Faune et Nymphe
Groupe en marbre trouvé à Pompéi. L’Original se trouve au Musée de Pompéi.
De pareils ouvrages exigent naturellement une absolue sûreté de tenue, et se doivent de braver, de parti pris, ce qu’on appelle l’honnêteté. Disons cependant tout de suite qu’il ne faudrait pas confondre une réédition de quelques anciennes aventures, rares ou introuvables pornographies, avec un apport documenté et consciencieux à l’histoire des mœurs.
L’érotisme se représente dans tous les rapports entre l’homme et la femme. 11 n’existe en somme point de relations intimes entre deux individus normaux et de sexe différent, qui n’obéissent pas à des mobiles érotiques, c’est-à-dire dont l’excitation vénérienne soit exclue. On en excepte, bien entendu, les accoutumances entre proches parents ou entre personnes d’un certain âge.
Ce qu’on se plait, chez tel couple d'adultes, à dénommer la „pure amitié" où les sens ne parleraient pas, n’est à notre avis, qu’un humbug, soutenu soit par lâcheté, soit par intérêt, et la plupart du temps à cause du désir de se donner le change sur ses sentiments. C’est au pays du Sud, où l’ardeur du soleil s’infuse au sang, exacerbe les sensualités, que nous voyons apparaître dans leur crudité native les lois organiques des sexes; la vie campagnarde, aussi, et la vie des peuples que la civilisation n’a pas encore badigeonnés de son vernis fragile nous fournissent des exemples frappants à l’appui de notre thèse. Là, l’érotisme se manifeste au grand jour, dans les actes et les paroles; chacun appelle un chat et les choses par
leur nom, et ne songe point à dissimuler le poids de la sexualité dans l’existence. Le mâle concentre ses pensées sur son sexe; ce sexe fait son orgueil et sa joie; de même l’amante, la fiancée, la jeune femme ou la veuve éplorée y apportent le vœu intégral de leur être. Nous avons découvert à ce sujet un document des plus significatifs, publié par R. P. Knight dans son ouvrage paru en 1785 aujourd’hui autant dire introuvable et intitulé ,,A discourse on the Worship of Priapus“. Il représente une procession qui eut lieu en 1780 à Isernia près de Naples, vers l’église consacrée à Saint Côme et Saint Damien. Sourtout le chemin du cortège, des marchands vendaient aux jeunes filles et aux femmes des figurines phalliques en cire, que ces derniers offraient au bon saint Côme en manière d’ex-voto.
Et de même que dans l’espoir d’une guérison l’on vouait généralement, au saint de son choix, qui une main, qui un pied, ou tout autre partie du corps imitée en cire, ici, les pénitentes apportaient leurs dons priapiques, en impétrant soit d’être guéries de la Stérilité, soit une recrudescence d’ardeur chez leurs époux, dans l’œuvre de chair.
Une scène exquise, dont l’authenticité se trouve confirmé par le gouverneur de l’endroit s’était déroulée en cette occurence.
Une jeune femme ayant consacré à Saint Côme un phallus des plus éminents l’invoquait en ces termes, tandis que, selon l’usage, elle appuyait ses lèvres sur l’objet: ,,Tel que je le souhaite, o Saint Côme béni“, Santo cosimo benedetto, cosi lo voglio. L’Histoire ne dit pas si cette jeune femme se trouvait à la veille de ses noces, ou si c’était d’un amant qu’elle réclamait de si voluptueuses qualités. Ce qui est intéressant à constater c’est que le seul idéal physique remplissait cette âme d’Eve, et qu’elle l’exprimait sans pudeur, et qu’elle s’était efforcée d’en représenter exactement, afin que nul n’en ignorât, le gabarit; l’idée ne l’effleurait même pas que l’accomplissement d’un pareil vœu n’était peut être pas tout à fait du ressort d’un saint, et. sa conception simpliste de la vie l’induisait à supposer que si ces saints personnages peuvent soulager les maux qui foisonnent sur cette terre, aussi bien ils sont apts à rendre un amant plaisant à son amoureuse. Un trait de ce genre jette un jour plus profond sur l’intimité de la physiologie d’un peuple, que mainte déclamation.
Les gens du Nord, au fond, relèvent d’une mentalité similaire. Tout ce qu’on peut dire c’est qu’Eros ne se manifeste pas chez eux d’une manière aussi explosive. Cette coutume de l’Italie du Sud se retrouve en somme dans bien des pays catholiques, et lorsqu’on visite avec quelque curiosité les pélérinages du Tyrol ou de la Savoie, il n’est pas rare d’y découvrir tel semblable ex-voto, déposé par les pieuses mains de quelque rustaude.
A surplus il est incontestable qu’Eros chez les peuples les plus près de la nature aussi bien que chez les individus les plus affinés de la race humaine impose souverainement son action directrice, et que seules les apparences de ses manifestations varient. Nous énonçons là presque une vérité de La Palisse; et si nous y insistons c’est afin d’éclairer sous son vrai jour la tendance du présent ouvrage.
De plus chacun conviendra qu’il n’existe pas, pour les mœurs de lois fixes permanentes. Toutes les notions morales constituent un patrimoine qui s’est formé lentement, qui s’est modelé peu à peu, à l’image des organismes de la vie. C’est