TÉLÉGRAPHE MORSE PERFECTIONNÉ
Le système de Morse a été surtout perfectionné par d'habiles constructeurs français, MM.Digney. Les dispositions nouvelles sont à la fois simples, pratiques .et utiles.
L'impression de la dépêche au récepteur est faite à Tencre au lieu de l'être par gauffrage. Pour cela, le levier mu par rélectro-aimant porte la bande de papier et la soulève plus ou moins longtemps ; la force qui fait mouvoir le levier peut être à peine appréciable, le poids du papier étant sans importance. Lorsque la bande est soulevée, elle vient frotter contre une roue qui tourne continuellement. Cette roue, légèrement imprégnée d'encre grasse, laisse sur le papier une trace plus ou
moins longue, selon la durée de l'attraction magnétique, mais toujours très-nette et très-visible. On obtient ainsi sur le papier une série de points et de traits qui constituent les signaux de l'alphabet Morse.
La difficulté consistait à faire en sorte que la trace fût nette, et que l'encre ne coulât pas de la roue sur le papier. Le disque traceur est mu par un mouvement d'horlogerie, en sens inverse de celui du papier qui se déroule. Dans sa rotation, il rencontre un rouleau de drap, imbibé d'encre grasse très-fluide ; ce rouleau tourne lui-même sous le léger frottement de la roue, de sorte que celle-ci prend constamment une faible quantité d'encre, juste assez pour imprimer sa trace sur le papier. D'ailleurs l'encre grasse employée conserve longtemps sa fluidité, et il est à peine nécessaire d*en verser quelques gouttes sur le rouleau tous les quatre ou cinq jours. Le reste du récepteur n'est pas changé. C'est l'appareil même de Morse avec cet avan'.age que la dépêche s'y déroule imprimée et facile à lire, et que les relais peuvent toujours être supprimés.
Le manipulateur a également été modifié, et MM. Digney l'ont rendu automatique. C'était là un important problème, qu'avait posé autrefois l'administration française elle-même. Le nombre de solutions proposées fut si grand que Tadministration retira la question, et s'en tint d'abord à l'appareil primitif. Mais depuis lors, elle adopte peu à peu le manipulateur automatique de MM. Digney.
Un appareil sera automatique lorsqu'il pourra faire passer de lui-même une dépêche quelconque qu'on lui
présentera composée, sans qu'il soit besoin d'un employé constamment occupé à agir sur le manipulateur. Une seule personne pourra*de cette façon transmettre et recevoir à la fois un nombre de dépêches, limité seulement par le nombre de lignes aboutissant au poste, et il n'aura d'autre travail que celui de surveiller les appareils et de faire les signaux indispensables.
MM. Digney composent d'abord la dépêche avec un appareil spécial, le perforateur. Une bande de papier est découpée en points et en traits suivant la teneur de la missive. Deux touches agissent sur un mécanisme qui commande un emporte-pièce d'acier. Lorsqu'une de ces touches est abaissée, le papier se déroule sans perforation ; lorsqu'on frappe sur l'autre, l'emporte-pièce découpe un point sur la bande de papier qui ne marche alors que d'un seul cran. Un seul abaissement de celte touche produit un point, deux abaissements consécutifs donnent deux points réunis, c'està-dire un trait; chaque fois la bande s'avance d'un cran. Ainsi la composition de la dépêche consiste à agir sur deux touches semblables à celles d'un piano, et la bande se déroule découpée à jour. On peut vérifier le télégramme, l'accepter ou le rejeter avant de l'envoyer. De plus, l'employé qui compose la dépêche peut ne pas en saisir le sens ; il n'a qu'à se conformer au modèle écrit qu'on lui donne.
Ainsi composé, le télégramme est porté au manipulateur, et abandonné à l'appareil. Ce manipulateur se compose d'un levier coudé, d'une extrême mobilité, et dont un des bras appuie constamment sur jje papier qui se déroule. La pile communique avec le levier, et
la ligne avec une pièce métallique sur laquelle glisse la bande découpée. Tant que le levier touchera le papier, le courant ne passera pas ; si un trou se présente, le leyier ne touchera plus la bande, il s'abaissera de toute répaisseur du papier et touchera la pièce métallique ; alors Télectricité passera dans la ligne. Plus le trou sera long, plusjongtemps passera le courant; elle récepteur enregistrera une dépêche conforme à Toriginal. Un mécanisme très-simple est disposé autour du levier coudé pour en assurer l'action.
Ce système opère très-rapidement. On est parvenu à transmettre avec cet appareil 175 lettres à la minute^ tandis que le système ordinaire ne donne que 70 à 80 lettres, lorsqu'il est mis en action par un employé bien exercé à la manœuvre. En outre, comme il n'est pas besoin de toucher au manipulateur, on ne court aucun risque de le déranger. Quant au perforateur, il est assez solide pour résister à tous les poignets , il écrit environ par minute 7 à 8 mots de 5 lettres en moyenne.
Il faut ajouter également que les modifications précédentes des deux appareils sont complètement indépendantes Tune de l'autre. Ainsi le récepteur est déjà adopté partout, et le manipulateur ne s'introduit que très-lentement dans Tusagc ordinaire.
En Angleterre et même en France, sur les grandes lignes, on commence à employer le télégraphe de M, Hughes. Ce système, très-ingénieux, mais très-
compliqué, exige des employés habiles et intelligents, et ne peut être établi dans des postes secondaires. Il est trcs-rapide ; il livre la même dépêche imprimée à la fois au poste de départ et au* poste d'arrivée, ce qui facilite les vérifications ; la manœuvre en est très-simple ; et, quoique la complication du mécanisme soit trèsgrande, j'essayerai d*en donner une idée exacte. Cet appareil a obtenu à l'Exposition universelle la récompense destinée aux systèmes télégraphiques.
Lorsaue le télégraphe marche, la pile, dont les deux pôles sont attachés aux points marqués + et — sur la figure théorique du télégraphe Hughes, communique d'un côté avec la terre T, de l'autre avec un bouton t. Un clavier, se composant de vingt-six lettres ou signes divers et deux blancs, forme le manipulateur. L'employé, pour envoyer une lettre, abaisse la touche correspondante. Celle-ci est précisément en t. Elle soulève un goujon, marqué G du côté du posté expéditeur. Le courant passe suivant la direction de la flèche à travers toutes les sinuosités du fil, jusqu'à la ligne V qui communique avec le poste récepteur.
Dans sonparcoursle courant traverse Taxe vertical a du manipulateur, animé, par un puissant mouvement d'horlogerie, d'un mouvement de rotation assez rapide. En tournant. Taxe a entraine un chariot qui passe audessus des vingt-huit trous d'un disque fixe D, comme on le voit dans la grande figure. A chaque signe correspond un trou ; et le goujon, que soulève la touche, soulève à son tour la pièce B du chariot. Quand le télégraphe ne marche pas, la pièce B repose par une vis sur la parlie inférieure du chariot; dans ce cas Taxefl,
oo
u te
qui est fonné des deux parties conductrices séparées par un morceau d'ivoire isolant, est réuni métalliquement à la terre T. Cette pièce B', comme le montre le poste récepteur, fait communiquer entre elles les deux parties de Taxe, et le courant passant alors de Tune à Tautre, va se perdre dans la terre en T. Quand le télégraphe marche, la pièce B étant soulevée par instants, le courant venant du récepteur ne peut plus aller jusqu'à la terre ; mais celui que lance la pile du manipulateur ya à la ligne L.
Après avoir quitté l'axe a, le courant traverse les électro-aimants E, pièces importantes dont chacune commande le récepteur du poste de départ et celui du poste d'arrivée. Dans cet électro-aimant, l'électricité n'agit pas comme à Tordinaire. Cette pièce se compose d'un fort aimant inférieur en fer à cheval ; chaque pôle de celui-ci est surmonté d*un morceau de fer doux autour duquel s'enroule le fil du courant. Lorsque le courant ne passe pas, le fer doux est aimanté sous l'influence du fer à cheval, et un levier p est abaissé ; aussitôt que le courant passe il désaimante le fer doux, et le levier ]j n'étant plus attiré, cède à Faction d'un ressort antagoniste r, et vient choquer une vis marquée /. Ainsi, au lieu que le courant aimante le fer et lui fasse attirer son armature, ici le fer est désaimanté et l'armature repoussée ; il faudra par conséquent une force bien moindre pour effectuer ce dernier travail , puisque le moindre affaiblissement du magnétisme suffît pour que le ressort r l'emporte. Naturellement ce ressort est plus ou moins bandé, de façon que la lame p soit exactement en équilibre. Le redressement de p détermine celui
du levier / , lequel agit directement sur le rccepleur.
Cette partie de l'appareil se compose de deux parties, Tune qui s'appelle Vaxe des types, parce que cet axe porte la roue à lettres, Tautre dont le nom est axe des cames. Ce dernier est formé de deux parties indépendantes. La première, invisible dans la figure, tourne rapidement sous rinfluencc du mouvement d'horlogerie, et fait environ sept cents tours par minute ; elle porte un volant V qui régularise le mouvement, et empêche tout ralentissement de Taxe au moment où se produisent des résistances. De même un pendule conique régularitt le mouvement de rhorlogerie. — La seconde partie ril Taxe des cames, visible dans la figure de détail, estiih dépendante de la première et reste immobile tant (fut le courant ne passe pas. Mais aussitôt que la lame)ri soulevé le levier /, un cliquet rend les deux portiofnsde Taxe des cames solidaires, et elles font ensemble un seul tour complet. A cause du volant, cette brusque résistance ne ralentira pas le mouvement de Taxe. Âpvès avoir fait un tour entier, le cliquet échappe, et^Ii deuxième partie de Taxe redevient immobile. OéUe deuxième partie porte quatre cames, dont chacune a une fonction spéciale.
L^ixe des types se compose encore de deux portbiM, dont une seule tourne d'une manière continue ayec la même vitesse que Taxe du manipulateur a. L'ai partie tourne aussitôt que le télégraphe commie marcher et que le courant est passé une fois. Pour ' une des quatre cames précédentes, la dernière, œiie qui est indiquée n, produit Tembrayage entre les deux
AUTRES SYSTËHBS DE TÈLËGRAPHES. ISS
portions de Taxe des types, et le lien une fois «îtabli / subsiste tout le temps que passe la dépêche. Pour ren- Jre-les deux parties de l'axe des types indépendatitcs, comme elles doivent l'être quand aucun courant ne traverse l'appareil, l'employé appuyé sur la louche Qet ilétermine le désembrayage.
Fig. N.
Donc, aussitôt que le télégraphe entre en fonction, l'arbre des types commence de lui-même à tourner avec la même vitesse que l'axe du manipulateur. Deux roues sont portées par l'arbre. L'une C, appelée roue correctrice, porte vingt-huit dents. Elle a pour eiTct de rétablir continuellemeot l'accorrl entre le réreptcur et le manipulateur, si par suite de circonstances accidentelles, les deux appareils ne marchaient plus rigoureusement ensemble. — La deuxième came u, s'engage dans les dents, et fait avancer ou reculer la roue C, de manière que le vide soit précisément en place. — Cette
i2G L'ÉLECTRICITÉ.
came u a encore une autre fonction : lorsque Taxe dci cames ne tourne pas, elle appuie sur le ressort z qu fait communiquer le manipulateur avec la ligne.
Au-devant de la roue correctrice, et tournant ave elle, la roue T porte des caractères d'imprimerie qu se recouvrent d'encre en frottant contre le tampon K On n'a placé que vingt-six lettres ; les deux blancs cor respondent à un large vide. Le marteau cylindrique R tourne sous Faction de la came x, ce qui fait avance] le papier qui se déroule; il est en outre soulevé par h came j/, et, venant s'appuyer contre la roue des types, il reçoit l'impression de la lettre qui est à la partie ift férieure. — Il est nécessaire d* ajouter que, par un mécanisme à la portée de l'expéditeur, à cette roue des lettres on peut en substituer une autre indiquant les chiffres et les signes de ponctuation, comme ils son! indiqués sur les touches.
Telle est la description succincte de ce système trèsingénieux, mais, comme on le voit aussi très-compliqué. Lorsque l'expéditeur attaque le poste voisin, il rend libre le mouvement d'horlogerie de son appareil, et appuie $ur une touche blanche, ce qui fait marcher une sonnerie du poste attaqué. Aussitôt, les signaux préparatoires étant faits et les deux mouvements d'horlogerie bien réglés, la correspondance commence ; les touches sont abaissées successivement et par ordre avec une vitesse qui dépend de la rotation de Taxe du. manipulateur. Lorsque le chariot B passe en dessus du goujon soulevé, le courant est lancé dans la ligne et le travail précédemment décrit s'accomplit. Les appareils et le mouvement d'horlogerie sont réglés une fois pour toutes
iTec un soin tel que la lettre imprimée est toujours iseile qui correspond à la touche abaissée, c'est-à-dire que le goujon soulevé est rencontré par le chariot, au PQoment précis où la lettre de la roue correspondant I ce goujon est à la partie inférieure.