‹ L'Elevage domestique des animaux a fourrure dans la province de QuebecChapitre 7 sur 7 · BÊTES PUANTES OU MOUFFETTES · texte numérisé non relu

BÊTES PUANTES OU MOUFFETTES

(Viverra Mephitis Gmelin) .

La peau de la bête puante est de plus en plus recherchée, depuis plusieurs années, à cause de la grande quantité que l'on en fait teindre et qui entre dans la confection d'une marchandise de haut prix connue sous le nom de "Marte d'Alaska". Comme question de fait, on ne peut fournir à la demande. Une peau de bête puante qui valait, il n'y a pas bien longtemps encore, 50c. à 75c., se vend maintenant de $2 à $5.

Il fut un temps où on avait de la répugnance à venir en contact avec cet animal à cause de l'odeur désagréable qu'il répand, tant en liberté qu'en captivité. Cependant, il est bien connu maintenant que cette mauvaise odeur, qui est le seul moyen de défense que la nature lui ait donné, n'est utilisée par cet animal, que lorsqu'il a peur En captivité, les bêtes puantes s'apprivoisent facilement ; elles s'aperçoivent vite qu'elles n'ont rien à craindre. On peut les approcher sans difficultés, et si on les prend solidement par la queue on peut les transporter à de longues distances sans inconvénient.

La valeur d'une peau de bête puante dépend principalement de ses dimensions et de la distribation des couleurs. Les acheteurs l'évialuent sur l'étendue de ses parties noires, pourvu toujours qu'elle soit de saison et bien ouvrée. Pour la sélection il est donc important de choisir les animaux de couleur noire autant que possible et d'éliminer ceux qui ont des tâches blanches.

Le temps de l'accouplement est en février et au commencement de mars, et les jeunes viennent au monde en avril ou en mai. Généralement une portée est de quatre à dix petits et quelquefois plus.

Les tentatives d'élevage domestique faites jusqu'ici n'ont pas toujours réussi. L'ignorance des habitudes de ces animaux et des soins à leur donner en est la cause. Dans certains cas on les aurait trop entassés dans un espace restreint. On signale aussi le manque de capital pour donner à l'entreprise les proportions voulues. Bien qu'il ne soit guère possible de réaliser des profits dans l'élevage des bêtes puantes, en petit nombre, il est cependant prudent pour ceux qui n'ont pas encore d'expérience de faire des essais avec quelques couples seulement : deux douzaines de femelles et dix mâles par exemple. On pourrait alors leur donner toute l'attention nécessaire et les étudier avec soin, sans négliger les autres travaux de la ferme.

Quand on aura réussi avec un petit nombre, on pourra facilement agrandir l'enclos et augmenter le nombre des animaux. On prétend que pour réussir il faut débuter avec un capital d'au moins $2,500. Une acre de terre fournira l'espace suffisant à 100 femelles et 25 mâles. L'enclos extérieur est en broche avec maille n'excédant pas un pouce et demi, afin d'empêcher les jeunes animaux de s'échapper. Le treillis doit être renlié en dedans sur une couple de pieds, à une certaine profondeur

dans le sol et avoir une hauteur de sept pieds avec courbe semblable vers l'intérieur au sommet, tel que plus haut décrit en parlant du renard. Si on l'aime mieux on peut faire en ciment la clôture extérieure, ou la base de cette clôture. Il est bon de faire entrer dans les limites de l'enclos une source quelconque ou un petit ruisseau, ou le coin d'un lac, mais d'ailleurs le sol doit être sablonneux ou sec et d'égouttement facile. Si les enclos sont trop petits, les animaux auront à souffrir des puces ot autres insectes. L'intérieur des enclos doit être divisé en compartiments. On se servira de clôtures de broches pour ces subdivisions, mais il n'est pas nécessaire qu'elles soient aussi élevées que celles de l'enclos extérieur. Les grands compartiments sont destinés aux femelles et les petits sont pour les mâles ; on en réserve un autre pour les jeunes animaux après qu'ils ont appris à se suffire à eux-mêmes. Dans les compartiments de reproduction on pratique un certain nombre de petites tranchées recouvertes au sommet. Cela vaut mieux que les boîtes, les barils et les abris avec plancher en bois. Ces excavations doivent être assez profondes pour pmtéger les animaux contre la gelée.

Les bêtes puantes exigent une nourriture abondante et à des heures réglées, composée de viande et de légumes. Elles mangent toutes sortes de viandes et de poissons, les restes de table, les baies sauvages, les fruits mûrs, le blé-d'inde vert. Si l'enclos se trouve dans le voisinage d'un abattoir on d une boucherie, on peut leur servir des déchets. Les vieux chevaux constituent aussi une excellente nourriture. On a prétendu que 300 bêt^s puantes peuvent manger 2 chevaux en une semaine. Si la ferme n'est pas éloignée d'une grande ville ou cité, les hotelliers et les restaurateurs garderont volontiers, isur demande, les restes de table, le pain

trop rassis, etc., pourvu qu'on veuille bien les envoyer chercher régulièrement.

Les cultivateurs seraient heureux de se débarrasser de la même manière de certains débris d'animaux et autres déchets. Si on ne les nourrit pas bien, les bêtes puantes mangent leurs petits.

LES EATS MUSQUÉS.

La demande du rat musquée va toujours croissant. Non-seulement on en fait des doublures de paletots ou de manteaux, mais encore, une fois teint, on en vend beaucoup comme imitation de **Seal Electrique."

L'élevage domestique des rats musqués ne présente guère de difficultés, et ils se multiplient rapidement. Ils font d'ordinaire leurs nids sur le bords des chenaux, dans les étangs poissonneux, etc., où ils se rassemblent volontiers. Ce sont des places idéale-s et aussi au lieu d'en changer, ils y demeurent plusieurs années de suite, même si on les prend au piège ou si on leur fait autrement la chasse pour s'en débarrasser. Les rats musqués n'ont pas peur du monde ; ils se trouvent bien dans les endroits habités pourvu qu'il y ait des rivières, des cour3 d'eau, des lacs, des étangs, des marais, etc. Avec de l'eau et de quoi manger, ils sont dans leur élément et dans certains étangs on en pread des centa'nes chaque année. Si ces eaux produisent naturellement la nourriture, les rats se suffiront a eux-mêmes, à moins qu'ils ne soient assez nombreux pour tout détruire à la fois. Pour prévenir ce danger, on leur donne des rations de façon a assurer un approvisionnement constant d'année en année.

Les lacs et les eaux en général qui produisent en abondance le riz sauvage, le jonc et le lis sont les

endroits par excellence où les rats musqués établissent leurs demeures ; ils aiment la graine et la racine du riz sauvage, ainsi que la racine du jonc vt du lis dont ils se contentent quand la terre est gelée.

On peut aussi planter des artichaux, les rats en sont friands et la citrouille, dont la culture est si facile au pays. Un fait que ne doivent pas perdre de vue, non plus ceux qui désireraient se livrer à l'élevage de cette bête à fourrure, c'est qu'avec elle il n'y a pas besoin d'enclos, si les lacs, étangs ou autres pièces d'eau produisent d'elles-mêmes la nourriture.

Si les plantes nécessaires ne poussent pas seules, il faut semer le riz sauvage et planter des racines de jonc et de lis dans les lieux choisis pour rétablissement d'une colonie. L'éleveur fera bien de s'assurer ainsi de la nourriture que peut fournir la ferme, avant de se procurer ses sujets reproducteurs, car autrement ces j^lantes seraient dévorées avant qu'elles n'aient eu le temps de se développer.

II y a des centaines d'endroits en cette province dont on pourrait faire d'excellents champs ou clos à rats, moyennant peu de travail. Ce sont généralement les terrains bas et marécageux ou. l'eau n'est pas assez profonde pour être éclusée ou utilisée. Ces endroits auraient besoin d'être entourés d'une clôture de broche. Le meilleur moyen serait peut-être de placer la clôture à plusieurs verges de l'eau pour empêcher les animaux de ^-e frayer un passage en-dessous. Cette clôture devrais avoir cinq pieds de hauteur, avec en plus un pied sous le sol.

Le rat musqué diffère des autres animaux à fourroure, en ce que les femelles ont trois portées par saison. La première portée, celle du mois d'avril, donne généralement de six à neuf petits. On pré-

tend qu'une femelle provenant de la première portée aura des petits elle même durant cette première saison. Ceci explique la capture de jeunes rats que l'on fait tous les automnes.

On serait porté à croire par conséquent, que ces animaux devraient augmenter en nombre très rapidement, mais il ne fairt pas oublier qu'à part le chasseur ils ont un grand mombre d'ennemis ; la moitié peut-être de ces animaux n'arrivent pa'S à maturité. A part l'homme, les principaux ennemis des rats musqués sont les oiseaux de proie, comme le hiboux, les faucons, etc., mais surtout le hibou; celui-ci en effet est un oiseau nocturne, ce qui lui donne un avantage pour prendre ses victimes à l'improviste. Le renard s'en nourrit aussi à l'occasion, de même que la loutre et le vison.

Il est regrettable que l'on détruise au piège autant de petits rats. Ce sont nécesairement des jeunes, car bien qu'ils profitent vite dès la première saison, cela leur prend plusieurs années avant d'atteindre leur plein développement, cenendant on les classe au premier rang dès la première saison. Les vieux animaux sont plus gros et leur fourrure est plus précieuse que celle des jeunes. Mais pour l'élevage il vaut mieux choisir les jeunes que l'on capture plus facilement.

LE CASTOE ET LA LOUTEE.

Bien que l'on ait pu déjà garder le castor et la loutre en captivité, soit dans les parcs zoologiques ou comme animaux favoris, on n'a pour ainsi dire fait aucune tentative d'en faire l'élevage domestique sur une grande échelle. Cependant la valeur de la fourrure de ces animaux va touiours en augmentant et le nombre en diminue dans cer-

taines régions, ce qui fait qu'on commence à avoir l'idée d'en faire l'élevage plus en grand.

Cela demande une étendue de terrain considérable. 11 faut, en effet, donner à la demeure du castor son entourage ordinaire, un terrain boisé, où abondent les arbres dont il se nourrit, le peuplier, le bouleau, le saule et l'orme. Si on peut ajouter à cela un bassin déchargeant dans un ruisseau dont les eaux coulent tranquillement sous une épaisse forêt, l'installation sera idéale. Dans ces conditions, le castor grandira et se multipliera sans plus de soins et sans autre nourriture que celle qu'il se procurera lui-même.

La loutre et le castor s'accommodent bien l'un de l'autre, on peut conséquemment les mettre dans le même parc. Nécessairement il faudrait assurer leur nourriture et voir à ce que les eaux soient bien fournies de poissons et de grenouilles dont la loutre est friande.

L'ÉLEVAGE DOMESTIQUE D'ANIMAUX À FOUEEUEE EN EUSSIE.

On fait actuellement des efforts pour introduire l'élevage domestique des renards noirs et des renards argentés en Eussie, et des engagements ont déjà été pris pour y transporter des jeunes, du Canada, en vue de la reproduction.

M. Vlademir Generosoff, assistant-commissaire agricole du gouvernement russe à St-Louis, Missouri, a donné à l'auteur l'information suivante:

'' Il y a un an ou deux, on a essayé sans succès " d'élever des Sables en Eussie. Je crois que *' si on n'a pas réussi c'est qu'on ne connaissait pas " suffisamment les mœurs de ces animaux et parce " qu'on les tenait dans des enclos trop petits, jl " est défendu de faire la chasse ou de tendre des

pièges au ''Sable" d'ici à deux ans. Les paysans de la région Altai dans la Sibérie Centrale élèvent des "Altai Wapiti" (qu'on désigne en Russie sous le noin de maral) pour leurs cornes. Ces cornes sont connues sous le nom de "panti" quand elles sont rouges à l'intérieur et recouvertes de velours, et on les vend alors à des marchands chinois pour des fins médicinales à le très hauts prix, variant de $50 à $150 la paire. Les pauvres animaux souffrent terriblement quand on leur coupe les cornes, mais généralement ils survivent à l'opération. Ces cornes sont séchées et réduites en poudre." L'auteur désire en terminant remercier les éleveurs à qui il est redevable d'une bonne partie des renseignements qu'il a pu recueillir et aussi à quelques uns de ceux dont les travaux sont ci-après mentionnés, particulièrement à M. Osgood, auteur du bulletin sur l'élevage du renard argenté, publié par le département de l'Agriculture des Etats-Unis, Washington, à M. A. E. Harding pour son précieux ouvrage sur l'élevage domestique d'animaux à fourrure, à MM. E. B. et L. V. Croft pour leur série d'articles sur l'élevage des renards noirs et argentés dans "Eod et Gun" au Canada, et à Madame Strathie, veuve de feu le Eév. E. Gr. Strathie, et au Eév. E. Douglas Fraser, éditeur de "East and West", Toronto, pour l'usage de ses meilleures illustrations. Ceux qui désireraient avoir plus de renseignements feraient bien de consulter ces diverses publications.

Page 1