PAR FROTTEMENT
Six cents ans avant Jésus-Christ, Thalès de Milet découvrit dans le succin, ayant subi un frottement préalable, la propriété d'attirer les corps légers. C'est le premier fait cité d'un phénomène électrique produit par l'homme ; on peut donc dire que le frottement a été le premier moyen employé pour développer ce fluide, et que l'ambre gris est le corps où il s'est rencontré pour la première fois : c'est sans doute pour cette raison qu'il reçut le nom grec de r/Àcxtpv (du verbe eXxuw, j'attire), nom qu'on ne lui aurait pas donné si celte faculté ne lui avait pas été particulière. Théophraste d'Eresus, plus tard, indique la même propriété comme existant dans le jais, dans l'agate et dans le lyncurium, qui n'était sans doute autre chose que la tourmaline.
Le docteur Gilbert publia un catalogue des corps auxquels le frottement communiquait le pouvoir d'attirer ; mais tous ces faits restèrent isolés et ne purent être formulés d'une manière générale qu'après la découverte de Gray. On soumit alors tous les corps à l'épreuve, et on les divisa en deux classes : les corps tdtoéltclriques, qui acquièrent l'électricité par le frottement, tels que la gomme laque, l'ambre, la résine, le soufre, le verre, le diamant, la topaze, l'émeraude et la plupart des pierres précieuses ; et les corps anélectriques, qui ne reçoivent du frottement aucune propriété attirante : parmi ces derniers, les métaux figurent en première ligne; viennent ensuite le charbon, le bois et les terres cuites, qui possèdent rarement cette faculté.
Les corps idio-électriques durent naturellement piquer la curiosité des physiciens, et l'un des premiers phénomènes observés fut la différence existant entre l'électricité développée par le frottement du verre et celle de la résine. Nous avons déjà parlé de la découverte attribuée à Dufay et à Symner; nous y revenons, afin de pouvoir déduire la conséquence de leur théorie, que nous
connaissons déjà. D'après cette théorie, les deux fluides vitré et résineux, combinés ou neutralisés entre eux, constituent l'état matukel des corps ; et quand, par un moyen quelconque, on détruit cet équilibre, les corps sélectrisent positivement quand c'est le fluide vitré qui domine; négativement quand cest, au contraire, le fluide