LE CONTROLE- LAITIER ET BEURRIER
En insistant sur les mérites de la conformation, nous n’avons pas voulu, cependant, baser tout achat sur les qualités morphologiques du sujet, et nous recommandions, à ce propos, le choix d’un taureau « raceur ».
Il est évident que la sélection doit rechercher d’autres signes que ceux de l'extérieur : une vache longue, musclée, bien développée peut être une médiocre productrice. De même un taureau de conformation superbe pourra donner naissance à des produits peu intéressants du point de vue de la production laitière et beurrière.
Nous avons décrit antérieurement les lignes des bovins flamands que nous voudrions rencontrer dans tout notre département et nous avons indiqué les moyens d’améliorer leur conformation. Quelle conduite allons-nous tenir pour obtenir, d’autre part, des élèves de bonne aptitude laitière et beurrière ? Certains prétendent acheter, dans une foire, de jolies vaches de bonne conformation et de bon rendement en se basant seulement sur l’aspect extérieur des animaux. Et ils réservent dans leur appréciation une grosse part aux signes laitiers. Nous avons vu, d’après un examen pratiqué sur des vaches normandes que, seul, le calibre des fontaines inférieures, paraissait être, parmi les signes laitiers et beurriers, une indication de valeur. Les autres ne peuvent servir de guide à l’éleveur pour lui permettre de fixer son choix sur un marché. « Ces conclusions méritent néanmoins d’être méditées par les éleveurs flamands. Car, quand bien même certains caractères extérieurs laitiers et beurriers au-
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raient pour la race flamande une valeur plus grande que pour d’autres races, il n’en serait pas moins vrai qu’aucun de ces caractères extérieurs ne peut permettre de déterminer d’une manière précise et indiscutable la valeur laitière et beurrière d’une vache » (Extrait de la Race Flamande, organe trimestriel du Herd-Book flamand).
Il faut donc sélectionner sur des bases réelles, des chiffres certains de rendement en lait et en matière grasse. Seul, le contrôle laitier permet un tel jugement. « Puisqu’il s’agit de production laitière, il était naturel de penser que, pour apprécier le fond, il fallait peser la production laitière et en déterminer le taux butyreux, non seulement chez l'animal examiné, mais chez ses ascendants et chez ses descendants. » Aïnsi s’exprimait en 1922, à Lille, le regretté Professeur PORCHER. Sa conférence fit grosse impression sur les éleveurs et déclencha un grand mouvement en faveur du contrôle laitier. Les propriétaires ont compris qu’une vache de mauvais rendement coûtait autant d’argent pour sa nourriture qu’une très bonne laitière, et que, cependant, le rapport était beaucoup plus intéressant avec cette dernière. C’est pourquoi ils acceptèrent favorablement cette idée d’un contrôle laitier qui leur permettait de connaître les vaches d’aptitude laitière et beurrière; d’éliminer les bêtes insuffisantes. D’autre part, grâce à cette méthode, il est facile de découvrir les fils de bonnes laitières. « Les facultés laitières et beurrières font partie du patrimoine héréditaire et, par conséquent, la qualité vraie des géniteurs ne peut être mise en évidence que par le contrôle du rendement et par la connaissance de l’ascendance » (LETARD).
En effet, un taureau ayant engendré des filles bonnes beurrières, transmet également cette précieuse qualité à ses fils. Les animaux issus de familles dont toutes les vaches ont un haut rendement possèdent pour cette raison une valeur marchande bien supérieure à celle des bêtes moyennes du commerce. Les taureaux « raceurs » seront les mâles dont les filles donnent toute satisfaction
au contrôle.
Dans le Pas-de-Calais, aussi, les éleveurs se sont ren-
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du compte de l’utilité du contrôle laitier et ils se sont groupés en deux sociétés : celle de Saint-Pol-sur-Ternoise et celle de Boulogne-sur-Mer. Chacune d’elle possède un contrôleur qui vient à la ferme effectuer les opérations de l’analyse du lait. Ainsi les résultats sont obtenus suivant une véritable technique et possèdent un cachet officiel qui est indispensable. D’ailleurs, ces syndicats sont affiliés au Comité central de contrôle laitier et en subissent le super-contrôle. En temps normal, le contrôleur de chaque société arrivé à l’improviste chez le client une fois par mois au minimum, et pèse le lait fourni au cours des trois traites de la journée. Ces pesées sont complétées par le dosage de la matière grasse dans un échantillon du produit de chaque traite. L'opération est effectuée sur place par l’agent de la société d’après le procédé Hoyberg. Ainsi, le propriétaire ou l’acheteur éventuel connaissent la valeur réelle de la vache et décident, en connaissance de cause, de la conserver à l’étable ou de faire les sacrifices nécessaires pour l’acquérir.
D'autre part, le contrôle laitier a un second avantage, celui d’aider à l’amélioration de l’alimentation. Chez les femelles à grand rendement, la production réclame une nourriture substantielle et abondante. Or, il est rare que dans les trois premiers mois qui suivent le vêlage, ces vaches recoivent une quantité d’aliments proportionnée à leurs besoins. La santé des animaux en souffre. Le contrôle laitier révèle en même temps une diminution du rendement. Il permet aussi de voir quel profit on peut tirer d’un emploi déterminé des fourrages et aussi des aliments concentrés nécessaires aux animaux. Malheureusement, leur distribution fait souvent l’objet d’un véritable gaspiliage. Ainsi, bien employé, un kilog de tourteau doit correspondre à une augmentation de trois litres environ, mais cela arrive rarement parce que les vachers, livrés à eux-mêmes, répartissent cet aliment sans tenir compte des besoins de chaque individu. Grâce au contrôle laitier, on peut établir « la ration alimentaire la plus productive, la plus économique et l’amélioration des conditions hygiéniques, de façon à obtenir le maximum de productivité permise par la constitution génétique des
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animaux » (Docteur J.-B. SAULNIER). Un autre médecin, le Docteur PAGET, s’est également intéressé à cette question dans sa thèse de doctorat. Et, de ses nombreuses observations recueillies au berceau de la race, il tire les conclusions suivantes: «C’est donc des enseignements du contrôle laitier et surtout de la mise en pratique des leçons qui s’en dégagent qu’il faut attendre l’augmentation de la teneur en matière grasse du lait de la vache flamande. Les résultats remarquables obtenus dans les pays où le contrôle s'exerce depuis longtemps doivent légitimer tous les espoirs et vaincre l’inertie de certains éleveurs qui, ne pouvant escompter un résultat immédiat, préfèrent se confiner dans une inaction vraiment regrettable ». On peut également reprocher cette inertie à tous les cultivateurs. Il est indispensable que tous ceux qui prétendent avoir des vaches à bon rendement, choisissent ces animaux, améliorent leur production et pour cela utilisent le contrôle laitier et beurrier. Dans notre département, un effort sérieux a été fait et nous devons nous montrer assez satisfaits des résultats obtenus.
En plus du travail de patience et de persévérance réalisé à Saint-Pol et à Boulogne, il faut souligner aussi l'effort qui est fourni pour l’établissement de concours départementaux. L'épreuve qui eut lieu à Béthune en 1932 a obtenu un succès retentissant, et on conservera longtemps le souvenir des performances réalisées.
Parmi les championnes du berceau de la race, les vaches qui représentaient notre élevage ont occupé les premiers rangs.
CONCOURS LAITIER ET BEURRIER DE BÉTHUNE 1932 Deuxième section: Vaches ayant plus de 6 dents de rem-
placement.
Production en 48 heures — en kilogs
Lait Beurre 1. Lisette, à M. Fossaert (Nord). 74,700 4,486 2. Charlotte, à M. Sœnen (Nord). 68,400 3,701 3. Mistinguett, à M. Cléret (P.de-C.). 62,450 3,385 4. Bonne, à M. Verdonck (Nord). 68,700 3,361 5. Bellotte, à M. Parésys (Nord). 70,800 3,254 6, Etoile, à M. Trannin (P.-de-C.). 56,900 3,144
te
Lait Beurre
7. Zoë, à M. Jessenne A. (P.-de-C.). 66,000 3,063 8. Cigarette, à M. Trannin (P.-de-C.). 54,100 2,973 9. Lisette, à Mme Lazeure (Nord). 74,750 2.952 10. Ficelle, à M. Trannin (P.de-C.). 48,100 2,638 11. Mouche, à M. Verdonck (Nord). 58,950 2,623 12. Pivoine, à M. Jessenne A. (P.-C.). 46,400 2,530 13. Brunette, à M. Coudeville (N.). 66,400 2,479 14. Berceuse, à M. Jessenne H. (P.-de-C.). 62,450 2,330 15. Chipie, au même. - 48,900 1,997
Première section: Vaches ayant au plus 6 dents de remplacement.
Production en 48 heures en kilogs
Lait Beurre