PILES SÈCHES
Ces piles, parmi lesquelles nous aurions dû peut-être ranger celles de MM. Buff, Becquerel, Lacassagnc et Thiers, difTèrenl des piles ordinaires en ce que le conducteur interposé entre les éléments ou couples est un corps solide légèrement humecté.
Les premières piles sèches furent construites en 180ô par Hachette et Desormes, avec des plaques de zinc et de cuivre séparées par une pâte d'amidon ; plus tard, M. Biot substitua à l'amidon le nitrate de potasse ou salpêtre, qui, parmi les sels, est un des meilleurs conducteurs. En 1809, Dcluc, qu'on regarde généralement comme le véritable inventeur des piles sèches, en présenta une à colonne formée de trois cents plaques de zinc et de trois cents disques en papier doré d'un seul côte. En 1812, Zamboni, dont le nom a été donné a ce genre de piles, les perfectionna en pressant fortement les uns conlrc les autres des milliers de disques en papier un peu fort dont une surface étai t étamée, et l'autre enduite d une couche de peroxyde de manganèse. Quelquefois on imbibe le papier avec une légère dissolution de lait, de beurre, de miel, d'huile, de térébenthine, etc.; mais si, par ces moyens, on donne d'abord aux piles une force plus grande, elles ont l'inconvénient de se détériorer plus promptement que les autres, car I il est rare qu'après quelques années elles conservent encore leur énergie primitive.
Les piles de Zamboni ne donnent pas de commotion, elles ne produisent pas non plus de décompositions chimiques; mais avec une pile de mille ou deux mille éléments, on charge un condensateur, et Ton obtient quelquefois une étincelle; il est vrai qu'il faut attendre quelque temps avant que la pile ait réparé ses pertes, soit à cause de la lenteur des actions chimiques, comme le prétendent les partisans de cette théorie, soit à cause de la mauvaise conductibilité du papier, comme le pensent les adeptes de la théorie du contact.
On a fait une application des piles sèches, connue sous le nom de électroscope de Bohnenberger, son auteur. Après avoir supprimé dans le condensateur à feuilles d'or une de celles-ci, il disposa à égale dislance de l'autre les deux pôles d'une pile sèche très-peu énergique : il est clair que la moindre charge d'électricité positive ou négative, si minime qu'elle soit, oblige la feuille, qui est très-mobile, à se diriger vers le pôle positif ou vers le pôle négatif; et, une fois le mouvement commencé, il continue ses allées et venues pendant quelque temps.
Enfin M. Delezenne a construit récemment des piles sèches de grandes dimensions avec des feuilles de papier élamé de cent soixante-dix-huit millimètres de long sur cent cinquante-huit de large, et il a prouvé qu'avec trois cents de ces éléments, convenablement humectés et pressés, on obtient des commotions assez vives et une décomposition très-sensible de l'eau.
PILES THEliMO-ÉLECTRIOL'ES.
Il ne faut pas induire, de ce que nous plaçons dans ce chapitre la description des piles thermo-électriques, que nous prétendons attribuer le.dégagement électrique qui s'y opère à la même origine que celui de l'électricité voltaïque; car, bien que nous ne soyons pas éloigné de penser ainsi, c'est encore une hypothèse trop vague et qui ne repose pas sur des données capables de la faire ranger au nombre des théories reçues; toutelois nous espérons que les progrès de l'esprit humain nous rapprocheront de l'unité scientifique et de cette suprême simplicité t. 15
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que peut-être l'homme n'atteindra jamais, mais vers laquelle il marche incessamment, poussé par une force irrésistible.
Les courants développés par les piles thermo-électriques sont tellement identiques aux courants voltaïques, que les uns ont servi pour calculer les lois des autres; et, s'il existe dans les premiers une régularité qu'on ne trouve pas dans les seconds, cette différence, à notre avis, n'est due qu'à la nature de l'agent générateur, peut-être à ce que, dans les piles thermo-électriques, la cause déterminante générale de tout développement électrique agit moins indirectement que dans le frottement et dans le contact ou les réactions chimiques.
Nous avons déjà dit que, si l'on soude bout à bout deux barres métalliques formant un circuit, et si l'on maintient les deux soudures à une température différente, il y a une manifestation électrique sous forme de courant, et cette manifestation est d'autant plus sensible, que le nombre des soudures est plus considérable, la température des soudures paires entre elles étant la même, la même aussi celle des impaires. C'est sur ce principe qu'est fondée la pile dont nous donnons la description dans le paragraphe suivant.
Pile thermo-électrique d'Oeroted et Fourrier. — C'est la première de ce genre qui fut connue. Elle se compose d'une série de petites barres de bismuth et d'antimoine soudées les unes an bout des autres en ligne droite ou en cercle. A chaque soudure les barres de bismuth sont terminées en une espèce de coude que l'on plonge dans de la glace à 0°, pendant que les autres, c'est-à-dire les soudures impaires, sont élevées à la température de 200° ou r>00° au moyen d'une ou de plusieurs lampes.
pile thermo- électrique de x obi il. — I.c célèbre physicien italien de ce nom a modifié la forme de la pile que nous venons de décrire, afin de réunir un plus grand nombre d'éléments en un petit volume. Les barres de bismuth ou d'antimoine sont disposées de manière qu'après avoir formé une série de cinq couples, comme dans la figure 00, la barre de bismuth b se soude latéra-
leraent à l'antimoine d'une seconde série semblable, puis la dernière barre de bismuth de cette seconde série à l'antimoine d'une troisième, et ainsi de suite jusqu'à quatre séries verticales, qui contiennent vingt couples. Les éléments sont isolés les uns des autres au moyen de bandes de papier couvertes de vernis, et
Fig. 60. Fig. 61.
s'emboîtent dans un étui en cuivre P (fig. 61), de manière qu'il n'y a que les soudures qui apparaissent aux côtés de la pile. Deux tiges en cuivre, m et rt, isolées par un anneau en ivoire, communiquent intérieurement, Tune avec le premier antimoine, et représente le pôle positif, l'autre avec le dernier bismuth, et forme le pôle négatif.
de m. Morren. — M. Morren a présenté à l'Académie des sciences de Paris une nouvelle pile thermo- •'lectrique, construite avec du fer-blanc et du bismuth, et qui semble avoir plusieurs avantages sur celle d'antimoine et de femutlt : 1° parce qu'elle peut se construire avec plus de facilité; 2° parai qu'il suffit de frapper sur l'une des extrémités du fcr-blanc pour augmenter sa sensibilité et la faire rivaliser avec l'appareil thermo-électrique de Melloni; o° parce que le peu d'épaisseur du fer-blanc diminue la masse métallique et permet de réunir un plus grand nombre d'éléments dans un volume donné; V parce que la réaction thermo-électrique des deux métaux ne subit pas l'influence de l'interposition variable des métaux étrangers qui entrent dans la soudure.
19ii LÉLECTWCITÉ ET LES CHEMINS DE FEU.
>\>us terminons avec ce chaj)itre la seconde période de Thisloirc de l'électricité, période dans laquelle nous avons dû parler de quelques découvertes postérieures à celle qui forme le point de Répart de la troisième époque de celte science; en cITeL il îi 'était pas possible de conserver un ordre chronologique ab-olu sans s'exposer à disséminer des idées qui doivent demeurer réunies, afin de ne point embrouiller le lecteur, et même de ne pas tronquer la description d'un simple appareil qui a reçu plusieurs modifications successives, qu'on ne pourrait mentionner plus loin isolément.
■Lorsqu'ils traitent du galvanisme ou électricité voltaïque, les auteurs s'arrêtent généralement à l'étude de l'électro-chimie, que nous n'avons l'ait qu'indiquer en passant, la nature de notre travail ne nous permettant pas de nous étendre davantage. Nous recommandons pour cette étude le Traité tV électricité de M. de la Itive, ou celui de M. ltccquercl, dont le tome second est presque exclusivement consacré à rélectro-chimie.