LE CHOLERA DU PORC
Par F. Torraxce, B.A., D.V.S., directeur vétérinaire général.
Le choléra ou rouget du porc est une maladie contagieuse qui s'attaque à l’espèce porcine. Elle ne paraît pas affecter d’autres espèces et se caractérise par une contagion extrême et un taux de mortalité élevé. Cette maladie est connue dans le monde entier et sévit avec une intensité alarmante aux Etats-Unis où elle cause des ravages énormes. Au Canada elle fait de temps à autre une apparition sur les points divers où ses germes sont apportés d’une manière ou d’une autre, et c’est pour mettre en garde les propriétaires et leur donner les renseignements nécessaires sur les dispositions à prendre en cas d’infection de leurs troupeaux que nous publions ce bulletin.
La cause de la maladie est un germe, sans lequel elle ne peut se produire. En d'autres termes, une mauvaise hygiène (défaut de soins, mauvaise alimentation, malpropreté des locaux) ne peut, à elle seule, provoquer le choléra du porc; mais si le germe est introduit dans un troupeau et qu’il trouve ces conditions, la maladie ge développe avec une grande rapidité.
L1 m:ladie se propage toutes les fois que les germes d’un pore malade trouvent accès à un porc sain, et cela peut se produire de bien des manières, entr’autres par le contact de porcs malades et de porcs sains.
Le porc malade émet les germes de la maladie dans son urine et son fumier, et répand ainsi les matières infectieuses dans son parc, son pâturage ou le wagon qui le transporte au marché. Les porcs sains. que l’on met dans ces locaux après les avoir fait évacuer par les autres, contractent la maladie.
L’infection se propage aussi par les pieds des gens ou des animaux, y compris les oiseaux. Vous allez en curieux dans l’étable du voisin pour vous rendre compte de ce qu’est le choléra et vous pouvez très bien le rapporter chez vous, par vos chaussures ou vos vêtements, et infecter vos porcs. Il y a aussi les chiens errants, les pigeons domestiques qui viennent chercher leur nourriture dans un parc infecté et passent ensuite dans la ferme voisine, emportant les germes sur leurs pieds.
On a récemment découvert une autre source d'infection assez fréquente au Canada; ce sont les ordures ménagères et eaux de vaisselle, contenant des débris de porc et de couennes de lard, etc., à l’état cru, «:2 l’on fait consommer aux bestiaux. Voici comment cela se produit. Aux Etats-Unis on envoie aux abattoirs des quantités de porcs qui en sont à la première phase de la maladie; ces animaux sont tués, convertis en bacon et consommés en toute liberté, et cela se comprend si l’on songe qu’il s'écoule quelques jours entre le moment où le porc devient infecté et celui où il montre des symptômes. Cette période est appelée période d’incubation, et les porcs abattus à ce moment ne présentent parfois aucun symptôme qui puisse révéler à l'inspecteur quelque chose de suspect.
La viande de ces porcs contient les germes de la maladie qui résistent à tous les traitements: salage, assaisonnement, fumage. Cependant, il: ne survivent pas à la cuisson; or le Carada consomme beaucoup de porcs des Etats-Unis; nous conseillons donc aux propriétaires de ne pas donner à leurs porcs des ordures ménagères sans les avoir préalablement fait cuire.
Signalons enfin une dernière source de contamination: l’eau d’un ruisseau traversant un pâturage ou un parc à cochons infectés et passant par d’autres fermes.
Symptômes.
Les premiers symptômes ne sont pas caractéristiques de la maladie et ne permettent pas toujours de la diagnostiquer sûrement. Le porc perd Vappétit, en partie ou
complètement; il devient somnolent, apathique et tousse quelquefois si on le force à se lever. La présence de ces symptômes à proximité d’un foyer de choléra doit éveiller l'attention; on doit en prévenir immédiatement l'inspecteur vétérinaire le plus voisin.
Les porcs malades ne tardent pas à maigrir et à s’affaiblir, leur allure est chancelante, spécialement celle de l’arrière-train; ils meurent quelquefois en peu de jours, avant d’avoir eu le temps de beaucoup maigrir.
Souvent la peau se couvre, par endroit, de taches rouges qui prennent une teinte plus foncée à mesure que la maladie avance. Ces taches se produisent ordinairement sur la face intérieure des jambes, sous le corps ou derrière les oreilles, mais elles ne se localisent pas nécessairement sur ces parties.
Les yeux émettent une sécrétion muqueuse qui colle quelquefois complètement les paupières l’une à l’autre.
L'animal est généralement atteint de diarrhée qui peut quelquefois être abondante; d'autrefois il est au contraire pris de constipation.
Le porc malade s’isole généralement et va s'étendre dans un coin retiré de sa loge. Si on le force à se lever, il le fait à contre-cœur, le dos arrondi et le ventre tiré, ou bien sa marche est lente et chancelante et quelquefois il tombe.
Un pore malade montre rarement tous les symptômes décrits ci-dessus, et souveut il faut .n expert pour trouver ce qu’il a. Généralement, un ou deux des symptmes sont bien marqués, par exemple la toux et l’essoufflement, ou la diarrhée et l’aspect souffreteux, les rougeurs de la peau et la sécrétion des yeux.
Nous nous sommes assez étendus sur la description des symptômes. Le cultivateur pourra donc se mettre en garde s’il en découvre et appeler l’inspecteur avant que l’infection ait eu le temps de se développer.
La maladie n’a pas toujours la même virulence. Quelquefois elle a un caractère violent ou virulen: et rapidement fatal. D'autre fois elle est bénigne et se guérit assez facilement. Ce dernier type peut être regardé comme tout aussi dangereux que le premier, au point de vue de la contagion, car il est plus difficile à discerner, et les porcs qui en sont guéris peuvent très bien propager la maladie dans un grand rayon avant qu’on s’en aperçoive.
La durée de l’affection est incertaine. L’animal atteint peut succomber en quelques jours ou survivre quelques semaines. Une attaque n’est pas toujours suivie de mort, et il serait possible de sauver une petite partie du troupeau, mais il ne serait prs sage de les laisser guérir. Plus vous en sauverez, plus vous aurez de chances de voir la maladic reparaître parmi les nouveaux animaux qui seront amenés dans le voisinage. Il vaut beaucoup mieux abattre tous les porcs atteints et désinfecter les locaux. C’est le seul moyen d’extirper la maladie.
Examen d’un porc mort du choléra.
Quand un porc succombe, il est souvent nécessaire d'examiner son cadavre pour savoir si c’est bien du choléra qu’il était atteint. Il y a divers indices à rechercher: rougeur progressive de la peau. taches rouge-sang à la surface de l’un des organes internes (poumons, cœur, entrailles, estomac, etc.) aspect tacheté du foie, qui ressemble à une coquille d'œuf de dinde, lorsqu'on le dépouille de sa membrane extérieure; ulcération de la membrane du gros inteitin, spécialement à sa jonction avec l'intestin grêle: rougeur des glandes lymphatiques: dilatation de la rate; inflammation des poumons (pneumonie). L'examen devrait être fait. autant que possible, par un expert.
Que faire lorsqu'on soupçonne la présence du choléra des porcsf—On doit avertir sans délai l’inspecteur vétérinaire. Le propriétaire on gérant est obligé de le faire d’après la loi, faute de quoi, il peut perdre tout droit à l'indemnité pour ceux de ces animaux qui seront abattus en vertu de cette loi, et il s’expose également à être condamné à une forte amende pour sa négligence.
Mesures prises au Canada en cas de maladie déclarée.
Après s'être assuré de l'existence du choléra dans un local, l'inspecteur vétérinaire fait abattre immédiatement tous les porcs qui s’y trouvent, et traiter leurs cadavres ainsi qu’il le juge à propos. Ce fonctionnaire estime la valeur des porcs abattus, et si le propriétaire n’est pas coupable de négligence ou d'infraction à la loi et qu’il désinfecte les locaux suivant les instructions de l'inspecteur il reçoit une indemnité des deux tiers de la valeur estimée des animaux.
Les locaux occupés par les porcs malades sont placés en quarantaine jusqu’à ce qu'ils aient été nettoyés et désinfectés à fond, à la satisfaction de l'inspecteur: on ne peut y mettre d’autres porcs pendant au moins trois mois, à l'expiration desquels l’inspecteur procède à une seconde visite, pour s'assurer que les règlements ont été observés, auquel cas il recommande au ministre de l'Agriculture de lever la quarantaine imposée
à ces locaux. Le ministre seul peut lever cette quarantaine, et il le fait sur la recommandation de l'inspecteur.
Nettoyage et désinfection.
Nous donnons, ci-après, les instructions officielles relatives au nettoyage et à la désinfection des locaux après une épidémie de choléra des porcs :—
Les cadavres des porcs abattus doivent être complètement consumés par le feu ou enfouis à une profondeur de huit pieds au moins et en ce cas recouverts d’une couche de plusieurs pouces de chaux vive.
Il est généralement plus prudent et plus économique d’enlever, pour les brûler, les planchers, cloisons et revêtements des loges qui ont été occupées par les porcs infectés, ainsi que les clôtures, planches détachées ou autres pièces de bois se trouvant dans les locaux où les porcs ont pénétré.
Les loges, autres constructions et clôtures avec lesquelles les porcs ont été en contact doivent, autant que possible, être complètement passées à la vapcur ou à l’eau bouillante, puis blanchies au lait de chaux additionné d’acide carbolique, de créoline ou autre germicide de force égale, à raison d’une livre par gallon de luit de chaux.
On enlèvera, à la surface des loges et des cours, une couche de ivre do six pouces au moins que l’on mélangera bien avec de la chaux vive; et la surface restée exposée rocer ra €lle-même une copieuse application de chaux vive, pardessus laquelle on répandra une nouvelle couche de terre ou de gravier. Les champs, vergers et jardins auxquels les porcs malades ont eu accès doivent être labourés aussitôt que possible,
On prendra toutes les précautions possibles pour empêcher l'infection de se transporter d’un endroit à un autre par les vêtements ou chaussures des personnes préposées au soin des porcs ou qui les ont approchés.
On empêchera les visiteurs de pénétrer dans les locaux où la maladie s’est déclarée, tant que les travaux de nettoyage et désinfection plus haut indiqués n’auront pas été achevés.
Les animaux, spécialement les chiens sont souvent des agents de propagation de la maladie; on doit donc, autant que possible, les empêcher de pénétrer dans les locaux infectés.
Quand, par suite de la rigueur de la température ou autre cas de force majeure, on ne peut nettoyer ou désinfecter immédiatement les loges ou cours qui ont été occupées par des porcs malades, ces loges ou cours doivent être fermées de manière à en empêcher l’accès aux gens ou aux animaux, jusqu’à ce que le nettoyage ou la désinfection puisse se faire convenablement.
Les propriétaires de pores malades doivent se rappeler que les inspecteurs ne peuvent pas recommander la levée de quarantaine des locaux dont la désinfection n’a pas été faite d’une manière satisfaisante.
L'article 884 des règlements de la quarantaine déclare que l’emploi du sérum ou virus contre le choléra du porc étant considéré comme une source de danger, l’importation, la manufacture, la vente ou l'emploi de ce sérum ou virus est prohibé.