EMPIRE ET RESTAURATION
Après la réorganisation des haras en 1806, un tableau de recensement dressé en 1807 montrait qu'il existait aux environs de Tarbes, Bagnères et Lourdes, un nombre de quarante juments tirant leur origine
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de Mahomet dont quelques-unes issues directement de lui. Dans la vallée d’Argelès un étalon fils de Mahomet faisait la monte depuis 14 ans, il était le père de toutes les juments de la vallée.
Mais on ne produisait $uère de chevaux. LA Bou- LINIÈRE, secrétaire général de la préfecture de Tarbes, écrivait : « La race des chevaux de Bigorre est presque entièrement perdue. Il n’y a plus que quelques étalons pour les besoins indispensables. Le nombre des juments poulinières estcependant considérable. On les livre presque toutes au baudet. »
L’élevase du mulet, dont il se faisait un commerce lucratif avec l’Espagne, était en effet des plus prospères ; aux environs de Tarbes on comptait, dans un rayon de 6 à 7 lieues, quarante ateliers de baudets.
On remit bientôt en honneur l'élevage équin. On employa une quarantaine d’étalons espagnols et seulement deux arabes venus d'Egypte, Diazzar et Ptolémée ; mais les premiers, rapidement jugés par les grandes têtes, les longues jambes, les longues oreilles et le décousu de leurs produits, s’éclipsèrent devant les autres. Leur carrière fut terminée en 1819. Plus tard on y joignit deux étalons du haras de Lipitza et quelques chevaux recueillis dans le pays. Les écuries de l’Empereur fournissaient chaque année pour la monte quelques arabes. On multiplia ainsi le nombre des bonnes juments.
Circassien, barbe des écuries de l'Empereur, s’affirma comme un reproducteur d'élite. Ourfali, pur sang arabe importé d'Orient, fit dix-huit campagnes de monte dans les Hautes-Pyrénées. Au dire des anciens rapports, les produits de ce pur sang arabe étaient remarquables par leur légèreté, leur vigueur, leur distinction et leur vélocité en course.
Les hippologues de la période qui a précédé 1830. ont montré le cheval de cette époque moins ample, moins étoffé, plus élégant et plus près du sang arabe; svelte, petit et léger, que la race andalouse de cette époque, forte, corpulente et un peu commune. Il lui manquait, a-t-on écrit : « des membres et du corps. »
Afin d’encourager l'élevage et l’amélioration du cheval, Napoléon, dès le 13 fructidor an XII (31 octobre 1805) rendait au camp impérial de Boulogne le décret suivant :
ARTICLE PREMIER. — Il sera successivement établi des courses de chevaux dans les départements de l’Empire les plus remarquables par la bonté des chevaux qu'on y ‘élève et des prix seront accordés aux chevaux les plus remarquables par la bonté des chevaux qu’on y élève et des prix ‘seront accordés aux chevaux les plus vites.
. ART. 2. — À dater de l’an XIV, des courses auront lieu dans les départements de l’Orne, de la Corrèze, de la Seine, du Morbihan, de la Sarre et des Hautes-
Pyrénées.
Ces courses eurent lieu à Tarbes ; elles eurent dès leur origine un gros succès. On réveilla ainsi dans la région le zèle des producteurs et rappela les qualités perdues des navarrins. Le règlement du 10 octobre 1806 n’admettait à courir que des chevaux entiers et des juments nés en France. Les chevaux devaient avoir cinq ans au moins et sept ans au plus. Le poids à porter variait avec l’âge et le sexe.
Mais les courses à elles seules n’auraient pas suffi à développer l'élevage du cheval, il fallait des débouchés. Ceux-ci étaient nombreux à cette époque. L'Empereur, ses frères, ses $Sénéraux, les grands dignitaires de l'Etat, les amateurs de toutes les classes se montaient dans nos
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herbages. Le producteur arabe et tous ses dérivés firent merveille. NAPOLÉON montait encore, à Waterloo, Acacia, un charmant navarrin, gris moucheté, âgé de 4 ans, souple, rapide, énergique et $racieux.
Sous l’Empire la tactique de la cavalerie fut modifée, on assista à la guerre de mouvement, la moitié de la grosse cavalerie fut supprimée, la cavalerie lésère, dont le cheval idéal était le navarrin, augmenta de plus du double. |
Lors des événements de la campagne de Russie, il fallut créer une nouvelle cavalerie, les pays occupés par nos armées étaient épuisés. Dans l’espace de quatre mois, la France eut à fournir près de quarante mille chevaux, chaque commune eut son contingent, chaque administration locale dut contribuer à titre de dons volontaires : les gardes d'honneur formés dans tous les départements absorbèrent à eux seuls dix mille chevaux. Les mâles ne pouvant suffire on eut recours aux femelles comme
en 1792.
En 1814, l’armée de WELLINGTON traversa les Hautes Pyrénées, faisant des réquisitions.
En 1815, pour préparer Waterloo, on prit les chevaux des $endarmes qui les remplacèrent sur le champ.
Après 1815, la race des chevaux de la Bigorre était presque anéantie. La paix, en rouvrant toutes les sources de la prospérité publique, aurait dû leur être utile et profitable ; elle ne fut en quelque sorte, comme l’a constaté M. DE LasTIc SAINT-JAL, que le point de départ d’un nouveau désastre, car le $ouvernement d’alors arrêta tout essor de régénération en fermant à la production tous les débouchés qui l’avaient si heureusement et si puissamment stimulée sous l’Empire.
Les Bourbons et les personnes rentrées avec: eux
PRO TS avaient pris en Angleterre le goût des choses anglaises: La France était ouverte de nouveau à l’avide curiosité de nos voisins d’'Outre-Manche. Ceux-ci y vinrent en grand nombre et amenèrent avec eux des chevaux remarquables par leur figure et plus encore par l’art et le soin infini avec lesquels ils étaient tenus.
Le $oût des chevaux anglais prévalut. Un grand discrédit frappa les races de chevaux français. Les remontes de l’armée se firent en Allemagne. L'Allemagne fournissait nos chevaux de guerre et l’ Angleterre nos chevaux de luxe. Ces deux pays nous inondèrent de leurs produits ; on ne vendit presque plus en France de chevaux français. | =
De plus-les anciennes routes avaient été améliorées. Les postes, les diligences, le roulage ont en peu d’années accru leurs services. Cette époque déplaça la production. Dans la Bigorre, le cheval restant léger, il y eut une grande crise.
L'Espagne et le Portugal, épuisés par le séjour de nos armées, étaient entièrement dépourvus de chevaux. Les nombreux haras avaient été détruits. Les éléveurs pyrénéens se débarrassèrent de leurs produits et aussi de bon nombre de poulinières en les vendant aux Espagnols.
Les juments qui restaient étaient livrées au baudet. On estime que huit mille poulinières et dix mille chevaux passèrent en France au-délà des Pyrénées.
Pour réagir l’administration des haras fonda un système de primes propre à retenir entre les mains des propriétaires les meilleures poulinières.
-DAVELOUIS, ex-mousquetaire de la garde du roi, officier de chasseurs, écrivait en 1822 : « Il faut remarquer encore que la plupart des remontes faites par nous à l’étranger sont bien loin de valoir celles qu'on fait en
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France, malgré l’abâtardissement des races, parce que ceux des étrangers qui nous vendent leurs chevaux ont intérêt à nous les donner très médiocres et que d’ailleurs ces chevaux sont moins propres à la guerre que les nôtres, ils sont plus pesants, plus maladroits, se blessent, ont moins d’haleine, ils ont encore les pieds plats, ils sont comme les chevaux normands, très communs. »
Enfin en 1824 une ordonnance du Roi décida qu’à l’avenir les chevaux achetés par le SOUNOTEE ES seraient achetés en France.
On arriva ainsi en 1830; la région de Tarbes possédait alors une race de chevaux renommée, la race tarbéenne qui n'était autre que la race navarrine reconstituée à l’aide des étalons orientaux envoyés à Tarbes par NaAPOLÉON et sous la Restauration.
VALLON nous donne la description de ce cheval
« Le cheval tarbéen avait la taille de la cavalerie légère, rarement il dépassait 1 m. 52, la tête était petite, légère, expressive, mais souvent busquée, l’encolure légère, bien sortie, bien musclée, sans être trop forte et quelquefois renversée, le poitrail large, le rein court, la croupe tranchante, la queue bien attachée. Les membres étaient secs, bien musclés, beaux à la partie supérieure, tandis qu'inférieurement ils laissaient un peu à désirer : Île tendon et le canon étaient un peu grêles, les paturons long jointés, le pied petit. Ces chevaux étaient d’un tempérament sanguin et nerveux, doux, sobres, patients, rustiques. Introduits dans les corps, ils s’acclimataient facilement, y rendaient de bons services pendant longtemps et y étaient très estimés. Pour le manège, les tarbéens ne le cédaient en rien aux autres races françaises. »
Durant cette période tout n’était pas pour le mieux cependant. Un grand nombre d’éleveurs de la plaine de
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Tarbes, craignant de ne pouvoir vendre leurs produits à l’âge adulte, s’en défaisaient au sevrage et la majorité des poulains passait en Espagne.
L'élevage n’avait pas de débouchés réguliers jusqu’au jour où le Maréchal SOULT créa les dépôts de remonte. Ce ne fut qu’en 1883 que le dépôt de Tarbes fut organisé.