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TÉLÉGRAPHE AUTOGRAPHIQUE DE M. CASELLI

Parmi les nombreuses propriétés que possède un courant électrique, une seule, celle qui a été découverte par Ampère, Taimantation instantanée du fer, a été appliquée à tous les systèmes télégraphiques précédemment décrits. Mais il en est une autre qui a donné naissance à toute une grande industrie, la galvanoplastie, et lont s'est servi M. l'abbé Caselli pour son télégraphe lutographique. Lorsqu'un courant électrique traverse un liquide ou un corps humide, la matière, dont est formé le liquide ou le corps, est décomposée et réduite en éléments simples. Telle est la seconde des ^andes propriétés de Télectricité produite par la pile Je Yolla.

Un mécanicien anglais, M. Bain, imagina de réunir m des pôles de la pile avec une tige de fer, et l'autre )ôle avec un papier imbibé d'une substance chimique )articulière, le cyanure de potassium. Toutes les fois ]ue la pointe de fer touchait le papier, le courant de a pile se fermait, et on avait au seul point de contact me coloration bleue. Le cyanure se décomposait, et à la suite d'une réaction chimique assez simple il se formait du bleu de Prusse. Le dessin, quel qu'il soit, tracé par la tige de fer sur le papier, est reproduit par

la série des points bleus ; et le papier reste imprimé. Tel est le principe du télégraphe automatique de M.Gaselli.

Mais de ce fait, presque théorique, à la constructioa d'un appareil télégraphique il y avait loin : des difficultés sans nombre sont venues à chaque instant éloigner et obscurcir le problème que M. l'abbé Caselli s'était proposé. Dix ans d'études opiniâtres et d'essais ^ presque informes ont été nécessaires ; pendant dix ans, il a fallu poursuivre avec acharnement une idée qui sans cesse fuyait, une pensée qui semblait se jouer ; de tous les efforts ; il a fallu entendre les railleries | décourageantes des indifférents, les plaintes encore plus fâcheuses des amis, les commentaires ridicules de tous ceux qui proclamaient le but impossible à atteindre, l'appareil impraticable. Si, comme le dit Buffon, le génie n'est qu'une longue patience, on peut ici admirer un rare exemple de cette maxime.

Il fallait d'abord rendre les traces du fil de fer nettes et précises, c'est-à-dire éviter les bavochures et l'étalage des couleurs; ce n'était pas là une petite difGculté : M. Caselli Ta résolue en rendant le papier assez humide pour que la réaction chimique se produise, mais assez sec pour que la décomposition ne s'élende pas au loin. Il fallait ensuite lancer ou supprimer convenablement le courant dans la ligne, et le faire d'une manière instantanée, de sorte qu'un point ne fût reproduit que par un point ni plus long ni plus large : M. Caselli y est encore parvenu. Toutes les difficultés qui surgissaient à mesure que l'appareil prenait forme, ont été ainsi successivement résolues, toujours avec avantage, quel-

quefois avec simplicité. Une pièce faisait disparaître un inconvénient, mais elle en faisait apparaître un autre qu'il fallait corriger, et ainsi de suite sans jamais s'arrêter. Une convient pas de faire ici la description complète de cet appareil étrange et de la multitude de ses détails minulieux dont chacun a sou importance. D'ailleurs de nombreuses brochures, bien longues et bien savantes, ont été écrites pour ou contre ce système, et je ne veux pas les copier. Il suffira, dans une explication succincte, de faire connaître les principales dispositions du système Caselli.

Un pendule, long de 2 mètres, oscille en emportant une masse de fer de 8 kilogrammes. Vers le milieu du pendule, se trouvent deux Lras, un pour le transmetteur, un autre pour le récepteur. Cf:S deux appareils sont du reste identiques, sauf quelques légers détails. Chacun des bras soutient un châssis qui constitue l'appareil télégraphique. Toutes les fois que le pendule va à droite, côté du transmetteur, par exemple, le bras pousse un levier, lequel, par un mécanisme convenable, fait mouvoir une aiguille de fer. Celle-ci oscille donc dans le châssis sous l'action du bras du pendule. Elle appuie sur le papier préparé quand le mouvement se fait vers la droite ; elle est relevée lorsque le mouvement est inverse et elle ne touche plus le papier. De plus, à chaque oscillation Taiguille avance légèrement dans Icscns de la longueur; si, au lieu d'une aiguille inerte, on mettait un crayon assez fin pour laisser une trace, on aurait sur le papier une série de lignes parallèles, trèsrapprochées, et toutefois distinctes les unes des autres. Le mécanisme chargé de faire accomplir tous ces dépla-

ccracnls à l'aiguille est assez compliqué, mais il esl très-ingénieux.

L'oscillation du pendule détermine donc le mouvement de va-et-vient d'une tige de fer : celle-ci ne touche le papier que lorsqu'elle marche dans un sens, et elle se déplace légèrement à la fin de chaque oscillation.

Le papier a subi une préparation spéciale. Au départ, pour la transmission, on se sert d'une feuille métallisée, conduisant bien l'électricité, et convenablement recouverte d'une encre isolante. A l'arrivée, pour la réception, on emploie une feuille de papier imprégnée de cyanofcrrure de potassium. Tant que Taiguille du transmetteur touche le papier métallique, le courant esl lancé dans !a ligne ; aussitôt que l'aiguille rencontre l'encre, l'électricilé est arrêtée, mais reprend son cours quand l'aiguille revient au contact du papier. A l'arrivée, tant que le courant passe, l'aiguille est éloignée du papier; dès que lé courant de ligne est interrompu, un petit courant local pénètre dans l'aiguille, la fait tomber, et détermine sur le papier un point coloré.

D'après ce mode de transmission, une dépêche écrite par le télégraphe Caselli se compose d'une série de lignes ti ès-rapprochces et sur ces lignes certains points sont marqués. La dépêche, dessin ou lettres , n'est pas faite d'un trait continu, mais d'une série de points très-voisins les uns des autres, et donnant par leur ensemble le même dessin que l'original ; la couleur est bleu foncé.

La feuille rui sert à la réception est une feuille de papier ordinaire imprégnée d'une dissolution de cyano-

ferrure «le potassium, encore légèrement humide, et disposée sur un support en étain. Le courant, en passant, détermine une réaction chimique entre l'eau et l'oxyde d'ctaiii qui souille la surrace du support, ce qui décape continuellement cette surface et la rend toujours conductrice de l'éleclricité. Lorsque la dépêche csl finie, on a une épreuve en bleu foncé; mais si on traite le

patrappireil CaMlli.

papier par un mélange aqueux d'acides azotique et pyrogaltique, le dessin devient très-noir et très-intense, et c'est quelquefois sous cette forme que sont livrées les dépêches. — D'autres fois, on traite le papier par une décoclion acide de noix de galle; on obtient alors un dessin blanc, non conducteur de l'électricité, ce qui permet d'employer cette épreuve pour la transmission à un autre poste.

Tel qu'il a été décrit, l'appareil n'utiliserait qu'une course du pendule. L'aiguille de transmission est abaissée quand le balancier va de droite à gauche, et lorsque celui-ci va de gauche à droite, elle est relevée et ne travaille pas. Il en est de même du récepteur. Pour ne

point perdre la nioilié tlu temps de la marthe du pendule, M. CascIIi a doublé l'appareil ; à côté de la première dépêche, il en dispose une seconde, sur laquelle une deuxième aiguille se meut en sens inverse de la première. Ainsi, dans ce télégraphe, on envoie simultanément deux dépêches, sans aucune crainte de confusion, puisque, pendant que l'une des aiguilles agit, l'autre est relevée et immobile.

CoKlli).

Un des côtés du pendule télégraphique est affediBU transmetleur, l'autre au récepteur. Ils n'agissentjuntij en même temps; quand l'un marche, le hra» correspondant à l'autre est décroché, ce qui le rend immobile. Dans la ligure, c'est le bras expéditeur qui marche. De plus, une sonnerie est mue par le pendule lui-même, lorsqu'il en est besoin. Celte' sonnerie an-

nonce qu'une dépêche va arriver ; elle sert encore à faire les signaux qui précèdent et suivent la transmission. Comme ces signaux sont fort restreints, M. Caselli a pu combiner un petit vocabulaire , très-facile a interpréter, et dans lequel un certain nombre de coups de sonnette a une signification bien déterminée. Pour faire mouvoir la sonnerie on ne fait qu'appuyer sur uûe touche invisible sur la figure.

La plus grande difficulté qu'il ait fallu vaincre était de faire mouvoir simultanément les pendules télégraphiques au poste.de départ et à celui d'arrivée. Le temps de la marche doit être exaclementle même, les oscilla* tions doivent commencer et finir en même temps ; le moindre désaccord entre les balanciers altérerait une dépêche de fond en comble. M. Caselli a obtenu cette rigoureuse coïncidence, au moyen d'un chronomètre régulateur. A chacune des extrémités de la course du pendule est placé un électro-aimant j qui attire la masse de fer formant balancier, et la laisse retomber. A certains moments, le chronomètre lance le courant dans un des électro-aimants de la station éloignée, le balancier reste alors suspendu, et il y a arrêt dans le mouvement pendulaire. Chaque pendule télégraphique dépend ainsi du chronomètre régulateur de la station éloignée. Or ces chronomètres peuvent être rendus aussi exacts que possible, par des mécanismes d^horlogerie. Il en résulte un accord rigoureux entre les pendufcs des deux stations.

Tels sont 1 s principes sur les juels repose le panté- Icgraphe de M. Tabbé Caselli. Les mécanismes en sont très-ingénieux ; les détails en ont été soigneusement

étudiés et combinés ; des difficultés très ardues, provenant, de la marche derélectricilé dans l'appareil, surgissaient à chaque instant et exigeaient de nouvelles éludes et de nouvelles combinaisons : il reste en somme un àp'pareil vraiment extraordinaire, très-ingénieux, très-pratique , quoique un peu trop sujet aux dérangements.

Établi d'abord, pendant huit mois à titre dressai entre Paris et Amiens, ce télégraphe fonctionne, depuis le mois d'août 1862, sur la ligne de Paris à Lyon et à Marseille. Les résultats ont été assez satisfaisants pour que cette ligne fùt\)uverte au public en 1865, dernière et suprême consécration de cette découverte. 11 reste peu de choses maintenant à perfectionner. M. Caselli a tout prévu, tout corrigé par avance, et jusqu*à présent les modifications, réclamées par l'usage, ont été peu importantes et faciles à introduire dans l'appareil.

On écrit la dépêche sur une feuille de papier argenté, avec une encreparticulière. Trois raies sont tracées sur la feuille. L'une sert de repère pour placer Taiguille du transmetteur ; on doit écrire entre les deux autres : tout ce qui dépasserait ces limites, serait hors des atteintes de Taiguille et ne serait pas transmis. On pose la feuille de papier sur un support préparé et place sous Taiguille ; puis on fait les signaux convenables ; lorsque tout est prêt, on met le balancier en marche, et la dépêche passe. On peut ainsi transmettre 40 dépêches à l'heure, c'est-à-dire 15 mots ou 75 lettres par minute, en ne supposant aucune perte de temps.

Cet appareil peut se prêter à la sténographie, et alors la rapidité est véritablement prodigieuse. On

s'occupe même de modifier le système pour lui douner une transmission encore plus rapide, et, pour ainsi dire, double de ce qu'elle est actuellemcnl. On est déjà parvenu à ce résultat d'une manière relativement simple.

Le pantélégraphe est en définitive assez pratique pour qu'on puisse s'en servir dans des occasions extraordinaires. Il n exige de la part de l'employé aucune connaissance spéciale, et ne lui impose qu'un travail purement mécanique. Il suffit de placer le papier préparé et de surveiller la marche du pendule; la dépêche passe toute seule, l'appareil est automatique. On atteint donc ce résultat qui parait au premier abord paradoxal : les transmissions autographiques, celles qui envoient récriture même de Texpéditeur, sont les plus faciles et les plus régulières : on peut expédier deux dépêches différentes en même temps. L'électricité devient, grâce à ces différentes inventions, une des forces les plus dociles et les plus soumises que Thomme ait su conquérir sur la nature.

L'extrême précision et la complication du mécanisme de l'appareil de Caselli n'enlèvent rien à sa solidité. Les pièces qui la composent ne sont nullement fragiles; s'il est recommandé aux employés de ne point les toucher, ce qui d'ailleurs n'est jamais nécessaire, c'est par excès de précaution. II suffirait qu'un seul des organes ne remplît pas exactement son rôle pour que l'appareil fût dérangé.

Il faut pourtant signaler un défaut, qui provient non point du syslème lui-même , mais de l'installation des lignes, telle qu'on la voit aujourd'hui. Si, au moment où le télégraphe marche, la ligne est brusque-

ment. traversée par un courant autre que celui qui est envoyé par le transmetteur, il arrivera que certains points ne seront pas reproduits, ou bien qu'il se reproduira des points étrangers à la dépêche. Il se fait assez fréquemment un mélange des fils : c'est-à dire que les iils d'une même ligne, bien qu'ayant des distinations différentes, viennent à se toucher sous Faction d*une cause quelconque; alors le courant de l'un passe dans Tautre et va produire au récepteur une certaine perturl)ation. Ou bien encore un orage éclate tout à coup sur un des points de la ligne et détermine dans les fils des courants accidentels. Dans ces circonstances, certains flux d'électricité ne provenant pas du transmetteur arrivent néanmoins au récepteur et le font marcher.

Ces inconvénients ne sont pas particuliers au pantélégraphe de iM. Caselli. Ils subsistent pour tous les systèmes, et on a su les atténuer, sinon les éviter complètement par différents procédés. Dans le système aulographiquo, ces perturbations accidentelles auront une importance moindre que dans les autres systèmes. Ici la dépêche forme un ensemble régulier, et comme les ^Signaux anormaux sont généralement en petit nombre, il sera toujours facile de distinguer ce qui est exact de ce qui est erroné.

Ce fait se produisit dans un des premiers essais entre Paris et Amiens. On expédiait le portrait deTImpératrice. L'appareil marchaitparfaitement bien, quand tout à coup il y eut mélange de fils. Il se produisit une interruption brusque, et il passa au récepteur Caselli certains signaux de Talphabet Morse, qui suivaient une

autre ligne. Ces signaux manquèrent à la dépêche, et le portrait de rimpcratrice se trouva mélangé de traits et de points, peu nombreux d*ailleurs, appartenant à Talphabet Morse. Mais qu'importait? Ce portrait est assez connu de tous pour qu*on pût le reconnaître même dans des circonstances plus désayantageuses encore.

Il faut se hâter de dire que ces accidents sont trèsrares et ont pu être presque entièrement éliminés. Ainsi l'électricité atmosphérique ne peut plus occasionner ces fâcheuses perturbations, grâce à un système particulier de paratonnerre; et on a pu constater que Tappareil Caselli pouvait fonctionner sans danger, même par les temps orageux, alors que le télégraphe Morse était forcé de rester inaclif.

On est ainsi parvenu à produire, à des centaines de lieues de dislance, des fac-simile d'une exactitude surprenante ; au dire même de certaines gens, qui se laissent passer pour artistes, les reproductions sont plus belles que les originaux, à raison du moelleux des traits, ce qui les fait ressembler légèrement à une gravure à la molette. Cette assertion est peut-être fondée, mais ce n est pas ici le lieu de la discuter ^

y *■ On expérimente, depuis quelque jours à peine, sur la ligne de Paris' à Saint-Ëtienne, un nouvel appareil particulier, qui parait Irès-rapprochc de la perfection. La dépêche est écrite sur un papier isolant ; elle est transmise sur papier ordinaire au moyen d'un pinceau qui marque, comme dans Tappareil Caselli, une série de points, mais avec une encre quelconque, et non point par une décomposition électro-chimique. Cet appareil, paraît-il, est à la fois très-facile à manier et Ircs-rapide, puisqu^il transmet aujourd'hui (janvier 18G8} 45 dépêches à l'heure ; il est peu coûteux et

^ Ton espère pouvoir le construire à raison de 500 francs. Les essaie, faits par l'administration, ont paru suffisants; et l'on en construit déjà un certain nombre. Cet appareil n'est pas encore livré au public. L'auteur Cït un employé ordinaire de l'administration française.

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