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TRANSFORMATION DES FORCES

On ne saurait passer à côté de ce grand fait sans s*y arrêter; et je crois nécessaire d'exposer ici les principes de la transformation des forces, principes qui dirigent aujourd'hui toute la science moderne et lui ont déjà fait faire de si nombreux progrès.

L'homme est un composé d'organes, et les diverses forces de la nature ne se révèlent à lui que parce qu*elles affectent ses organes en lui procurant une sensation spéciale. Avec nos cinq sens, nous pouvons percevoir cinq sensations élémentaires, différentes les unes des autres. Selon qu'un corps affecte tel ou tel de nos sens et de nos organes, selon qu'il nous donne une certaine impression, nous lui attribuons une pro-

priété correspondante. Comme nous avons, avant tout, conscience de nous-méme, nous avons d'abord rapporté chacune de nos sensations à une cause particulière, de sorte que nous avions introduit dans la nature autant de forces diverses que nous pouvions apercevoir d'effets différents. Autrefois les savants eux-mêmes séparaient nettement les propriétés lumineuses du soleil de ses propriétés calorifiques ; ils ne considéraient pas que, si le soleil existe, c'est parce qu'il possède à la fois toutes ses propriétés, et que les abstractions de notre esprit n'ont aucune réalité naturelle; il ne leur était pas venu à la pensée que la différence de nos sensations provient, non point de la cause première, mais de la diversité des organes qui reçoivent ces impressions.

Aujourd'hui on admet que, les rayons solaires sont uniques et non point formés par la superposition des rayons chauds et des rayons lumineux ; on admet que la chaleur est une lumière trop peu intense pour être vue, et que la lumière est une chaleur trop aiguc pour être perçue par notre corps tout entier. Ainsi les sons graves ébranlent là forte masse de nos membres^ et les sons plus élevés ne sont sensibles qu'à notre oreille. Bien plus, nos organes sont trop bornés pour distinguer toutes les propriétés du soleil ; il a fallu inventer un organe, nous munir d'un sens artificiel pour connaître les propriétés chimiques et phosphorogéniques de ces rayons, et la photographie n'est que la belle traduction pratique • de ces découvertes de la science. Le pouvoir d'affecter les plaques daguerriennes est une sorte de lumière trop aiguë pour être sensible à notre rétine. De longues séries d'expériences démon-

trent jusqu^à l'évidence ces faits que je ne puis qu'é* noncer ici.

Les forces mécaniques etleson, la chaleuretlalumière, les actions chimiques, Télectricité et le magnétisme ne sont donc que les diverses apparences d'une seule et même cause qui, en passant à travers divers instruments ^ produit des effets^ variés. Une seule force est répandue dans l'espace ejt engendre tous les phénomènes; une seule force anime Tunivers, et c'est elle qui donne aux mondes leur mouvement et leur vie. Ainsi notre inteliigence peut s'élever jusqu'à ces régions sereines d'où nous contemplons les éternelles lois de la nature ; elles se déroulent devant nous dans leur harmonie simple et majestueuse, et l'homme qui les a devinées et comprises peut chercher avec confiance ce qui est encore inconnu.

L'électricité est une transformation de cette force : c'est une des nombreuses formes sous lesquelles elle se révèle à nous. Â son tour, elle peut se transformer et affecter nos divers organes. Tantôt elle fait contracter nos membres et transporte brutalement des fardeaux, nous apparaissant ainsi comme une force mécanique ; tantôt elle produit des impressions de chaleur et de lumière, et se manifeste par ces différentes sensations ; tantôt elle ébranle l'air, et nous entendons le bruit de rétincelle ; tantôt enGn elle détermine des actions chimiques. Tous ces divers effets ont été utilisés dans les arts; pour le premier seul, la transformation de l'électricité en force mécanique n'a pu encore arriver à rendre des services pratiques.

Si l'électricité se présente sous des aspects si variés,

nous savons aussi les produire d'un grand nombre d^ manières. Dans les piles ordinaires on laisse' corro^ der le zinc par Facide suliurique, et cette action clii^ mique donne des courants utilisés pour la télégraphie] la lumière, la galvanoplastie. Mais il est des piles où la chaleur donne naissance à des courants électrique^ (piles thermo-électriques) ; d'autres où Télectricité n'es( que de la lumière transformée (actinomètre électron chimique de M. Ed. Becquerel); d'autres enfin où 1^ force mécanique engendre de puissants effets élcctri^ ques (machines d'induction) . De quelque source qu^ proviennent ces électricités, elles sont identiques, cai elles se présentent toujours à nous avec les mêmei propriétés.

Aucun des faits que nous observons dans la natun n'est simple, aucun ne doit être rapporté à une seuli des manifestations de l^ force. Les divers effets, mouve ment, chaleur, lumière, action chimique ou électricité ne se montrent jamais isolés ou indépendants, ils s'ao compagnent; et si, dans la plupart des phénonicncsi l'un d'eux est prédominant et nous cache les autres c'est que nos organes ne sont pas assez délicats pou] saisir de faibles nuances. Mais, à mesure que la scienci se complète, les appareils, rendus plus sensibles, d^ viennent pour nous de véritables organes artificiels.

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