MACHINE A AIR DILATÉ
Dans ces temps de démolitions, il est nécessaire de travailler vite et surtout de reconstruire promptement. Souvent, en passant dans ces innombrables rues qu41 a fallu rebâtir, on voit les constructions marcher rapidement : une machine fait monter les pierres, Tarbre tourne, les roues, les poulies, le volant, fonctionnent comme à l'ordinaire, et pourtant il y a quelque chose d'inexplicable : on ne voit ni chaudières, ni vapeur produite. On voit bien le piston marcher, les tiroirs exécutent leur mouvement habituel ; mais c'est en vain qu'on cherche le reste, qu'on se demande où est le moteur qui pousse le piston. Ou s'en va tout perplexe, et on remarque alors, sur l'échafaudage, une grande pancarte par laquelle on apprend qu'on a sous les yeux la « machine à air dilaté par la combustion du gaz, de M. Lenoir. » L'étincelle de la bobine joue ici le principal rôle.
Cette machine se compose d'un corps de pompe ordinaire ; mais au lieu d'y introduire de la vapeur, on y laisse entrer un mélange d'air et de gaz d'éclairage; des deux côtés du corps de pompe sont les tiroirs qui
règleat Tintroduction du mélange. Lorsque le piston est à une extrémité, l'espace qu'il laisse au-dessous de lui se remplit du mélange ; alors éclate une étincelle d'induction, le gaz s'enflamme, brûle avec une grande chaleur, et le mélange aérien, brusquement chauffé, se dilate avec force. Le piston est poussé en avant, et le mouvement est produit. Lorsque la course a été fournie et que le piston est arrivé à Tautre extrémité, il se passe le même phénomène; le piston est repoussé en arrière, en chassant devant lui et dans l'atmosphère Pair qui remplissait la cavité, et l'action se continue indéfiniment.
La force de la machine dépend des proportions du mélange d'air et de gaz inflammable : plus ce dernier sera abondant, plus la chaleur développée par la combustion sera considérable; l'énergie de la machine n^est donc limitée que par la grandeur du corps de pompe, et Ton cherche d'avance les proportions qui donnent le plus d'effet utile. Dans les machines ordinaires qui fonctionnent pour les constructions à Paris, la force est de trois chevaux-vapeur, puissance très-suffisante pour élever des pierres et des matériaux jusqu'aux derniers étages des maisons.
Cette machine, parait-il au premier abord, ne doit fonctionner que dans le voisinage des usines à gaz et des conduits où il soit facile de puiser le combustible nécessaire. Mais on peut la modifier et la rendre indépendante de cette condition : la dépense sera seulement augmentée. Au lieu de se servir d^un mélange de gaz et d'air, il suffit de faire passer l'air dans un liquide combustible, tel que le pétrole ou 1 huile de
Ichiste ; Tair se chargera de vapeurs inflaniinablcs, et ^étincelle électrique hrûlèra ces vapeurs comme elle krûlait le gaz. L'effet obtenu sera le même que dans la |iremière disposition.
- La machine Lenoir ne diffère, du reste, d^une ma- =chine à vapeur ordinaire que par le choix du moteur; les autres pièces sont complètement identiques. Lasup- . {cession de la chaudière permet de plus de placer la
machine partout, à tous les étages, dans une chambre tjrèlativement petite, et c'est encore là un avantage con- |lBdérable.
^ ÉCLAIPA6E PUBLIC.
^ Parmi les expériences de M. Robin qui étonnaient le tplus son auditoire, il en était une qu*il variait de di- 'perses façons, et qu'il désignait le plus souvent sous le lïom à* arbre de Noël. 11 présentait un sapin couvert de Oeige, et bientôt celte neige, tirée par des cordons invisibles, se transforinait en bougies et en jouets de toutes sortes, lesquels étaient naturellement distribués aux enfants ; jusque-là ce n'est que de la prestidigitation ordinaire. Mais voici qu'à l'ordre d'une personne quelconque de la salle, les bougies s'allument Dru s'éteignent toutes ensemble, et autant de fois que l'on veut. Il n'y a rien que de très-ordinaire dans ce fait qui parait étrange.
Les bougies ne sont autre chose que des becs de gaz. Au commandement c( allumez-vous, » une personne, visible ou non, ouvre le robinet du gaz et lance une étincelle d'induction. Celle-ci éclate en même temps
Igg L'ÉLECTRICITÉ,
au dessus de tous lea becs, qui communiquent entr< eux metalhqueiDent, et elle eclale au milieu du gaz ^ — lequel s'enflamnie . Ai
' commandemeut i élei gncz TOUS, D la personne fcmie le robinet du gaz les bougies s éteignent pour se rallumer àc la même Façon. Aussi , quand on prêle attention, on entend un petit éclat au moment où la flamme apparaît, et l'on distingue même une lueur pâle et violette, qui est l'étincelle électrique.
Ce procédé pourrail élre appliqué aux lustres ' des théâtres, aux divers becs de gaz d'un établissement public. On arait même propose d'allumer ainsi tons les réverbères de Paris, ou tout au moins ceux qui dépandenl d'une même usine. On aurait tu, par exemple, ious les flambeaux de la rue de Rivoli s'illuminer ensemble et, comme par enchantement, former tout & coup cr:tte ligne de feu dont la régularité et limmense longueur causent l'admiration des étrangers. Mais on a craint que les fils conducteurs de l'électricité ne vinssent à se déranger facilement, et que, par cette pratique, on ne fût pas assez maitre de chaque candélabre en particulier.
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àPPLIGàTIOI^S diverses 189
Lors de l'inauguration du boulevard du Prince-Eugène, on avait dressé à Fentrée un grand arc de triomphe. Au moment même où le cortège aurait passe sous ceiarc, de nombreux becs de gaz devaient s'illuminer tout à coup et ceindre d'une couronne de feu les décorations de l'édifice. L'expérience, essayée la veille au soir, réussit parfaitement; toutes les précautions étaient prises; mais, au moment délicat, l'électricité, resta inerte, et le cortège passa sous la voûte, qui resta sombre au lieu de resplendir d'une officieuse clarté.
L'étincelle d'induction peut non-seulement être chargée d'allumer le gaz et défaire commencer l'éclairage ; mais elle est capable de devenir assez lumineuse par ellemême, pour être employée alors dans les mines de houille et les travaux sous-marins. La question de l'éclairage des mines de houille intéresse l'humanité tout entière. Dans les galeries souterraines s'accumule un gaz terrible, le grisou; quand il prend feu, une explosion épouvantable détruit la mine et ensevelit dans les profondeurs les nombreux ouvriers qui allaient y gagner le pain de leur famille et qui y meurent asphyxiés et brûlés. Nul n'ignore qu'un illustre savant anglais, Davy, avait déjà mérité l'éternelle reconnaissance des mineurs en inventant une lampe qui diminuait notablement les chances de-calastrophe. Mais, hélas ! ces horribles accidents se produisent souvent encore : tantôt une imprudence des mineurs, tantôt ïune circonstance fortuite, tantôt un éboulement qui casse la lampe, enlèvent à Tappareil de Davy sa plus grande efficacité ; chaque année, il meurt, en Angleterre, environ dix mille hommes laissant leurs fa-
milles dans la désolation et la plus affreuse misère.
M. Ruhmkorff, sur la demande du directeur des mi nés de Lac, a construit un appareil d'induction servant à éclairer l'ouvrier. Un tube très-fin se recourbe un trèsgrand nombre de fois en spirale, on retire l'air de c» tube, et on y lance l'étincelle d'induction. Alors dan ce petit espace apparaît une gerbe lumineuse très-iatense et très-régulière. Cette spirale lumineuse eâ encore placée dans un manchon en verre qui la prot^e et que le mineur tient à la main. Dans une boite por«| tée sur les épaules, se trouvent une petite bobine etumj pile; c'est de là que le courant est conduit, àtravenJ les enveloppes en caoutchouc; jusqu'au tube lumineuiJ Un réflecteur métallique placé derrière la spirale eij augmente l'intensité. '
Ici les inconvénients de la lampe ordinaire ne senti pas à craindre. L'étincelle électrique est préservée du contact de l'air; et si, par une cause quelconque, k tube venait à se casser, l'air rentrerait aussitôt dans l|i spirale, s'interposerait entre les pôles, et l'étincelle seraîtj arrêtée immédiatement, car la machine employée ^ beaucoup trop faible pour donner dans l'air un éclair d'une pareille longueur. L'appareil a été essayé et re* connu excellent ; l'intensité lumineuse est assez forttj pour guider l'ouvrier et lui permettre de travailler. Aussi, malgré son prix plus élevé, cette nouvelle laiopej commence à être employée dans les mines de houille.] En outre, comme cette flamme n'a pas besoin d'air pour se renouveler, on peut utiliser Tappareil pour les li»l vaux sous-marins, lorsque l'ouvrier, muni d'un sca-( phandre, est plongé au milieu de l'eau.