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CHAPITRE IV

Le télégraphe électrique est un auxiliaire indispensable des chemins de fer. D'une station à une autre, on a Besoin à chaque instant de signaler des trains, de ' communiquer des observations, de réclamer parfois des renforts ou des secours. Toutes ces transmissions doivent être instantanées, sous peine de dopner lieu aux plus graves accidents. Sans les télégraphes, les chemins de fer eussent été réduits à une exploitation difficile et peut-être même à une existence précaire. C'est en vain qu*on aurait réglé Theure des trains et prévu jusqu'aux plus petits détails du service, une imprudence involontaire, un retard subit, un embarras imprévu de la voie, un grand nombre de circonstances qu'on ne peut soupçonner à l'avance, auraient continuellement déjoué les combinaisons les plus régulières, 'et il n'y aurait eu aucun moyen de prévenir de fréquents malheurs. Lorsqu'un accident se produit, on se

TELEGRAPHES DES CHEMINS DE FER. j9

trouve le plus souvent éloigné de tout secours, en des lieux déserts où la surveillance est imparfaite : le télégraphe peut alors signaler le danger et permettre d'éviter de plus grands désastres.

L'immense extension que les chemins de fer prirent tout à coup en 1838, favorisa beaucoup, non-seule- "iQient l'adoption, mais l'invention même du télégraphe électrique. On avait fait plusieurs expériences et différentes tentatives pour établir un système de télégraphie à l'usage des chemins de fer, inventes déjà depuis plus de dix ans. De tous les systèmes proposés, aucun n'avait réussi.

Un savant allemand, dont le nom se trouve lié à toutes les découvertes de la télégraphie, M. Steinhell, avait établi, en 1837, à Munich, un télégraphe sur une longueur de 5 kilomètres, et son essai, qui n'avait réussi qu'à moitié, avait fort étonné les spectateurs.

En Amérique, M. Morse avait abandonné la peinture, son occupation favorite, pour se livrer à des recherches analogues, et son système avait déjà été montré en public dans plusieurs expositions. Ce n'étaient encore là que des essais informes sur lesquels l'opinion publique ne s'arrêtait pas. Pourtant la multitude des essais indiquait que la question était sérieusement étudiée et allait bientôt être résolue.

► Ce fut sur le chemin de fer de Londres à. Birmingham, qu'en 1838 un ingénieur anglais, M. Wheatstone établit le premier télégraphe éleclrique. A la suite de travaux sur l'électricité, aussi nombreux qu'intéressants, M. Wheatstone avait imaginé un télégraphe particulier^ qui n'a été que très-peu employé à cause de

la complication de son mécanisme. Mais, dans le principe, ce premier système, sans cesse .modifié par son inventeur, fonctionna pendant un certain temps. La télégraphie électrique était donc praticable, la question n'était plus que de perfectionner les appareils. Aussitôt Ton se mit à l'œuvre. Tous les savants travaillèrent. L'Angleterre, TAUemagne, l'Amérique, eurent leurs systèmes particuliers, différents les uns des autres. La France, -munie de son système de télégraphie aérienne, ne suivit que fort tard Timpulsion des autres nations.

En i 844, on a établi en France un premier télégraphe pour le service spécial de la ligne de Paris à Rouen. L'expérience répondit à tout ce qu'on en avait espéré : la réussite fut considérée comme complète, et depuis lors on ne construisit plus une voie ferrée sans y adjoindre une ligne télégraphique. Les télégraphes établis à la suite de cet essai furent ceux de Paris à Orléans (1847) et de Paris à Lille (1848). Aujourd'hui on compte de nombreuses lignes télégraphiques, non-seulement le long de tous les chemins de fer, mais encore sur un grand nombre de routes ordinaires.

Afin de rapprocher, autant que possible, les télégraphes électriques et aériens, on fit construire par un artiste d'un grand talent, M. Breguet, un télégraphe à signaux, dont les bras noirs étaient mobiles et prenaient différentes positions : l'alphabet fut rendu uniforme, pour les deux systèmes, et pendant un certain temps, cet appareil fut seul en usage dans les postes télégraphiques français. Depuis lors, on a reconnu la

mpériorité du système de Morse, et on l'a univcrsellcnent adopté : il ne reste plus maintenant d'appareils i signaux. Du reste, les compagnies de chemins de fer mt bientôt repoussé tous ces systèmes; elles se serirent d'un appareil presque aussi simple que celui de Morse, mais plus facile à manier et à comprendre ; c'est le télégraphe à cadran.

La simplicité des appareils, et slirtout la facilité de leur usage sont des conditions indispensables pour les télégraphes des chemins de fer. Il faut qu'un employé quelconque, un étranger même, puisse faire jouer le télégraphe lorsqu'il en est besoin. L'employé préposé à ce service peut être absent ; un signal pressant se fait entendre, il est utile qu'une personne, quelle qu'elle soit, la plus étrangère au service du télégraphe Qji du chemin de fer, puisse recevoir et comprendre 1^ dépêche, afin d'jiviser à la nécessité. C'est qu'en effet, ce ne sont plus ici des missives secrètes et personnelles, mais bien des faits que tout le monde a intérêt à savoir dans le plus bref délai. Cette considération a faitadopter le télégraphe à cadran.

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