‹ L'électricité et les chemins de ferChapitre 38 sur 51 · PAIUFOUDRES DES LIGNES TÉLÉGRAPHIQUES · texte numérisé non relu

PAIUFOUDRES DES LIGNES TÉLÉGRAPHIQUES

« En 1840, au mois de mai, un orage violent eut lieu à Saint- Germain, et il arriva qu'au moment de l'apparition d'un éclair tous les fils de la station du Vésinet, au bas du chemin de fer atmosphérique, furent brûlés et les appareils mis hors de service.

« Cet événement nous suggéra (c'est M. Breguel qui parle) l'idée d'appliquer un fait bien connu en physique : c'est que plus un fil est mauvais conducteur, plus il s'échauffe par le passage d'un courant électrique, et que cela peut même aller jusqu'à la fusion.

« C'est là que nous fîmes la première application de ce principe, laquelle depuis a été adoptée partout. Nous en avons fait un petit appareil appelé paratonnerre (fig. 19G); il consiste en nue petite planche sur laquelle sont placés deux boutons à une dislance de six à *ept centimètres, un fil très-fin en fer les relie entre eux. Cet appareil s'intercale dans le fil de ligne, de manière que, de quelque côté que soit dirigé le courant, il passe toujours dans le paratonnerre. Nous avons choisi le fer, parce que, comme nous l'avons vu, il est cinq à six fois moins bon conducteur que le cuivre à diamètre égal, et encore, autant que nous le pouvons, nous le prenons plus fin que le fil des bobines. Ainsi, non-seulement il ne peut, d'après sa section, laisser passer qu'une quantité d'électricité toujours moindre que celle nécessaire pour faire fondre le fil de cuivre; mais encore, si la quantité augmente, c'est lui qui supporte les avaries. Ce fil se remplace aisément, et tout est remis de suite dans le premier étal. Ce fil est placé dans un tube de verre, afin qu'on ne puisse

pas le toucher, et le casser accidentellement. A chaque extrémité du tube de verre sont deux montures en cuivre A et fî, auxquelles le fil est fixé, et qui établissent sa communication métallique avec les deux boutons, où ces deux montures sont serrées par des écrous. En cas d'accident, il ne s'agit donc que de remettre un tube à la place d'un autre.

« A côté du bouton B en est un autre T qui est relié à la terre: ces deux boutons sont portés par des plaques de cuivre dentelées, et dont les pointes sont en regard, très-près les unes des autres: c'est afin que si le fil de la ligne se trouve chargé d'électricité, il puisse se décharger en partie par ces pointes.

« Avec cet appareil, il n'y a plus aucun danger ni pour les employés, ni pour les appareils.

« Ce petit instrument vient d'être attaqué dans le premier numéro d'un journal publié sous les auspices de l'administration télégraphique; il y est dit qu'il manque son but, et qu'il est dangereux pour les employés. La personne qui a rédigé l'article était mal informée, car nous pouvons montrer diverses attestations des chemins de fer, qui rendent pleine justice à sa parfaite utilité, ainsi qu'à son caractère inoffensif. A l'étranger, comme en France, il nous est très-demandé, et nous ne pouvons comprendre la peur qu'on a voulu faire d'un si petit et si bienfaisant appareil.

a Tour ce qui regarde la sûreté des employés, nous recommanderons instamment de ne jamais faire entrer de gros fils dans l'intérieur des postes, cela pouvant être dangereux; car d'un fil de 5 à 4 millimètres de section il peut s'échapper des étincelles à grande dislance, et capables de blesser une personne. Il faut absolument les arrêter en dehors, et n'établir la communication avec le télégraphe qu'au moyen de fils d'un petit diamètre. Quand on le pourra, il sera encore préférable d'arrêter le gros til à 1 mètre ou 2 de la station.

« Depuis que nous avons placé ce paratonnerre, et nous en avons installé quelques centaines, nous n'avons eu qu'à nous en louer; partout où il existe, aucun accident n'est survenu aux appareils. »

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Nous croyons, avec M. l'abbé Moigno, que cet appareil, sans être absolument efficace pour les grands orages, a néanmoins rendu et peut continuer à rendre de grands services.

Nous avons vu à la station centrale des télégraphes de Paris un parafoudre de M. Breguet, modifié de telle façon, qu'au moment où le fil métallique se fond, la chute d'un petit poids met en communication le fil de la ligne avec la terre.

On obtient aussi ce dernier effet au moyen de trois viroles métalliques ABC (lig. 107), séparées par deux anneaux d'ivoire mm, de manière qu'ils ne corn ç\ muniquent pas entre eux directement; mais, aus- fcr sitôt qu'un fil métallique recouvert de soie, qui, \R , s'enroulant en hélice autour du tube, réunit les II deux viroles extrêmes, devient rouge par reflet B de l'électricité atmosphérique, la soie brûle, et la F partie métallique du fil, restant à découvert, tou- B |\ che les trois viroles, qui se trouvent ainsi en com- l J munication. Or, si la virole du centre est en mBË rapport avec la terre et les deux autres avec les F appareils télégraphiques et le fil de la ligne, CI celui-ci se mettra en communication avec la terre. Hju

M. Walker a résolu le problème d'une autre F,g ' i97' manière. Son appareil consiste en un cylindre creux en cuivre mis en communication directe avec le sol et fermé à ses deux extrémités par deux disques de bois surmontés chacun d'un disque de cuivre. « L'un de ces disques est en rapport avec le fil de la ligne, et se trouve armé de pointes disposées circulairemeut en face du bord du cylindre qui lui correspond. L'antre disque est en rapport avec l'appareil télégraphique, et se trouve à portée des pointes métalliques dont le cylindre se trouve armé à son tour de ce côté. De plus ces deux disques sont en communication directe par une tige transversale qui les unit à l'intérieur du cylindre. Cette tige porte deux autres disques armés de pointes, et ces pointes font face à la surface interne du cylindre. Un peu au-dessous de ces disques hérissés de pointes, et toujours à l'intérieur du

cylindre, est une bobine de bois sur laquelle est enroulé un fil très-fin (beaucoup plus fin que celui des appareils». Ce til établit une relation entre le fil de la ligne et un autre fil se terminant aussi près du sol qu'il est possible, plus près de fait qu'aucune partie métallique de l'appareil télégraphique.

« Avec cette disposition, l'électricité de tension conduite dans l'appareil peut réagir par les pointes sur le cylindre-enveloppe, et provoquer de la part de la terre une neutralisation qui, si elle n'est pas suffisante, se trouve complétée par la fusion du fil fin entourant la bobine de bois. »

La figure 108 représente un autre parafoudre pour les lignes télégraphiques, inventé par M. Steinheil. Voici ce qu'en dil .M. l'abbé Moigno: « Sur le toit de la cabane qui sert de station

Fig. 196.

télégraphique on voit d'abord aux deux pignons deux conducteurs en pointes communiquant avec le sol par un fil conducteur, puis deux plaques de cuivre PF carrées de 6 pouces environ de coté. Le fil conducteur est brisé et se rattache de chaque côté normalement aux deux plaques ; ces plaques, posées sur une base isolante en faïence ou en porcelaine, sont fixées sur le toit et séparées de plus l une de l'autre par plusieurs plis d 'étoffe de soie; une cloche les défend de la pluie. Deux fils assez lins FF. soudés aux plaques, conduisent le courant à l'appareil télégraphique. Ce courant aura toujours trop peu de tension pour vaincre l'isolement des plaques et passer directement d'une plaque à l'autre, il viendra donc par F aux appareils, et retournera par

F au fil conducteur. L'électricité atmosphérique, au contraire, ne trouvera pas assez d'issue par les fils fins FF', et sautera directement d'une plaque à l'autre; les appareils et les employés seront donc à l'abri de tout danger. En effet, dans les lieux où cette disposition 4* été adoptée, on n'a jamais vu, même pendant les plus grands orages et les coups de tonnerre les plus effrayants, ni étincelle ni bruit se produire dans les fils qui mettent enjeu les indicateurs. »

M. Fardely a appliqué sur la principale ligne télégraphique du grand-duché de Bade un système qui n'est autre que la combinaison des idées de MM. Steiriheil et Breguel : il fait l'interruption du conducteur sur le dernier poteau, distant de la station de 4 à 5 mètres.

M. Meismer a employé sur la ligne du grand-duché de Brunswick un appareil qui ne diffère des précédents que par quelques détails de construction ; seulement, au lieu de faire l'interruption sur le toit, comme M. Steinheil ou sur le dernier poteau, comme M. Fardely, il l'établit à l'intérieur de la station, après avoir fait passer le lil de la ligne par des tuyaux en fer enterrés sous le sol.

Dans le même but, M. Bianchi propose un autre parafoudre que M. du Moncel décrit de la manière suivante : « C'est une sphère de métal traversée par le fil télégraphique et maintenue au centre d'une autre sphère de verre formée par deux hémisphères réunis par un large anneau de cuivre. Cet anneau est armé intérieurement de pointes peu distantes se dirigeant vers le centre de la sphère métallique jusqu'à une petite distance de sa surface; les deux hémisphères sont terminés par des poulies dans lesquelles le fil conducteur passe et qui sont mastiquées. La partie inférieure de l'anneau de cuivre est munie d'un robinet métallique qui permet de faire le vide dans l'appareil et de l'y conserver, si on le juge nécessaire. Ce robinet porte un pas de vis qui doit recevoir la tige métallique destinée à mettre l'armature métallique i. 37

en communication directe avec le sol en isolant complètement le fil du circuit fermé par la pile et la sphère qui en fait partie. A\ec cet appareil, on conçoit que toute l'électricité atmosphérique qui se porte sur le fil conducteur et qui serait communiquée à l'appareil télégraphique, est transmise au sol par l'intermédiaire îles pointes dont est armé l'anneau qui est en communication directe avec lui.

Le parafoudre des télégraphes du gouvernement français, disposé, croyons-nous, par M. Poujet-Maisonneuve , est formé d'une petite colonne verticale ilîg. 199) au bas de laquelle s' attachent à trois petites bornes en cuivre, en T le fil de terre, en L le fil de la ligne, et en" A le fil de l'appareil1. La borne L communique avec l'axe H d'un commutateur à trois branches qu'on fait mouvoir au moyen de la tige K. En plaçant cette tige audessus de l'une des trois plaques qui portent les indications avec\)aratonnerre, terre, sans paratonnerre, les branches du commutateur appuient sur de petites plaques métalliques abc et (/. 1/axc du commutateur communique seulement avec la branche du milieu; les deux autres, formées d'une seule pièce, étant isolées par un disque d'ivoire. Le fil recouvert de soie est placé dans l'intérieur de la pièce métallique Z; ses extrémités dénudées sont arrêtées par des vis dans les deux autres petites pièces If et iY.

Les communications suivantes sont établies au moyen de fil* ou de lames lixées derrière la planchette :

1 (Vue description est extraite du Cours théorique et pratique du télégraphe fiatrique, par X. Clavier. — Paris, 1857.

TÉLÉGK API1IË ÉLECTRIQUE.

L avec PF et H, a avec N, b avec M, d avec A,

c avec £/[/', Z el T.

(Juand la tige K du paratonnerre est au-dessus de l'inscription sans paratonnerre, la branche médiane du commutateur appuie sur la plaque d. Le courant, arrivant de la ligne au bouton L, traverse la plaque de cuivre garnie de pointes PF, et passe du centre H du commutateur au bouton d, d'où il se rend à la borne A et à l'appareil.

Si la tige K est placée au-dessus de l'inscription avec paratonnerre, les trois branches du commutateur se trouvent sur les trois plaques «, b et d. Le courant, après avoir traversé la plaque PF, arrive, par l'intermédiaire de la branche du milieu, au point b et à la pièce de cuivre M; il traverse le iil du paratonnerre en Z, se rend de iV au bouton a, suit les deux branches extrêmes du commutateur et passe de d à la borne A. Si une décharge électrique fond le petit fil, la ligne se trouve en communication avec la terre par l'intermédiaire de la pièce en cuivre Z dans laquelle il est placé.

Dans la troisième position de la tige K, la branche du milieu appuie sur la plaque c, qui communique avec la terre par l'intermédiaire de la tige VU, de la plaque Z et de la borne T.

L'administration a renoncé dernièrement, à ce qu'il parait, à ces parafoudres, qui avaient été mis hors de service en peu de temps. Elle emploie aujourd'hui un appareil très-massif dont la force et la solidité le rendent capable de résister aux effets mêmes île la foudre. Le déchargeur à pointes, qui est tout en métal, se trouve isolé du commutateur, et les pointes sont formées par des bouts de fortes vis que l'on peut appointir au fur et à mesure de leur usure, et qui peuvent se rapprocher plus ou moins du montant où sont implantées les pointes d'en face. Le commutateur ne parait avoir rien de nouveau et ressemble à celui du paratonnerre dont nous allons donner une idée.

Parafoudre de MM Moullleron et Gosata. — Ces messieurs Ont

voulu diminuer les chances de dérangement, et ont introduit trois déchargeurs dans leur parafoudre. Il se compose principalement de deux disques de cuivre, armés de 000 pointes du même métal, placés l'un devant l'autre. En outre, il a deux tubes de verre verticaux renfermant chacun un fil de fer fin tendu par un ressort à boudin adapté à une pièce mobile de cuivre qui est placée au-dessus d'un appendice métallique en communication directe avec le sol. En temps normal, le contact n'a pas lieu entre la pièce et l'appendice, à cause du fil de fer tendu qui, en comprimant le boudin, les éloigne l'un de l'autre; mais, si la foudre vient à fondre le fil de fer, le ressort s'allonge, permet le contact, et il y a une communication directe du fil de la ligne avec le soi. Ce parafoudre est complété par deux commutateurs et un galvanomètre; ce dernier sert à s'assurer que le courant traverse l'appareil quand on l'introduit dans le circuit au moyen d'un des commutateurs; l'autre commutateur permet de compléter le circuit de ligne à travers les appareils, avec ou sans paratonnerre.

Les inventeurs ont combiné cet appareil sous une autre forme qui parait l'avoir simplifié beaucoup sans lui rien faire perdre de son efficacité. M. du Moncel donne la description et la figure de ce nouvel appareil dans son quatrième volume des Applications de l'électricité.

M. Masson a proposé de mettre à profit l'observation par lui faite depuis longtemps que l'alcool est assez peu conducteur pour isoler un circuit voltaïque, mais d'une conductibilité suffisante pour laisser passer l'électricité de tension. L'appareil se composerait d'un vase de verre rempli d'alcool à W et renversé sur un soc mastiqué, de ïaçon à empêcher la fuite du liquide. Le conducteur de la ligne télégraphique plongerait dans l'alcool, où il se terminerait par une lame de cuivre dentelée; une autre lame semblable, également dentelée, encadrerait la première sans pourtant y toucher en aucune façon; et, comme elle serait en communication avec le sol, elle servirait à décharger la pre-

mière quand une charge considérable d'électricité s'y trouverait accumulée.

Il est inutile de dire comment on pourrait mettre ce parafoudre en rapport avec l'appareil télégraphique.

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