HISTOIRE DE LA TELEGRAPHIE
Chez nos aïeux les Gaulois, lorsqu'on avait une nouvelle importante à transmettre au loin, un jeune homme montait sur une colline, et, de là il criait son message à tous les points de l'horizon. Le yent emportait ses paroles. Bientôt au loin une voix lui répondait. Ainsi, de bouche en bouche, le message cheminait jusqu'aux extrémités du pays. A travers les monts, les plaines, les forêts druidiques, parmi le silence et les ténèbres, on entendait des voix se croiser dans les airs. César assure que ce mode de transmission était trèsrapide. 11 fallut, dit-il, à peine trois jours pour que le message, qui appelait aux armes toutes les tribus de la Gaule, parvînt des montagnesde l'Auvergne jusqu'aux forêts sacrées de i'Armorique et aux marécages du Rhin. Si, pour ce temps-là J'expédient était rapide, assurément il n'était pas discret. Les Romains pouvaient surprendre
les nouvelles au passage ; mais les Gaulois ne s'en inquiétaient guère, puisquMls regardaient comme un déshonneur de surprendre Tennemi, si bien qu'ils attachaient, dit-on, des clochettes à leurs armes pour annoncer leur approche.
On se servait, depuis longtemps, chez certains peuples, d'autres moyens de correspondance. Des feux allumés sur les hauteurs formaient par leur arrangement des signes véritables auxquels on pouvait reconnaître la signification des dépêches. Eschyle nous montre un vieux serviteur d'Âgamemnon, montant chaque soir sur les murs d'Argos, pour chercher à apercevoir au loin les feux qui devaient annoncer le retour de son maître. On peut citer aussi la légende touchante de Léandre et de Héro, qui a si souvent inspiré la peinture et la poésie. Au moyen âge, on parle d'une croix de feu, brillant sur tous les coteaux de la Bretagne et annonçant à tous les clans l'approche des Normands : les archers et les moines saxons se répandaient ensuite dans les campagnes et allaient expliquer aux thanes pour quelle guerre il fallait s'armer. C'est encore de cette manière que communiquent entre elles, au dire de voyageurs, les peuplades sauvages de l'Amérique et de l'Afrique centrale.
Ce mode de transmission ne pouvait du reste s'appliquer qu'à des messages fort restreints, et seulement en quelques occasions solennelles. Tant que les hommes du moyen âge vécurent par groupes isolés autour de leurs clochers, sans grand souci d'intérêts généraux et lointains, ils ne se sentirent guère pressés de chercher à communiquer entre eux à de longues distances; mais
lorsque les mœurs se transformèrent, lorsque l'on commença à tendre vers Tunité nationale, on ne tarda pas à se servir d*émissaires, soit d'oiseaux dressés, de pigeons, qui portaient des letlres, soit d'un homme courageux et fidèle chargé d'un écrit, ou même de simples paroles, bien informé de tous les détails^ de quelque affaire importante, et se faisant reconnaître à certains signes convenus. Plus tard enfin, le roi Louis^ XI organisa le régime des postes en France; et ce progrès notable, sans cesse transformé et approprié aux nouveaux besoins, parut longtemps suffire. On admirait avec raison chaque perfectionnement de ce mode de communication et de transport quoique les courriers eussent bescin de semaines entières pour traverser des espaces, que les nôtres franchissent aujourd'hui en une journée. A la fin du seizième siècle, la nouvelle de la mort de Henri III, le dernier des Valois, n'arriva qu'après 15 jours à Marseille et dans la Provence, qui, faisant partie de la Ligue, avait un intérêt tout spécial à connaître cet événement. Aujourd'hui pour aller de Paris à Marseille, une lettre met seize heures, et un télégramme à peine quelques minutes.
On ne saurait passer sous silence un autre moyen de transmission qui a précédé l'invention du télégraphe électrique, le télégraphe aérien, que beaucoup d'entre nous ont vu fonctionner.
Ce fut en 1793 que Claude Chappe, après plusieurs tentatives infructueuses, parvint à établir une ligne télégraphique de Paris à Lille. Le 30 novembre 1794, la première dépêche arriva à Paris, annonçant la prise de Condé sur les Autrichiens. La Convention était alors en
séance ; elle répondit aussitôt ces mots : ce L*arinée du « Nord a bien mérité de la patrie ». Les soldats reçurent ce glorieux éloge peu d'instants après leur victoire. Un si heureux début assura le succès du nouveau système ; on l'organisa immédiatement d'une façon si complète, que longtemps après l'invention du télégraphe électrique, alors qu'il était déjà adopté dans toute l'Europe, nous ne pouvions nous résoudre à abandonner le télégraphe aérien.
Sur un tertre élevé dans les campagnes, sur un point culminant dans les villes, on voyait une grossie tour, surmontée d'une tourelle mobile, qui , scmUablc au chapeau d'un moulin portant l'aile du côté du vent, se tournait du côté où Ton voulait parler : alors s'agitaient deux longs bras noirs réunis par une tige immobile, et se pliant et repliant dans diverses positions dont Tensemble formait des mots, des phrases complètes. Lorsque le ciel était pur, les signaux étaient visibles de loin; mais, hélas ! celte condition essentielle était difficile à rencontrer dans certaines saisons. Souvent, au milieu d'une dépêche importante, des vapeurs s'élevaient, la brume s'épaississait, les signaux s'obscurcissaient de plus en plus, et le directeur qui, la lorgnette à la main, traduisait la dépêche, laissait celle-ci inachevée, en la terminant par cette phrase mélancolique : Interrompu par le brouillard.
Les premiers télégraphes électriques, avant de devenir pratiques et industriels, ne furent considérés longtemps que comme une curiosité de cabinet. Le système actuellement adopté par le plus grand nombre de peuples, date, dit-on, de 1851 ; à cette époque, il était déjà
à peu près ce qu*il est encore aujourd'hui ; Fin^enteur dut pourtant attendre et travailler pendant huit années ayant d'obtenir qu'il fût sérieusement examiné.
On s'étonne aujourd'hui des hésitations et des doutes qui ont accueilli cette grande invention. Mais c'est une loi de notre nature de n'admettre que très-difficilement ce qui est contraire à nos habitudes et à nos idées préconçues. Peut-être, comme nos pères, ne parlons-nous aujourd'hui même qu*avec défiance ou dédain de quelque invention admirable qui paraîtra fort simple aux générations futures. Il est d^ailleurs bien difficile de prendre parti entre les découvertes, parfois contradictoires, qui surgissent à chaque instant de l'imagination des inventeurs. Comment les peser et les examiner toutes ? où trouver le temps et les ressources nécessaires? Le nombre en est grand et les essais sont coûteux.
La télégraphie électrique a eu un long et pénible enfantement. C'est le tour maintenant d'autres applications. Voici, par exemple, le télégraphe autographique qui offre de transmettre l'écriture même des correspondants, et le télégraphe acoustique qui prétend transmettre la parole : on causera à travers Tespace comme si l'on était dans une même chambre. Il ; a bien d'autres essais près d'éclore. Qui pourrait prévoir- toutes les surprises réservées à l'avenir?
VITESSE DE L'éLECTRICITé
Aucune des vitesses que nous observons sur la terre ne peut être comparée à celle de rélectricilé. Il est
KOTIONS PRÉLIMIÎSAIIIES.
difCcile, en effet, de se faire une idée précise de ce que peut être une vitesse de 72,000 lieues par seconde.
Supposez un immense fil télégraphique, partant d'un pôle pour aller s'attacher à l'autre, et revenir ensuite au point de départ ; supposez que ce fil, sans discontinuité, fasse deux fois le tour du globe terrestre : un signal donné en un point quelconque du fil , parcourra la longueur totale, et reviendra au même point en moins d'une seconde, dans le rapide instant qui s'écoule entre deux pulsations de votre cœur ; en un mot , il faut moins d'une seconde à l'électricité pour faire deux fois le tour de la terre.
Le son est loin d'être aussi rapide que Télectricité. Si un son produit à l'un des pôles était assez puissant pour se faire entendre à l'autre pôle, et là, se répercutant, revenait faire écho au point de départ, il mettrait un jour entier à faire une seule fois le tour de la terre.
On peut citer d'autres exemples. Un boulet de canon, que rien' n'arrêterait daifs sa course, ne ferait ce même trajet qu'en 21 heures. Une locomotive, lancée à toute vitesse, parcourant 100 kilomètres à l'heure, mettrait 17 jours à parcourir l'espace que l'électricité franchit eh moins d'une demi-seconde.
Voici des moyens de comparaison peut-être plus saisissants encore. Le soleil est tellement éloigné de la terre, que sa lumière met huit minutes pour parvenir jusqu'à nous; l'électricité traverserait cette distance à peu près dans le même temps ; mais il faudrait 10 ans au boulet de canon, 15 ans au son, 200 ans à la locomotive, et plus de 2,000 ans à un homme, marchant
nuit et jour, sans s* arrêter jamais pour prendre ni noui riture ni repos.
Il est donc vrai que la vitesse de réiectricité para être infinie. Si les dépêches n'arrivent pas instantané ment au lieu de leur destination, si la transmission exig un certain temps, il faut en accuser non pas Pélectricif elle-même, mais les exigences inévitables du service, le circonstances qui accompagnent Tenvoi et la régulant des signaux. Grâce à de nouvelles études, il est permi d'espérer qu'on obtiendra une célérité plus grande en core dans la transmission des dépêches.
ACTION DE l'Électricité dans les télégraphes
Pour que l'électricité porte une dépêche d'un poin à un autre, il faut faire mouvoir certaines machines lesquelles produisent des signaux qui, pat leur ensemi ble, composent la missive.
Un télégraphe pourrait être comparé à une roue hydraulique, et l'action de Télectricité à celle de l'eau. A certains moments, on ouvre une écluse, l'eau se précipite dans un canal, le parcourt, et arrive à l'usine ; conduite sur la roue, elle agit sur elle par sa vitesse ou par son poids ; elle la fait tourner, et, son travail achevé, elle s'échappe de côté et d'autre et va se perdre en aval. Cependant la roue, en se mouvant, fait tourner le moulin, met en branle les machines de l'usine et produit le travail qu'on lui demande.
De même, dans le télégraphe, l'employé qui veut envoyer une dépêche, lance l'électricité dans le fil ; à l'instant, ce fil est parcouru dans toute sa longueur.
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. il'
ainsi conduite à destination, l'électricité fait mouvoir des machines spéciales ; puis, ayant accompli son iravail, elle s'échappe dans le sol. Divers mécanismes sont mis en mouYcment et les signaux sont produits.
On peut pousser plus loin cette comparaison du télégraphe avec la machine hydraulique. L'eau est amenée k la roue par un canal, et pour que la roue tourne, il Tant que le liquide arrive en quantité suffisante. Si Teau n'est pas assez abondante, la roue ne tournera pas assez vite, et le travail ne se produira que très-incomplétement. Si la masse d'eau est trop forte, une partie en est perdue, et la dépense est inutilement trop forte. On doit lonc régler avant toutes choses la quantité d'eau conrenable pour faire tourner la roue, et examiner attenivement les circonstances qui influent sur cette qaanité d'eau. Il faut tenir compte des saignées que Ton )ratique au canal pour alimenter des canaux seconlaires, et aussi des infiltrations considérables dans les ;erres voisines ; il faut étudier le régime de la source Bt faire entrer dans le canal assez d'eau pour subvenir sans exagération à toutes ces pertes ; si elles restent les mêmes, il faut que le débit de la source soit également constant; si elles varient, on doit augmenter ou diminuer la quantité d'eau qui entre dans le canal. Ainsi pour l'établissement d'une roue hydraulique, on doit s'édifier principalement sur le débit de la source, les pertes provenant de la nature même du canal traversé, et enfin sur la grandeur de la machine qu'il faut mettre en mouvement.
II en est de même quand on veut établir un télégraphe. I<[ électricité est produite dans des appareils
spéciaux qu'on appelle piles. Pour lui faire eiïectuer un travail quelconque, on doit satisfaire à trois conditions analogues aux précédentes. D'abord le débit de la pile ou la quantité d'électricité produite, doit être convenable, ni trop forte ni trop faible, et parfaitement approprié au résultat que l'on veut obtenir. En second lieu, comme cette électricité, produite en un lieu, doit être conduite en un autre, il faut prévoir les pertes possibles dans cette sorte de canal ; ce seront des infiltrations dans l'atmosphère environnante, d'autant plus considérables que Tair est plus humide, c'est-à-dire plus perméable, et la route plus longue ;,ce seront aussi des saignées en faveur de canaux secondaires, tels que branches d'arbre qui touchent le fil, poteaux qui le soutiennent, etc. En troisième lieu, il faut évaluer la force nécessaire pour faire mouvoir le mécanisme sur lequel agit l'électricité.
Les appareils de télégraphie ont été rendus très-mobiles, et le plus souvent la moindre quantité d'électricité suffit à les faire marcher. Mais le trajet qui doit être parcouru est très-long et la perte très-considéi;able. On exprime ce fait en disant que le circuit que doit traverser l'électricité oppose une très-grande résistance à son passage, ou, en d'autres termes, que s'il entre une quantité considérable d'électricité dans le circuit, celui-ci en absorbe la majeure partie et n*en transmet qu'une très-faible portion. 11 est donc nécessaire que la pile soit assez forte, et surtout qu'elle soit très-constante, c'est-à-dire qu'il doit entrer toujours à peu près la même quantité d'électricité dans le Gl.
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