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CORPS PHOSPHORESCENTS

Certains corps ont la propriété curieuse de conserver pendant quelque temps la lumière dont on les a imprégnés, et de devenir eux-mêmes une source lumineuse : cette propriété est analogue à celle que possède l'eau dans la fontaine dont nous venons de parler. Il faut pourtant rapporter probablement ces deux phénomènes à deux causes différentes; les corps phosphorescents ont une couleur propre ; ils ne rendent pas la même lumière que celle qu'ils ont reçue. Ainsi certains corps, éclairés à la lumière blanche restent bleus, d'autres, deviennent rouges ; et, quelle que soit la couleur de la lumière incidente, les corps phosphorescents ont toujours, à l'obscurité, leur même couleur. Ces substances sont très-nombreuses ; leur étude a fait l'objet d'un très-beau travail de M. Ed. Becquerel, qui a recherché les propriétés de ces corps phosphorescents, le

temps pendant lequel chacun d'eux conserve l'impression lumineuse, et a rendu enfm cette difficile question abordable à tout le monde.

La lumière électrique est très-propre à produire la phosphorescence des corps. On l'emploie toutes les fois que l'on veut montrer ces phénomènes dans un grand amphithéâtre. Non seulement on rend ainsi les corps lumineux par eux-mêmes dans l'obscurité; mais on renforce encore la lumière qui tombe sur eux : elle paraît plus intense, plus richement colorée, si elle frappe ces substances, de même que la caisse d'harmonie d'un violon rend sensibles les vibrations de la corde.

' Aussi, d*âutre part, emploie-t-on, depuis longtemps, les corps phosphorescents pour augmenter l'intensité lumineuse. Dans la lampe des mineurs, telle que Ta construite M. Ruhmkorff, Je serpentin, dans lequel passe l'étincelle, contient des particules phosphorescentes. Le verre d'urane, dans la jolie expérience de l'étincelle d'induction, doit ses propriétés éclairantes a la phosphorescence du verre.

Cette sorte de phénomène n'est pas encore appliquée au théâtre. On avait essayé, dans les Aventures de Mandrin, de rendre sensible le remords du crime par la {)ersistance lumineuse de certains corps. Je ne sais quelles paroles écrites sur le mur de la prison poursuivaient le criminel et brillaient constamment, même dans l'obscurité. Mais cet essai a été abandonné.

LUMikRK ORUMMONO

Souvent, lorsqu'on n*a pas besoin d'une très-grande intensité lumineuse ou qu'on recule devant la dépense, on emploie la lumière Drummond. Moins brillante que la lumière électrique, elle est plus douce, plus régulière, et sa teinte jaunâtre est plus agréable à la vue. Dans la plupart des théâtr^8,'on remploie à la place de la lumière électrique. C'est, pour ainsi dire, seulement à l'Opéra que celle-ci règne seule et en souveraine.

La lumière Drummond est formée par uiie flamme de gaz d*éclairage au milieu de laquelle on amène un courant d'oxygène, gaz vital qui entretient si énergiquement la vie et la combustion. Alors la flamme du gaz brûle avec vivacité ; elle est dirigée sur un morceau de chaux, lequel devient fortement incandescent. C'est la lumière de la chaux qui donne le jet Drummond. D'après cela, la lampe est facile à imaginer : deux tuyaux amènent, l'un le gaz pris sur un tuyau de conduite, l'autre l'oxygène enfermé dans un sac; ces tuyaux, séparés jusqu'à la flamme, se terminent par un bec de chalumeau, et le courant d'oxygène débouche au milieu de la flamme du gaz. Yis-à-vis est un morceau de chaux préparée et placée sur un support qu'on peut • avancer et reculer à volonté. La lumière enfln est concentrée et dirigée à l'endroit voulu par un miroir ou une lentille. Cette lampe est beaucoup plus commode à manier, et elle occasionne moins de frais que la lampe électrique.

Par une série de comparaisons, on a trouvé que la quantité de lumière versée par le soleil sur la terre

équiTalait à celle de 22,500 becs Carcel égaux, brûlant chacun 42 grammes d'huile de colza épurée ; que la quantité de lumière versée par la lumière électrique de la plus grande intensité possible sur une même surface placée à 1 mètre, était celle de 125 becs Carcel, et que la lampe du chalumeau Drummond était de 20 becs .

A Paris, sur la place de Tllôtel de Ville, on a fait des expériences comparatives entre la flamme du gaz d'éclairage et celle d'un chalumeau Drummond particulier. D'apfcs les inventeurs, ce nouvel éclairage serait plus avantageux que celui du gaz : il reviendrait moins cher, et, pour une même quantité de lumière, il exigerait un nombre de becs bien moins grand. La lumière est encore obtenue par la combustion du gaz ordinaire, rendue plus vive par Toxygène. Le dard enflammé est dirigé sur un fragment de magnésie, et non plus de chaux. Cette substance est eu effet moins friable que la chaux, elle se conserve plus longtemps ; et surtout elle donne à la lumière une teinte bleuâtre très-fine qui la rend aussi blanche que celle du soleil ou de la lampe électrique : mais ici le point est plus stable et n'est plus soumis aux oscillations désagréables de la lumière électrique.

L'avenir est seul juge de la valeur industrielle de ce nouveau mode d'éclairage.

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