Gravure satirique du temps de la Renaissance
Les »bons mots« et surtout les »fabliaux« se trouvaient illustrés de la sorte.
A la suite de l’organisation nouvelle de la société, la noblesse avait perdu la plupart de ses charges et de ses prérogatives féodales; on n’avait plus les bonnes rentes anciennes et de tout repos. Cela créa la noblesse de cour. Mais, en même temps que la noblesse entrait directement au service du Monarque, et que les nobles devenaient des manières de laquais, le Roi se chargeait naturellement du soin de leur assurer une existence matérielle digne d’eux, et par là il faut entendre une vie conforme aux traditionnelles conceptions de la féodalité, qui non seulement ne devait être inférieure, en apparat, à celle des bourgeois d’aisance moyenne mais dépasser même le faste que pouvaient déployer les plus riches notables du tiers-état. C’était donc le mode de vivre des bourgeois qui réglait, indirectement en quelque sorte, celui des nobles. Et il faut noter que, comme à toutes les périodes de début des époques où le Capital naît, la vie de la bourgeoisie, qui incarna désormais l’Argent, était excessivement large et dénotait une grosse richesse. A mesure que la bourgeoisie s’enrichissait, son luxe augmentait toujours. # 11 y avait émulation à qui dépenserait le plus d’argent possible, car celui qui dépense beaucoup d’argent en gagne également des quantités considérables, c’est toujours la règle fondamentale de la vie et, dans les débuts des époques de Capitalisme, c’est une tendance générale que de vouloir, quand on gagne beaucoup d’argent, en faire étalage. C’est pourquoi à ces temps, le luxe devint énorme et excessif. Pour mettre
les nobles en mesure de soutenir cette rivalité, et cela victorieusement, il fallait à toute force créer des places, des sinécures qui leur rapportassent des revenus suffisants. La monarchie absolue dispensa avec prodigalité de tels postes à sa noblesse de cour, sous mille formes différentes, titres ou offices qui ne correspondaient
à rien de réel. Qu’on lise dans Taine la liste des titres et des places et l’on sera édifié sur leur multiplicité, et sur l’énorme revenu que représentaient toutes ces rénumérations additionnées. Impossible de rassasier les appétits, et dès qu’on avait reconnu à quelqu’un des droits à quelque sinécure plus ou moins rétribuée, ce lui était un prétexte et un moyen d’émarger, à ce budget spécial sans vergogne ni bornes. Tous les jours on inventait de nouveaux prétextes à dilapider les denrées de l’Etat. Les subventions immodérées dont la Monarchie absolue récompensait ou achetait ses serviteurs appauvrissaient le trésor, et chacun se croyait naturellement des ,, droits" imprescriptibles à de pareilles subventions. . . Et en quoi consistaient ces droits imprescriptibles! Georgette de Béarn reçut 120.000 livres, dont 100.000 pour le courage qu’elle déploya de consentir à être la dame de compagnie de la Du Barry après l’élévation de cette dernière à la dignité de Maîtresse royale; Beaumarchais reçut 1,100.000 livres dont 480.000 pour des pamphlets qu’il rédigea contre les Parlements, 400.000 livres, pour avoir procuré à Louis XV, en son Parc aux Cerfs la veuve Seguin et la petite Selin dont ce monarque avait envie. Et ce ne sont là que deux exemples entre mille. 11 est certain qu’une pareille morale élevée au rang de système de gouvernement devait, en moins d’un siècle, amener les mœurs à un degré de relâchement et de corruption absolus, et supprimer dans les consciences des courtisans, les derniers vestiges de tout sentiment de responsabilité. Le courtisan, n’avait absolument rien à faire que de s’amuser, de jeter l’argent par les fenêtres, et d’incarner en quelque sorte, le parasite le plus avéré du corps social.
Le mariage, la famille devinrent de vains mots, cessèrent de constituer le fondement de l’existence; on ne considéra plus le mariage que comme une inutilité, un luxe, ou un inconvénient de la vie, nécessaire afin de se procurer des