qu'en faisant glisser une pointe d'acier sur une feuille de papier imbibée d'une solution de cyanure jaune de potassium et d'azotate d'ammoniaque, il ne se produit aucune trace; mais si un courant électrique traverse le papier et la pointe métallique, celle-ci est aussitôt attaquée; il se forme un sel de protoxyde de fer qui, en présence du cy<inure, donne un précipité noir laissant ainsi une trace qui dure autant que le passage du courant.

La couleur de la trace laissée sur le papier varie ayec la nature de la pointe; ainsi, par exemple, le cuivre et tous ses alliages donnent une trace rouge, le cobalt une trace brune, le bismuth une trace invisible qui devient jaune serin dans un bain d'eau, le nickel et le chrome des traces vertes, Fargent une trace invisible qui brunit sous Tinfluence de la lumière.

Le mélographe de M. Roncalli est fondé sur ces propriétés. Il se compose en principe d'un peigne à dents métalliques, immobiles et très rapprochées, parcourues par le courant de la pile. Chaque dent est reliée par un fil conducteur à une touche du piano ou de Tharmonium.

Les dents correspondant aux tons naturels sont en acier, celles qui correspondent aux demi-tons sont en laiton (1).

Une bande de papier préparé entraînée par un mouvement. d'horlogerie passe d'un mouvement uniforme sous le peigne métallique, reçoit la trace des dents dont les touches sont abaissées; la longueur des traits tracés sur la bande de papier est proportionnelle à la durée des sons correspondants, c*est-à-dire à la valeur de la note.

La figure 126 représente l'ensemble du système disposé sur un orgue, et la figure 127 donne les détails de l'enregistreur proprement dit, représenté sur la droite de la figure 126. La boite de gauche est un mouvement d'horlogerie dont la vitesse est réglée par des ailettes et qui provoque le déroulement du papier; la caisse en forme de pyramide placée au milieu est un métronome dont nous allons voir la fonction tout à l'heure.

L'enregistreur(fig. 127) se compose d'un cylindre métallique A, relié au pôle zinc d'une pile suffisamment puissante pour pro-

(1) Nous ferons remarquer ici que Tappareil, pas plus que le musicien en jouant du piano, ne fait de distinction entre une note diézée et la note bémolisée du ton au-dessus. L'appareil marquera exactement le môme trait pour un ut dièze que pour un ré bémol. En traduisant ensuite la musique écrite par le mélographe en musique ordinaire, il est nécessaire que le transcripteur connaisse à fond la science musicale pour éviter ces fautes d'orthographe musicale que commet l'exécutant, et que l'appareil reproduit exactement.

LES HECHÉATIONS ELECTRIQUES. 2il

duîre la décomposition de l'azotate d'ammoniaque (M. Roncalli emploie trois ou quatre élémiïnts au chlorure de sodium). En B est un peigne mobile autour de l'axe C : ce peigne est composa de 41 dents, dont chacune communique par un lil isolé E avec

Tlg. IIS. — Ls mélogripbe earcgîstrcur de M. Ilonalll dUposd si

Une borne D, d'où part ensuite un second lil isolé G relié à chacune des louches du piano. La manette N permet de rapprocher oii d'éloigner à volonté le peigne B du cylindre A.

Le papier est entraîné par les deux cylindres F et L entre lesquels il passe. Le cylindre F est actionné par un mouvcriiL'nt

- L'Électricité dam la moiaoD. Ill

d'horlogerie (fig. 127} à l'aide de poulies et d'une petite ( Sa surface porte neuT miQures recevant un nombre égal de

cercles denttîs, pressés par un ressort contre la surface du cjlindre F. Le tambour M reçoit la provision de papier préparé qui

LES EÉCBEiTlONS ÉLECTRIOl ES, S44t

passe eotre le cyliodre A el le pei^e B el enlre les deux cjlin* dres F et L qui reatrainent d'uo mouTemenl unifortne.

Sur le claTier du piaoo ou de Torgue^ un ruban de lailon s'étend sous les touches tout le long du clavier et esl relie au |HMe positif de la pile. De petits ressorts places sous chaque touche établissent la communicalion entre ce ruban et dos pièces mélaK tiques, auxquelles aboutissent les conducteurs G relies aux bornes correspondantes D du récepteur.

Le jeu de Tappareil se devine aisément. En appuyant sur une >ti plusieurs notes, le courant passe dans les dents corres|>ontantes du peigne et imprime sur la bande do papier qui se di^ •ouïe d*un mouvement uniforme une série de traits dont la posiion indique la hauteur, la durée et la longueur; la ligne est loire pour un ton naturel, rouge pour un diozo ou un bémol.

Pour un orgue de cinq octaves, il faudrail un peigne de il pointes, et comme récartemenl des pointes est de 2 millimMres environ, il faudrait une largeur de 112 inilliiuMres au moins.

Pour diminuer la largeur de cette bande, M. Honcalli redouble es deux octaves extrêmes, la première s'inscrit sur la seconde, la cinquième sur la quatrième; pour distinguer ces octaves, une igue d'une couleur particulière apparaît verticalement an-dos- Kiis ou au-dessous de la bande. Cette ligne est brune et tracée avec du cobalt.

Il suffit alors de 39 pointes el d'une bande de papier ayant a millimètres de largeur.

Reste maintenant à indiquer la mesure du morceau. Pour cela, M. Roncalli introduit dans le peigne deux dents nouvelles fornées d'un alliage de bismuth cl de cuivre, qui fournil des traces >raîigé€s. Dans une première disposition, le musicien envoyait le courant à ces pointes en manœuvrant des pédales, el marquait ainsi deux points orangés au commencement de chaque mesure; mais cette manœuvre gênait rexécutanl. Aujounlhui M. Hon- :^alli emploie un métronome dont Taclion est automaticiuo et parfaite, à la condition que le musicien se soumette lui-même au mouvement indiqué par le métronome. En pratique, cola pré-

sente un inconvénient au moins aussi grand que dans le premier cas, plus grand peut-être, car, dans le même morceau, les mesures différentes se succèdent assez souvent, et le musicien ne peut pas, au moment niêmç du feu de son inspiration, s'arrêter pour changer le mouvement du métronome et Tadapter au rythme nouveau de la mélodie.

En fait, Tenregistrement de la mesure, ou, plus exactement, de la séparation des mesures, ne nous parait résolu dans aucun des systèmes d'enregistrement actuellement connus.

L'emploi des papiers chimiques exige certaines précautions auxquelles un artiste ne saurait facilement se plier; Toxydation et l'usure inégale des pointes demandent aussi un certam entretien qui rend l'appareil assez délicat à manier, malgré tt simplicité.

Le mélographe répétiteur de M. Carpentier. — Nous ne saurions mieux faire, pour décrire cet instrument curieux et original, que de donner la parole à M. Carpentier lui-même:

c< Le désir de suppléer aux talents qu'on n'a pas peut être un stimulant actif pour l'esprit d'invention. En ce qui me concerne, je puis bien dire que mon goût prononcé pour la musique, joint à ma complète ignorance du jeu d'aucun instrument, m^a tonjours poussé à chercher dans les procédés mécaniques le mofeii de satisfaire mon penchant naturel. Les boites à musique, -lei orgues de Barbarie, m'ont toujours fait plaisir, et, n'était la monotonie qui résulte de la répétition des mêmes airs, je me résoudrais volontiers à tourner pendant des heures une manivelle, afin de me procurer, sans avoir besoin de personne, la jouiasànee que me fait éprouver la sensation de la mesure et du rythme, l'audition de la mélodie. Les pianos mécaniques, avec leur série illimitée de bois piqués ou de cartons percés, seraient une belle ressource pour des dilettanti de mon genre. Mais ils sont encombrants, très chers, et, au prix où se vendent les morceaux, la constitution d'une bibliothèque musicale serait ruineuse.

u Toutes ces considérations, qui m'ont repassé mille fois dans l'esprit, m'amenèrent, il y a quelques années, à imaginer et à

réaliser un petit appareil que j'appelai le mélophone^ et qui était composé de la manière suivante :

a Une petite botte parallélipipédique, fermée de toutes parts; à rinlérieur, sous le couvercle, juxtaposées, trente petites anches d'harmonium, bien mignonnes, tenant peu de place et fixées à la manière ordinaire ; sous chaque anche, une mortaise pratiquée dans le sommier commun, et servant de chambre de vibration: au fond de chaque mortaise, un petit orifice débouchant à Texlérieur sur le couvercle. Sur un côté de la botte, un tube permettant d'y pousser du vent à l'aide d'une soufflerie quelconque.

« Les trente petits trous bien alignés donnaient à l'instrument un air de flûte champêtre qui veut devenir quelque chose : un musicien, muni de trente doigts et de quelque habileté, en aurait peut-être tiré un certain parti. Moi je n'avais que dix doigts et pas d'habileté du tout, de sorte que j'avais recours à un subterfuge pour obtenir de mon mélophoneceque j'en attendais. Avec une manivelle, commandant des cylindres entraîneurs, je faisais glisser sur la face perforée de la caisse, dans une direction perpendiculaire à la ligne des orifices, une large bande de papier, que j^avais soin de maintenir bien appliquée contre le plan^ par un moyen inutile à décrire. Le lecteur devine déjà que le papier était percé de trous longs et courts, dans un arrangementspécial ; que, dans sa progression, la bande amenait ces trous en coïncidence avec les diverses lumières donnant issue au vent à travers les anches, et que le mélophone jouait automatiquement le morceau préalablement inscrit.

f< Les moyens étaient simples, l'instrument n'était pas parfait, tant s'en faut, mais il donnait quelque chose, et pour moi, c'était beaucoup. Depuis, j'ai eu connaissance d'instruments analogues faits en Amérique. J'ignore si leur conception est antérieure ou postérieure à la mienne.

« Quoi qu'il en soit, en possession de mon mélophone, je dus songer à la confection des bandes. La traduction de la musique ordinaire dans le langage de Jacquart devait occuper mes loisirs.

dans les soirées d'hiver. Je m'aperçus promptement que cet 1 ^ exercice était long et fastidieux, et je me proposai aussitôt de \ ,^ simplilier ma besogne, en chargeant les musiciens de ma cow \^^ naissance de me préparer mes bandes, sans qu'ils pussent ^^ douter seulement du travail que je leur ferais exécuter. Je co^' binai un mélographc destiné à sténographier les morceaux jo ^^^^ sur un instrument à clavier, mais employant les caractères ^::^^^ savait lire mon mélophone, c'est-à-dire en perforant du pap^*^^* J'ajouterai que mon mélophone lui-même fut transformé, jer-^= *^ rendis propre à lire des bandes plus larges et à actionner Ti ^^' trument même, piano ou orgue, sur lequel on avait joué le m^- ^^' ceau inscrit par le mélographe.

« Mes appareils ont figuré à l'Exposition înternation^^^^^ d'Électricité. Avant de les décrire, qu'il me soit permis ^ ^^ donner au lecteur un aperçu pittoresque des résultats que ^ 1^ peux obtenir:

« 1* Un compositeur se met à mon clavier: il joue quelque inr"^^' provisation, inspiration fugitive, inédite. Il se lève. Je tourner'* *^^ trois boutons, et l'instrument, plus fort qu'aucun des auditeur^"^-^^ se met de suite à répéter automatiquement le morceau qu': "^^ -** vient d'entendre, ou plutôt de chanter une première fois, sous 1 doigts de Tartiste.

« 2* A côté dumérited'un auteur, celui de l'exécutant est bier^ quelque chose aussi, et le même morceau, joué par deux personnes, produit des effets très différents. Mon instrument est Irè^ docile, il conserve et reproduit la façon de chacun. 11 va mêm trop loin, il rejoue les fausses notes.

« 3*" Maintenant, un tour de force. Plusieurs personnes se réunissent chez moi pour jouer un concerto; je leur procure violon, violoncelle, flûte, haut-bois, piston (accommodés à ma manière, bien entendu). Le concerto se joue, le concerto est joué. Écoutez : Mon instrument, passé maître dans l'art de transcrire, va jouer immédiatement sur unpianoousur un orgue le concerto, parfaitement réduit, et vous entendrez toutes ses parties, telles qu'elles viennent d'être conduites.

es

« 4"^ Enfin, dernière application^ fort utile: je fais passer ma bande dans un appareil imprimeur et le morceau, au lieu d'être joué, s'écrit en caractères ordinaires, sur portée. Cette presse musicale, j'en avertis le lecteur, n'est encore qu'à Télat de projet, mais enfin elle est réalisable.

« Passons maintenant à la description des appareils.

« On doit distinguer tout d'abord l'harmonium, d'une part, et le mélographe proprement dit, d'autre pari. Cinquante fils, dissimulés sous le plancher, meltent en communication les deux instruments.

« Inscription, — Cinquante des touches de l'harmonium sont munies d'organes tels, que leur simple abaissement lance un courant électrique dans les fils correspondants.

« Chaque courant, recueilli dans le mélographe, met en jeu la série d'outils de perforation chargés d'inscrire les mouvements de la touche qui l'envoie sur une bande de papier, entraîné dans l'appareil d'un mouvement uniforme.

« Répétition, — Dans un second déroulement de la bande, préalablement ramenée en arrière, cinquante petits pinceaux en fil d'argent placés dans Tinstrument cherchent à prendre contact, à travers les trous, sur une traverse métallique, contre laquelle ils pressent le papier. Dès qu'un trou permet à un pinceau de toucher la traverse, un courant circule dans un des fils de ligne, et, mettant en action le mécanisme d'abaissement de la touche correspondante, détermine l'émission du son, maintenu jusqu'à la substitution sous le pinceau d'un plein au vide.

« Cet exposé général, ayant établi le lien qui existe entre les difTérentes parties de l'appareil, je puis décrire séparément les organes principaux qui sont représentés figures 129 et 130.

n Émission des courants, — Au-dessous de chaque touche un ressort a (fig. 129) tend à se poser sur une bande d'argent A, régnant le long de la traverse c, qui couvre la partie postérieure du clavier. Un pilote d^ glissant librement dans un petit conduit cylindrique, maintient le ressort soulevé, en s'appuyantsur la touche,

quand celle-ci esl à la position de repos. Quand la touche s'abaisse, le pilote la suit dans son mouvement, et le ressort, devenu libre, vient faire contact. Deux vis de réglage permettent de faire varier la course et la tension du ressort. Le courant émis par une touche est dirigé sur un fil de ligne, en passant par un comoiU' tateur e dont nous verrons plus loin le rôle.

« Réception. — Jen'entends point rentrerici dans le détail ** mécanisme qui produit la progression uniforme du papier.

« Les courants, émis par l'harmonium et reçus dans le ta^Ss^^ graphe, y produisent le mouvement des pièces par rinteri-rrrnedîaire d'éleclro-aimants a (fig. 130) de forme spéciale. L'esp Bce réservé dans l'appareil à une série d'organes élémentaires et -^"^

Fig. lîO. — Diagramme de I harmonmiD

fort restreint (il est compris entre deux plans parallèles dislan9 ^ de quatre millimètres seulement), les électros forment une bat- -• * ' terio, sur quatre rangs, en lignes obliques. Le mouvement dcE^'^, armatures  est transmis par des tiges ck des leviers coudés d,^^^^' et c'est à l'extrémité du bras horizontal de chaque levier que se£ trouve un organe essentiel dans l'appareil, le gaufroir e. Le nom4 seul de cet organe désigne sa fonction ; c'est lui qui vient appuyer "* sur le papier et j marquer, pour ainsi dire, la trace delà ^^ pression que le musicien exerce sur les touches de l'harmonium.

« Le gaufroir en déformant le papier l'oblige à pénétrer dans l'une des mortaises pratiquées dans la platine/, sous laquelle cir-

cule la bande, et l'approche ainsi d'une fraise à deux dents, animée d'un mouTemeat de rotation, eitrëmement rapide. Les régions du papier, qui sont ainsi présentées à l'action de cet outil, se IrouTent immédiatement découpées, et les gaufrages sont convertis en perforations. Hâtons-nous de remarquer que, pour éviter le double écueil ou bien de percer incomplëlcmenl le papier, ou bien de provoquer la rencontre des gaufroirs et des dentsde la fraise, j'emploie deux bandes de papier superposées l'une à l'autre ; la première est complètement traversée, et la deuxième travaillée seulement sur une parlie de son épaisseur. Cette dernière joue donc uniqucmenile rôle d'unsupport, s'usant

sans cesse, mais sans cesse renouvelé, et la bande supérieure est seule conservée pour servir.

« Tel est, en gros,lefonctionnemenlderappareil inscriptcur, il va sans dire que la précision avec laquelle on est obligé d'opérer a nécessité l'organisation d'un système complet de réglages. La présente description ne comporte pas de développement sur ce point, capital en pratique.

(c Répétition. — Je n'insisterai pas non plus sur la sériedepinceaux A en fils d'argent destinés à opérer la lecture des perforalions. On trouverait ailleurs des exemples analogues. Je considère du reste ce système comme défectueux, et je lui substitue actuellement un autre système.

« Dans la lecture des bandes, c'est le mélographe qui émet les courants et riiarmonium qui les reçoit. Le commutateur e^ placé dans cet instrument, et dont nous avons parlé plus haut, permet de mettre les fils de lignes en relation, tantôt avec les ressorts d'émission, tantôt avec les organes de réception.

« Pourchaque note de rharmonium,rorgane principal de réception des courants est un électro /, semblable à ceux du mélographe. Au-dessous du clavier, à toutes les touches sont suspendus par des liens flexibles de petits sabots de bois: ceux-ci s'engagent dansles rainuresd'un cylindre h tournant d'un mouvement continu et assez rapide. Le rôle des électros est d'exercer, quand ils sont traversés par un courant, et par l'intermédiaire de petits galets 2, une pression sur le dos du sabot, et déterminant ainsi un véritable embrayage, de provoquer le mouvement des touches et l'émission des sons. »

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