‹ L'élément érotique dans la caricature; un document à l'histoire des meurs [sic] publiquesChapitre 41 sur 109 · Broer Cornélis · texte numérisé non relu

Broer Cornélis

Caricature hollandaise sur le frère Cornélis le fouetteur de femmes.

dérant en Hollande. Un épisode qui en stimula le développement, fut le scandale que suscita au XVI II siècle le frère Cornélis, surnommé le fouetteur de femmes, par ses orgies de flagellations érotiques. Le frère Cornélis ordonnait à ses ouailles bourgeoises ou aux nonnains, des pénitences consistant toujours en des fustigations dont il se chargeait. Il y développait du reste une ,, manière" très personnelle et très goûtée. Quantité de caricatures furent publiées à la suite de cette scandaleuse affaire. Les fig. 73, 74 et 78 en montrent les meilleures. Nous les plaçons ici parce que nous n’aurons plus l’occasion de revenir sur la caricature hollandaise.

Pourtant, avant de clore l’étude sur l’élément grotesque dans la caricature de la Renaissance établissons encore ceci : nous avons dit au début de ce chapitre, que le Grotesque était un moyen d’expression précieux et même indispensable à l’audacieux esprit de ce temps, mais nous avons énoncé aussi, que la satire par

l’image n’atteignait jamais à ce degré de sublimité où parvint la littérature satirique, notamment dans l’œuvre de Rabelais. Toutefois il est curieux de remarquer que ce que de la Renaissance présente de plus remarquable en fait de Caricature grotesque, se rattache directement aux ouvrages de Rabelais. Nous voulons parler des illustrations qui parurent en 1565 en supplément à Gargantua et Pantagruel. Ces illustrations furent publiées pour la première fois quelques années après la mort de Rabelais, et le libraire qui les fit paraître, et qui était un ami personnel de Rabelais, a affirmé qu’elles étaient de la main même de ce grand homme. On a longtemps considéré cette déclaration comme une allégation d’éditeur désireux de spéculer sur cette attribution; mais si c’était faux, cela ne diminuerait en rien la valeur artistique de ces planches; si elles n’émanent point de Rabelais, tout son esprit, toute son audace, et toute sa causticité, et pour tout dire la mentalité même de la Renaissance vivent dans les traits de ces figures. Quel libre intelligence, quel génie créateur a conçu et exécuté ces profonds badinages! Quand on regarde la caricature de François Ier (fig. 63) on se prend à admirer la force du ,, petit homme des champs1' que Panurge se glorifiait d’être. Il faut ajouter que, parmi les cent vingt illustrations originales de l’œuvre de Rabelais, il se trouve encore une bonne douzaine de semblables caricatures phalliques.

C’est l’interprétation de ces figures qui est le point essentiel. Divers critiques ont voulu voir dans Gargantua et Pantagruel une satire détaillée de l’état politique de la France sous le règne de François Ier; autrement dit, ils ont prétendu découvrir dans les différents héros de Rabelais des portraits de personnages réels du temps. Grangousier selon leur hypothèse serait Louis XII, Gargantua, François Ier, Pantagruel Henri II, Panurge le Cardinal de Guise, la jument de Gargantua, Diane de

Poitiers, etc. etc Et les mêmes commentateurs présentaient les illustrations,

parues peu après l’ouvrage, pour le compléter, comme des caricatures de ces personnages considérables. A qui se représente avec quelque réalité toute cette ardeur passionnée, propre aux hommes de la Renaissance, avec laquelle François 1er sacrifiait non seulement à Diane de Poitiers, mais encore à tout un troupeau d’autres maîtresses, les caricatures reproduites aux fig. 63 et 64, ne sauraient paraître que des plus adéquates au sujet. Nous en dirons autant pour ce qui concerne Jules II (fig. 61 et 62) qui, pareil à beaucoup de ses contemporains, reçut comme on sait de Vénus un „coup de pied" magistral. Cependant les ,,rabelaisants“ les plus modernes et les plus informés, tels que Henri Schneegans, ont eu la cruauté de détruire cette légende qui réduisaient les œuvres de Rabelais à n’être que des romans à clef. Si ces critiques ont raison, la signification historique de ces caricatures en est sans doute diminuée; mais quoiqu’il en soit il faut accorder qu’elles resteront toujours des chefs-d’œuvre de la caricature grotesque, des monuments voluptueux de l’audacieuse Renaissance. . . .

Le développement de l’Absolutisme qui se poursuivit, à partir de la fin du XV le siècle, en France et en Allemagne, puis la victoire de la Contre-Reforme, avec ses superstitions désolantes et son fanatisme plus désolant ancore, éteignirent peu à peu cette flamme créatrice qui ennoblissait même les choses banales, et la voluptueuse beauté fit place à la triste lubricité humaine.

Les temps de l'absolutisme.

France et Allemagne.

Avec le règne de l’absolutisme survient généralement celui du libertinage qui trouve sa cause en soi. C’est là une distinction fondamentale à établir avec l’énergie déchaînée de la Renaissance en ce qui concernait la vie sexuelle. Pendant la belle période de la Renaissance, la sensualité éffrénée était la conséquence d’une surabondance des tempéraments, tandis que lorsque nous arrivons au temps de l’Absolutisme, la sensualité est bien plutôt une sorte de déversoir de l’impuissance. Et ceci influence directement la formule de l’art. A l’époque de l’Absolutisme, on n’entend plus craquer les os des deux athlètes que l’on nous représente s’étreignant; l’amour n’est plus une force de la nature, une révélation, et les hommes ne se satisfont plus que par des voluptés savamment étudiées. C’est à dire que c’est en vain qu’ils cherchent à se satisfaire; ils ne sont jamais assouvis, invariablement poussés qu’ils sont vers la recherche du nouveau, de l’inconnu, de l’irréalisable; et le désir perpétuellement en éveil est une caractéristique de la mentalité du temps; c’est du reste le signe distinctif de toutes les époques de libertinage.

Cette universelle corruption des mœurs est en quelque sorte un reflexe moral de l’Absolutisme. Et on le conçoit aisément, dès qu’on veut se donner la peine de considérer dans quelles conditions, en cette époque se montre encore ce régime. Nous nous trouvons à une période où les vestiges de la féodalité mourante, se dressent encore contre la bourgeoisie dont l’autorité, de jour en jour, grandit et qui bientôt deviendra maîtresse du pouvoir. Les deux partis s’observent, en attendant et transigent, pour ce qui concerne leurs plaisirs. Telle était la situation en France, vers la fin du XV Ile siècle. Mais la forme de l’autorité, en France, fut un des facteurs de la corruption morale surtout à cause de ce fait, que le pouvoir était obligé de donner aux représentants de la Féodalité, des moyens matériels très étendus pour obtenir leur fidélité à la monarchie, et que les classes privilégiées avaient des tendances très marquées vers l’abus de puissance. Du reste la noblesse n’arriva bientôt plus à venir à bout de ses dépenses sans faire appel à la caisse de l’Etat; on peut prétendre que la Royauté absolue nourrissait les nobles sur les finances publiques.

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