MOULES
Dans la dorure et l'argenture, il s'agissait de recouvrir d'une couche de métal un objet déterminé, et c'était cet objet lui-même que l'on plongeait dans le bain. Ici on peut se proposer, ou bien de cuivrer un obje particulier, ou bien de reproduire un modèle sans toucher à ce dernier. Dans le premier cas, on plonge encore dans le bain l'objet lui-même rendu métallique, s'il ne r<st déjà, par une couche de plombagine ; dans le second cas, il faut mouler le modèle et agir sur ce moule. Ce qui arrive ordinairement pour le cuivrage se présente quelquefois dans la dorure, lorsqu'on cherche à reproduire un modèle en or ou en argent; les procédés ne sont pas changés.
On fabrique les moules avec une substance plastique quelconque ; tous les détails , même les plus minimes, rapportés sur le moule, seront ensuite recauTcrts de cuivre. La matière plastique varie : on se sert tantôt de cire, tantôt de plâtre.
Ainsi, pour reproduire unemcdaille, on la couvre de plâtre coulé; on imprègne ensuite ce plâtre d'une couche de stéarine pour le préserver de Faction corrosive du bain cuivreux ; on le laisse sécher, et, après en avoir réservé les parties extérieures, on le plonge dans le liquide. Si la médaille est en relief, le moule en plâtre sera creux et le dépôt de cuivre recouvrira les creux d'une couche hQmogène,qui ira en augmentant de plus en plus. Lorsque Tépaisseur sera suffisante, on retirera Tobjet, et on détachera le moule de son empreinte. Si la médaille n'est reproduite que sur une face, la dépouille sera facile et le moule pourra sei*vir, plusieurs fois encore.
La réserve des parties extérieures s-obtient en ne métallisant pas les points où le dépôt ne doit pas se faire. Cette métallisation est nécessaire pour tous les moules, à moins qu'ils ne soient métalliques ; elle a pour but de les rendre perméables pour ainsi dire à l'électricité. Tous les corps, en effet, ne sont pas également traversés par les flux d'électricité : les uns, ce sont les métaux, sont très-facilement traversés, et conduisent aisément l'électricité, selon l'expression admise, jusque dans leurs parties les plus éloignées ; les autres, au contraire, les résines, le verre, la porcelaine, les matières plastiques ordinaires, sont rebelles à l'aclion électrique, et ne laissent électriser que les points immédiate-
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ment touchés : ils sont mauvais conducteurs. Dans un bain galvanoplastique, pour que le dépôt se fasse, il faut que les points qui seront cuivrés soient conducteurs, et que rélectricitc puisse circuler librement sur la surface. A cette condition seule, le dépôt aura lieu, et la couche sera homogène.
La métallisation des moules se fait avec la plombagine, poudre très-conductrice de Télectricité, et provenant des charbons graphitoïdes. On s'assure d'abord si la plombagine possède les propriétés que Ton recherche ; puis, avec un blaireau chargé de charbon, on passe doucement et plusieurs fois sur toutes les parties du moule, de façon que la couche soit égale partout, et que tous les points en soient recouverts : enfin avec une brosse fine, on rend la surface brillante. On entoure le contour de la médaille d'un fil de cuivre, qui touche sur tout son contour à la plombagine, et par ce (il on suspend le moule dans le bain.
On peut encore rendre les surfaces conductrices par là métallisation humide. On fait dissoudre du nili-ate d'argent dans l'alcool, et on imbibe les substances de cette solution, puis on laisse sécher. Il reste une couche saline que l'on expose aux émanations sulfureuses : l'argent est réduit, la couche devient noire et conductrice. C'est de ce procéda que Elkington en Angleterre, et M. Piéduller, officier français, se sont servis pour métalliser les substances végétales. Ainsi ont été rendus métalliques les fleurs, les fiuits, les fils de soie; ainsi les verres et les cristaux; et lorsque ce premier dépôt chimique est obtenu, on soumet les substances aux bains électro-chimiques.
Les moules en cire ou en stéarine sont façonnés et disposés de la même façon. Mais toutes ces matières plastiques sont rigides et ne peuvent servir que pour les dépouilles faciles. Il ne faut pas que le moule soit brisé en dépouillant les pièces, ce qui augmenterait considérablement la dépense et la main-d'œuvre ; il faut au contraire qu'il puisse servir plusieurs fois.
Aussi, le plus souvent, on néglige le plâtre, la cire ou la stéarine, et on emploie la gutta-percha. C'est une résine particulière, analogue au caoutchouc, et éminemment propre aux usages galvanoplastiques. Si cette industrie a fait tant de progrès, si elle est arrivc'e à un^ si grande perfection, c'est grâce à l'emploi de la guttal percha. Elle est assez élastique pour reproduire fidèlement les objets les plus fouillés; elle est complètement inaltérable dans les bains alcalins ou acides, et elle peut servir presque indéfiniment. De temps en temps cependant, la gutta-percha, qui, exposée à l'air, devient dure et cassante, est fondue avec un peu de résine neuve, et cette opération lui rend sa plasticité première. Il est bon,'de plus, de la conserver dans l'eau afin qu'elle dure plus longtemps.
On place sur. la plate-forme d'une presse à vis un châssis où est couché l'objet à mouler; au-dessus, on met une boule suffisante de gujta, ramollie dans l'eau bouillante et bien pétrie avec les doigts. On dispose ensuite une contre-pièce, présentant grossièrement les anfractuosités du modèle, et l'on presse le tout. La gutta s'affaisse sous l'action de la presse et s'imprime exactement sur les contours du modèle. On laisse refroidir et on démoule. Pour que le démoulage soit fa-
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ile et afin qu^il n'y ait pas adhérence entre le modèle ri la matière plastique, on enduit préalablement le corps Tune eau savonneuse et la gutta de plombagine : on )cut alors séparer parfaitement les objets.
Quand oh pétrit entre ses mains la gutta -percha ranollie, elle s'attache aux doigts comme un pétrin trop )ec ; elle se réduit en filaments pâteux et noirâtres, :]ui s'allongent et se collent entre les doigts. En \ain on >e lave à l'eau chaude, à Teau froide : la gutta refroidit .^t adhère à la peau. Il faut frotter éncrgiquement et longtemps, pour se débarrasser de ces taches gluantes. Mais il y a un moyen bien simple de se préserver do cet inconvénient : c'est de tremper ses mains dans l'eau froide avant de toucher à la gutla-percha.
Le moulage à la compression ne peut se faire que sur les objets ou les métaux qui ne craignent pas de se déformer sous la presse ou à la chaleur. Cependant on doit reproduire parfois des modèles en plâtre ou en cire, et il faut alors recourir à la gélatine. Celle-ci est plus élastique encore que la gutta-percha ; elle moule plus facilement les objets très-fouillés ; mais elle s'allère dans les bains, et quand on a un moule de celte substance, il faut opérer très-vite, ce qui ne se fait qu'avec un courant énergique : alors le dépôt est dur, cassant, impropre à une foule d'usages. Pour être beaux, homogènes et malléables, les dépôts galvaniques doivent se faire lentement et d'une manière très-régulière.
Pour rendre la gélatine plus propre aux usages galvanoplastiques, on en préserve la surface extérieure par un vernis épais ou une mince feuille de gutta. On coule cetle gélatine préparée entre deux chapes en plâtre,
dont Tune supporte le modèle, et l'autre présente le sinuosités les plus fortes. La gélatine refroidit lentement ; on la vernit ensuite et enfin on la porte à Tateliej de métallisation.
La confection des mx)ules est la partie la plus délicate et la partie la plus importante de la galvanoplastie. Pour les métaux, il faut par des décapages minutieux rendre la surface susceptible d'être portée dans le bain. Les substances plastiques doivent être rendues propres par des métallisations très- soignées, à recevoir Jes dépôts. « Telle surface, tel dépôt, » répètent constamment, depuis r origine, les industriels et les savants qui ont inventé ou perfectionné cet art.
GALVANOPLASTIE MASSIVE
La coquille galvanoplastique, c'est-à-dire le dépôt de cuivre isolé du moule, n'est solide que lorsqu'elle représente des objets massifs, et lorsqu'elle est trèsépaisse. Alors seulement le dépôt se tient seul et ne risque pas de se briser. Généralement l'épaisseur en est faible, et la coquille a besoin d'un support. On a, par exemple, un moule creux; le dépôt reproduira avec une fidélité étonnante et rapide les sinuosités de ce moule ; la reproduction sera en relief, et après qu'on aura enlevé le moule, le dépôt restera seul. Mais derrière cette surface il s'est formé un creux, représentant grossièrement les principales anfractuosités du modèle ; et si l'épaisseur est faible, si le modèle est une longue tige sculptée, une baguette ornementée, la coquille n'a |)lus aucune solidité.
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c^t'i Pour remédier à cet inconvénient, la maison ChrisiJ'* ofle comble le vide intérieur de la coquille d'un métal 'i ' articulier. On remplit ces creux de fils et de mprceaux .e laiton, puis avec un chalumeau ordinaire, on chaulfc ?'''.es fils. Le cuivre jaune fond à une température bien oi''>1us basse que celle qui est nécessaire pour la fusion du i'ouivre rouge. Le laiton intérieur fond, remplit le vide, /c se répartit uniformément partout, et le cuivre n'est ni ? Tondu, ni même déformé: il conserve exactement la (forme de la surface sur laquelle il s'est déposé. On /laisse solidifier le laiton par le refroidissement, et il ■reste des pièces massives.
On a reproduit par ce moyen des pièces d'une délicatesse et d'une légèreté extrêmes. Ces baguettes si finement travaillées qui décorent les panneaux de certains meubles; ces festons composés de fleurs, de guirlandes détachées les unes des autres, reliées à peine n cùtre elles par un mince fil de cuivre, sont obtenues par ^ ce procédé. Ainsi sont faits ces ornements qui décorent '' les cadres des glaces ou des tableaux, les tiroirs des "* rr.cublesj etc. On leur donne même par le bronzage une couleur foncée, ce qui leur fait imiter assez bien les anciennes dentelures de bois, si patiemment burinées par les ouvriers d'autrefois.
GALVANOPLASTIE RONDE BOSSE
Lorsqu'on veut reproduire une ronde Losse, on doit prendre diverses précautions. Les objets arrondis, les statues ou les bas-reliefs dans lesquels certaines parties sont cachées par d'autres qui sont devant, sont difficiles
à mouler tout d'une pièce, et le moule s'enlèvera difficilement du dépôt galvanique. Ainsi dans une statue, il faut reproduire à la fois la face antérieure et la face postérieure ; il faut, pour que la statue sorte complète, briser le moule. On obtient cependant par la galvanoplastie des objets complets avec tous les reliefs, tous les fouillés qu'ils présentent naturellement.
Le plus souvent ces objets sont reproduits par parties séparées : on fait plusieurs moules, un pour chaque partie essentielle, et on assemble ensuite ces parties diverses. Dans une statue on fait la face antérieure, puis Id face postérieure, puis chaque bras lorsqu'ils sont séparés du corps ; ces portions, reproduites par la galvanoplastie, sont réunies ensemble par une soudure habilement faite, de telle sorte que, la soudure étant achevée et effacée, la statue soit complète.
Il y a pourtant un moyen que l'on emploie quelquefois et qui permet de faire les rondes bosses d'une seule pièce. On fabrique un moule total, soit en plusieurs parties intimement collées Tune et l'autre, soit en une seule partie. Ce moule simple est creux, et c'est sur la surface interne que se déposera le métal. On introduit dans l'intérieur une carcasse en fils de platine, présentant grossièrement la forme de l'objet. Ces fils métalliques sont attachés ensemble et suivent le moule dans se^ sinuosités principales, mais sans le toucher ; puis on plonge cette masse dans le bain, en ayant soin de la suspendre dans l'appareil composé dont on se sert pour la dorure. Le liquide pénètre dans le moule par la base ouverte, et le dépôt s'opère à la fois sur toute la surface intérieure. L'électricité arrive par les fils de
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platine qui communiquent avec le pôle positif de la pile, traverse le liquide en le décomposant, et refoule le métal sur la surface du moule. Celui-ci a été plombagine avec soin, et il communique avec le pôle négatif. Le dépôt se forme donc lentement dans chaque partie.
Il faut prendre garde à un léger inconvénient : le courant électrique décompose non-seulement le sel de cuivre, mais encore Teau qui le tient en dissolution. 11 en résulte une grande quantité de bulles de gaz qui se dégagent sur les fils de platine. Dans les bains ordinaires, Tes gaz s'échappent facilement dans Tatmosphère; mais ici, comme T ouverture de la base est trèspelite, les gaz, même lorsqu'ils se dégagent et qu'ils quittent le fil de platine , viennent s'aTccumuler à la partie supérieure et gênent bientôt l'opération. Aussi a-t-on soin de ménager de petites ouvertures à Tintérieur môme du moule, pour laisser échapper les gaz à mesure qu'ils se forment. Avec cette précaution, on obtient facilement la ronde bosse.
Il faut encore avoir soin que les fils ne touchent pas le moule en un seul point; car il ne se déposerait aucun métal sur ce point, puisque T électricité passerait directement d'un pôle à l'autre sans traverser le liquide. Aussi, à leur sortie, pour traverser la base étroite, les fils sont entourés de petits tubes de verre mince qui les isolent des contours du moule.
Ce procédé, inventé par un Anglais, Parker, et appliqué par lui en 1841, a été depuis lors grandement perfectionné et simplifié, surtout en France, où on l'emploie souvent tel que je l'ai décrit.
Ordinairement on reproduit par ce procédé la statue
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entière. Mais quand il y a des membres, bras ou
jambes, isolés du reste ou corps, on les reproduit à pari,
parce que la carcasse de lils serait trop compliquée. Ces membres faits isolément sont soudés au corps de lu statue par les procédés ordinaires.
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Généralement le moule est fait de deux portions fortement attachées ensemble par des fils de cuivre ; puis, le dépôt achevé, on sépare les deux parties du moule, ef le métal intérieur reste isolé, formant la statue ellemcme. De cette façon, le moule peut servir plusieurs fois.
On donne, page 319, comme exemple la statue d'Henri IV enfant, reproduite en argent par la maison Christofle d'après ce procédé. L'original se trouve au Louvre, dans une des salles du musée des souverains. On a suivi de point en point la méthode qui vient d'être exposée, et les bras ont été soudés à part. C'est une des plus belles reproductions qu'on ait obtenues.
La soudure des diverses parties isolées d'un même objet peut se faire de diverses manières. Le plus souvent on soude à l'argent ou à Tétain. Lorsque la soudure est achevée, on en avive la surface en la décapant avec un acide; puis, avec du mastic de vitrier, on fait une^sorte d'auge au point de jonction, qui sera remplie de dissolution métallique. Dans ce liquide on introduit le fil positif de la pile, pendant que la statue communique avec le pôle négatif, et le métal se dépose sur la soudure. On se sert ainsi du dépôt galvanique, non point pour souder, mais pour dissimuler les soudures et les raccorder exactement aux parties voisines. Quand il y a une légère protubérance, on la fait disparaître avec une lime douce.