‹ L'électricité (volume 2)Chapitre 5 sur 29 · L'ÉNERGIE ELECTRIQUE BT SES APPLICATIONS · texte numérisé non relu

L'ÉNERGIE ELECTRIQUE BT SES APPLICATIONS

Le mystère subsistera, mais il paraîtra moins étrange ; devenu familier, il sera plus difficile à apercevoir, il sera semblable à ces bruits pour lesquels l'oreille habituée devient sourde, & ces parfums que l'odorat, fatigué par l'accoutumance, ne perçoit plus.

Peut-être même, quelques-uns le nieront-ils alors et faudrait-il leur rappeler qu'il ne suffit pas de ne plus le regarder pour le dissiper. Il n'est pas d'ailleurs tel que le conçoit le vulgaire et ses raisons profondes sont celles-là même que l'on rencontre quand on examine tous les phénomènes naturels : l'imparfaite adaptation de nos sens au monde extérieur explique suffisamment pourquoi nous ne saurions construire des représentations qui soient en parfaite conformité avec la réalité objective.

Lorsqu'il s'agit de l'électricité ou du magnétisme, cette infirmité de l'homme devient particulièrement manifeste. On peut dire qu'ici, non seulement nos sens sont incapables de nous fournir des perceptions harmoniques aux phénomènes véritables, mais même ^qu'ils restent presque entièrement insensibles et muets.

Sans doute nous pouvons ressentir des secousses électriques très intenses, douloureuses même et •fois mortelles ; sans doute nous éprouvons queles malaises au moment des orages, lorsque notre 'entiel varie brusquement, mais combien cônes sont de telles impressions et combien vagues

l'Alectricité

renseignements qu'elles nous peuvent :

est vrai aussi que dans la théorie électrc e, les phénomènes lumineux sont coi me des phénomènes électriques, que partisans des idées récentes, la matiè:

ère est composée de particules électri; i par suite, nos yeux et les autres organe: ; sont, au regard des physiciens, autant d> s sensibles à l'énergie électrique.

ais l'on est néanmoins fondé à dire c, mes sont, pour le moins, singulièremi ires à uous donner une perception bien qu'il s'agit des manifestations ordina ctricité ou du magnétisme : Introduits c np électrique, uous ue sommes que bien it impressionnés ; dans un champ mag s restons entièrement insensibles.

itte infirmité est sans doute la raison pr:

r laquelle, dans le passé, ont été si len blés les progrès de l'électricité : Durant 1< les où la science tâtonnait dans l'obscu ■ègles de l'expérimentation étaient enc prises et le plus souvent incorrectemen îs, les hommes ne surent faire aucun eff< itrerdansle monde inconnu qui s'ouvrait x mais dont ils ne soupçonnaient ni les ri étendue.

î jour où la véritable méthode physi il solidement assise, cette absence de se qui avait été une cause retardatrice perc lence et l'on pourrait même, sans pa enir qu'elle devint presque un avantage.

l'énergie électrique et ses applications 9

Elle obligea en effet les physiciens à raisonner d'une manière plus objective, elle les amena à chercher les lois réelles des phénomènes, elle les contraignît à donner des définitions précises et, ainsi, sur des bases solides s'édifièrent les beaux édifices de l'ancienne électricité statique et de la théorie du magnétisme.

Après les découvertes de Coulomb, les travaux des Poisson, des Green, des Gauss, amenèrent presque à la perfection la théorie des équilibres électrique et magnétique; ces travaux restent des modèles de l'application du calcul à l'étude d'un phénomène physique ; ils constituent un ensemble merveilleusement lié et ils démontrent comment, par la rigoureuse et puissante logique de l'analyse mathématique, on peut, de quelques faits élémentaires soigneusement observés, de quelques mesures correctement exécutées sur des grandeurs bien définies, tirer un ensemble imposant de déductions inattendues.

Ne pouvant s'orienter que par la puissance de l'esprit dans un domaine en quelque sorte fermé à leurs sensations, ces illustres savants surent y trouver des routes d'autant plus sûres qu'elles étaient tracées à la suite d'observations délicates et précises et que rien ne pouvait être laissé au hasard d'une impression irraisonnée ou d'une illusion trompeuse.

Oans les autres chapitres de la physique, la mar-

e de la Science a généralement été commandée, contraire, et parfois retardée par le caprice de

>s impressions : de tout temps, par exemple, les

hommes ont eu chaud et froid, et depuis longtemps les physiciens ont parlé de températures plus ou moins élevées, mais combien de siècles a-t-il fallu pour que cette notion de température se dégageât nettement et pût être présentée comme indépendante des indications arbitraires et aléatoires fournies par nos sens !

Tout le monde connaît le parallélisme que Ton établit, dans l'enseignement élémentaire, entre les phénomènes électriques et -les phénomènes calorifiques ; on compare la quantité d'électricité à la quantité de chaleur, le niveau électrique ou le potentiel à la température, la capacité électrique à la capacité calorifique et ces comparaisons ne laissent peut-être pas que de présenter quelque utilité pour les débutants.

Mais outre qu'elles sont forcément condamnées à rester assez vagues, elles risquent fort, si Ton insiste trop, d'amener à des idées peu conformes à la véritable nature des choses ; le professeur, qui en abuse, ressemble un peu à ce voyant qui, interrogé par un aveugle, sur le sens qu'il convient d'attacher à la notion de lumière rouge s'évertuerait à lui expliquer que cette lumière est fort analogue au son du clairon.

Pour ceux qui ont l'esprit plus mûr et qui ont acquis déjà des connaissances plus étendues, ces procédés pédagogiques doivent être proscrits, parce que, malgré leurs prétentions erronnées, ils ne vont pas en vérité du simple au composé, et parce qu'ils nous font perdre le précieux avantage que nous pouvons nous procurer quand, pour raisonner d'un

l'énergie électrique et ses applications il

phénomène, nous savons ne pas appuyer nos démonstrations sur la base fragile que nous peuvent fournir nos sensations.

Aussi bien. Ton peut remarquer que, relativement aux phénomènes électriques, notre connaissance est, à certains égards, d'un degré supérieur à celle à laquelle nous sommes arrivés en ce qui concerne la chaleur.

Le potentiel se définit en effet très simplement et très rigoureusement et nous savons établir par le calcul, entre là quantité d'électricité et le potentiel, une relation qui nous manque lorsqu'il s'agit de la quantité de chaleur et de la température ; en d'autres termes, nous pouvons calculer la capacité électrique d'un conducteur, tandis que nous n'avons aucun moyen de déterminer par le raisonnement la valeur de sa capacité calorifique.

Pourquoi, dès lors, user de procédés artificiels et substituer, quand on peut s'en passer, des images illusoires à la réalité ? Pourquoi renverser le véritable ordre établi par la nature et considérer comme plus simple ce qui est, en vérité, plus compliqué ?

Une telle méthode rie saurait être que vaine, dangereuse même d . Sur l'exemple particulier que je viens de considérer, l'inexactitude de la comparaison est d'ailleurs flagrante ; il n'est pas possible d'établir un rapprochement qui se traduise par des

1. On pourrait objecter, il est vrai, qu'Ohm est parvenu à la •"".ouverte capitale des lois qui régissent la propagation des nomènes électriques en se laissant guider par l'analogie que sente cette propagation avec le phénomène de la conduction la chaleur. Mais cet exemple ne saurait être considéré une une preuve bien convaincante. Ces lois furent, en elfct,

ins numériques exactes entre ui if qui est équivalente à une quan : quantité d'électricité, qui doit é 1 potentiel pour représenter un isimilation est donc très mal fo onner naissance aux erreurs les ns donc le courage intellectuel < ement en face des choses, et ntermédiaire. 11 ne nous faut rei de notre infirmité et nous devon ers de pouvoir raisonner sur c> aons pas à sentir. Et, puisqui 1 de comprendre ne peut recevc iction, ne nous contentons pas ères et goûtons au moins la je er que, par sa propre force, noti ue à se débarrasser des entraves s la nature.

s s'il s'agit d'ailleurs d'envisagei ient, comme on a le dessein d< les phénomènes qui ont reçu d( lues, l'effort à faire pour saisit mentaux est assez limité ; l'on êcher d'éprouver quelque surp ite combien peu il a été nécessa

;s d'une façon indépendante et à la s ttit électriques par Pouillet et les rais ne ne s'appuient nullement sur d« vig jr les résultats précis d'une théorie rali

l'énergie électrique et ses applications 13

de connaître du monde extérieur pour le dompter et l'asservir à sa volonté.

On admire, non sans raison, toutes les précieuses conquêtes de l'industrie contemporaine et Ton s'étonne de la rapidité avec laquelle elles se sont effectuées ; peut-être pourrait-t-on être plus surpris encore que certaines d'entre elles au moins ne se soient produites qu'à une époque aussi récente.

Nos dynamos électriques ont des organismes beaucoup moins compliqués que tant d'autres machines inventées antérieurement et leur théorie, si Ton s'en tient aux choses essentielles, ne suppose que la possession de quelques principes très simples et très clairs auxquels logiquement on aurait pu parvenir beaucoup plus rapidement. Mais les applications industrielles n'ont pris leur magnifique essor que le jour où les physiciens et les ingénieurs, renonçant à des espérances chimériques, ont nettement compris que les phénomènes électriques étaient, comme les autres, commandés par les lois générales qui dominent toutes les manifestations de la nature.

Tout s'est brusquement éclairé quand, se substituant aux vagues et confuses conceptions de fluides hypothétiques, est apparu, dans sa brillante simplicité, le principe de la conservation de l'énergie.

Dès lors, au lieu d'envisager l'électricité en ellemême et de se perdre dans de stériles discussions au sujet de sa nature, on a parlé d'énergie élec- •ique et l'on a étudié systématiquement les modes e production et de transformation de cette aergie.

pas [IS fi ue e

ÊOUS

corp Lisra;

rt le Liv ail rou <

<;e r e pr< irîliq ette

>Our 110 tr

ner ■

ait t( ■0.

ileeli >a.n:e miné i le prot iar 1;

l'énergie électrique et ses applications 15

de potentiel maintenue aux bornes ; et nous savons dire quel sens exact nous attachons à ces diverses grandeurs, parce que nous possédons le moyen de les comparer à des unités de même espèce et d'établir entre elles et ces unités des rapports rigoureusement définis.

Il peut sembler quelque peu singulier que ce mode d'énergie qui nous est si étranger soit précisément celui dont nous attendons tant de services.

Puisqu'elle n'intéresse aucun de nos sens, cette énergie électrique, quelle part vient-elle prendre dans notre existence? En quoi la lumière peut-elle être profitable à l'aveugle? Et, en vérité, c'est un fait vraiment paradoxal et fort digne d'attention que ces manifestations de l'activité de la nature soient en même temps les plus inutiles par elles-mêmes et cependant les plus précieuses de celles que l'homme a su asservir à son usage.

Chacun sait aujourd'hui que le véritable rôle des phénomènes électriques dans l'industrie est de servir d'intermédiaires et que, dans ce rôle, ils se montrent des serviteurs commodes et fidèles. Commodes, parce que l'énergie électrique se produit aisément au dépens des autres variétés d'énergie et qu'à son tour elle nous fournit, avec une admirable facilité, la chaleur, la lumière, le travail mécanique et le travail chimique; fidèles, parce que dans ses transformations successives, ils ne retiendront rien

>ur eux-mêmes et qu'ils restitueront, en principe,

ute la puissance qui leur avait été confiée.

Si l'on adopte la classification, à laquelle certains

iysiciens sont amenés par des considérations tirées

cipe de Carnot, la Forme électrique appa- 'ailleurs comme l'une des plus nobles que evêlir l'énergie; intégralement transmuable lil mécanique, l'énergie électrique occupe, itte hiérarchie particulière, un rang très Ile doit être rangée à coté de l'énergie cinée-même.

I conviendra de ne pas perdre de vue qu'elle ne celle-ci, une fâcheuse propension, elle &s aisément déchoir, elle se laisse volongrader et, si l'on n'y prenait pas garde, elle trait tout entière à la forme vulgaire de

Contre cette tendance, il conviendra de t l'un des triomphes de l'industrie contemaété précisément la découverte de moyens i entendu, n'ont pas supprimé un inconvééluctable, mais qui en ont singulièrement les malencontreux effets.

>ns à ces incomparables qualités de l'élecl'exceptionnelle propriété de rapide trans- , qui, sans qu'il soit besoin de transporter il mécanique appréciable, permet de déclen-

de reclnncher, à grande distance et, pour e instantanément, des mécanismes actionnés forces étrangères ; rappelons enfin la par-

aisance avec laquelle l'énergie électrique se itribuer et diviser el aussi la docilité avec elle se présente elle-même, à la volonté de ur, sous les différentes formes qu'affectent ints et qui sont plus ou moins avantageuses

solution des problèmes posés par la pra- ; nous comprendrons les raisons pour les-

l'énergie électrique et ses applications 17

quelles un si souple organisme devait nécessairement prendre une place prépondérante dans la vie de l'humanité, le jour où Ton était parvenu à le faire fonctionner.

Il est devenu fort banal d'expliquer de quelle manière et dans quel sens les applications de l'électricité ont bouleversé les pratiques de l'industrie et profondément modifié l'état social lui-même.

Dans ces dernières années, bien des voix éloquentes ont décrit la route parcourue depuis le jour où Volta présentait ses expériences à la première classe de l'Institut et où le premier Consul émettait cette opinion que « cette partie de la physique paraissait le chemin de grandes découvertes ».

On a célébré la façon dont, grâce à l'électricité, la pensée franchit les océans, la voix est transportée en un instant d'un bout de la France à l'autre, on a montré la lumière jaillissant de toutes parts, on a fait comprendre comment il nous était maintenant loisible de disposer de ces immenses trésors qui, sous forme de houille blanche, s'accumulent et se renouvellent sans cesse dans les pays de montagnes, comment enfin d'énormes force», naguère inutilisées et sauvages, pouvaient aujourd'hui, domptées, assouplies,, actionner dans nos vallées une armée de machines, innombrable et pacifique.

On a dit avec raison que le grand mouvement qui se produit sous nos yeux est plus et mieux qu'un progrès industriel, qu'il doit être considéré comme

ble progrés social, parce que aur plus rare et plus difficili

la source principale de riche sent, l'on peut prévoir que le t j voisinage des glaciers et des < liront de nouvelles cités ouvrii s'élevèrent les villes industriel!

ns miniers.

;s cités qui ne seront pas ob

fumées et qui conserveront, j t et clair, le privilège de leu hygiénique, s'établiront des al a force sera largement et liber

certes pas le dessein de répète t si bien, a déjà été dit, mais ivre, indiquer rapidement les jarcourues par le physicien face de si graves problèmes, aminer attentivement dans qu iscs ces problèmes se posent s soit permis cependant de rap pour obtenir les résultats désor la plus étroite collaboration ( icur.

i des caractères les plus rema i actuelle de la science et dt fusion de plus en plus intime t »■ théorie, et ce caractère devi saillant lorsqu'il s'agit de l'éle rie électrique est née, toute a >ù les esprits s'étaient libérés

l'énergie électrique et ses applications 19

titieux préjugés qui égaraient trop souvent l'artisan d'autrefois. Elle a pu, dès ses débuts, marcher allègrement, parce qu'elle n'avait pas à se débarrasser, comme tant d'autres, de l'encombrant fardeau des pratiques surannées et des recettes empiriques qui pèsent encore si lourdement sur les industries dont l'histoire remonte à un lointain passé.

Et si, dans sa marche rapide, ses premiers pas ont été guidés par la science, si, à chaque instant encore, elle a recours aux précieuses indications de la théorie, elle a largement payé sa dette de reconnaissance..

Pressé par les nécessités quotidiennes, le praticien a dû souvent trouver des solutions hardies, téméraires peut-être, qui ont un peu surpris, au premier abord, le savaut habitué à une plus lente et plus méthodique discipline, mais qui ont inspiré par la suite à ce savant les plus fructueuses réflexions et l'ont conduit à de nouvelles découvertes d'une haute généralité.

Et c'est ainsi que l'étude des applications de la science, si utile d'ailleurs et si attrayante par elle-? même, acquiert, pour l'histoire de l'esprit humain, une véritable importance philosophique.

Page 1