ETABLISSEMENT D'UN MOTEUR
Toute force, par cela seul qu'elle produit un mouvement, peut devenir force motrice ; mais, dans l'applica-
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tion, il faut vaincre deux sortes de difficultés. II faut d abord que la force puisse agir sur une machine particulière, spéciale, différente suivant la nature de la puissance ; cette machine sera mise en branle, et son mouvement, transformé par divers appareils de mécanique, sera employé à produire l'effet utile, le travail exigé. Ainsi est construite une roue hydraulique : un courant d'eau la met en rotation, et elle peut alors, au moyen d'engrenages, faire tournerlesmeulesoulcs volants qui acconipliront le travail de l'usine. Ainsi fait encore le piston d*une machine : sans cesse poussé par la vapeur qui arrive de la chaudière, ce piston, animé d'un mouvement de va-et-vient continuel, agit, au moyen de bielles et de balanciers, sur le volant, sur les roues de la locomotive.
La seconde difficulté à vaincre dans rétablissement d'une machine, est de régénérer continuellement la force. Lorsque l'eau a produit son effet, elle s'écoule en aval de la roue, et celle-ci s'arrêterait bientôt si une nouvelle quantité d'eau ne venait conlinuer l'action de la première. Lorsque la vapeur a poussé le piston, elle s'échappe dans l'atmosphère, et le mouvement cesse si la chaudière n'envoie plus de nouvelles vapeurs. Il est donc nécessaire que la force soit constamment reproduite, et qu'elle puisse agir sur une machine motrice, d'une manière continue et régulière.
L'électricité est une force : elle aimante un morceau de fer et détermine ainsi le mouvement d'une armature. De plus, comme on possède, depuis Volta, un appareil spécial, la pile, susceptible d'engendrer cette électricité d une manière constante et pendant un certain
temps, on a voulu faire de cet agent une force motrice. Sans cesse renouvelée, toujours en même quantité et avec les mêmes propriétés, celte force ne pouVait-elle agir sur une machine spéciale, la mettre en mouvement branle, et exécuter un travail utile? On s'est donc mis à chercher cet appareil qui recevrait l'action de Télectricité, et transmettrait le mouvement, au moyen d'organes faciles à imaginer, à des volants, à des arbres de couche, à des convois de chemin de fer.
Il n'a pas été difficile de trouver le moteur électrique, et de construire une machine remplissant les conditions demandées. Plusieurs inventeurs se sont présentés, plusieurs idées heureuses ont été appliquées ; et il est sorti de ces recherches quelques modèles de moteurs électriques très-ingénieux. Le principe de ces machines est toujours l'aimantation du fer par le^courant : aimanté et désaimanté à chaque instant, un électro-aimant attire et abandonne constamment son armature; ce mouvement de va-et-vient se communique à divers organes qui accomplissent le travail demandé.
De ces divers appareils, le télégraphe seul a été conservé dans la pratique : on a là un véritable moteur mu par l'électricité, et analogue à une roue hydraulique; mais, dans ces appareils, on a rendu les organes excessivement mobiles ; on a réduit l'électricité à donner uniquement le signal d'agir à certains mécanismes entièrement indépendants ; ce n'est pas làTidée qu'on se fait ordinairement des moteurs. Il est important néanmoins de constater que quoique les télégraphes ne soient pas propres à produire de puissants effets, la
question des moteurs électriques, telle qu'elle a été posée d'abord, est depuis longtemps résolue.
On a voulu aller plus loin ; on a voulu avoir un véritable moteur, pouvant s'appliquer aux puissants ouvrages. En considérant que la quantité de charbons enfouie sous le sol n'est pas illimitée, et qu'il devra arriver un temps oii la houille sera épuisée, on a espéré qu'à la suite de ces recherches le charbon deviendrait inutile, et que l'électricité pourrait nous rendre les mêmes services que la vapeur. Ce sont ces espérances qui sont jusqu'à ce jour mal fondées et que nous interdit encore un examen approfondi de la question.