‹ L'élément érotique dans la caricature; un document à l'histoire des meurs [sic] publiquesChapitre 3 sur 109 · I. Dessin moral de Hans BURGMAIR (an 1520, environ · texte numérisé non relu

I. Dessin moral de Hans BURGMAIR (an 1520, environ

Introduction.

On peut affirmer que, jusqu’à une époque assez proche de nous, l’Art de la caricature n’a jamais été pris au sérieux; les archéologues de tous les pays ont passé indifférents à ce qu’il nous a légué, et, ainsi nombre des belles œuvres qu’il a produites, peut-être les meilleures ont sombré irrémédiablement. Ceci est vérifié pour la caricature en général, et pour ce qui concerne le chapitre spécial de la caricature érotique, qui fait le sujet de cette étude, et contre laquelle continuellement, une implacable fureur de destruction a sévi.

La pruderie et l’hypocrisie ont toujours été à l’ordre du jour; toute image voluptueuse qui dépassait aux vieux cartons entr’ouverts courait le danger d’être sinon intégralement détruite, du moins de se trouver reléguée en d’impénétrables cachettes. Qui possédait de pareilles pièces ou en héritait, craignait de se compromettre: les collections publiques en refusaient de parti pris l’acquisition; seules les œuvres de cet ordre qui présentaient indiscutablement une valeur classique échappaient à une sélection moralisatrice. 11 va sans dire que les caricatures licencieuses se trouvaient tout spécialement visées, car leur érotisme n’était la plupart du temps rien moins que distingué, ce qui eut pu les sauver peut-être.

Fuchs Ed.: L'élément érotique dans la caricature.

Et tandis que des écrits satiriques d’un caractère obscène et encore que de dernier ordre, ont été soigneusement recueillis, classés, commentés; et figurent encore dans leur intégralité aux Bibliothèques, il y a maints chefs d’œuvre de la caricature érotique, lesquels auraient pu aller de pair avec les pamphlets les plus marquants de la littérature mondiale, qui furent bannis et supprimés.

Ce phénomène s’explique en somme aisément: et sa cause dépend en quelque sorte de la nature même de l’objet, dans l’action directe de l’image. Rien n’apparait à l’extérieur du livre d’un contenu pernicieux, alors que l’image, au contraire, révèle du premier coup sa ,,perversité“, parle une langue qui n’exige aucune éducation préalable, et qu’entend même un illetré.

En un mot la difficulté de cacher ces œuvres-là à la plupart des regards vint augmenter l’incompréhension foncière qui les entoure, et il en résulte que la caricature érotique se présente à nous comme une cité en ruines, qu’il faut péniblement reconstituer.

Toutefois la quantité de documents que le chercheur retrouve dans cette matière, dès qu’il s’y applique tant soit peu, est un témoignage probant de son importance historique. La caricature érotique a joué un rôle avancé dans la vie des peuples.

Ceci soit dit en manière d’avant-propos.

La légende dont le brave Hans Burgmair accompagne la gravure qui forme le frontispice de cet ouvrage. — ,,Qui veut parvenir au sommet des voluptés, couronne un cochon dans bordure'1 est une leçon qui peut viser non seulement la rude sensualité du XVe et XVIe siècle, mais encore toutes les époques, tous les peuples, et au fond chaque individu. Il faut cependant opposer à cette sentence la vérité suivante: que le mépris systématique de la volupté mène infailliblement à l’impuissance créatrice en fait d’Art.

Du reste l’histoire de l’humanité ne rappelle pas de plus grandes calamités que ces deux-ci: la dépravation morale et l’impuissance créatrice; car la débauche aussi bien que l’ascétisme contrecarrent les lois organiques de tout être vivant; et dès l’instant que l’humanité commença à se pénétrer de la vérité de cet axiome, elle constitua des règles de décence, que les sociétés modifièrent, plus ou moins heureusement, selon les fluctuations du niveau intellectuel. L’étude de ces questions se rattache, à un chapitre capital de l’histoire des civilisations.

Qu’on ne dise pas, au surplus que cette conviction n’existe plus. Non. Pourtant c’est la vérité qu’on n’y puisa jamais depuis, après tant de réformes logiques. Lorsqu’on étudie la chronique des mœurs, on se convainct fatalement que, jusqu’ici, ce vaste champ n’a été que défriché à peine. La mode, la danse, la langue, tous sujets primordiaux attendent encore une étude raisonnée. Et nul auteur n’a encore exposé, avec l’aide d’une copieuse illustration documentaire, n’a encore essayé de montrer dans quelle mesure l’érotisme a influé sur la formation des modes. De même pour les origines érotiques de toutes les danses dont il est bien certain que les danses modernes ne révèlent que bien peu de chose.

Page 1