‹ L'électricitéChapitre 7 sur 80 · DE LA PILE · texte numérisé non relu

DE LA PILE

Parmi les piles de toutes formes et de toutes qualités qui ont été construites depuis celle de Voila, plusieurs présentent un grave inconvénient. Il arrive, par exemple, que la pile débite, tout d'abord et en assez grande abondance, l'électricité nécessaire, mais que bientôt la production se ralentit et s'arrête enfin complètement. La source est tarie, la pile est épuisée, et il faut la remettre à neuf. Un appareil de cette sorte peut être utile dans certaines occasions : on peut avoir besoin de faire agir, pendant très-peu de temps, une très-grande quantité d'électricité, de même que parfois il faut laisser l'eau s'accumuler dans des réservoirs, pour l'envoyer plus tard en grande masse sur une machine qui se meut un instant et se repose ensuite. Dans la télégraphie, les conditions sont différentes : les pertes sont toujours à très-peu près les mêmes, parce que les machines à mouvoir ne changent pas. Il faut donc que la pile soit aussi toujours la même, et que son débit soit constant et continu. Les appareils seront alors à tout instant prêts à fonctionner, sans qu'il soit nécessaire de perdre un temps précieux à accumuler de l'électricité.

Une pile constante est propre à la télégraphie, quel que soit, du reste, son débit. Il importe, en effet, assez peu que l'électricité soit produite en grande quantité : si une pile est insuffisante, on en met deux; on en augmente à volonté le nombre, et on obtient alors une production convenable.

Toutes les piles, les plus fortes comme les plus faibles.

il L'ELECTRICITE.

peuvent faire mouvoir un télégraphe au moins pendant un certain temps. Aussi lorsque l'inventeur d'une pile se plaint de ce que son appareil n'est pas adopté par l'administration, bien qu'il fasse marcher un télégraphe, on ne saurait s'empêcher de sourire, car cette qualité est commune à toutes les piles. Chacune d*elles peut avoir une qualité spéciale qui la rendra propre à une certaine application ; mais il n'y a que les piles constantes qui puissent être adoptées en télégraphie. Il est vrai que cette application de l'électricité est la plus importante, par suite la plus lucrative : ainsi s'explique le nombre considérable d'inventeurs à piles de télégraphe.

Je décrirai plus tard les piles employées par l'administration française. Il suffit maintenant de connaître les conditions auxquelles doit satisfaire l'appareil producteur^ Mais quoique nous ayons analysé ces conditions, bien que l'on puisse se rendre corripte des propriétés si diverses de l'électricité, il faut bien avouer que jusqu'à ce jour l'électricité elle-même est un agent mystérieux dont nous ignorons la véritable nature. Est-ce un fluide, comme Teau ou l'air, ou même Téther? Est-ce un mouvement particulier, un état spécial des particules des corps? Nul ne le sait encore.

Un jour, dit une vieille légende de l'Orient, un sage derviche rencontra une fée puissante qui s'offrit à lej servir. Le derviche lui fit accomplir deiîiagnifiques travaux : elle était fée, il était sage. Et comme les hommes^ demandaient quelle était cette ouvrière inconnue si{ habile, le derviche répondait : « C'est une fée; elle| n'a pas encore voulu me dire qui elle est ; mais, que

m'importe, je l'aime pour tous les bienfaits dont elle nous comble ! » Alors les hommes s'en allèrent, admirant entre eux comment, sans même connaître cette fée, le sage savait lui faire accomplir de si admirables ouvrages.

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