‹ L'électricité et les chemins de ferChapitre 27 sur 51 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

CHAl'ITKK VII

Peu de sciences peuvent revendiquer autant d'applications qii»? l'électricité. Klle était presque inconnue il y a" un demi- >iècl(î, et les propriétés les plus importantes sur lesquelles sonl fondées les merveilles de la télégraphie étaient à peine soupçonnées il y a trente ans; pourtant il est presque impossible aujourd'hui à l'homme le plus actif de suivre les progrès extraordinaires qui ont été accomplis, lors même que son but n'est pas d approfondir les questions et qu'il se propose seulement d'in- "Ciire sur le grand catalogue des conquêtes de l'intelligence que l'on doit à celte branche de la physique, qui a déjà changé la face du monde civilisé et promet d étendre sa bienfaisante intluence à toutes les sciences, à toutes les industries.

^ela dit, on comprendra que nous ne pouvons, dans ce chal'ilre, que mentionner les principales applications de l'électricité; dans un autre nous donnerons un aperçu historique de la Mégraphie électrique et de ses principaux appareils, et nous ^Userons pour le second volume de cet ouvrage la description

des syslèmes imaginés pour éviter les accidents sur les chemins • de fer au moyen de l'électricité : sujet que nous développerons le plus complètement que nous pourrons, puisque c'est l'objet principal que nous nous sommes proposé en prenant la plume Nous avons déjà dit ailleurs que, bien que quelques phénomènes électriques fussent connus six cents ans avant Jésus- Christ, l'élude de ces phénomènes était si peu avancée au dernier siècle, qu'on les mentionnait à peine comme une curiosité dans les traités de philosophie; c'est ainsi que le grand Newton, l)escartes et plusieurs autres physiciens éminents crurent ne pas devoir donner à l'électricité l'attention qu'ils avaient accordée à l'optique, à l'acoustique et autres branches de la physique. Franklin fut le premier qui révéla l'importance immense de son étude; et, en démontrant l'analogie qu'il soupçonnait exister entre le fluide électrique des machines et celui que développent les orages; en rendant évidente par ses expériences l'influence des pointes, il rendit à l'humanité un service inappréciable, car il lui procurait les moyens de rendre inolTensivc la foudre, dont il semblait insensé de prétendre diriger la marche capricieuse et destructive. Il y parvint cependant, et, en le faisant, il inaugura, par une des applications les plus surprenantes qui se puissent imaginer, 1ère de celles auxquelles l'électricité devait se prétercncore, et dont cet admirable prélude présageait toute l'importance. *

Déjà, daqs notre premier chapitre, nous avons donné une idée du paratonnerre, tel que le proposa son inventeur; nous croyons inutile de le décrire ici de nouveau; nous dirons seulement que Gay-Lussac en 1825 et Pouillet en 18^4, ont présenté à l'Académie des sciences de Paris des travaux très-importants sur sa forme, sa disposition et la manière de l'employer. Mais personne n'est arrivé à la perfection qu'a atteinte sir William Snow Harris, dont les paratonnerres appliqués à la marine ont produit des résultats tellement satisfaisants, qu'ils lui ont mérité les plus grands honneurs et une magnifique récompense de l'amirauté anglaise.

Se fondant sur la théorie de Volta, qui attribue la formation de la grêle à l'action de deux nuages chargés d'électricités contraires, M. l'aéronauteDupuis-Delcourt pensa que, de même que

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le paratonnerre préserve des funestes effets du fluide électrique les objets qui se trouvent à une dislance double de sa hauteur, de même on pourrait, en élevant à 1 ,500 ou 2,000 mètres un appareil qui souliràt l'électricité de l'atmosphère, mettre à l'abri «les effets désastreux de la grêle une étendue de terrain de 0,0()n à 8,000 mètres de diamètre. Pour obtenir ce résultat, il propose un appareil dont nous n'entreprendrons pas la description; nous dirons seulement qu'il se compose principalement d'un cylindre étroit et long garni de pointes métalliques et terminé par deux cônes dans les bases. Ce cylindre, rempli d'hydrogène, se maintient dans l'air à la hauteur indiquée et est assujetti au sol par une ou plusieurs cordes semi-métalliques.

M. Dupuis-Delcourt croit que son électro-substracteur permettrait d amasser à l'extrémilé des cordes métalliques de grandes quantités d'électricité, qui pourraient servir d'amendement dans la culture, comme semblent l'avoir démontré les expériences de MM. Maimburg, Jallabcrt, Boze et l'abbé Menon en Angleterre, bien qu'elles aient été moins heureuses en France.

Inique, mais d'une portée immense, l'invention du paratonnerre remplit à elle seule la première époque de l'histoire des applications de l'électricité. La seconde, qui commence avec la découverte de Volta, est déjà plus riche en applications, et la pile est à peine inventée, que nous voyons la chimie s'en emparer et faire un pas de géant en parvenant à décomposer l'eau, la potasse, la soude, et une multitude de corps que l'on avait crus irréductibles, comme nous l'avons vu dans le deuxième chapitre. C'est de là que dérivent toutes les applications chimiques de l'électricité, parmi lesquelles ligure, comme une des plus remarquables, la galvanoplastie ou l'art de déposer les métaux sur la surface des corps au moyen des courants électriques, et dont l'invention est duc à Brugnatelli, disciple de Volta, qui, en 1801 , parvint à dorer l'argent en se servant de la pile sans que le

métal perdit son éclat. Mais, comme chaque invention a son époque marquée et qu'il y a des pays déshérités où les hommes de génie devancent de beaucoup trop les besoins et les goûts do moment, les brillants résultats de l'essai de Brugnatelli uy meurci eut ensevelis dans la poussière des bibliothèques, el aujourd'hui, en proclamant, avec justice sans doute, Spencer el Jucohi comme les vrais créateurs de la galvanoplastie, on dit du premier inventeur ce qu'on a dit de tant d'autres qui ont eu le •môme sort : « Son invention, iqnorée des savants de l'Europe et même' de ses compatriotes, n avait aucune importance ù celte époque, et seul l'intérêt qu éveille actuellement cette matière a pu faire chercher dans les archives les traces de cette tentative oubliée, n

La galvanoplastie, limitée, dans le principe, à la dorure et a l'argenture des métaux, se présente tout d'abord avec ce cachet humanitaire qui semble inséparable de toutes les applications de l'électricité, et si heureusement inauguré dans la première par l'auteur du Bonhomme Richard. L'économie est le moindre des avantages de la dorure et de l'argenture au moyen de l'électricité : on peut s'en convaincre en considérant le service immense que ce procédé a rendu à l'humanité en arrachant à la mort et en préservant d'une existence maladive les nombreux ouvriers qui se trouvaient constamment exposés à l'influence meurtrière des vapeurs mercurielles dégagées dans l'ancien système de dorure

La galvanoplastie étant fondée sur le pouvoir qu'ont les courants électriques de décomposer les dissolutions métalliques, en précipitant le métal réduit sur l'un des électrodes, i! suffit de faire terminer l'un des rhéophorcs d une pile voltaïque par l'objet que l'on veut argenter ou dorer, et l'autre rhéophorc par une feuille du métal dont on veut recouvrir cet objet; en plongeant les deux électrodes dans une dissolution de ce même métal, le circuit se ferme et la précipitation a lieu pendant tout le temps que dure l'action de la pile et .qu'il reste du métal dans la dissolution. 11 est à remarquer que la quantité de métal qui se précipite sur l'objet par lequel se termine un des électrodes et celle qui se dissout de la feuille qui termine l'autre sont les mêmes

Un peut obtenir pour la couche de métal déposée l'épaisseur

que l'on désire, car il suffit de prolonger l'action du courant et d'ajouter du métal à la dissolution : c'est ce qui permet d'appliquer ce système à des médailles, des vases, des plateaux ciselés, et môme dernièrement, par le procédé de M. Lenoir, à des statues moulées dans des moules de gutta- percha. Nous disons le procédé de M. Lenoir, parce que c'est sous ce nom qu'on l'a fait connaître récemment à l'Académie des sciences; mais il paraît que M. Zier avait déjà présenté à M. Pouillet, en un groupe obtenu par ce môme procédé, groupe qui fut exposé eh public au cours de physique de cette année.

L'heureuse idée qu'eut M. Hulct de mouler en relief sur la putta-percha le dessin d'une carte géographique gravée sur cuivre, afin d'obtenir ensuite autant de planches métalliques qu'on voudrait, reproduisant la môme gravure, pour y marquer les différentes divisions, peut faire présager l'avenir immense réservé à cette application, qui, dans le cas précité, outre l'avantage de l'exactitude, réduit la dépense à moins d'un dixième de ce qu'elle serait s'il fallait graver séparément chacune des planches dont on a besoin.

L'application faite par un graveur du dépôt de la guerre n'a pas été moins heureuse : elle a fourni le moyen de faire facilement les corrections et les modifications voulues sur une planche de cuivre dont la gravure aurait à subir quelques changements dans certains endroits. Pour cela, on couvre avec un vernis isolant la planche entière, sauf lespace ou ligne que l'on veut effacer; on soumet ensuite cette partie à l'action galvanoplastique, et elle se recouvre d une couche de cuivre, sur laquelle on grave de nouveau après l avoir polie pour lui donner le niveau du reste de la planche.

Nous mentionnerons aussi, puisque nous ne pouvons nous arrêter à le décrire, le procédé de M. Salmon pour reproduire des gravures et des photographies. Dans le troisième volume des Applications de /' électricité, de M. du Moncel, on trouvera expliquées les opérations chimiques et électriques sur lesquelles est fondé ce procédé. -

M. Hansen a proposé un autre système de gravure que nous

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ne devrions pas mentionner au nombne des applications électrochimiques, parce qu'il est électro-mécanique; mais, comme nous nous bornons à dire que ce système est exactement basé sur le même principe que le télégraphe autographique de Backwcll, que nous expliquerons dans le chapitre suivant, et dans lequel le crayon est remplacé par un burin, nous avons cru que la mention de ce procédé figurerait mieux à côté de celui de M. Salmon que tout isolée dans le paragraphe des applications électromécaniques.

M. Oudri, qui a présenté ù l'Académie des sciences de Paris une magnifique collection de produits de galvanoplastie, promet de nouvelles merveilles avec le système qu'il a imaginé pour doubler en cuivre, au moyen de l'électricité, les coque> en bois ou en fer des navires. Nous regrettons de ne pouvoir nous arrêter, à faire connaître les avantages qui résulteraient pour la navigation de l'adoption de son système, s'il était possible de l'appliquer économiquement. Nous aurions à parler aussi des vastes ateliers de M. Elkington à Birmingham, où l'on a employé pour la première fois les machines électro-magnétiques, au lieu des piles, pour obtenir le dépôt galvanoplastique ; mais l'espace nous manque. Cependant nous ne voulons pas passer sous silence une autre application importante de la galvanoplastie: elle est due à MM. le Molt et Robert, qui ont imaginé de construire des réflecteurs en verres concaves, sur lesquels ils déposent, au moyen de la pile, une couche d'argent semblable à l'étain des glaces ; avec un de ces réflecteurs on a pu voir l'heure d'une montre à 100 mètres de distance. Après cela on ne saurait s'étonner que les glaces argentées soient sur le point de remplacer avantageusement les glaces éta niées.

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